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Isabelle II - novembre 2019


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Portrait de la reine Isabelle II - © anonyme.
 



Isabelle II, une reine en exil à Paris !

 


Ambiance un peu espagnole mercredi 13 novembre à la mairie du 9e avec, pour sujet de conférence, rien de moins que l’évocation d’une reine d’Espagne en exil en France et plus particulièrement à Paris rive droite !

 La salle du Conseil était donc bien remplie ce soir-là avec la présence notable du Consul général d’Espagne, Luis Arias Romero. La conférencière, Sylvie Ancelot, maître de conférences à l’Institut de Sciences Politiques et à l’École diplomatique de Madrid, par ailleurs ancienne professeur de M. Arias Romero, allait alors montrer sa parfaite connaissance du personnage. Il s’agissait d’évoquer en effet la vie parisienne d’Isabelle II (1830-1904), arrivée d’abord pour quelques jours au palais de Rohan à Pau, le 6 novembre 1868, à la suite de la révolution de septembre 1868 à Madrid où elle a alors été contrainte de quitter son pays.
 


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Luis Arias Romero consul général d'Espagne et la conférencière Sylvie Ancelot - © D. Bureau
 


Sylvie Ancelot commence par montrer deux clichés anciens représentant la reine à l’époque de son exil, celui de Jacotin et celui de Disderi et évoque brièvement sa vie antérieure en Espagne.
 


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Portraits de la reine Isabelle II -  à gauche par Charles Jacotin 1870 © Photovintagefrance et  à droite par Disderi © Todocoleccion.
 


Fille du roi Ferdinand VII, la très jeune Isabelle II accède au trône, à l’âge de trois ans, à la mort de celui-ci et malgré les querelles de succession avec le frère du roi défunt, l’infant Charles. C’est donc une période de différentes régences qui débute alors, avant qu’elle ne devienne véritablement reine en 1843. Sous la pression de Louis-Philippe,  elle se marie à 16 ans, en 1846, avec son cousin, l'infant François d'Assise de Bourbon, duc de Cadix (en même temps, sa sœur de 14 ans, Louise-Fernande, épouse elle  le fils de Louis-Philippe, Antoine, duc de Montpensier !). Or l’époux surnommé « Paquita » n’a pas du tout d’attirance pour les femmes, ce qui entraînera chez la reine, malgré sa grande foi, un certain nombre de liaisons extra-conjugales d’où naîtront treize enfants (pas forcément légitimes …) dont cinq seulement atteindront l’âge adulte ! Sylvie Ancelot nous confie que le roi, son mari, plutôt accommodant, donnait même à ses chiens le nom des amants de son épouse (!) et rapporte alors cette anecdote en parlant de la reine : « Qu'aurais-tu dit, si au soir de tes noces, tu t'étais retrouvée face à un mari qui portait plus de dentelles que toi ? »
 


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Vicent López Portaña -  François d'Assise de Bourbon - © wikicommons.
 


À noter, parmi ses enfants, un fils qui deviendra roi d’Espagne de 1874 à 1885, sous le nom d’Alphonse XII. Son destin de reine, commencé presque par accident, va se poursuivre pendant 25 ans après avoir connu trois révolutions et diverses intrigues … Notre conférencière nous confie qu’Isabelle II, très populaire et généreuse, malgré un règne assez controversé (elle n’a pas réussi notamment à établir une monarchie constitutionnelle), a pu créer la banque d’Espagne, la première ligne de chemin de fer et sur le plan culturel, elle a développé les collections du musée du Prado, et la bibliothèque de Madrid.
 


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José Cassado del Alisiai - Portrait d'Alphonse XII - 1884 - © F. Portela Sandoval
 


C’était également une grande voyageuse. En novembre 1868, c’est donc un long voyage qu’elle entreprend pour gagner Paris et le Palais de Castille, 19, avenue Kléber, qui sera sa résidence pendant 36 ans jusqu’à sa mort (ancien hôtel Basilevski et futur lieu des « Accords de Paris », un siècle plus tard, qui mettent fin à la guerre du Vietnam puis du Cambodge, c’est aujourd’hui un palace cinq étoiles, le Peninsula Paris).  
 


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Le Palais de Castille - Avenue Kléber - ©AKpool.co.uk
 

C’est à cette époque que va débuter sa fréquentation assidue de notre arrondissement !

Elle installe en effet son quartier général au Grand Hôtel près de l’Opéra (inauguré par l’impératrice Eugénie en 1862 et maintenant hôtel cinq étoiles appartenant à la chaine InterContinental) où elle se rend presque tous les jours et participe à des réunions avec des généraux amis au « Perron ».  Elle rencontre là Canovas del Castillo, qui insiste pour qu’elle ne tente pas de rentrer en Espagne, laissant plutôt le pouvoir à son fils.

Elle va rencontrer alors beaucoup d’hommes dont José Ramirez de la Puente, un grand d’Espagne et par ailleurs chanteur, qui sera le père de son dernier enfant.
 


