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 © I. du Ranquet 2011 © 9e Histoire 2012 - 2014

UNE VISITE DE  LA RUE D’AUMALE

Cet article rédigé par Isabelle du Ranquet est une synthèse de la visite-conférence qu’elle a organisée rue d’Aumale le dimanche 22 mai 2011, dans le cadre du Parcours Imaginaire proposé par le Conseil de quartier et par 9ème Histoire pour  la fête de quartier Lorette-Martyrs,  

DucAumale.png

Henri d'Orléans, duc d'Aumale

(1822-1897)

I – Quelques repères historiques :

-Datesle percement de la rue a été autorisé par ordonnance royale le 14 septembre 1846 et s’est poursuivi jusqu’en 1864 sur des terrains peu ou pas construits (il y avait beaucoup de « campagne » à cette époque). Cette nouvelle voie a été percée en droite ligne entre la rue de La Rochefoucauld et la rue Saint-Georges. 

-Style des bâtimentspré-haussmannien, néo-renaissance (n°26), néo-Louis XIII (n°13), typique du style Louis-Philippe, composé d’une variété de styles. On trouve également des bâtiments postérieurs (n°24)

-Protection MH (ISMH en 1977) des façades et toitures sur rue et sur cour du n°10

-Situation:quartiers Saint-Georges et de la « Nouvelle Athènes » qui naissent sous la Restauration, dans les années 1820 et qui étaient devenus à Montmartre le lieu préféré des Romantiques. A proximité du square d’Orléans, la rue d’Aumale proprement dite a hébergé de nombreuses  personnalités (cf ci-après).

-Origine du nomHenri Eugène Philippe Louis d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), 4ème fils de Louis-Philippe 1er, roi des Français de 1830 à 1848.

Le duc d’Aumale ne vécut pas dans ce quartier mais au château de Chantilly. Cependant, il se distingua en Algérie, où il captura en 1843 la smala d’Abd el-Kader, émir arabe qui mena de 1832 à 1847 la guerre sainte contre les Français. Le Traité de Tafna en 1837  lui reconnut son titre d’émir et son autorité sur l’Ouest de l’Algérie. En 1843 le duc d’Aumale captura la smala d’Abd el-Kader (smala : ensemble des équipages de la maison d’un chef arabe). Ce haut fait d’armes marqua le déclin de l’émir puis la reddition d’Abd el-Kader au général de Lamoricière le 24 décembre 1847, suivie le lendemain de sa soumission au duc d’Aumale qui avait succédé au maréchal Bugeaud comme Gouverneur de l’Algérie. La rue d’Aumale doit son  nom au duc d’Aumale et à ses hauts faits.

II - Quelques repères architecturaux :

Le promeneur admirera la variété architecturale des immeubles de cette rue qui présente néanmoins une certaine cohérence. Les façades sont majoritairement en pierre de taille, d’un dessin recherché. Une partie d’entre elles sont moins hautes que le gabarit réglementaire (n° 18, 20 et surtout 22). L’absence de boutiques et d’entresols en indique bien le caractère résidentiel. Les proportions et les éléments architecturaux font penser aux hôtels particuliers : un deuxième étage plus ouvragé, souvent avec un balcon de pierre ou de fonte, et des étages supérieurs moins élevés que le deuxième étage. On remarquera certaines des portes d’entrée en bois sculptées tout à fait remarquables (cf premiers numéros pairs de la rue) ainsi que la diversité des éléments de décors de pierre des façades, qui peuvent être différents d’un étage à l’autre sur même bâtiment). Si la façade du n°6 est sobre, en revanche celle des n° 8 et 10 porte une surcharge ornementale très Second Empire.

Les fenêtres, souvent larges et nombreuses – l’industrialisation du verre en ayant fait baisser le coût – sont garnies de persiennes en bois ou en fer.

Rueaumale.png

 Vue de la rue d’Aumale depuis la rue de la Rochefoucauld

6 : Immeuble de rapport élevé par l’architecte Godeboeuf. Façade composée de quatre travées et élevée de quatre étages carrés. Balcon orné d’une grille en fonte. Des denticules égayent la corniche placée sous les combles. Porte cochère conservée.

