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Les Impressionnistes à Londres - le 27/08/2018 • 09:00 par HTa
 



James_Tissot_-_The_Gallery_of_HMS_Calcutta_(Portsmouth).jpg
James Tissot  -   1876  - La Galerie du HMS Calcutta (Portsmouth) - © Tate Gallery London.
 




Les Impressionnistes à Londres
Artistes français en exil, 1870-1904


 

À la suite de la Tate Britain de Londres, l’hiver dernier, le Petit Palais présente une exposition sur les impressionnistes français à Londres entre 1870 et 1904.

Après le coup d’État de Napoléon III, en 1852, un certain nombre de Français avaient quitté leur patrie pour trouver refuge en Angleterre, parmi eux des artistes qui avaient formé une petite colonie française, à Londres, dans le quartier de Soho et de Leicester Square.
Puis, en 1870, lorsqu’éclata la guerre entre la France et la Prusse (guerre au cours de laquelle le peintre Frédéric Bazille perdit la vie), qui s’acheva par la défaite de Sedan et le siège de Paris, des artistes français quittèrent le pays, soit pour éviter la conscription, soit pour mettre à l’abri leur famille (aux bombardements s’ajoutèrent un hiver rigoureux et des problèmes d’approvisionnement).

Dans un contexte économique difficile, le marché des œuvres d’art était peu prospère et ils avaient peu de chance de vivre de leur art. Tous ces éléments incitèrent les artistes à partir : Monet, par exemple, quitta Paris pour la Normandie avant d’embarquer au Havre pour l’Angleterre. De même, Pissarro, dont la maison de Louveciennes avait été réquisitionnée par les Prussiens, partit pour Londres où vivait déjà une partie de sa famille.

Lorsque la paix fut signée, en 1871, donnant l’Alsace et une partie de la Lorraine aux Prussiens, cela parut insupportable aux Parisiens et lors des élections municipales, une majorité de gauche fut élue à l’Hôtel de Ville alors que l’Assemblée Nationale était composée pour les 2/3 de monarchistes ou bonapartistes. La commune de Paris prit son indépendance, des artistes comme Courbet et Dalou prirent une part active à cette Commune mais lorsqu’il fut mis fin à cette insurrection parisienne, après une semaine sanglante et l’incendie de nombreux monuments, certains artistes qui avaient soutenu la Commune, furent contraints à l’exil (comme ce fut le cas de Jules Dalou).

Pourquoi ces artistes choisirent-ils Londres ? On peut évoquer la proximité des îles britanniques ; Londres était, par ailleurs, un grand centre industriel en pleine croissance économique ; on y jouissait de la liberté de la presse et de l’expression ; il n’y avait pas de contrôle douanier. D’autre part pour ceux qui arrivaient dans les années 70, ils trouvaient sur place une communauté française déjà implantée, avec ses lieux de réunion et ses habitudes.



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Claude Monet - Leicester Square - 1901 - © Fondation Jean et Suzanne Planque

 

Le marché de l’art y était très actif et les artistes français espéraient bien profiter de cette prospérité. Ils pouvaient compter sur l’aide d’artistes arrivés avant eux et qui avaient des relations auprès de collectionneurs ou galeristes anglais. Alphonse Legros (1837-1911), par exemple, qui, pour des raisons économiques avait quitté la France en 1863, avait épousé une anglaise et s’était fait naturaliser britannique. Il avait lui-même été accueilli par des membres du mouvement préraphaélite, Rossetti et Burne-Jones, et avait pu obtenir du travail dans des écoles d’art. A son tour, il vint en aide à ses compatriotes en les introduisant auprès de marchands d’art ou de collectionneurs influents.

Par ailleurs, le marchand français, Paul Durand-Ruel avait lui aussi quitté Paris pour ouvrir à Londres, dans la prestigieuse New Bond Street, une galerie où il exposa, entre autres, les tableaux des peintres exilés, sans trop de succès, Monet et Pissarro ne vendirent aucun tableau lors de leur premier séjour à Londres.

Autre raison pour ceux qu’on appellera après 1874 les « impressionnistes » de s’installer dans la capitale anglaise, la présence de la Tamise, des parcs et du « fog » qui ne pouvaient que plaire à ces adeptes de la peinture en plein air, qui aimaient à observer la lumière changeante sur le fleuve et à représenter sur leurs toiles cette ville obscurcie par les fumées d’usine et le brouillard.



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Alfred Sisley - Vue de la Tamise, le pont de Charing Cross - 1874  -  © The Andrew Brownsword Art Foundation.
 

La plupart de ces artistes étaient désargentés et vivaient dans des appartements exigus sans atelier et c’était donc dans les parcs et sur les bords de la Tamise qu’ils plantaient leur chevalet.

