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Les Nadar - le 17/12/2018 : 09:00 par HTa

   
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Les Nadar, Une Légende Photographique
 


« Dans la famille Nadar, je demande Félix, le frère ainé !» C’est à une partie de jeu des sept familles qu’on a l’impression de jouer en parcourant l’exposition Nadar, présentée actuellement à la BNF/ François Mitterand jusqu’au 3 février 2019.

Ils étaient trois : Félix (1820-1910), le frère ainé, Adrien (1825-1903), le fils cadet et Paul (1856-1939), le fils de Félix.


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Ils ne s’appelaient pas « Nadar » mais « Tournachon » ; c’est Félix qui avait décidé de changer de nom (de Tournachon, il était passé à Tournachondar, puis Tournadar, Nadarchon, Nadard et enfin Nadar).
Si à l’évocation du nom
Nadar, on pense généralement à Félix, c’est à cause de sa personnalité qui écrasait littéralement celle des deux autres mais, chacun à sa façon, les trois hommes ont contribué à l’existence et à la gloire de l’atelier Nadar.

Au début, Félix ne connaissait rien à la photographie et rêvait d’une carrière d’écrivain ; il fut, tour à tour, chroniqueur, journaliste, caricaturiste (fréquentant Daumier, Gavarni, Carjat, Gill…) ce qui lui permit de connaître grand nombre de célébrités dans le domaine littéraire et artistique (notamment Dumas, Balzac, Nerval, Baudelaire, Hugo…)

De caricaturiste il devint « caricaturé », son physique (géant à la silhouette dégingandée, à la chevelure rousse, portant gilets ou vareuses rouges) faisant le bonheur des autres caricaturistes.


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Caricature de Félix Nadar - Nadar: à nous deux!! par Edourad Riou.
 


Il conçût tout d’abord le projet d’un « Panthéon des célébrités littéraires » (qu’il souhaitait étendre aux peintres, dessinateurs, sculpteurs, compositeurs…), œuvre plus connue sous le nom de « Panthéon Nadar » et dans laquelle il caricaturait les célébrités de l’époque, tout en accompagnant chaque caricature d’une biographie amusante mais l’œuvre resta inachevée.

Ce sont les activités photographiques d’Adrien qui firent comprendre à son ainé l’intérêt de ce nouvel art ainsi que le potentiel de revenus et de notoriété qu’il comportait. Délaissant la caricature, il se lança, à son tour, dans la photographie.
 


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Autoportrait d'Adrien Tournachon allongé sur un sofa - ca 1858.
 


Selon Baudelaire, Félix vivait dans un état d’agitation permanent ; il disait que Félix avait « la plus étonnante expression de vitalité, un tempérament exubérant et incontrôlable ».

Dans « Les Mémoires du Géant », Félix faisait de lui-même ce portrait : « La plus solide et la mieux établie des réputations des cerveaux brûlés… un vrai casse-cou… bravant l’opinion, inconciliable avec tout esprit d’ordre… mal élevé jusqu’à appeler les choses par leurs noms et les gens aussi, n’ayant jamais raté l’occasion de parler de corde dans la maison de gens pendus ou à pendre ».
 


Alexander_Dumas__Nadar.jpg   Sarah_Bernhardt_by_Félix_Nadar_2.jpg   Jacques_Offenbach_by_Nadar.jpg
Portraits d'Alexandre Dumas - 1855 - de Sarah Bernhardt drapée en blanc - 1864 -  et de Jacques Offenbach - 1878 - par Nadar.
 


Il était un touche-à-tout de génie, excellait dans toutes ses entreprises, n’hésitant jamais devant les prises de risques, y compris financiers. A plusieurs reprises, il évita la faillite grâce à la gestion rigoureuse de son épouse, Ernestine qui joua jusqu’en 1887, date de son attaque cérébrale, un rôle de modérateur entre Félix et son frère, Adrien, et entre Félix et son fils, Paul, atténuant les brouilles familiales ; malgré cela le climat ne fut jamais serein entre les différents membres de la famille Nadar et les conflits se terminaient quelquefois par des procès.
Après deux ans de procédure (1856-1857),
Félix obtint l’usage exclusif du pseudonyme « Nadar », en interdisant ainsi à son frère l’utilisation ; la même bataille opposera plus tard Félix et son fils. Malgré le verdict du procès, Adrien continua à signer ses œuvres du nom de Nadar, ce qui explique que, souvent, des photographies prises par Adrien aient été attribuées à Félix et qu’il est parfois difficile de savoir qui a fait quoi.

Pourtant leurs personnalités étaient différentes, tout comme l’étaient leurs œuvres. Adrien Tournachon, d’un tempérament bohème, nonchalant voire irresponsable, était avant tout un peintre et il entendait hisser la photographie au rang des Beaux-Arts ; Il fut le seul de la famille Nadar à avoir reçu une formation auprès d’un photographe et non des moindres puisqu’il s’agit de Gustave Le Gray qui avait lui-même commencé par être peintre. Adrien avait le sens du décor et de la mise en scène et souhaitait faire du commercial sans pour autant renoncer à la création d’une œuvre d’art. La BNF présente une très belle série de photographies prises par Adrien du mime Deburau en « Pierrot ».


