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Sur les routes de Samarcande - le 23/04/2023 • 20:54 par EFo

Samarcande.jpg 

IKATS en soie © Emmanuel Fouquet - 2023


 

Sur les routes de Samarcande

à l‘Institut du monde arabe.
           

En ce début de printemps, transportez-vous vraiment ailleurs et partez sur les routes de la soie en allant découvrir des « merveilles de soie et d’or » comme le déclare le sous-titre de cette exposition proposée à l’Institut du Monde Arabe.

Sorties pour la première fois hors de leur pays d’origine, l’Ouzbékistan véritable carrefour de civilisations, et présentées sur deux niveaux, plus de 300 pièces nous font en effet découvrir des savoir-faire ancestraux et un artisanat largement basé sur le tissage, dont nous avons des témoignages ici depuis le XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle (la matière même de la laine utilisée, trop fragile, interdisant des présentations plus anciennes).   

On peut d’abord contempler dans les premières salles ce qui a constitué longtemps le traditionnel costume ouzbek : les riches habits portés à la cour de l’émir de Boukhara que sont ces magnifiques manteaux longs, les chapans, à coupe unique en velours et broderies d’or, dont la particularité réside en ce que celles-ci étaient exclusivement confectionnées par des hommes (!), sans oublier les calottes, doppis, de formes et de textures diverses selon le statut social et l’âge.

                                                 Chapan appartenant à un militaire de haut rang, XIXe siècle, Boukhara. Velours, broderie d’or. Boukhara, Bukhara state museum-reserve, The citadel of Ark - museum of local history (IV-III BC - XX century). Photo service de presse. © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan. © Laziz Hamani

                   © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan.

On discerne aussi très vite que ces pratiques artisanales correspondent à un mode d’existence largement fondé sur la vie nomade à travers ces tapis transportés à travers les steppes ou ces harnachements conçus pour cavaliers ou chevaux. Ces derniers ont d’ailleurs été longtemps au centre de la civilisation ouzbèke et ont donc bénéficié de toutes les attentions comme peut en témoigner le harnachement raffiné dont ils étaient dotés. On en voit comme exemples des selles en bois peintes ou des tapis de croupe en velours brodés d’or.

Le costume féminin rivalise également de richesse et se différencie d’abord selon les classes sociales. Mais on apprend que le poids des traditions et aussi de la religion a interdit aux femmes de porter de la broderie d’or de manière trop visible …  Un manteau recouvrant tour le corps, le parandja dissimule ainsi le reste des vêtements.    

Si les femmes n’avaient pas l’autorisation de confectionner la broderie d’or, elles pouvaient tisser tout ce qui contribue à décorer les intérieurs des habitations à travers ces pièces de tissus brodées de fils de soie, les suzanis : tapis muraux, couvertures de lit, rideaux et autres tapis de prière transmis de génération en génération. Il y avait d’ailleurs deux écoles, celle de Samarcande plutôt basée sur des motifs astraux où le rouge domine et celle de Boukhara avec ces motifs floraux très colorés.

                                Suzani « Gulkurpa » de l’école de Tachkent, dernier quart du XIXe siècle. Coton, fils de soie colorés. Tachkent, State museum of arts of Uzbekistan. Photo service de presse. © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan. © Andrey Arakelyan

                   © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan.

L’exposition présente aussi évidemment un grand choix de tapis vendus sur les marchés qui ont fait la renommée de l’art ouzbek, dont on peut voir une sélection ici. Ce pays fait de steppes et de montagnes produisait en effet beaucoup de laine. Ces tapis sont de différents types : à poil court, brodés, tissés à plat pour être pliés facilement pour le transport, et feutrés (les plus anciens). 

L’exposition accorde aussi une place non négligeable aux bijoux colliers, bracelets et autres diadèmes et boucles d’oreille, la plupart en argent.

                                                          Bracelets « Bilezik », fin du XIXe-début du XXe siècle. Argent, cornaline, agate rouge, filigrane, ciselure Noukous. State museum of arts of the Republic of Karkalpakstan named after I.V. Savitsky. © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan. © Andrey Arakelyan

                   © La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan.