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Le Grand Hôtel Paris - © Flickr
 


C’est aussi au Grand Hôtel qu’Isabelle II rencontre Félix Nadar qui avait son atelier au 35, boulevard des Capucines. Son fils Paul (1856-1939), photographe lui aussi, fera son portrait. Elle se rend souvent au Salon indien du Grand Café du 14, boulevard des Capucines, (aujourd’hui Café Lumière de l’Hôtel Scribe) ouvert lors de l’inauguration de l’Opéra Garnier en 1875 et assistera là en 1895 à la première séance du cinématographe des frères Lumière à Paris.

Sylvie Ancelot va s’attarder ensuite à montrer comment la reine en exil va fréquenter les lieux et les personnages liés au 9e arrondissement. Elle rencontre ainsi le baron Haussmann qu’elle apprécie pour l’ambition de ses grands travaux dans Paris, les frères Pereire qu’elle voit presque tous les jours ou le banquier mais aussi photographe, Albert de Rothschild avec qui elle fait des promenades et qui l‘initie également à la peinture.

À peine arrivée à Paris, elle dépense sa fortune sur les boulevards en allant par exemple au magasin du Printemps à peine inauguré ou dans les boutiques de luxe pour acheter chaussures, châles ou parfums (Guerlain). Elle fréquentera aussi régulièrement le passage Verdeau et enrichira encore son impressionnante collection d’éventails (avec lesquels elle est souvent représentée) chez Duvelleroy dont l’atelier était passage des Panoramas ou chez Alexandre, 6, boulevard Montmartre. Elle était aussi cliente du graveur Stern, passage des Panoramas.

Elle fréquente régulièrement le Café des Variétés où elle rencontre Ponson du Terrail, le créateur de Rocambole. Elle se rend souvent à la célèbre Maison Dorée de l’actuel 20 du boulevard des Italiens (désormais salle de marchés de la BNP) et à son « annexe », rue Laffitte, dont les cabinets discrets recevaient princes, personnes fortunées et autres artistes comme Rossini (et où fut créé le fameux tournedos !). Le Café Tortoni, du 28, rue Drouot, autre lieu emblématique, était aussi l’objet de ses visites.  
 


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A. Fernández Soriano - Isabelle II et se trois filles cadettes - 1875 - © M. Pons.
 


C’est une habituée enfin de la salle des ventes de l’Hôtel Drouot. C’est là qu’elle vend le 1er juillet 1878 environ un tiers de sa fabuleuse collection de bijoux estimée entre huit et neuf millions de francs de l’époque, causant un scandale en Espagne… Mais elle en a offert parallèlement à nombre de ses amis comme par exemple aux enfants du Duc de Morny. Sylvie Ancelot insiste notamment sur la pièce maîtresse de la collection : un collier de quarante-trois perles naturelles. 
 


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Collier de perles d'Isabelle II mis en vente à Drouot en 1878 - © Christie's
 

C’est à Montmartre qu’elle fréquente particulièrement le monde artistique, introduite par José Güell et ses fils qui lui font connaître un univers plus secret où on goûte à diverses substances … Cliente parfois de la Brasserie des Martyrs derrière l’église de Notre-Dame-de-Lorette, elle devient alors plus populaire en faisant la connaissance des Impressionnistes, Manet (visiteur du Prado), Caillebotte, Degas ou encore de Cézanne et Corot Elle ne leur achète en revanche que peu de tableaux même si elle fréquente assidûment les galeries de la rue Laffitte comme celles de Paul Durand-Ruel ou Ambroise Vollard.  Elle fera cependant connaître au public parisien le peintre impressionniste espagnol Sorolla.

Isabelle II va défendre par ailleurs un certain nombre d’artistes en butte aux critiques comme Debussy. Elle aimait beaucoup la musique et avait d’ailleurs acquis un piano Pleyel pour sa résidence du Palais de Castille.  Les fils du marquis Alexandre Aguado, Olympe et Onésipe, photographes, lui feront apprécier l’opéra tout comme Gounod qui l’invitera aussi pour la première de son Faust. Elle avait d’ailleurs été présente lors de l'inauguration de la salle Garnier le 5 janvier 1875.

Pour terminer sa conférence, Sylvie Ancelot, très documentée, révèle que c’est Isabelle II qui en pénétrant ce jour-là dans la galerie du Grand Foyer, ces lieux étant habituellement réservés aux hommes jusqu’alors, va permettre aux femmes de profiter également de ce magnifique foyer à l’avenir !
 

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Le  foyer de l'opéra Garnier - © Flickr
 

Après avoir répondu à quelques questions et donné la parole au consul général d’Espagne, il était temps alors de partager le traditionnel apéritif qui clôture nos conférences.
 

Si vous voulez en savoir plus sur cette reine d’Espagne exilée, il est bien sûr possible de le faire à travers la lecture du livre Sur les pas d’Isabelle II que Sylvie Ancelot lui a consacré aux Éditions L’Harmattan, © 2018.
 

                                                                     
Emmanuel FOUQUET

 

© 9ème Histoire - 2019 


Date de création : 17/11/2019 • 11:23
Catégorie : - Echos du Terrain
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