Nadar-Tournachon_Deburau_Pierrot_2.jpg   Pierrot_Laughing.jpg
Le mime Deburau par Adrien Tournachon.
 

Paul est le seul à avoir consacré toute sa vie exclusivement à la photographie ; il était pratiquement né dans l’atelier de son père et ne le quitta jamais si ce n’est pour passer d'un atelier à un autre. De devant l’objectif (photographies de Paul au sein de sa nourrice, de Paul enfant entre deux membres de l’ambassade japonaise, qu’on peut voir dans l’exposition) il passa derrière l’objectif. Vu la personnalité écrasante de son père il eut du mal à se faire un prénom ; en 1895, lorsqu‘il devint propriétaire de l’atelier, il se hâta d’afficher que la maison n’avait pas de succursale (au moment même où Félix, exilé à Marseille, avait ouvert un studio).

Paul transforma l’atelier en une entreprise moderne ; il devint le représentant exclusif de la firme américaine Kodak en France où il introduisit l’instantané de George Eastman et le film souple, ce qui permit de rendre la photographie plus accessible aux non-professionnels. Il s’adapta au goût de ses contemporains, se consacra beaucoup à la photographie des arts du spectacle ; son sens du théâtre l’amenait souvent à placer ses sujets dans des décors peints en trompe-l’œil.

Au début de leur aventure, pour mieux faire connaître leur art encore méconnu, les Nadar eurent recours aux autoportraits ou aux portraits de famille, comme le montre la première partie de l’exposition.C’était pour eux une façon de promouvoir leur atelier. Même s’ils avaient tous trois un goût prononcé pour le déguisement et l’exotisme, certaines photos montrent bien le caractère de chacun d’entre eux (Adrien est représenté en dandy, Ernestine en femme d’affaires, Félix en esquimau, Paul en chef d’entreprise ou explorateur).

Au gré de leur popularité et de leur fortune, les Nadar ont occupé un certain nombre d’ateliers à Paris, presque jamais très loin du 9e arrondissement. Félix a d’abord travaillé au 115, rue Saint-Lazare, puis Adrien a ouvert un atelier au 11, boulevard des Capucines avant que Félix ne s’installe au 35, boulevard des Capucines, atelier qui fut incontestablement le plus célèbre et auquel on pense en évoquant les Nadar. Il fut choisi au cœur d’un quartier en plein essor, à proximité du futur opéra de Charles Garnier et des avenues haussmanniennes à venir. C’est dans ce même atelier que les Nadar avaient alors quitté que se tint, en 1874, l’exposition des peintres refusés par le Salon de Paris (Monet, Renoir, Degas, Caillebotte, Pissarro…).
 


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Façade de l'atelier Nadar au 35 boulevard des Capucines.
 


L’atelier du boulevard des Capucines très spacieux entraîna des charges considérables et la présence d’un grand nombre d’employés ; les frais trop élevés menèrent Félix à la faillite et il dût y renoncer et s’installer dans un lieu plus modeste au 51, rue d’Anjou. Quant à Paul, le dernier des Nadar, il finit sa carrière rue de Bassano, dans l’ancien atelier du peintre Léon Bonnat.

Les Nadar qui étaient des précurseurs dans bien des domaines affirmèrent leur goût pour la modernité dans tous les locaux qu’ils occupèrent, y installant des ascenseurs, l’air chaud, la climatisation et éclairant les façades au gaz, sur lesquelles la signature zigzagante de Nadar ne manquait de s’afficher en rouge. Tous leurs studios de photographie comportèrent soit des espaces extérieurs (jardins, terrasses, toits) soit des locaux recouverts d’une verrière pour pouvoir profiter de la lumière naturelle, indispensable alors à la photographie.

L’œuvre des Nadar est également associée aux avancées scientifiques et techniques de leur époque.

Adrien, par ses photos, participa à la recherche pour l’amélioration de la race animale et collabora avec des médecins des hôpitaux à propos du mécanisme de la physionomie humaine. Il fit également des recherches dans le domaine de l’agrandissement photographique.
 


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Félix Nadar et sa femme, Ernestine, en ballon - 1863 - par Nadar.
 


Félix, passionné d’aéronautique, avait fait l’acquisition d’un ballon, « Le Géant », dans lequel on peut le voir photographié seul ou en compagnie d’Ernestine (ces photos furent prises en studio) mais cela lui donna l’idée de l’intérêt des photographies aériennes et de la réalisation de cartes topographiques.
En 1861, il déposa un brevet concernant la photographie à la lumière artificielle qui lui permit de réaliser des portraits de nuit et une série de clichés dans les Catacombes (1862) et les égouts de Paris (1865) ; il se lança  aussi dans la photographie sous-marine.

Paul s’efforça de travailler sur le problème de la réduction du temps de pose et développa donc l’instantané. Il pratiqua également la retouche à même les négatifs, colorisa des photos en noir et blanc et travailla sur les effets de flou photographique.

Les Nadar, personnages à multiples facettes, parfois alliés mais souvent rivaux, avec des personnalités complémentaires avaient tous trois foi dans le progrès et un goût très prononcé pour l’innovation et cette exposition rend un légitime hommage aux deux Nadar (Adrien et Paul) longtemps éclipsés par le charisme de Félix.

