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© 9e Histoire 2015

leperdriel_2.jpgFrançois Le Perdriel est né le 2 octobre 1925, 11 rue Milton, dans l’appartement familial qu’il n’a jamais quitté, jusqu’à ses derniers moments au début de l’année 2014. L’histoire de la famille Le Perdriel, pharmaciens depuis 1823 rue des Martyrs et rue Milton, a fait l’objet d’un article de Thierry Cazaux dans le premier bulletin de 9ème histoire.
En juin 1944, François avait dix-neuf ans. Sauveteur de la Croix-Rouge, il fut amené à intervenir dans son quartier : carrefour de Châteaudun, place Pigalle, collège Chaptal, gare du Nord, gare de l’Est où escarmouches et combats furent nombreux. François me l’avait relaté, c’était lui qui était monté au clocher pour faire sonner les cloches de Notre-Dame-de-Lorette, alors que toutes les cloches de la capitale célébraient à la volée la libération de Paris.
Micheline Le Perdriel me confia le journal que celui qui allait devenir son mari avait tenu au cours de cette semaine héroïque. J’en pris connaissance avec émotion. L’idée était toute trouvée: nous rendrions hommage à notre camarade, notre aîné, l’année même de sa disparition, en publiant dans le bulletin, soixante-dix ans après les faits, des extraits de «sa» libération de Paris.
 

Didier Chagnas - Administrateur de 9ème Histoire



JOURNAL DE LA LIBÉRATION DE PARIS

Par François le Perdriel (1925-2014)


Le 21 août 1944, vu la marche des événements j'avais entrepris d'écrire une sorte de journal et voilà pourquoi. Depuis le 10 et 11 août, on parlait de tous les côtés de l'arrivée des Américains "ils sont à Versailles à Houdan, à Mantes " etc. En un mot, on les attendait d'une minute à l'autre, cependant chaque jour commençait sans les voir (...)

Mardi 22 - Je passe la matinée près de la gare du Nord où Les Francs-tireurs et partisans français (FTPF, mouvement de résistance intérieure française, crée en 1942 par le Parti communiste français) attaquent les camions allemands. Vers 10 h 30 -10 h 45 arrivent des renforts allemands en camion, bicyclette, tandem. On se bat à la grenade. Un char tigre tire de temps en temps, écornant quelques immeubles. Combat d’une heure place Pigalle.

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Un casque FFI fraîchement peint                                          Le char Tigre, fleuron de l'armée allemande
 

Mercredi 23 - Il est impossible de circuler autrement qu’avec la Croix-Rouge ou les FFI (Forces françaises de l’Intérieur, crées en juin 1944). Aussi le lait des centres infantiles est-il convoyé par la Croix -Rouge. Ce qui n’empêche pas qu’un secouriste est tué sur la voiture qui me précédait derrière la gare de l'Est. Chaptal est devenu un centre FFI. Un char tigre se promène boulevard des Batignolles et tire vers la place Clichy ou bien dans Chaptal ou les maisons avoisinantes. Il y a deux jours qu’il est là. Il est relevé par un autre de temps en temps. Aujourd’hui les combats sont particulièrement forts dans le secteur. Les FFI ont déjà fait sauter deux camions de munitions. Le Grand Palais brûle. La nuit encore un orage formidable

Incendie_GdPamais.jpg
Attaque du central du 8e par les allemands, bombardement et incendie du Grand Palais.

Jeudi 24 - Combats : Sénat, Luxembourg, Cité, Affaires étrangères. Place de Châteaudun, on intercepte un convoi allemand. Depuis hier les barricades se construisent. Aujourd'hui il y en a partout. Dans la nuit je vois les premiers Américains. De partout, on nous les signalait. Vers 4 h, ils se présentent place de Châteaudun pour reconnaître un itinéraire.
 

Chateaudun.jpgBarricade_Cadet.jpg
 Barricade carrefour de Châteaudun                                           Barricade rue Cadet           

Vendredi 25 - Les Français entrent dans Paris en masse. Ils combattent aux Tuileries, s'emparent de la Kommandantur de l'Opéra, Chambre des députés, Invalides. Avec un camarade je reprends aux Allemands une ambulance française qu'ils incendiaient.

Place_Opéra.jpg
La Kommandantur, place de l'Opéra.