Une petite salle expose enfin la peinture de l’avant-garde russe des années 20 et 30 qui n’est pas sans rappeler aussi la peinture de Matisse …
L’exposition se termine au niveau inférieur avec un impressionnant mur d’Ikats, présentant un ensemble de tuniques comme suspendues dans l’air !  

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                                                                                          © Emmanuel Fouquet

Courez donc voir cette exposition rivalisant de couleurs et tellement dépaysante.

Elle se tient jusqu'au 4 juin 2023

Institut du monde Arabe

1 rue des fossés Saint-Bernard

75005 Paris

© Emmanuel FOUQUET  © 9ème Histoire - 2023


Whistler à Orsay - le 14/04/2022 • 20:36 par TAn

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022

 


James Mc Neill Whistler (1834-1903)
 

Chefs-d’œuvre de la Frick Collection, New York

 


C’est à la fermeture provisoire pour rénovation de la Frick Collection de New York que l’on doit le prêt de tableaux et eaux-fortes de Whistler au Musée d’Orsay jusqu’au 8 mai 2022.

Henry Clay Frick (1849-1919), magnat de l’industrie de l’acier et grand collectionneur d’art, s’était fait construire un hôtel particulier sur la 5e Avenue, où il a vécu entouré d’œuvres d’art, et qu’il légua à la ville de New York et c’est seulement en 1935 que sa maison fut transformée en musée et ouverte au public.

L’exposition d’Orsay comporte quatre peintures à l’huile, trois pastels et douze eaux-fortes de Whistler venus de New York auxquels s’ajoutent trois tableaux faisant partie des collections françaises. L’artiste fut le premier peintre étranger à voir un de ses tableaux entrer au Musée du Luxembourg de son vivant, il s’agit du tableau intitulé : « Arrangement en gris et noir. Portrait de la mère de l’artiste (1871).
 


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Whistler  - Arrangement en gris et noir  Portrait de ma mère  -  1871 -  Photo D. Bureau.
 


Américain de naissance (né en 1834 à Lowell, dans le Massachusetts) il garda sa nationalité américaine toute sa vie sans jamais se sentir vraiment américain. Après avoir passé, dans son enfance, quelques années à Saint-Pétersbourg où son père travaillait pour les chemins de fer russes et où il apprit le français et fréquenta l’Académie des Beaux-Arts, il partit dans un premier temps pour Londres avec ses parents et regagna brièvement les États-Unis à la mort de son père, en 1849.

A partir de 1855, il poursuivit ses études d’art à Paris, dans l’atelier de Charles Gleyre où il côtoya certains des futurs « impressionnistes » après s’être rapproché de Courbet et de Fantin-Latour. Puis il partagea sa vie entre Londres et Paris où son tableau « La Dame en blanc » fut remarqué au Salon des Refusés en 1863.

Comme la plupart des peintres de l’époque, il subit l’influence de la peinture extrême-orientale et le japonisme alors à la mode transparaît dans nombre de ses œuvres. Vivant à Londres essentiellement, il ne put ignorer les préraphaélites et prit part à l’ « aesthetic movement ».

Il passa une grande partie de sa vie à Londres et habita un moment près de la Tamise à Tite Street, tout près de la demeure d’Oscar Wilde qu’il défendit lors de ses procès. Il fit la connaissance de Frederick Leyland, riche armateur et grand collectionneur d’art pour qui il réalisa la décoration de sa maison (et notamment « The Peacock Room ») et un grand portrait sur pied de son épouse (« Symphonie en couleur chair et rose. Portrait de Mrs Frances Leyland ») présenté ici, à Orsay. Le lien entre le peintre et sonmécène se brisa suite à une dispute sur le montant des honoraires pour la « Peacock Room ».
 

c2451b_55761230a32d4369be017fb98841c21b~mv2_d_10280_7724_s_4_2 copie.jpg    IMG_1438.jpg
"The Peacock Room" décoration de Whistler pour la demeure de Frederick Leyland   © Freer Gallery of Art, Smithsonian Institution, Washington, D.C. Gift of Charles Lang Freer                             Whistler  - Symphonie en couleur chair et rose. Portrait de Mrs Frances Leyland - Photo D. Bureau
 


En 1878, lorsque le critique d’art britannique, John Ruskin, lui reprocha ses tarifs outranciers (« Deux cents guinées pour un pot de peinture jetée à la face du public »), Whistler l’attaqua en justice et gagna son procès en démontrant qu’il facturait une pareille somme non pas pour l’exécution d’une œuvre réalisée en une demi-journée mais pour l’expérience de toute une vie.