                 
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Portraits de Joséphine Baker - 1930 - et de Charles Baudelaire - 1855 - par Paul et Félix Nadar.

 

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BNF / Site François Mitterand

11, quai François-Mauriac
75013 Paris

Ouvert tous les jours sauf lundi de 10 h à 19 h
Jusqu’au
3 février 2019

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Collections Privées à Marmottan - le 13/11/2018 : 09:00 par HTa



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 P. Gauguin  -  Nature morte à l'Espérance"  -  1901


 



Collections Privées

Chefs-d’œuvre de Collections particulières
de l’Impressionnisme au Fauvisme


 

C’est, une fois de plus, à des collectionneurs privés que le Musée Marmottan a fait appel pour monter leur nouvelle exposition qui se tient en leurs murs jusqu’au 10 février. Cette exposition, conçue dans le même esprit, fait suite à celle présentée, en 2014, intitulée « Impressionnistes en Privé », qui célébrait le 80e anniversaire du musée.

La collection permanente de Marmottan est elle-même composée de donations faites par des particuliers, artistes, descendants d’artistes ou collectionneurs privés ; c’est notamment le cas pour les œuvres de Claude Monet et de Berthe Morisot. Pour « Collections Privées », ce sont trente collectionneurs qui ont accepté de prêter leurs œuvres et si beaucoup ont souhaité garder l’anonymat, les noms de certains d’entre eux (David Nahmad, Perez Simon, Isabelle et Scott Black…) ou tout au moins leur pays d’origine sont indiqués sur les cartels.

Interviewée, Claire Durand-Ruel, l’une des commissaires de l’exposition, dit qu’il est souvent facile de convaincre les collectionneurs de prêter leurs biens car ce sont, dit-elle, des gens qui ont le sens du partage. Il fallait bien sûr trouver des personnes disposées à se séparer de leurs tableaux pendant cinq mois, durée de l’exposition, mais les autres critères du choix des œuvres exposées ont été selon les commissaires (Marianne Mathieu et Claire Durand-Ruel), la qualité intrinsèque des œuvres et le fait qu’elles n’ont jamais été montrées au public ou tout au moins pas récemment.
 


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E. Vuillard - Messieurs et Mesdames Josse et Gaston Bernheim-Jeune au 107, avenue Henri Martin" - 1905
 


L’exposition s’ouvre sur une toile de Vuillard montrant des marchands d’art/ collectionneurs, contemporains des impressionnistes : Josse et Gaston Bernheim-Jeune, dans leur appartement de l’avenue Henri Martin dont les murs sont couverts de tableaux. Les marchands recevaient généralement leurs clients dans leur galerie mais étant également des collectionneurs, ils possédaient aussi un grand nombre d’œuvres dans leur appartement qu’ils ouvraient à l’occasion aux visiteurs.

L’exposition qui ne comporte que 62 œuvres (essentiellement des tableaux, quelques dessins et de rares sculptures) recouvre la période 1880 - 1923, comme l’indique l’intitulé, de l’Impressionnisme au Fauvisme, et donne un aperçu de tous les mouvements qui se sont succédés (les Impressionnistes avec Monet, Renoir, Pissarro, Degas et Caillebotte ; les Néo-Impressionnistes avec Seurat, Signac, Rysselberghe ; l’École de Pont-Aven avec Gauguin et Émile Bernard ; les Nabis avec Vuillard et Bonnard ; les Fauves avec Derain, Vlaminck, Van Dongen et des peintres inclassables tels que Toulouse-Lautrec, Matisse, Picasso…). La sculpture est représentée par Camille Claudel, Rodin et Bourdelle.

Dans les premières salles figurent les peintres impressionnistes : plusieurs tableaux de Monet, parmi lesquels « Les Pyramides à Port Coton, effet de soleil », 1886, peint lors d’un voyage à Belle-Ile ; le peintre, habitué aux côtes normandes, fut émerveillé par l’aspect sauvage du paysage et les côtes déchiquetées de l’île.
Plus tard, en se rendant en compagnie de
Renoir dans le midi, il s’arrêta à l’Estaque qu’il connaissait à travers les œuvres de Cézanne, avant de gagner la riviera italienne («Villas à Bodighera »,1884) dont la végétation luxuriante l’avait ébloui. Monet qui est considéré avant tout comme un peintre de plein air, a peint relativement peu de natures mortes et de bouquets coupés mais on peut admirer à Marmottan « Les Chrysanthèmes rouges », 1880 ; ce tableau avait appartenu à Caillebotte qui partageait avec Monet l’amour des jardins et des fleurs ; il l’avait légué à l’état français qui choisit de ne pas le retenir !
 


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C. Monet - Les Chrysanthèmes rouges - 1880

 


De Caillebotte, plusieurs tableaux ; en premier lieu celui qui fait l’affiche de l’exposition, « La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine »,1890, puis un intérieur bourgeois, peut-être celui de la famille Caillebotte et le célèbre tableau représentant la gare St-Lazare vue depuis le pont de l’Europe, mettant en relief les changements intervenus au cours de l’ère haussmannienne.
 