Très vite, cependant, n’arrivant pas à vendre leurs œuvres et à court de moyens, ils regagnèrent la France. Pissarro, à son retour, eut la mauvaise surprise de voir sa maison de Louveciennes saccagée et ses œuvres pillées. Monet n’ayant pu vendre aucun tableau revint lui aussi très vite en France, en passant par la Hollande.

Certains des artistes « exilés » firent, contrairement aux « impressionnistes » une belle carrière en Angleterre ; ce fut le cas de James Tissot (1836-1902), un anglophile qui alla jusqu’à angliciser son prénom « Jacques-Joseph » en « James ». Il vécut onze ans à Londres et sut adapter sa peinture aux goûts des Anglais et répondre aux attentes artistiques de ses clients en représentant essentiellement la haute société britannique et en tenant compte des règles sociales de l’époque mais aussi en jetant un regard ironique sur cette société. Il en vécut très confortablement.


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James Tissot - Sur la Tamise - 1876 - © The Hepworth Wakefield Collection
 

Le sculpteur Jules Dalou (1838-1902), élève de Carpeaux, qui avait dû s’exiler après l’échec de la Commune, avait trouvé grâce à Legros du travail dans une école d’art et des mécènes pour acheter ses sculptures.


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Jules Dalou - Paysanne française allaitant son enfant -  1873 © Victoria & Albert Museum.

 

Alfred Sisley (1839-1899), aussi présent dans cette exposition, était lui de nationalité britannique même s’il vécut essentiellement en France ; il connut à Londres une situation précaire, ne parvenant pas à vendre ses toiles.

Si les peintres « impressionnistes » étaient rejetés, en France, par le Salon Officiel, ils n’eurent pas plus de succès à Londres auprès de la Royal Academy, mais certains réussirent à survivre grâce aux œuvres qu’ils vendirent dans des galeries londoniennes.


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Camille Pissarro  - Jardins de Kew, l'allée des rhododendrons  - 1892 - Collection particulière.

 

Certains d’entre eux retournèrent à Londres en peintres « reconnus » quelques années plus tard. Ce fut le cas de Pissarro auquel Durand-Ruel consacra une exposition au cours de laquelle Pissarro vendit tous ses tableaux. Monet revint à Londres, à plusieurs reprises entre 1899 et 1904 ; cette fois plus fortuné, c’est d’une chambre du Savoy Hotel qu’il peignit ses plus beaux tableaux sur les ponts de Charing Cross et de Waterloo.
C’est lors de ces séjours qu’il réalisa une série de toiles représentant le Parlement, captant, comme pour ses cathédrales de Rouen, les variations de la lumière sur la façade du bâtiment néogothique, selon le climat et l’heure de la journée. Cinq de ces toiles, venues de musées du monde entier, sont présentes au Petit Palais.


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Claude Monet  - Le Parlement de Londres, trouée de soleil dans le brouillard - 1904  - © Palais des Beaux Arts Lille.

 

L’exposition se termine sur des tableaux d’André Derain (1880-1954) qui, remarqué par Ambroise Vollard lors du Salon d’Automne de 1905, où, aux côtés de Matisse, les peintres « fauves » font scandale ; le marchand d’art décide de financer le séjour de Derain à Londres avec pour mission de rapporter des vues de Londres, en écho à celles peintes par Monet auparavant. En peignant le Parlement avec des couleurs et un style fauves, il rend hommage à Monet tout en participant au renouveau artistique.


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André Derain - Big Ben - 1906-1907 -  © Musée d'Art Moderne, Troyes
 

Londres a donc été une terre d’exil pour ces artistes dont les convictions politiques et sociales étaient très différentes mais ils s’y sont sentis unis par un sentiment de solidarité et un besoin d’entraide ; ils ont souvent pu bénéficier de la sympathie des artistes autochtones qui leur firent profiter de leurs relations.


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James Abbott McNeill Whistler -  Nocturne en bleu et argent; les lumières de Cremorne - 1872 -  © Tate Gallery London.
 

Le titre de cette exposition : « Impressionnistes à Londres.  Artistes français en exil » n’est pas vraiment justifié, on ne peut pas qualifier d’impressionnistes des artistes comme Carpeaux, Dalou, Legros, Tissot, Derain… Quant à Whistler, Sisley, De Nittis… présents au Petit Palais, ils n’étaient pas français.

Cette exposition qui réunit plus de 140 œuvres (tableaux, sculptures et photos) marque un tournant dans l’art français du XIXe siècle et montre les liens indéfectibles qui se sont tissés entre certains artistes ou entre des artistes et leurs marchands d’art. Elle est accompagnée d’un dialogue (accessible au moyen d’écouteurs) entre un journaliste britannique en mission en France et sa jeune cousine, étudiante en art à Londres, portant sur les débats artistiques de l’époque.