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Le 25 août 1944, il est 21 h 30 lorsque la colonne Dronne de l’Armée Leclerc vient d’entrer dans la capitale et stationne devant l’Hôtel de Ville. Aussitôt le bourdon de Notre-Dame, muet depuis 1940, se met à sonner, suivi de toutes les cloches des paroisses parisiennes. L’appel a été passé à la Radio nationale redevenue libre. Le journaliste de cette radio prononce l’impensable il y a quelques jours encore : « Dûment mandaté par le secrétaire général de l’information pour requérir messieurs les curés de faire sonner immédiatement les cloches à toute volée pour annoncer l’entrée des Alliés à Paris ». Et les cloches de Paris se mettent à sonner.
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Samedi 26 - Un grand défilé a lieu aux Champs-Élysées. Des miliciens cachés partout tirent dans la foule. Des coups de feu sont tirés dans Notre-Dame pendant le Te deum. Depuis, Paris est calme. La vie n’est troublée que par des coups de feu tirés des toits. Samedi soir, les Allemands bombardaient trois hôpitaux et la halle aux vins tandis qu’à la lueur des incendies des miliciens tiraient sur les sauve- teurs. Maintenant nous estimons être revenus au calme.

Défilé_1944.jpg
Paris libéré! Le défilé de la victoire aux Champs Elysées, 26 août 1944

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Les Allemands ont respecté la Croix-Rouge jusqu'au mardi 22. Après ils tiraient systématiquement sur nous. Ils ont mis des otages sur leurs camions afin de pouvoir sortir de Paris. Les ambulances transpor- taient des cochons ou des munitions et leurs blessés étaient allongés dans des camions avec de la paille et sans bâche. Ils ont achevé sur la civière devant nous plusieurs blessés FFI.

Secouristes_Place_Clichy.jpg

Secouristes de la Croix-Rouge, place Clichy

Nous en sommes sortis, heureusement. Il n’y a pas eu beaucoup de victimes militaires, pas mal d’Allemands, peu de FFI, beaucoup de civils curieux. Ils auraient pu penser que nous ne trouvions pas drôle de risquer de nous faire tuer pour aller chercher les blessés « eux qui voulaient voir ce que c’était ». Les FFI se sont emparées à temps du téléphone qui n’a pas cessé de fonctionner, des usines électriques et de la distribution d’eau.

Le ravitaillement s'est montré très, très dur. Nous avons mangé à peu près exclusivement pendant notre mois d'août des carottes crues en salade: 70 kg que j'avais pu me procurer. Inutile de dire que carottes matin et soir et puis soir et matin, cela finit par être lassant. Nous avons touché du sucre jusqu'au mois d'août. Nous avons tout mangé en un mois et demi en crème, café etc. Malheureusement le ravitaillement n'a pas l'air disposé à nous en donner sous peu. Les pommes de terre sont devenues un peu plus fréquentes, la viande nous a été augmentée ainsi que le pain.

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Voilà à peu près notre situation après ces jours mouvementés mais qui se sont passés dans une atmos- phère d'enthousiasme indescriptible et d'entraide inattendue. Enthousiasme pour combattre le boche ! Enthousiasme pour construire les barricades ! Enthousiasme pour aider la Croix-Rouge !

Notre poste de secours est resté deux jours place de Châteaudun. Une concierge se levait toutes les heures pour nous apporter du café. La Croix-Rouge a bien travaillé. Les garçons étaient magnifiques. Quinze de nos camarades ont été tués, quelques uns blessés.

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Secouristes, hommes et femmes, équipés de casques blancs frappés d'une croix rouge frontale.

Pour ma part j’ai eu beaucoup de veine. Un char tigre a tiré sur moi alors qu’à plat-ventre j’essayais d’atteindre un boche blessé à côté du collège Chaptal. Depuis le 1er septembre, je fais des pieds et des mains pour m’engager. Ce n’est pas facile du tout. J'ai fait une demande pour l’artillerie coloniale qui doit aboutir bientôt.


Engagé le 13 octobre, François le Perdriel a les pieds gelés en Alsace en novembre 1944. Il est évacué à l'hôpital de Dijon, puis sur Lyon. Ayant rejoint son régiment, il est grièvement blessé en avril 1945 et passe de longs mois à l'hôpital. Sa conduite courageuse devant l'ennemi lui a valu la Croix de Guerre et la Médaille Militaire. Il est démobilisé en 1946 et reprend ses études de pharmacie.

 

© 9e Histoire 2015


Date de création : 26/05/2015 : 12:00
Catégorie : Publications de 9ème Histoire - Articles-Personnages
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