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G. Caillebotte - La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine - 1890                            C. Pissarro -  Déchargement de bois, quai de la Bourse, au coucher du soleil » - 1898
 


De Pissarro, un tableau à Rouen : «Déchargement de bois, quai de la Bourse, au coucher du soleil », 1898. Tout comme Monet l’avait fait avec la cathédrale de Rouen, Pissarro avait peint une série de quais de la Seine, sous différents éclairages, depuis sa chambre d’hôtel. De Renoir, plusieurs portraits de la famille Bernheim (l’un de Mme Josse Bernheim-Dauberville, 1901, et un autre de l’une de ses futures belles-filles). De Degas, un tableau d’une danseuse rattachant son chausson, 1887, image familière pour ce peintre qui se rendait quasiment tous les jours à l’opéra, arpentant les coulisses, les vestiaires et les salles de répétition de l’institution.


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G. Seurat - La Seine à Courbevoie - 1885     -   T. Van Rysselberghe - La Régate - 1892.
 


Pour la période néo-impressionniste, on retrouve Seurat avec « La Seine à Courbevoie », 1885 ; de ce tableau se dégage un sentiment de solitude avec la silhouette rigide d’une femme qui ne semble pas sensible à la nature qui l’entoure. Du peintre belge Rysselberghe, le tableau d’une régate à laquelle participait son ami Signac (1892) : on retrouve ici l’influence du pointillisme et du japonisme.

« Castellane », 1902, de Signac qui, installé à St-Tropez, parcourait les chemins de la Haute-Provence à bicyclette, peignant des aquarelles qui servaient de base à de futurs tableaux. Van Gogh, interné volontaire à l’hôpital de St-Rémy, peignait les jardins et les champs à proximité. Cette période qui précéda son départ pour Auvers est illustré par « Les Lauriers Roses »1889.
 


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    La Blanchisseuse  -  Toulouse-Lautrec - 1886-1887
 


Deux tableaux de Toulouse-Lautrec sont exposés ici, c’est peut-être la même femme rousse qui a posé pour les deux (Suzanne Valadon ? Carmen Gaudin ?). L’un d’entre eux représente une blanchisseuse ; tout comme Degas avec ses repasseuses, le peintre insiste sur le côté pénible et épuisant du métier.

L’école de Pont-Aven est représentée par plusieurs œuvres dÉmile Bernard : « Les Falaises d’Yport », 1892 dans un style très épuré et « Printemps ou Madeleine au Bois d’Amour », 1892, où il peint un monde idéalisé.
 


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Émile Bernard - La Falaise d'Yport - 1892
 


Un seul tableau de Gauguin : « Nature morte à l’Espérance », 1901, représentant des tournesols ; Gauguin séduit par les tournesols de Van Gogh, avait même planté, avec succès, des graines de tournesols à Tahiti. C’est à la demande de son marchand Vollard que Gauguin avait peint des natures mortes de fleurs.

Le courant « Nabi » est illustré par Vuillard et « La Partie de Bridge au Clos Cézanne », 1923, le peintre avait souvent été témoin de parties de cartes chez Joseph Hessel, le propriétaire de Clos Cézanne. De Bonnard, un tableau de sa future épouse, Marthe : « Nu debout, de profil », 1905.
 


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C. Monet - Les Pyramides de Port Coton, effet de soleil  - 1886
 


Pour la section illustrant le fauvisme, une toile de Matisse représentant Port Coton, un rappel du même site qu’on a pu voir au début de l’exposition peint par Monet et une autre toile représentant la mer à Étretat, peinte comme Matisse avait l’habitude de le faire, depuis la fenêtre de sa chambre. Contrairement aux vues habituelles d’Étretat ce n’est pas la porte d’Aval qui est au premier plan, l’artiste insiste ici sur les contrastes de lumière sur la plage, la mer et dans le ciel. Des tableaux d’autres peintres fauves (Derain, Vlaminck, Van Dongen…) complètent cette section.

« Danseuse espagnole », 1901, de Picasso clôt l’exposition, l’artiste pratique ici la technique pointilliste, inhabituelle chez lui.
 


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P. Picasso - Danseuse espagnole - 1901                                                                   C. Claudel - La Valse
   


Pour la sculpture, c’est Camille Claudel qui est la mieux représentée avec trois œuvres dont un couple dansant la valse et « La petite Châtelaine », 1893, qui montre que même élevée dans un milieu privilégié, l’enfance n’est pas forcément une période sereine comme le montre le visage grave et angoissé de la petite fille. Les autres sculptures sont de Rodin et Bourdelle.
 

Même si on peut avoir l’impression d’avoir déjà vu à de multiples reprises, dans certains musées, les tableaux évoqués ci-dessus, c’est sans doute parce que certains artistes avaient l’habitude de peindre les mêmes scènes plusieurs fois mais ce sont bien des œuvres appartenant à des collectionneurs privés qui sont présents ici  et en réalisant cette exposition, le Musée Marmottan a d’une part permis que le public puisse pendant  quelques mois avoir le plaisir de voir ces tableaux et d’autre part, il a voulu rendre hommage aux collectionneurs sans lesquels certains musées, dont Marmottan, n’existeraient pas.
 