Suite à ce procès, il fut néanmoins ruiné et dut s’exiler à Venise pour exécuter une commande de gravures de la Fine Art Society qui lui permirent de survivre.


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Whistler  -  Gravure de Venise  -  Photo D. Bureau.
 


Si trois grands portraits sur pied (Mrs Leyland, Miss Rosa Corder et Robert de Montesquiou-Fezensac) quelques paysages ainsi que des gravures de Venise sont bien présents dans cette exposition, manquent les œuvres de Whistler qui rappellent Turner et les impressionnistes français, œuvres tendant vers l’abstraction dont aucune n’appartient à la Collection Frick mais qu’on avait pu voir au Petit Palais lors de l’exposition « Les Impressionnistes à Londres. Artistes français en exil (1870-1904) », en 2018.
 


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Whistler  -  Arrangement en noir et or : Comte Robert de Montesquiou-Fezensac  -  Photo D. Bureau
 

La plupart des tableaux de Whistler exposés à Orsay ne sont pas signés par l’artiste mais à partir du début des années 70 le peintre substitua à sa signature une sorte de monogramme ayant la forme d’un papillon qu’on retrouve ici et qui rappelle le cachet apposé aux estampes japonaises. Les titres de ses œuvres évoquent souvent la musique et les couleurs (« Arrangement en gris et noir », « Symphonie en couleur chair et rose », « Nocturne en noir et or » …). Plus que le sujet, c’est l’harmonie ou la discordance des couleurs qui comptent pour l’artiste.

Si certains des plus beaux tableaux de l’artiste sont effectivement présents à Orsay, on reste un peu sur sa faim après avoir parcouru l’unique salle où se trouvent ces œuvres de la Frick Collection mais dès le 12 avril, le musée offrira aux visiteurs deux nouvelles expositions, une sur le sculpteur/ peintre Maillol et l’autre sur l’artiste catalan Gaudi.
 


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 Whistler  -  Autoportrait vers 1872.
 

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MUSÉE D'ORSAY

1, rue de la Légion d'Honneur
75007 Paris

Jusqu'au 8 mai 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


La collection Morozov - le 27/02/2022 • 12:00 par APo

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022
 


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Vlaminck - Vue de la Seine -  1906  - © Musée de l'Ermitage St Petersbourg.
 


UNE PARTIE DES COLLECTIONS DES FRÈRES MOROZOV ENCORE À PARIS
(FONDATION LOUIS VUITTON)
JUSQU’AU 3 AVRIL

 


Boudées par leurs contemporains, éreintées par les critiques de l’époque, des peintures de Corot, Manet, Monet, Renoir, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Picasso, Degas, Bonnard, Matisse, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Sisley, Denis, Marquet, Vlaminck, Derain, Valtat, et autres grands artistes français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, ont séduit entre 1899 et 1917 deux richissimes collectionneurs russes formés à l’art (héritiers d’un empire industriel textile créé par leur grand-père), les frères Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov.

Tous leurs biens, leurs somptueux palais (1) et leurs collections furent nationalisés par l’État russe en 1918. A sa mort, en 1903, Mikhaïl possédait 39 œuvres d’art moderne occidentales et 44 russes, qu’il demanda à sa veuve de léguer à ses amis de la galerie municipale moscovite Trétiakov (créée en 1892), ce qu’elle fit en 1910. Mikhaïl fit découvrir Van Gogh aux Russes. Ivan prit la relève en 1903 et put rassembler avant la Révolution pas moins de 430 œuvres d’art moderne russes et 240 françaises. On peut en voir une partie actuellement à la Fondation Louis Vuitton (exposition prolongée jusqu’au 3 avril). C’est une opportunité très rare. On n’a jamais assez de temps pour se pencher sur toutes les œuvres de qualité exposées au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg ou au musée Pouchkine (2) de Moscou …et M. Poutine risque de ne pas être toujours si généreux à l’avenir pour les laisser sortir.
 


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Valentin Serov  - Portrait d'Ivan Abramovitch Morozov  -  Moscou 1910  -  © Galerie Tretiakov Moscou.
 