________________

 


PETIT PALAIS
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
Ouvert tous les jours sauf lundi
de 10 h à 18 h
Jusqu’au 14 octobre 2018

 

________________

 



 

Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Lettre d'Information du 24 Août 2018 - le 24/08/2018 • 16:00 par cro160




  LETTRE D'INFORMATION DU 24 AOÛT 2018  


 

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001_nelie-jacquemart_autoportrait_copie.jpg
Nelie Jaquemart André Autoportrait

 

Au cours de ces vacances d’été neufhistoire.fr s’est montré très actif ! Ainsi, entre mai et août 2018 ont été mis en ligne:


 



  Cinq Articles  

 


02_Edgar_degas_degas_ed_evariste_de_valernes_1865_ca_copie.jpg   03_Marechal_duc_Richelieu_copie.jpg
E. Degas et E. Valernes 1865   -     Le Maréchal Duc de Richelieu.

 

  • le 19 mai : « l’Hôtel Cromot du Bourg » par Emmanuel Fouquet. (⇒suivre ce lien)
  • les 8 et 21 juin puis le 4 juillet : « Degas l’Impossible Interview » par Anne Pingeot (⇒suivre ces liens: I, II, III)
  • le 22 juillet : « L’Îlot du Faubourg Montmartre » par Alexandre Gady (⇒suivre ce lien)
  • le 12 août : « De Daniel Decourdemanche à Jacques Decour » par Pierre Favre (⇒suivre ce lien)
  • le 25 août : « Folies, Tivoli…et Rues Nouvelles » par Aline Boutillon (⇒suivre ce lien).




  Deux Fiches Express  

 


04_van_Dongen_Kahnweiler.jpg
Portrait de DH. Kahnweiler par Kees van Dongen

 

  • le 5 juillet : « Se Souvenir de “Monsieur Osiris”  » par Anick Puyôou (⇒suivre ce lien)
  • le 31 juillet : « Daniel-Henry Kahweiler Découvreur des Cubistes » par Françoise Robert (⇒suivre ce lien).




  Cinq "Échos du Terrain"  


 


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Dans les locaux de la "Sauvegarde de l'Art Français"
 

  • le 4 mai : sur la conférence d’Aline Boutillon « Bélanger, un grand architecte du 9e » (⇒suivre ce lien)
  • le 17 mai : sur la visite « La Sauvegarde de l’Art Français » (⇒suivre ce lien)
  • le 6 juin : sur la conférence d’Anne Pingeot «  L’interview impossible de Degas » (⇒suivre ce lien)
  • le 18 juin : sur la visite de « L’abbaye de Chaalis » (⇒suivre ce lien)
  • le 28 juin : sur la conférence de Claude Mignot « Lire les Façades » (⇒suivre ce lien)




  Trois  "À Noter À Voir"  


 


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Mary Cassatt - Eté 1894.

 

Hélène Tannenbaum a publié le compte-rendu de plusieurs expositions : (⇒suivre ce lien)

  • le 1er mai : les photos d’August Sander « Persécutés/Persécuteurs des hommes du XXe siècle » (Mémorial de la Shoah jusqu’au 15 novembre)
  • le 23 mai : « Mary Cassatt, une impressionniste américaine à Paris » (Musée Jaquemart-André, belle exposition hélas terminée depuis le 23 juillet)
  • le 12 juin : « Willy Ronis par Willy Ronis » (Pavillon Carré de Baudoin jusqu’au 29 septembre)




  Trois Galeries de Photos  


 


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Charivari III mai 2018

 

Des diaporamas réalisées par Daniel Bureau :

  • le 17 mai : sur la visite de « La Sauvegarde de l’Art Français » (⇒suivre ce lien)
  • le 28 mai : sur le « Charivari III » dans le quartier St Georges (⇒suivre ce lien)
  • le 30 juin : sur « La visite de l’Abbaye de Chaalis » (⇒suivre ce lien).



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Willy Ronis - le 12/06/2018 • 17:53 par Hta
 


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Willy Ronis - Le Café de France l'Isle-sur-la-Sorgue, 1979.