Hélène TANNENBAUM
 

 

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Musée Marmottan Monet

2, rue Louis-Boilly
75016 Paris

Ouvert de 10 h à 18 h
Jusqu’au
10 février 2019

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© 9ème Histoire 2018


Alphonse Mucha - le 18/10/2018 : 17:48 par HTa



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A. Mucha - Décor pour le pavillon de Bosnie-Herzégovine de l'exposition universelle de 1900.

 


Alphonse Mucha
 

Le Musée du Luxembourg présente, jusqu’au 27 janvier 2019, une grande rétrospective de l’artiste tchèque, Alphonse Mucha (1860-1939). En France, les affiches réalisées pour l’actrice Sarah Bernhardt et les publicités destinées à promouvoir certains produits nous étaient familières, mais les œuvres patriotiques ou mystiques du peintre restaient, pour la plupart d’entre nous, inconnues. Enfin une occasion de découvrir l’ensemble de l’œuvre grâce à la collaboration entre le musée du Luxembourg et la Fondation Mucha de Prague.


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A. Mucha - Publicité Moet & Chandon.
 

Né en 1860, en Moravie, une province de l’empire austro-hongrois, Mucha grandit dans un décor de baroque « tchèque ». Bien décidé, depuis son plus jeune âge, à devenir peintre, il réussit à faire financer ses études d’art par le comte Eduard Khuen-Belasi (pour lequel il avait réalisé des fresques) d’abord à Munich puis à Paris, ville considérée alors comme la capitale européenne des arts.
Dès 1887, il suivit des cours à l’
Académie Julian avant de fréquenter la Grande Chaumière. C’est à Paris qu’il fit la connaissance de peintres nabis, de Gauguin avec lequel il partagea, un temps, un atelier, du Praguois Kupka, de l’écrivain suédois Strindberg ; il s’y familiarisa avec l’art japonais, le préraphaélisme et le mouvement britannique « Arts and Crafts ».


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Alphonse Mucha dans son studio.
 

En 1894, il fit la connaissance de Sarah Bernhardt et dut réaliser dans l’urgence une affiche pour la pièce « Gismonda » qu’elle devait interpréter au théâtre de la Renaissance. La comédienne fut tellement séduite par cette affiche (son format, la pose, la richesse du costume, les tons pastel) qu’elle signa un contrat avec l’artiste pour qu’il conçoive les affiches des pièces dans lesquelles elle allait jouer (« La Dame aux Camélias », « Lorenzaccio », « Médée », « Hamlet »…). Elle lui demanda également de réaliser pour les personnages qu’elle incarnait des costumes et des bijoux.


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A. Mucha - Affiches des spectacles  de Sarah Bernhardt "Gismonda" (1894) et "Médée" (1898)
 

C’est cette affiche de théâtre pour « Gismonda » qui rendit Mucha célèbre ; à l’époque, en France, l’affiche était un art populaire (Mucha avait pour rivaux en la matière des artistes aussi célèbres que Toulouse-Lautrec et Chéret) rendu facile par le développement de la lithographie en couleurs.

Artiste désormais célèbre, Mucha signa un contrat avec l’imprimeur Champenois qui lui versa une rémunération mensuelle. Il réalisa des affiches publicitaires pour le papier à cigarettes « Job », pour les champagnes « Moët et Chandon » et « Ruinart », ainsi que pour la biscuiterie « Lefèvre-Utile ».


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A. Mucha - Affiche publicitaire des biscuits LU 1- 897.
 

Sur toutes ces publicités, on reconnaît le style baptisé aujourd’hui « style Mucha », avec de belles jeunes femmes sensuelles, à l’abondante chevelure torsadée, revêtues de tenues mettant leur corps en valeur, présentées au milieu de motifs fleuris, dans des tons pastel.

Très versé dans toutes les formes de l’art, Mucha fut également sculpteur, photographe, décorateur ; il enseigna l’art et réalisa des planches d’art décoratif pouvant servir de modèles à la fabrication de papiers peints, de vaisselle, de bijoux…


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A. Mucha - Pendentif pour le bijoutier Georges Fouquet - 1901.
 

Lors de l’Exposition universelle de 1900, il fut pressenti pour décorer le pavillon de la Bosnie-Herzégovine avec une fresque célébrant le peuple bosniaque ; il dessina aussi les menus de certains restaurants présents dans l’Exposition.

En 1901, il réalisa la décoration « Art Nouveau » de la boutique du joaillier Georges Fouquet, située rue Royale (qu’on pourra probablement revoir au Musée Carnavalet où elle se trouve désormais, lors de la réouverture du musée, en 2020). Il s’occupa non seulement de la décoration de la boutique mais dessina pour Fouquet bagues, boucles d’oreilles et pendentifs dont on voit quelques exemples dans l’exposition.


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A. Mucha - Décoration de la boutique du joaillier G. Fouquet - 1901.
 

Mucha pensait sincèrement que les arts décoratifs permettaient d’améliorer la vie quotidienne des gens en y introduisant une forme de beauté mais animé par des aspirations plus profondes, il se servit également de l’art pour exprimer sa spiritualité, son mysticisme et son patriotisme ; il fut initié à l’occultisme par Strindberg et entra au Grand Orient de France en 1898.

Longtemps il œuvra pour un rapprochement des peuples slaves et l’indépendance de son pays.