Cette exposition, qui nous propose 170 œuvres, organisée par Anne Baldassari, vient compléter celle qu’elle avait réservée en 2017 à la collection d’un autre industriel du textile (richissime, philanthrope et moscovite), leur ami Sergueï Chtchoukine (de l’avis général avec des œuvres plus prestigieuses, qui ont reçu 1,3 million de visiteurs…). Les deux expositions sont dédiées aux « Icônes de l’Art Moderne ». On y découvre aussi des sculptures de Rodin et Maillol. Une part très importante est donnée à des œuvres de contemporains russes talentueux, que l’on sent sous influence et qui côtoient nos grands noms sans les égaler : Korovine et Sérov (qui seront des conseillers à l’achat des deux frères) mais aussi les grands Malévitch, Vroubel, Répine, Outkine, Sarian, etc. Les frères Morozov, bien plus que Chtchoukine, tenaient à faire connaître l’avant-garde russe et ces œuvres  (présentées aujourd’hui à la galerie Trétiakov), étaient exposées au rez-de-chaussée de leurs palais, visibles de tous. Les œuvres françaises étaient à l’étage, réservées aux initiés.  

Les « collections Morozov » ont connu beaucoup d’aventures avant d’enrichir l’Ermitage et le Pouchkine. Il y eut des tentatives de vente sur le marché international : « Le Café de nuit » (1888) de Van Gogh et « Le portrait de Madame Cézanne » (1891-1892) partirent aux États-Unis. C’est en 1928, dans l’ex-palais d’Ivan, où fut installé le Musée national d’art moderne occidental (GMNZI, créé en 1923), que les collections Morozov seront présentées dans un premier temps à côté des collections Chtchoukine. En 1938, elles furent interdites au public pour des raisons idéologiques…
 


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Valentin Serov  -  Portrait de Mikhail Abramovitch Morozov  - 1902  -  © Galerie Tretiakov Moscou.
 

Pendant la deuxième Guerre mondiale, les collections furent mises à l’abri à Novossibirsk, en Sibérie. Après la guerre, en 1947, sur ordre de Staline, le musée d’art moderne occidental fût « liquidé » et les œuvres occidentales furent réparties entre le musée de l‘Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou ; mais elles ne seront présentées au public qu’après le « dégel » de 1950…Elles sortiront de leurs écrins difficilement et au compte-goutte par crainte notamment d’une demande de restitution des héritiers…  C’est la première fois qu’elles sont présentées hors de Russie et un décor de fond léger grisé les resitue dans leur jus d’époque, sur les murs des deux frères. 
 


170 CHEFS D’ŒUVRE
 


Les œuvres vedettes de l’exposition sont incontestablement la marine de Vincent Van Gogh, rare petit format du peintre consacré à la mer (« La mer aux Saintes-Maries », 1888, Moscou) et sa « Ronde des prisonniers » de Saint-Lazare, (1890, Moscou). Pablo Picasso est présent avec trois toiles exceptionnelles : « Les deux saltimbanques » (1901, Moscou), « Acrobate à la boule » (1905, Moscou) et un portrait cubiste d’Antoine Vollard (1910, Moscou).

Une salle entière a été consacrée à « Gauguin en Polynésie » avec 13 toiles magnifiques (venues de Moscou et Saint-Pétersbourg), et en bonus un chef d’œuvre provençal :  le « Café à Arles » (1888, Moscou). Cézanne (18 numéros) et Matisse méritent qu’on prenne beaucoup de temps. Comme Monet, avec son « Boulevard des Capucines », (1873, Moscou), son « Étang à Montgeron » (1876, Saint-Pétersbourg), son « Coin de jardin à Montgeron » (1876, Saint-Pétersbourg). Les Morozov ont choisi de très belles pièces qui nous sont peu connues. Personnellement j’ai été aussi ravie par des Sisley et des Derain inconnus.

Le « nabi » Maurice Denis (panneaux, 1908) et Aristide Maillol (quatre sculptures, 1910-1911) ont eu un cadeau exceptionnel avec la reconstitution (grâce au mécénat de la Fondation Louis Vuitton) des décors gigantesques évoquant l’histoire de Psyché créés pour l’immense salon de musique du palais d’Ivan Morozov.