 



Willy Ronis par Willy Ronis

 

13 ans après la grande rétrospective proposée par la Ville de Paris à l’Hôtel de ville, une nouvelle exposition « Willy Ronis » nous permet de revoir les photographies de ce grand artiste décédé à Paris, en 2009, à l’âge de 99 ans.
Elle se tient dans le XXe arrondissement, au Carré de Baudoin, édifice datant du XVIIIe, situé rue de Ménilmontant. Ancienne « folie », héritée, en 1770, par Nicolas Carré de Baudoin qui y ajouta une façade palladienne avec des colonnes de style ionique et où les frères Goncourt passèrent une partie de leur enfance. Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul y fondèrent un orphelinat, puis un centre médico-social avant d’y abriter un foyer pour jeunes travailleurs. Racheté par la Ville de Paris en 2002, ce lieu est devenu un espace culturel depuis 2007.

Willy Ronis est un enfant du 9e arrondissement où il passa son enfance et une partie de sa jeunesse. Né à Paris en 1910, il était issu de ce qu’il appelait lui-même, « la petite bourgeoisie besogneuse ». D’une mère lituanienne, professeur de piano, et d’un père originaire d’Odessa, juifs tous les deux, ils quittèrent leurs pays pour échapper aux pogroms. Une fois mariés, ils s’installèrent Cité Condorcet où Willy passa plus de vingt ans.


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Willy Ronis - Autoportrait au violon - Cité Condorcet, 1929.
 

Son père travaillait déjà dans la photographie en Ukraine. Arrivé à Paris, il fut d’abord retoucheur de clichés chez un photographe avant d’ouvrir son propre magasin. Le rêve de Willy Ronis, initié au violon dès l’âge de 7 ans, était de devenir compositeur ; très tôt il se passionna pour la musique classique et pour le jazz ainsi que pour la photo d’art.

À son retour du service militaire, en 1932, son père malade lui demanda de l’aider à la boutique (il faisait essentiellement des photos d’identité et couvrait des événements : baptêmes, mariages…) car la situation économique d’alors ne lui permettait pas d’engager un ouvrier, il accepta par amour pour son père mais n’aima pas ce type de travail. À la mort de son père, en 1936, il dût se défaire du magasin et subvenir aux besoins de sa mère et de son frère, c’est alors que commença sa carrière de photographe d’art.


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Willy Ronis - Rose Zehner, usines Citroën, 1938.
 

1936, année du Front Populaire, Willy Ronis dont les sympathies politiques furent toujours de gauche (il devint membre du Parti Communiste après la guerre, distribuant des tracts, collant des affiches, vendant l’Humanité jusqu’en 1965, date à laquelle il quitta le parti) sans jamais, dit-il, avoir la foi du militant. Cependant, tout au long de sa vie, il manifesta de l’empathie pour le monde ouvrier et certaines de ses photos les plus célèbres montrent des défilés d’ouvriers dans les rues, des occupations d’usines (Rose Zehner, déléguée syndicale aux usines Citroën), un 14 juillet avec une petite fille au bonnet phrygien…


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Willy Ronis - Pendant le défilé de la victoire du Front Populaire, 1936.
 

Il signa des contrats avec la SNCF, Air France, les revues Regards, Time, Life, le Monde Illustré et rencontra très tôt des photojournalistes célèbres (Robert Capa et David Seymour) dont il admira la liberté d’expression.
En 1941, une fois la mention « juif » apposée à son passeport, il décida de quitter Paris pour gagner la zone libre où il délaissa provisoirement la photographie pour devenir décorateur de studio et régisseur de théâtre.
En 1946, il épousa Marie-Anne Lansiaux, une artiste-peintre ; c’est elle qui posa pour son « nu » le plus célèbre (« Nu Provençal, Gordes » 1949) qui rappelle les nus de Pierre Bonnard.


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Willy Ronis - Nu provençal, Gordes, 1949.
 

Après la guerre, il reprit sa carrière de photographe et travailla entre autres pour l’Agence Rapho mais souhaitant, à tout prix, conserver sa liberté, il cessa de travailler pour eux afin de pouvoir choisir les personnes auxquelles ses clichés étaient vendus et éviter que certaines revues n’en changent les légendes ou ne les retouchent.

Son œuvre est d’une grande diversité comme l’indiquent les titres donnés aux différentes sections de l’exposition : « les Débuts », « Autoportraits », « Nus », « Monde Ouvrier », « Province », « l’Ailleurs », « Paris », « l’Intime » et bien sûr, les photos de Belleville-Ménilmontant , sur lesquelles s’ouvre l’exposition. Ayant maintes fois entendu dire que ce quartier était celui du milieu, des Apaches et des prostituées et donc infréquentable, ce n’est qu’en 1947 qu’il le découvre. De nombreuses photos prises dans ce « village » montrent un Paris ancien, un peu semblable au Paris d’Atget, avec ses vielles échoppes, ses carrioles tirées par des chevaux, ses marchands de quatre-saisons, ses vieux bistrots, son vitrier, ses enfants déguenillés.