À la recherche de mécènes pour financer une œuvre slave, il se rendit plusieurs fois aux États-Unis, entre 1904 et 1909, où il réalisa le portrait de notables, donna des cours dans des écoles d’art et finit par trouver un homme d’affaires à Chicago, Richard Crane, qui lui permit de financer son grand projet, « l’Epopée slave » (1911-1928), un appel à l’unité des peuples slaves, les incitant à tirer les enseignements de leur propre histoire. Cette épopée comporte vingt tableaux dont dix sont consacrés à l’histoire tchèque ; elle exigea de l’artiste de nombreuses recherches et de multiples déplacements dans les pays concernés (Croatie, Serbie, Bulgarie, Russie…). Ces tableaux de très grande taille n’ont pas pu être transportés à Paris et c’est donc une vidéo de ces tableaux qui est projetée sur écran avec zooms sur certains détails.


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Alphonse Mucha - L'Épopée slave.

Certaines œuvres religieuses destinées à des églises sont visibles dans la dernière partie de l’exposition, soulignant la spiritualité de l’artiste.

Après l’entrée des Allemands à Prague en 1939, la patrie de Mucha perdit l’indépendance acquise en 1919 ; Mucha fut arrêté et torturé par la gestapo pour ses idées. Il décéda peu de temps après.

Cette exposition a le mérite de couvrir tous les aspects de l’art de Mucha de façon chronologique, montrant bien toutes les facettes de sa personnalité et de son œuvre, mettant en valeur des aspects méconnus de l’artiste et pas uniquement son côté affichiste Art Nouveau même s’il est considéré comme l’un des pères fondateurs de ce style.

 


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A. Mucha: Menu du restaurant du pavillon bosniaque
à l'exposition universelle de 1900.

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Musée du Luxembourg

19, rue de Vaugirard
75006 Paris

Ouvert tous les jours de 10 h 30 à 19 h
Jusqu’au
27 janvier 2019

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


L'Institut Giacometti - le 26/09/2018 : 10:10 par HTa


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L’Institut Giacometti
 

« Situé dans l’ancien hôtel particulier de l’artiste Paul Follot, cet appartement classé à l’inventaire des Monuments Historiques est un rare témoignage des Arts Décoratifs dans lesquels s’illustra ce précurseur de talent.
L’appartement lumineux et traversant, exceptionnel par ses décors, cheminées, se développe sur deux niveaux et 120 m². Il se compose d’un séjour et de trois chambres avec salle d’eau et salle de bain, complétées d’une cuisine en entresol. Une redistribution de l’ensemble permettrait de créer un studio indépendant, 2 belles chambres et un double séjour/s à m. D’importants travaux de confort sont à prévoir. »



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5 rue Victor-Schœlcher
 

Inutile de vous y précipiter, cet appartement n’est plus à vendre ; il a été repris par la Fondation Giacometti pour y installer l’Institut Giacometti qui a ouvert ses portes, en juin dernier, au 5, rue Victor-Schœlcher. Il est situé pas très loin du véritable atelier du sculpteur qui se trouvait au 46, rue Hippolyte-Maindron. Pendant quarante ans (1926-1966), l’artiste travailla dans un petit studio de 23 m², situé dans une cité d’artistes du quartier Alésia et malgré l’exiguïté des lieux, l’inconfort, les inondations répétées dues à une toiture défectueuse, il y resta même une fois la gloire arrivée. Selon Jean Genet qui fit l’objet de la première exposition, le sculpteur aimait « être enfermé entre quatre murs ».


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L'atelier de Giacometti 46, rue Hippolyte-Maindron
 

L’hôtel particulier de la rue Victor-Schoelcher dont les fenêtres donnent sur le cimetière Montparnasse fut construit pour Paul Follot (1877-1941) qui consacra sa vie aux Arts Décoratifs, dessinant des céramiques entre autres pour Wedgewood, des objets d’orfèvrerie pour Christofle… Il avait lui-même conçu les plans de cet immeuble qu’il destinait à être son atelier et avec l’aide de l’architecte Pierre Selmersheim et du ferronnier d’art, Edgar Brandt, cet hôtel fut terminé en 1914.
Cet édifice, désormais classé, évoque
le style Art Nouveau de l’époque mais préfigure largement le style Art Déco. Les ferronneries extérieures et les mosaïques qui font penser à la Sécession viennoise, sont remarquables comme le sont, à l’intérieur, les tissus muraux, mosaïques et vitraux.


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Vitrail du 5, rue Victor-Schœlcher

L’ensemble a été restauré et réaménagé par l’architecte Pascal Grasso qui a apporté une touche moderne à l’appartement tout en conservant les décors historiques. L’Institut Giacometti se situe au rez-de-chaussée et au premier étage de l’immeuble, les étages supérieurs étant occupés par des particuliers.

Au rez-de-chaussée, légèrement en contrebas, l’atelier du sculpteur a été reconstitué grâce à la veuve de l’artiste, Annette, qui avait tout conservé. On retrouve le mobilier d’origine, pinceaux, bouteilles de térébenthine, brosses, cuves…jusqu’aux mégots de cigarette de l’artiste, et aussi, bien sûr, ces figures filiformes, propres à l’artiste,  que sont les hommes/ les femmes qui marchent et même  un chien qui marche.