Allez découvrir tout cela. Nous restons impressionnés par la clairvoyance de ces philanthropes russes qui ont permis d’écrire une page de l’histoire de l’art français à Moscou, développé la culture de leurs jeunes artistes et ouvert les yeux et le goût du monde entier.
 


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Paul Cézanne  -  Paysage. Montagne Sainte-Victoire  Aix-en-Provence   -  ca 1896 -1898 -  © Musée national de l'Ermitage St Petresbourg
  
 




Anick PUYÔOU

 


(1) Ivan a fait construire un palais somptueux rue Pretchistenka et Mikhaïl un hôtel particulier dans le style hispano-mauresque (devenu La Maison de l’amitié des peuples du temps de l’URSS) boulevard de Smolensk, au centre de Moscou. Leur père recevait Tchékhov, Bororykine, Korolenko, etc dans son hôtel particulier de la rue Vozdvijenka (ancien palais des princes Dolgorouki). Une pièce jouée au Théâtre Maly en 1897, intitulée « Le gentleman », s’inspirant de Mikhaïl Morozov, de ses excès et de sa passion de collectionneur, fit jaser tout Moscou…

(2) Créé en 1912, le Musée Alexandre III deviendra le Musée Pouchkine, en hommage au poète, en 1937. Il compte 670 000 œuvres, dont des trésors archéologiques pris en Allemagne après la guerre et dont la R.FA. demande la restitution. Une partie des collections Chtchoukine et Morozov ont été transférées de l’Ermitage à Pouchkine.

 

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FONDATION LOUIS VUITON

8, avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne
75116 Paris

Jusqu'au 3 avril 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


Julie Manet - le 03/01/2022 • 13:29 par HTa

© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022
 


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Pierre-Auguste Renoir - " L'enfant au chat" (Julie Manet) - 1887  -  © Musée d'Orsay.
 


Julie Manet

La MÉMOIRE Impressionniste

 


Chez les Manet-Morisot, la peinture est une histoire de famille. Comment échapper à son destin quand on vit entourée d’artistes dans un cadre ressemblant à un musée ? Sa mère, Berthe Morisot (1841-1895) était l’impressionniste femme la plus célèbre de son époque, son oncle, Édouard Manet (1832-1883) un peintre très connu même si très critiqué, son père, Eugène Manet (1833-1892), le frère d’Édouard, un peintre amateur, sans oublier sa tante Edma et ses cousines, Jeannie et Paule, peintres à leurs heures également…Quant aux amis de la famille, ils s’appelaient Renoir, Degas…et sur les murs de la demeure familiale on ne comptait pas les Manet, Morisot, Degas, Renoir, Corot, Delacroix…

Dès son plus jeune âge, Julie Manet avait servi de modèle à sa mère, à son oncle et à Renoir. Sa mère l’avait représentée à tout âge (bébé, enfant, adolescente), seule, avec son père ou avec ses cousines.
 


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Berthe Morisot - Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival  - 1881 -  © Musée Marmottan-Monet.
 


Si sa mère avait reçu une formation artistique classique, ce ne fut pas le cas de Julie qui après avoir regardé sa mère peindre, reçut d’elle des conseils d’où la similarité occasionnelle de la touche et de l’inspiration dans les tableaux des deux femmes. A la mort de Berthe Morisot, ce fut Renoir qui assura la formation artistique de Julie.

Tout comme Berthe Morisot et Édouard Manet, Julie fréquenta beaucoup les salles du Louvre où elle exécuta de nombreuses copies de maîtres. C’est au Louvre que Manet avait rencontré Morisot à qui il avait demandé de poser pour lui. C’est également là que Julie fit la connaissance de son futur mari, Ernest Rouart.  A plusieurs reprises, Julie exposa ses tableaux au Salon des Indépendants (1896, 1898) mais après son mariage, en 1900, elle cessa d’exposer et de tenir son journal, sans pour autant arrêter de peindre.
 


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Ernest Rouart, Julie Manet, Paul Valéry, Jeannie Gobillard le jour de leur marisage (31 mai 1900)
© Franck Boucourt - © L'Express.

 


Ses parents avaient fait bâtir un immeuble au 40, rue de Villejust (aujourd’hui rue Paul Valéry) dans le 16e arrondissement et c’est là qu’elle passa son enfance avec ses cousines Paule et Jeannie Gobillard, dont la mère, Yves, était la sœur de Berthe.