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Willy Ronis - Le petit Parisien, 1952.
 

C’est non sans nostalgie qu’on regarde ce Paris aujourd’hui disparu mais qui a séduit des générations d’artistes de toutes nationalités. Elles montrent une classe ouvrière solidaire dans une société qui croyait en un monde meilleur, même si elles laissent parfois transparaître une certaine solitude et un sentiment d’amertume.


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Willy Ronis - Avenue Simon Bolivar depuis la rue Barrelet-de-Riccou,1950.
 

Plusieurs vidéos projetées au cours de l’exposition et dans l’auditorium nous montrent Willy Ronis expliquant sa façon de photographier, de cadrer les personnages, son trac, son angoisse en rentrant chez lui pour développer ses photos et avec une grande humilité, il explique combien le facteur chance est important dans son art : il donne pour exemple la photo d’une femme et de son enfant, prise du haut de l’ escalier de la rue Barrelet-de-Ricou, au moment même où se trouvaient là une charrette arrêtée aux  feux tricolores et  un ouvrier juché sur une échelle qui réparait les feux ; pour la péniche aux enfants, il reconnaît avoir été sur le point de ranger son appareil photos, après avoir pris un train de péniches au moment où il aperçut dans son viseur des enfants en train de jouer dans la dernière péniche, événement inattendu.


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Willy Ronis - La Péniche aux enfants, 1959.
 

Lorsqu’il évoque, dans les films, l’inattendu, l’inespéré, la photo qui, au développement, révèle quelque chose que l’œil n’avait pas perçu à la prise de vue, on en apprend beaucoup sur l’homme, son humanité, son amour du prochain et sa technique.


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Willy Ronis - Autoportrait aux flashes, 1951.
 

Willy Ronis classé parmi les photographes humanistes tout comme Doisneau, Izis, Boubat, Cartier-Bresson, a fait une de ses dernières apparitions publiques aux Rencontres d’Arles en 2009, espérant une grande rétrospective de son œuvre, en 2010, pour fêter ses 100 ans mais il est mort quelques mois auparavant, après avoir légué par deux donations (en 1983 et 1989) la plupart de ses clichés et négatifs à l’Etat français. L’ensemble a été confié à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine qui conserve les fonds photographiques de l’État.

 

________________
 


Pavillon Carré de Baudoin
121, rue de Ménilmontant
75020 Paris

Ouvert du mardi au samedi
De 11 h à 18 h
Jusqu’au 29 septembre 2018
 

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Mary Cassatt - le 23/05/2018 • 09:00 par HTa
 

 
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Mary Cassatt  -  Petite Fille dans un fauteuil bleu - 1878 - © National Gallery of Art Washington DC



Mary Cassatt, une impressionniste américaine à Paris

 

Jusqu’au 23 juillet 2018, le Musée Jacquemart-André consacre une exposition au peintre américain, Mary Cassatt (1844-1929), qui vécut en France pendant plus de soixante ans.

Issue d’une famille de riches banquiers d’origine française (son père descendait de huguenots français et sa mère parlait le français couramment), elle avait déjà séjourné en France, avec sa famille, de 1851 à 1853, avant de retourner aux États-Unis où elle reçut une formation artistique très académique à la Pennsylvania Academy of Fine Arts, à Philadelphie. Après la guerre de Sécession, elle revint en France suivre les cours de Jean-Léon Gérôme avant de repartir aux E.U. pendant la durée de la guerre franco-prussienne, puis de s’installer définitivement en France, en partie pour fuir un père qui acceptait mal que sa fille devienne artiste.

Aujourd’hui son nom reste associé à ceux des impressionnistes français parmi lesquels on comptait très peu de femmes hormis Berthe Morisot, intimement liée au mouvement.


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Edgar Degas - Portrait de Mary Cassatt  -   1877-78                         Mary Cassatt  -  La Joueuse de Mandoline  -  1874
© National Portrait Gallery

 

Les premiers tableaux exposés par Mary Cassatt le furent dans des expositions aux États-Unis entre les années 60 et 70, puis au Salon Officiel, à Paris, en 1872 et 1874. Dans la première salle de Jacquemart-André, à côté de la biographie de l’artiste, figure un tableau peu flatteur de Degas représentant Mary Cassatt, assise sur une chaise, consultant des cartes ? des photos ?  
Puis sont exposés trois tableaux de sa première période, extrêmement académiques, qui contrastent avec tout le reste de l’exposition (« La Joueuse de Mandoline », « La Musique » et « Ida ») et juste à côté « Petite fille dans un fauteuil bleu », toile refusée au Salon et qui avait choqué à cause de la pose de l’enfant (vautrée sur un fauteuil, sa petite culotte en évidence) et des couleurs (bleu canard, bleu pétrole et plaid écossais) jugées bien criardes. Pour ce tableau,
Cassatt avait reçu les conseils de Degas qui n’avait pas hésité à prendre le pinceau pour modifier la toile.