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Plus important, on peut admirer dans cette pièce les œuvres auxquelles travaillait l’artiste avant sa mort ainsi que les murs de son studio, recouverts de dessins préparatoires, qu’Annette avait pris soin de démonter avant de quitter le studio.
Cet atelier sera un des piliers permanents de l’Institut tout comme le Cabinet d’arts graphiques contenant des dessins, lithographies et carnets personnels (au nombre de 5 000) appartenant à la Fondation et qui seront exposés en alternance.
Au premier étage, un espace de recherche composé d’une bibliothèque de référence sur l’art moderne (1905-1970) constituée en partie par la bibliothèque personnelle de Giacometti, est accessible aux chercheurs, le lundi, jour de fermeture au public.


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Alberto Gicometti - Autoportait - 1920 © Succession Alberto Giacometti.
 

Alberto Giacometti (1901-1966), né en Suisse d’un père peintre impressionniste quitta, en 1922, son pays après des études aux Beaux-Arts de Genève pour s’installer à Paris où il fréquenta l’Atelier d’Antoine Bourdelle, à l’Académie de la Grande Chaumière. Son travail fut marqué par ses rencontres avec le cubisme, les arts premiers et le surréalisme. Travailleur acharné au caractère très anxieux, il a cherché, toute sa vie à faire évoluer son art.

La première exposition temporaire de L’Institut Giacometti consacrée aux relations de l’artiste avec Jean Genet s’intitulait « L’Atelier d’Alberto Giacometti vu par Jean Genet ». La rencontre entre les deux hommes avait eu lieu en 1954, par l’entremise de Jean-Paul Sartre et une amitié sincère avait suivi. L’écrivain avait consacré au sculpteur un essai après avoir posé pour lui  pour un portrait (1954-1955) qu’on pouvait voir dans l’exposition. Il y travailla pendant de longues semaines durant lesquelles Genet dit avoir beaucoup souffert : « Je suis assis, bien droit, immobile, rigide (que je bouge, il me ramènera à l’ordre, au silence, au repos), sur une très inconfortable chaise de cuisine ».


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Alberto Giacometti - Portrait de Jean Genet - 1954-1955 © Centre Pompidou Paris.
 

La Fondation projette d’organiser trois à quatre expositions temporaires par an, chacune d’entre elles mettant en valeur un aspect différent du travail du peintre/ sculpteur. La prochaine sera consacrée à Annette Messager.

Voilà donc un nouveau lieu à découvrir à Paris, situé dans un cadre remarquable et consacré à un artiste qui méritait bien d’avoir son espace permanent.


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Alberto Giacometti - L'homme qui marche.
 

 

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Institut Giacometti

5, rue Victor-Schoelcher
75014 Paris

Ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h
et le mardi de 14 h à 18 h, sur réservation.
 

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Klimt à l'Atelier des Lumières - le 10/09/2018 : 09:00 par EFo


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G. Klimt - 1902 - Extrait de la Frise Beethoven © Palais de la Sécession Vienne

 


Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières
Une immersion dans l’art et la musique

 

Si vous êtes plutôt adepte des visites d’expositions conventionnelles, la présentation de l’œuvre de Gustav Klimt (1862-1918) adoptée par ce nouveau lieu qu’est l’Atelier des Lumières, 38, rue Saint-Maur dans le 11e arrondissement, a de quoi vous surprendre !

Il s’agit en effet ici d’un véritable spectacle mettant en scène l’œuvre éclatante de couleurs de l’artiste grâce à des moyens numériques sophistiqués intégrant l’image et le son. Le résultat est étonnant et rappelle les sensations que l’on peut éprouver aussi aux Baux de Provence à l’intérieur des anciennes et monumentales carrières de pierre où Culturespaces, également propriétaire du lieu, propose des spectacles de même nature.


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Cette adresse nouvelle parisienne située dans le quartier Popincourt est tout aussi surprenante puisqu’il s’agit d’une ancienne fonderie, dissimulée aujourd’hui derrière une façade d’un immeuble assez banal de logements des années soixante. Cette usine créée par les frères Plichon en 1835 a fabriqué avec succès durant cent ans des pièces de fonte utilisées par la marine de guerre et des pièces de locomotive à vapeur mais dont la crise de 1929 aura finalement raison.
Ce bel exemple d’architecture industrielle parisienne d‘une époque révolue présente toujours sa grande tour de séchage et sa cheminée, son ancien four, et même son bassin de décantation toujours en eau ! Seul un escalier menant à une mezzanine a été rajouté pour donner au spectateur une plus grande vue d’ensemble.


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La Fonderie Plichon en activité, rue St Maur.
 

Après une sérieuse réhabilitation qui a toutefois permis de conserver les hauts murs de brique et le sol laissé brut, le lieu a donc changé de vocation et présente aujourd’hui des expositions multimédias en exploitant l’immense espace disponible. Il s’agit en effet d’une véritable expérience nouvelle en matière d’appréhension de la création artistique, que les concepteurs qualifient de véritable immersion dans l’univers d’un artiste, permis par la projection du sol au plafond d’œuvres mises en mouvement qui se renvoient d’une surface à une autre, complétée par un riche environnement musical.


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Vue 3 D de l'Atelier des Lumières.
 