Les trois jeunes filles surnommées par leurs proches « l’escadron volant » faisaient tout ensemble et ne se déplaçaient jamais l’une sans l’autre. A la mort des parents de Julie, ce fut le poète Mallarmé, un autre grand ami de la famille, qui après avoir été chargé de l’éducation littéraire de Julie, en devint le tuteur et il fut secondé dans la tâche par Renoir et Degas qui, malgré sa misogynie, aimait à jouer les « entremetteurs » et organisa la rencontre entre Julie et Ernest Rouart, le fils d’Henri Rouart, ingénieur, mécène et grand collectionneur d’œuvres d’art. Le mariage eut lieu en 1900, en même temps que celui de Jeannie Gobillard avec Paul Valéry. Les Rouart s’installèrent au 4eétage du 40, rue de Villejust quant aux Valéry ils occupèrent le 3eétage.
 


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Ernest Rouart - "Julie Manet lisant"  - © Collection particulière - Christian Baraja SLB
 


Ernest Rouart était lui-même peintre et on peut voir dans l’exposition plusieurs tableaux de lui représentant Julie. A la mort de son père, en 1912, une grande partie de son immense collection d’œuvres d’art fut vendu aux enchères et Julie et Ernest en rachetèrent un grand nombre (des Poussin, Fragonard, Corot, Delacroix, Daumier ainsi que des tableaux impressionnistes).

Par ailleurs, Julie, fille unique du couple Morisot-Manet, avait hérité du fonds d’atelier de sa mère, de tableaux de son oncle ainsi que des tableaux de Degas, Monet… faisant partie de la collection de Berthe. Si on ajoute à cela que le couple était lui-même collectionneur et qu’ils enrichirent leur collection tout au long de leur vie on peut imaginer la quantité de tableaux qu’ils possédaient.
 


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Édouard Manet - La dame aux éventails (Nian de Callias) - 1873  - © Musée d'Orsay.
 


Julie consacra une grande partie de son existence à mieux faire connaître et à promouvoir la peinture de sa mère, à réconcilier le public avec l’œuvre de Manet, peintre longtemps mal perçu ainsi qu’à faire reconnaître d’autres peintres appartenant notamment au courant impressionniste. Le moyen le plus sûr, selon elle, était en faisant don de tableaux à divers musées dont le Louvre (qui reçut « La Dame aux éventails » de Manet, « La Dame en bleu » de Corot, un autoportrait de Delacroix…). D’autres institutions muséales à Lyon, Toulouse, Montpellier et Paris, reçurent des Berthe Morisot.
 


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J.B. Corot - La dame en bleu - 1874 - © Musée du Louvre.
 


Après son mariage, Julie, élevée par des parents non croyants, en même temps que d’autres membres de sa famille fut attirée par la religion et entra dans le Tiers ordre dominicain, d’où la présence de tableaux religieux de Maurice Denis dans l’exposition.

Si le rez-de-chaussée de l’exposition rassemble des tableaux représentant Julie Manet et ses proches, des œuvres d’amis impressionnistes et d’autres tableaux ayant fait partie des collections de Berthe Morisot, de Henri Rouart ou de Julie et Ernest Rouart, à l’étage on peut voir des tableaux de Julie Manet, son Journal ainsi que des arbres généalogiques des deux branches (Rouart et Manet).
 


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Julie Manet - Martha en robe de velours vert - 1898 - © Christian Baraja SLB - © L'Express.
 

C’est dans un milieu très protégé, à la fois de la haute bourgeoisie et artistique, qu’évoluèrent les deux couples (Rouart et Valery) et cette exposition en est bien le reflet. Elle permet de faire la connaissance de l’artiste Julie Manet mais surtout de percevoir le rôle qu’elle a joué, par ses dons généreux et ses écrits, dans la transmission de la mémoire impressionniste.
 

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MUSÉE MARMOTTAN-MONET

2, rue Louis-Boilly 75116 Paris

Jusqu'au 22 mars 2022
 

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© H.Tannenbaum 2022 - © 9ème Histoire 2022


L'Arc de Triomphe Wrapped - le 09/09/2021 • 10:23 par HTa