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Le Val de Grâce et son église

 © 9ème Histoire - 2022


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L'église du Val de Grâce - © D. Bureau
 


L‘abbaye du Val-de-GRÂCE et son ÉGLISE
 


Il ne faisait pas bien chaud ce mercredi de janvier lorsque le petit groupe de 9ème Histoire attendait son guide place Alphonse Laveran devant la grille surmontée du A et du L entremêlés (pour Anne d’Autriche et Louis XIV) fermant l’esplanade de l’imposante église du Val-de-Grâce. La visite put cependant démarrer dans la première cour atteinte après le parloir de l’ancienne abbaye, après quelques péripéties administratives.

Claude Mignot, auteur d’ouvrages (dont un livre avec Alexandre Gady) à propos de ce site heureusement conservé, allait alors raconter en préambule la naissance de cette abbaye et évoquer le rôle essentiel d’Anne d’Autriche, jeune épouse de Louis XIII puis régente de France. Celle-ci, d’origine espagnole et fervente catholique au moment de la Contre-Réforme, fréquente en effet les monastères de la région parisienne et notamment le prieuré des bénédictines du Val profond à Bièvres.

Anne d’Autriche désire implanter à Paris, sur un vaste terrain situé rive gauche de la Seine, une déclinaison du couvent Notre-Dame de la Crèche de Bièvres en demandant en 1621 à son abbesse Marguerite de Veny d’Arbouze, dont elle était devenue l’amie, d’en prendre la direction. Mais le projet met du temps à se concrétiser du fait de la disgrâce de la reine et du manque de moyens financiers dont elle dispose. Ce n’est qu’en 1624 que la première pierre est posée mais il faudra attendre plusieurs années encore avant que le projet ne se concrétise réellement grâce à l’annonce enfin, en 1638, d’un héritier pour la couronne : le futur Louis XIV.

Il était temps alors de se réchauffer quelque peu en pénétrant dans les bâtiments conventuels les plus anciens, et de découvrir d’abord le cloître au-dessus duquel se trouvait le dortoir des nonnes et sa galerie couverte l’entourant. Notre guide d’un jour fait remarquer que la voûte de la galerie ceinturant le cloître, constituée d’une succession de voûtains, fut d’abord montée en pierre et pisé, par économie, avant d’être réalisée ensuite entièrement en pierre. Après être passés devant les pièces abritant le musée actuel du service de santé des armées dont dépend aujourd’hui l’ensemble du site, nous empruntons depuis la salle capitulaire (ancienne cuisine), le grand escalier octogonal en pierre menant à l’avant-chœur des religieuses, salle aux proportions imposantes pour atteindre enfin le Chœur des religieuses en empruntant l’étroit corridor entourant le cloître au premier étage. Claude Mignot nous fait remarquer que les grandes fenêtres éclairant ces salles sont en forme d’ogives comme à l’époque gothique.
 


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Le cloître du Val de Grâce - © Daniel Bureau.
 


Le Chœur des religieuses était fermé par une grille toujours en place donnant sur le côté droit de l’église au niveau de la coupole. Les nonnes pouvaient ainsi suivre les offices de cet endroit qui permettait de voir le maître-hôtel entre les colonnes du baldaquin.
 


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La grille de clôture © Daniel Bureau.
 

Le groupe de 9ème Histoire pénètre alors dans l’église elle-même, au niveau donc de la croisée du transept, l‘édifice ayant adopté le plan classique en forme de croix latine comme l’avait conçu François Mansart. Claude Mignot rappelle que c’est la mort de Louis XIII en 1643 qui va donner l’impulsion à la construction de l’église alors qu’Anne d’Autriche devient régente. Pas moins de trois architectes vont alors travailler là avec l’appui de Mazarin : Mansart qui en conçoit le plan initial mais qui sera bien vite écarté (victime de sa réputation de grand dépensier !), Lemercier et Le Muet. La régente peut ainsi réaliser son vœu émis à la naissance de son fils, d'élever là un « temple magnifique » et fait de cette église un ex-voto à la gloire de la Vierge Marie. La construction va durer plus de 20 ans de 1645 à 1667.