Le spectateur est alors au cœur-même d’un espace où il peut librement déambuler et où ses propres mouvements font en quelque sorte partie intégrante de l’exposition. Car ici, contrairement aux salles de spectacle habituelles équipées de fauteuils, l’espace est vide de tout aménagement : libre au spectateur de s’asseoir à même le sol ou de se déplacer d’un endroit à un autre de la halle. Il ne faut pas s’attendre non plus à lire des informations sur l’artiste ou sur l’œuvre elle-même, via les cartels ou les panneaux présents normalement dans les espaces d’expositions …
Ici l’immersion dans l’œuvre de
Klimt est complète par la profusion d’images fixes ou en mouvement qu’accentue une bande son très soignée, qui va de Beethoven à Philip Glass en passant par Wagner et Strauss.
 


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G. Klimt - 1912 - Maison du garde forestier

 

Les dirigeants de L’Atelier des Lumières ont en effet choisi l’œuvre foisonnante de l’artiste viennois Gustave Klimt pour inaugurer ce lieu, mise en scène par une équipe artistique italienne.

Le spectacle suit sensiblement la chronologie créative de Klimt dont les premières œuvres à caractère néoclassique élaborées avec son ami Franz Matsch et son propre frère, sont consacrées dans les années 1880 -1890 à la décoration d’espaces publics (musée ou théâtre). Le principe de présentation adopté ici ne permet cependant pas au spectateur de faire facilement la distinction entre les œuvres, faute d’informations données sur les artistes représentés. C’est sans doute un peu là une limite de ce mode de présentation.  Mais l’Atelier des Lumières se prête en revanche au mieux pour montrer ces grandes fresques où l’inspiration allégorique domine, éloignée de l’académisme qui prévalait auparavant, reflet au contraire du mouvement symboliste de cette époque qu’adopte alors l’artiste. 
 

Le montage vidéo illustre ensuite le mouvement qui, en Autriche à la fin du XIXe siècle, va répondre à celui de l’Art Nouveau en France, la Sécession viennoise, que fonde Klimt à travers son journal Ver Sacrum (Printemps sacré) et dont on voit quelques illustrations. Impressionnante notamment la représentation, sur trois murs de la salle, de la célèbre Frise Beethoven (longue de 34 m !) illustrant la neuvième symphonie, qui préfigure sa période dorée, si caractéristique du style de l’artiste viennois. L’ensemble est magnifié par l’écoute de l’Hymne à la joie orchestré par Richard Wagner.
 


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G. Klimt - 1907 - Champs de coquelicots - © Österreichische Galerie Belvedere Vienne.
 

On peut noter également le talent de paysagiste de Gustav Klimt qui marque une nouvelle étape de son évolution artistique où il réinvente une sorte de néo-impressionnisme avec des tableaux aux effets pointillistes marqués, tels La maison du garde forestier, ou Le champ de coquelicots. La représentation étirée du tableau Forêt de hêtres l’entraine même presque vers l’abstraction.

La transition avec la peinture d’Egon Schiele qui apparait soudainement sur les murs est alors quelque peu brutale et pas forcément compréhensible (car encore une fois le nom du jeune artiste n’est pas mentionné ici explicitement !), et on peut ignorer les relations de maitre à élève qui les ont unis peu avant 1910 (Schiele avait trente ans de moins que Klimt) … Quel contraste alors de voir ces corps contorsionnés (Autoportrait avec la tête penchée), le trait haché du peintre traduisant son angoisse profonde, si éloigné de l’univers apaisé de Gustav Klimt.
 


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G. Klimt - 1907/1908 - Le baiser - © Österreichische Galerie Belvedere Vienne.
 

Apparaissent enfin les œuvres qui vont faire la gloire de l’artiste autrichien dans les années 1900 avec ces tableaux de femmes fatales représentées sur ce fameux fond d’or rappelant les icônes byzantines. Quelle intense sensualité se dégage en effet de tableaux comme celui du Baiser ou du Portrait d’Adèle Bloch-Bauer ! L’effet est encore plus fort avec l’écoute simultanée d’un des Quatre derniers Lieder de Richard Strauss.
 


La projection d’une durée d’un peu plus de trente minutes se termine alors pour laisser place à une évocation plus rapide de l’architecte viennois Hundertwasser (1928-2000), Sur les pas de la Sécession viennoise, où la même équipe artistique italienne utilise le numérique pour animer une cité en mouvement toute en ondulations et en association de couleurs.


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G. Klimt - 1907 - Portrait d'Adèle Bloch-Bauer - © Neue Galerie New-York
 

Au total un spectacle qui peut surprendre par son traitement purement visuel et sonore mais d’une force incontestable !  

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L'ATELIER DES LUMIERES
38, rue Saint-Maur
75011 Paris

Ouvert du lundi au jeudi
de 10 h à 18 h
Vendredi et samedi nocturnes jusqu'à 22 h
Dimanche ouvert jusqu'à 19 h.

 

Jusqu’au 6 janvier 2019
 

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Emmanuel FOUQUET

© 9ème Histoire 2018


 

Réalisation: ParC Design

Icônes de l'église orthodoxe grecque
Saints Constantin-et-Hélène
Rue Laferrière - 75009 Paris

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