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Mary Cassatt  -  Le Repas des canards - ca 1895   © Bibliothèque de l'Institut d'histoire de l'art.
 

Lorsqu’en 1877, Mary Cassatt fut « refusée » au Salon officiel, Degas, séduit par sa manière de peindre, l’invita à rejoindre le groupe des impressionnistes et à exposer à leurs côtés, ce qui lui convint tout à fait car malgré la formation académique reçue, ses goûts et son style se rapprochaient davantage d’eux. Degas et Cassatt ne s’étaient encore jamais rencontrés mais ils connaissaient déjà chacun les œuvres de l’autre et les appréciaient ; Degas avait vu les tableaux de Cassatt au Salon et Cassatt ceux de Degas dans une galerie du boulevard Haussmann.

Dans la deuxième salle, sont réunis des tableaux dans lesquels Cassatt représente sa famille (son frère Alexandre, ses belles-sœurs et leurs enfants, sa sœur Lydia qui a souvent posé pour elle).

Ses moyens financiers lui permirent de contribuer au financement d’expositions aussi bien en France qu’aux États-Unis où elle avait de sérieux alliés: son frère, Alexander (dit « Aleck ») était Président de la Pennsylvania Railroad Co (compagnie de chemins de fer), il avait beaucoup d’argent, jouissait d’une forte influence en Amérique et s’était constitué, avec l’aide de sa sœur, une belle collection de tableaux français  et sa meilleure amie, Louisine Elder, la future Mrs Havemeyer ( Henry O. Havemeyer était un magnat du sucre, dont la collection d’œuvres d’art a été montrée à Orsay en 1997).
Avec leur aide,
Mary a pu faire connaître les peintres impressionnistes (Degas, Monet…) outre-Atlantique et les faire vivre à une époque où ils n’étaient pas encore reconnus en France. Elle a également aidé Durand-Ruel à ouvrir une galerie à New-York et à financer des expositions permettant ainsi la vente de nombreux tableaux d’artistes français. La France reconnaissante lui accorda la Légion d’honneur en 1904.

Pourtant, pour Cassatt, s’imposer dans le milieu artistique n’avait pas été chose facile comme pour l’ensemble des femmes artistes, certains lieux leur restaient interdits (coulisses de l’Opéra, des cabarets…), on s’attendait plutôt à les trouver dans des salons, à des thés mondains, à l’Opéra… mais Mary Cassatt était solide, déterminée, bien résolue à réussir.

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Mary Cassatt  -  Eté 1894  © Terra Foundation for American Art Chicago.
 

Comme Berthe Morisot, Cassatt a excellé dans le portrait et a toujours marqué une prédilection pour les scènes familiales, domestiques et malgré le fait qu’elle n’avait pas eu d’enfants elle n’a cessé de les représenter seuls ou avec leur mère à laquelle elle attribuait un rôle primordial dans l’éducation, la peignant comme une figure aimante mais aussi sérieuse et responsable. Quant aux enfants, ils respirent la santé avec leurs bonnes joues roses et leurs bras potelés. Ce thème de la mère et de l’enfant est répété tout au long de l’exposition pour finir dans la dernière salle par une quasi représentation de la vierge à l’enfant (« Mère et l’enfant » le Miroir Ovale 1899) où le miroir fait office d’auréole. Ce côté « sériel » n’est pas propre à Cassatt, si elle avait ses « maternités », Degas n’avait-il pas ses danseuses, Monet, ses meules, ses cathédrales…


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Mary Cassatt - Mère et l'enfant (le Miroir ovale)  - 1899 - © The Metropolitan Museum of Art.
 

Après son adhésion au groupe impressionniste, Cassatt et Degas devinrent de grands amis et se virent sans cesse. Ensemble, ils arpentaient les salles du Louvre, allaient à l’Opéra ou au théâtre. Ils s’admiraient et se respectaient en tant qu’artistes ; tous deux étaient très exigeants envers eux-mêmes et malgré des personnalités différentes, Degas, misogyne, cynique, au caractère difficile, tenant souvent les gens à l’écart et Cassatt, femme franche, piquante, optimiste, ils furent complices et amis. Degas avait tout de suite été séduit par cette jeune femme de la haute bourgeoisie américaine si distinguée.


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Mary Cassatt - La toilette - 1890 - © Marc Rose Fine Art Galleries New York.
 