C’est le magnifique baldaquin de style baroque, de près de 20 m de haut, conçu par Gabriel Le Duc et composé de six colonnes torsadées en marbre, qui impressionne le plus, inspiré de celui de la basilique Saint-Pierre de Rome. Le maître-hôtel est orné du groupe de la Nativité réalisé par le sculpteur Michel Anguier illustrant les trois figures de la crèche, Marie et Joseph entourant l’enfant Jésus. Ce groupe échappa aux destructions de la Révolution et fut installé en 1805 à l’église Saint-Roch. C’est donc une copie voulue par Napoléon III que l’on peut voir aujourd’hui.
 

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Baldaquin et maître autel - © Hélène Tannenbaum.
  


On remarque aussi le magnifique pavage en marbre en spirale à la croisée du transept, marqué du «A » d’Anne d’Autriche, lui aussi sauvé à la Révolution car recouvert de plâtre et de paille ! On note que celui-ci reprend au sol la forme circulaire de la spectaculaire coupole. Celle-ci, très haute, couronne donc le transept. Son décor, prévu d’abord exclusivement sculpté, est peint en définitive par Pierre Mignard avec près de 200 personnages et représente « La Gloire des Bienheureux ». On remarque aussi la chapelle Sainte-Anne sur la gauche qui abrite depuis 1853 un grand orgue Cavaillé Coll, initialement installé dans l’église Sainte-Geneviève (le Panthéon). Cette chapelle contenait jusqu’à la Révolution les cœurs de 45 rois et reines de France …
 


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Pavage en spirale marqué du AL - © Emmanuel Fouquet et © Daniel Bureau.
 


Nous gagnons ensuite un endroit plus secret et véritable chef-d’œuvre d’après Claude Mignot qui nous y conduit : la Chapelle Royale (ou Chapelle du Saint Sacrement) en forme de rotonde édifiée par Jacques Lemercier, située derrière le maître-hôtel mais bien séparée de celui-ci. Sa belle coupole à caissons formant encore là une étonnante spirale de motifs sculptés, est complétée à ses écoinçons par les bas-reliefs des quatre évangélistes Jean, Luc, Marc et Matthieu.  On y trouve aussi sur le côté donnant vers le chœur de l’église un grand tableau de Philippe de Champaigne. 
 


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Coupole du transept -et fresque peinte par Mignard- de l'église du Val de Grâce  -  © Hélène Tannenbaum.
 


Il était alors temps de se rendre dans la nef après avoir franchi la belle grille la séparant du chœur et admirer sa voûte en berceau magnifiquement sculptée et éclairée en partie supérieure par des fenêtres en lunette.

Pour terminer sa visite particulièrement riche d’informations, Claude Mignot nous fait revenir dans la cour d’entrée pour détailler la structure de la façade de l’église, œuvre représentative de François Mansart. Notre guide rappelle alors que cette façade peut être comparée à celle similaire de l’église des Feuillants dans l’actuel 1er arrondissement élevée par le même architecte une vingtaine d’années auparavant. Son ordonnancement à deux étages est une illustration parfaite du style classique propre à cette époque où on peut admirer le grand équilibre représenté sur le plan vertical par son double niveau de colonnes jumelées et sur le plan horizontal par ses deux frontons triangulaires superposés. Un supplément d’élégance est apporté par la présence, de chaque côté du deuxième étage, d’ailerons à volutes semblables à ceux de certaines églises italiennes, comme à Florence.
 


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Porche de l'église du Val de Grâce - © Daniel Bureau
 

La dédicace sur le fronton du porche : « iesu nascenti virginio matri », faisant allusion à la Vierge Marie enfantant Jésus, rappelle, comme le confirme encore juste au-dessus le A et le L entremêlés, le vœu d’Anne d’Autriche fait à la naissance de son fils qui allait devenir plus tard Louis XIV.    

Claude Mignot termine sa visite en faisant remarquer que la croix du lanternon au sommet du dôme de l’église, visible depuis la grille fermant la cour, est parfaitement centrée par rapport au portail de la façade, preuve supplémentaire de la maitrise de l’architecte.     
 



Emmanuel FOUQUET

 


© 9ème Histoire - 2022
 


Date de création : 23/01/2022 • 17:41
Catégorie : - Echos du Terrain
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