Les propriétés des numéros 8 à 18 jouissent en arrière de vues très attrayantes sur le jardin de l’hôtel Dosne-Thiers (toujours propriété de la Fondation Dosne-Thiers mais mis à disposition de  la Ville de Paris et ouvert au public depuis 1967 sous le nom de square Alex Biscarre).

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Les immeubles 8 et 10 sont mitoyens et semblent se compléter par leur décoration. Le n°8 est un immeuble en pierre de taille de trois étages carrés (au lieu de quatre habituellement) qui se distingue par le soin accordé aux trois travées centrales. La porte d’entrée est encadrée de volutes fleuries et le grand balcon est surmonté d’une imposante balustrade de pierre (au lieu de l’habituelle grille de fonte). Les pilastres corinthiens donnent à cette façade l’aspect « cossu » d’un « immeuble-hôtel », dont les lucarnes en pierre de taille renvoient à l’image prestigieuse de l’hôtel particulier. Cette façade, à la composition recherchée est, comme celle du n° 10, un exemple caractéristique de l’architecture bourgeoise du second Empire.

Le n° 10 possède une rare cour intérieure, œuvre de l’architecte Adrien Sibert en 1864, en fer à cheval, avec une balustrade en pierre soutenue par des pilastres. Traces de remises pour les voitures cochères. (Visible de la bibliothèque de la Fondation Dosne-Thiers).

Les n° 12 et 14 :Ces immeubles faisaient partie du patrimoine de la famille Dosne-Thiers et forment encore actuellement un ensemble patrimonial avec le jardin et l’hôtel particulier Dosne-Thiers dont l’entrée se trouve place Saint-Georges.

M. Alexis Dosne fut un des principaux lotisseurs du quartier Saint-Georges dans les années 1830 (en 1824 il crée la société immobilière Saint-Georges à cette fin). C’est ainsi qu’en 1832 il acquiert un domaine de 3 000 m² correspondant à un terrain sur lequel se trouvait une petite maison aujourd’hui démolie : il fait construire les deux immeubles actuels des n° 12 et 14 de la rue d’Aumale ainsi qu’un hôtel particulier pour lui-même dont l’entrée se trouve place Saint-Georges. Ces deux bâtiments sont destinés à être des « immeubles de rapport » pour son hôtel particulier : c’est toujours leur destination actuelle, même si maintenant l’hôtel particulier (reconstruit en 1873) appartient à la fondation Dosne-Thiers elle-même propriété de l’Institut de France.

Afin de pouvoir être élu député pour une des circonscriptions des Bouches-du-Rhône, Thiers devait résider à Paris. Il achète donc à M. Dosne un immeuble actuellement situé au 37 rue Saint-Georges. Les relations qu’il entretient avec le couple Dosne se concrétiseront par son mariage le 7 novembre 1833 avec une de leurs deux filles, Elise.

Il décède en 1877, son épouse en 1880. Le patrimoine mobilier et immobilier (reconstitué après la démolition de l’hôtel Thiers sous la Commune et l’incendie des Tuileries où une partie avait été entreposée), revient alors à la deuxième fille des Dosne, Félicie, sœur de Mme Thiers. Bibliophile avertie elle léguera à l’Institut de France en 1905 l’hôtel de la place Saint-Georges afin qu’il soit affecté à la création d’une bibliothèque d’histoire moderne et plus particulièrement d’une histoire de France. Elle est spécialisée dans l’histoire du 19e. Les immeubles des n°s 12 et 14 rue d’Aumale sont donnés également pour permettre de subvenir aux besoins de la Fondation.

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La cour 14 rue d’Aumale a gardé le charme de ses remises et des constructions en briques,

Les bâtiments n° 12 et 14 donnent sur une cour avec fontaine et trace des remises de voitures cochères. A droite une porte murée, datant de l’époque de la construction : on suppose qu’elle avait été prévue pour permettre aux locataires de la rue d’Aumale de rendre visite à ceux de l’hôtel particulier de la place Saint-Georges à travers un petit jardin. Mais compte tenu de la forte montée du terrain derrière cette porte, on devait logiquement y accéder par un escalier.