Si dans ses tableaux Cassatt a essentiellement représenté des femmes issues de la bonne société, Degas, quant à lui, a représenté des personnes d’origine beaucoup plus modeste : des petites danseuses, des repasseuses, des prostituées, des jockeys…Ils se disputaient souvent, notamment lorsque Degas renonça à participer à l’élaboration d’un périodique sur la gravure « Le Jour et la Nuit » auquel devaient participer Pissarro et Braquemond, ce qui mit fin au projet.  Cela n’empêcha pas Cassatt, depuis longtemps initiée à la gravure, de s’y adonner et dans une des salles de l’exposition sont réunis certaines de ses gravures influencées par le courant japonisant de l’époque. (« La Toilette » 1890-1891)


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Mary Cassatt -  La Tasse de thé, 1880-1881  - © The Metropolitan Museum of Art.
 

Degas et Cassatt se réconciliaient toujours jusqu’au jour où la « rupture » fut définitive, ce fut lors de l’affaire Dreyfus au cours de laquelle Degas afficha son antisémitisme ce qui le coupa de nombreux amis artistes. Malgré les tentatives de réconciliation de Louisine Havemeyer, ils cessèrent de se fréquenter mais leur respect pour les talents artistiques de l’autre demeura inchangé.

La carrière de Cassatt se termina à l’aube du XXe siècle ; elle n’adhéra pas aux nouveaux mouvements artistiques de l’époque et pour des raisons de santé, s’éloigna de la vie parisienne et se retira dans sa propriété de Beaufresne où elle mourut.
 



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Le Château de Beaufresne 60420 Le Mesnil-Théribus acheté par Mary Cassatt en 1894.

 

Celle à laquelle Degas pensait lorsqu’il dit « Je n’admets pas qu’une femme dessine aussi bien que cela », fut la seule peintre femme américaine à avoir exposé avec les impressionnistes. Elle put, en partie grâce à ses moyens financiers, rester indépendante dans ses choix de vie (choix de la France, du célibat, de sa carrière…). Sans être, comme son amie Louisine, une féministe engagée, elle contribua néanmoins au mouvement des femmes, en organisant, en 1915, une vente de ses œuvres, de celles de Degas et d’anciens maîtres au profit du mouvement pour le droit de vote des femmes.

 

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Musée Jacquemart-André

158, bd Haussmann
75008 Paris

Tous les jours
De 10 h à 18 h
Jusqu’au 23 juillet 2018

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Persécutés / Persécuteurs - le 01/05/2018 • 18:00 par HTa

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Portrait de August Sander par Gunther Sander - 1956  - © Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 


Persécutés / Persécuteurs,

Des Hommes du XXe siècle

 

Jusqu’au 15 novembre 2018 se tient au Mémorial de la Shoah une exposition consacrée au photographe allemand August Sander.

Né à Herdorf, près de Cologne, en 1876, Sander, fils de mineur, quitte l’école à 14 ans pour travailler à la mine et aider à subvenir aux besoins d’une famille nombreuse. C’est pendant son service militaire à Trêves qu’il intègre le studio photo de l’armée et se passionne pour la photographie. L’armée terminée, il poursuit sa formation de photographe à Berlin, Magdebourg et Leipzig et ouvre son premier studio à Linz, en Autriche.
Marié et père de quatre enfants, il retourne en 1910 à Cologne où il devient photographe portraitiste.


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Portraits de Franz Seiwert et de Gerd Arntz par August Sander   -  © Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 

Pendant la première guerre mondiale, alors que Sander est appelé à rejoindre l’armée, c’est son épouse qui dirige l’atelier de photographie. Il ressort du conflit marqué par les atrocités vécues et avec de profondes convictions pacifistes et socialistes. À Cologne, il est lié aux avant-gardes artistiques, notamment aux « artistes progressistes », Seiwert, Arntz… (plus tard considérés comme des représentants d’un art dégénéré) et après un premier ouvrage de soixante portraits intitulé « Visage d’une époque », paru en 1929 puis interdit en 1938 (on y voyait des gitans et des anarchistes), il se lance dans un long projet artistique et sociologique « Hommes du XXe siècle ».


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August Sander  -  L'instituteur - 1921                                                                          Le notaire  -  1924
© Stiftung Kultur August Sander Cologne.

 

Il souhaite dresser une image de la société allemande de son époque. Son œuvre est divisée en sept catégories (les paysans, les artisans, la femme, les catégories sociales et professionnelles, les artistes, la grande ville, les derniers hommes). Dans cet ouvrage, plus de 600 professions sont représentées. Sander ne terminera jamais ce travail commencé pendant la République de Weimar et qu’il poursuivra jusqu’à sa mort, en 1964. Ce sont ses héritiers qui achèveront la tâche.


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A. Sander  -  Trois paysans en habits du dimanche - 1914                    Manœuvre - 1926                                                              Pâtissier - 1928.
© Stiftung Kultur August Sander Cologne.

 

Après la guerre, Sander intègre à son ouvrage un chapitre qu’il appellera « Prisonniers politiques » ; ces photos ne sont pas de lui mais de son fils Erich (1903-1944), photographe comme son père et dont l’adhésion au Parti Communiste en 24 et la lutte contre le régime hitlérien lui valurent une condamnation à 10 ans de prison en 1934. Il mourut d’une appendicite mal soignée en 44, au moment même où il allait être libéré. Pendant ses années d’emprisonnement, il photographia ses codétenus grâce à du matériel transmis clandestinement par ses parents et constitua ainsi un témoignage de la vie quotidienne dans le milieu carcéral.


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Portraits de Mme Franken et d'Erich Sander - 1936-1940      © Stiftung Kultur August Sander Cologne.


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Erich Sander -  Prisonnier politique  - 1943                                                          Persécutée  - 1938.

© Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 

La section de l’ouvrage de Sander intitulée « les derniers hommes », regroupant des photos de tziganes, d’infirmes et de mendiants, dont les images ne correspondaient pas à celles de l’aryen, ne plut pas au régime en place.


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August Sander   -   Portraits de Gitans
© Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 

On pourrait s’étonner que le Mémorial de la Shoah, plutôt habitué à monter des expositions sur les génocides ( juif, arménien, rwandais…), sur la période nazie et sur des personnalités juives, consacre une exposition à un photographe, non juif de surcroît, mais le titre donné à cette exposition, « Persécutés / Persécuteurs », attire l’attention et dans la dernière salle sont placés face à face des portraits de juifs persécutés par le régime hitlérien, sommés de renouveler leur carte d’identité sur laquelle serait désormais apposée la lettre « J » et ceux de leurs persécuteurs ; ces juifs étaient venus chez Sander pour réaliser des photos d’identité ; la plupart d’entre eux semblent graves, dignes et la crainte des persécutions à venir se lit sur certains visages. Sur le mur opposé figurent les « persécuteurs » : SS, SA, membres de la jeunesse hitlérienne qui posent en uniforme, d’aucuns arborant une certaine fierté, une certaine arrogance.


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August Sander Portraits de juifs et de nazis  - 1935 - 1937 -  © Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 

Cette exposition est l’occasion pour le Mémorial de la Shoah de retracer, dans la première salle, le parcours des juifs de Cologne : chassés de la ville en 1424, autorisés à revenir en 1798, ils obtiennent les droits civiques et politiques en 1871 ; Cologne compte 16 000 juifs appartenant aux classes moyennes ou à une élite bourgeoise en 1920 avant que l’antisémitisme ne les évince de la vie politique et sociale et on connaît la suite.

La plupart des photos présentées ici sont des tirages récents réalisés vers 1990 ; les sujets photographiés appartiennent à des milieux très différents : modestes tels le maçon avec ses briques, les paysans… prospères tels certains commerçants. Tous ont accepté de poser pour Sander (il n’était pas question, pour lui, de prendre des photos sans l’accord des protagonistes, d’autant plus qu’il n’utilisait pas du matériel des plus récents et des plus performants et soumettait ses sujets à de longues séances de pose). Ils fixent, pour la plupart, l’objectif et sont photographiés à hauteur d’homme, de manière frontale. Souvent leur origine sociale se lit aux vêtements qu’ils portent, à leurs visages et à leurs mains ainsi qu’au décor.

Mal connu en France malgré une exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson en 2009 et une autre à Nice, en 2011, August Sander ne fut pas seulement un photographe portraitiste et paysagiste, il réalisa aussi des commandes pour la publicité et des photographies d’architecture. Certains de ses originaux ont atteint des sommes record dans des ventes aux enchères.


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August Sander autoportrait - 1925 -  © Stiftung Kultur August Sander Cologne.
 

Avec « Hommes du XXe siècle », il montre ses qualités de photographe documentaire et laisse, avec son côté sériel et méthodique, une image précise de la société allemande dans la première moitié du XXe siècle.

 

 

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MÉMORIAL DE LA SHOAH

17, rue Geoffroy-l'Asnier
75004 Paris

Tous les jours sauf samedi
De 10 h à 18 h
Jusqu’au 15 novembre 2018

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


 

Réalisation: ParC Design

Exposition Paris Romantique juin 2019
Eugène Deveria - Achille & Eugène Deveria  - 1836
Clésinger - Delphine Gay terre cuite - 1854

© D. Bureau


© 9ème Histoire 2001-2019