Sur la façade on peut voir une plaque dédiée à Auguste François Mignet, membre de l’Académie française, décédé en 1884 et auteur d’une « Histoire de la Révolution française  de 1789 jusqu'en 1814 », deux vol., 1824. Il habitait cet immeuble et rendait visite régulièrement à son ami Thiers.

Mignet.png Mignet1.png

François-Auguste Mignet (1796-1884) écrivain, historien, journaliste et conseiller d'État était l’ami d’Adolphe Thier et de Heinrich Heine .

III – Promenade insolite :

 3 : bref séjour de Richard Wagner de 1860  à 1861, chassé de la rue Newton par les grands travaux du baron Haussmann : « je me suis donc mis à la recherche d’un autre logement, et j’en trouvai un, misérable et lugubre, rue d’Aumale. Par un temps exécrable, il nous fallut déménager à la fin de l’automne. Fatigué par ces opérations et les répétitions, je fus finalement terrassé par une fièvre typhoïde ». Wagner et sa femme, Minna, s’établirent au 2ème étage. Pendant son séjour il donne des extraits du Vaisseau Fantôme, Tristan, Lohengrin et travaille au remaniement de Tannhäuser dont la première parisienne a lieu à la salle Le Peletier (actuellement détruite) le 13 mars 1861 (164 répétitions pour trois représentations).

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Richard Wagner accompagné de Mme Wagner séjourna 3 rue d’Aumale (1860 - 1861).

En 1836, Wagner avait épousé en première noce, l’actrice Wilhelmine (Minna) Planer.

Une petite curiosité au numéro 8 : il semblerait que la plaque portant le numéro ait été montée à l’envers !

15 : Le peintre mondain Edouard Dubufe y fit édifier sa maison par son beau-frère l’architecte Pigny. Dubufe avait en effet épousé une des quatre filles du pianiste Zimmermann, et était ainsi devenu également le beau-frère du compositeur Gounod.

Côté rue, une maison de rapport de deux étages carrés offre une façade en brique et pierre, qui détonne dans la rue. A ce numéro, défilèrent tout ce que le second Empire comportait de notables, de princes et de militaires, Dubufe partageant avec F.X. Winterhalter « l’empire du portrait ». Son succès ne lui épargna pas les critiques « peinture aux effets de crèmes fouettées » (Zola), « il faisait toutes les femmes bêtes. Mais ça leur est bien égal. Pourvu qu’on leur fasse des têtes de coiffeur, elles se trouvent toujours ressemblantes » (Pauline de Metternich).

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Le n° 15  rue d’Aumale  nous permet d’évoquer le peintre Edouard Dubufe et ses deux beaux frères Charles Gounod, compositeur et Jean-Baptiste Pigny, architecte de l’immeuble. Les trois hommes avaient épousé trois sœurs : Juliette, Anna et Berthe,  filles du pianiste Pierre Zimmermann qui résidait au square d’Orléans tout proche.

Au n° 24 : se trouve le Cours Hattemer (enseignement à distance). Dans les années 50 et 60, Françoise Hardy, adolescente, y habita avec sa mère et sa sœur.

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Françoise Hardy

Beaucoup d’autres personnalités ont séjourné rue d’Aumale sous le Second Empire ou à une période plus proche de nous, mais cela mériterait un autre article.

Isabelle du RANQUET

© I. du Ranquet 2011 © 9e Histoire 2012 - 2014

Sources :

« La place Saint-Georges et son quartier» par Alexandre Gady, Paris : Paris musées, 2003

Mairie du 9e - Patrimoine et Histoire http://www.mairie9.paris.fr/mairie09/jsp/site/Portal.jsp?page_id=265

Parcours Notre-Dame de Lorette - Nouvelle Athènes par Mairie de Paris - Direction de l'Urbanisme


Catégorie : - Articles-Rues & Promenades
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