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UNE MAISON À LA CAMPAGNE À COURBEVOIE !

 

Quelle surprise d’apercevoir soudain ce mercredi 12 octobre, enchâssée au milieu d’un quartier de Courbevoie occupé par tant d’immeubles au style moderne incertain, une charmante et vieille demeure prolongée par un jardin ombragé  et protégée de l’extérieur par un haut mur. C’est pourtant ce qu’allaient découvrir les adhérents de 9ème Histoire qui ont une fois de plus franchi la Seine (comme lors de la visite en 2015 du Musée Roybet Fould) pour suivre la visite menée par notre jeune et érudite guide d’un jour, Emmanuelle Bordure, doctorante en histoire de l’art.
 

Accueillis par la propriétaire des lieux, Stéphanie de Ricou, sympathique restauratrice et décoratrice, qui nous ouvre la porte d’un lieu classé monument historique mais habituellement fermé au public, nous faisons alors un saut dans le temps pour imaginer qu’ici, il y a plus de trois siècles, ces terrains étaient dévolus aux vignes, à la culture et à la pêche avec la Seine non loin. C’est à la fin du XVIIe et surtout au milieu du XVIIIe siècle que le paysage allait changer avec la construction d’un certain nombre d’édifices comme la caserne des Suisses (dont il reste le fronton de la façade conservé dans le parc de Bécon) ainsi que cette demeure, non pas conçue comme un hôtel particulier mais comme une résidence de campagne.

Notre guide nous conte alors l’histoire de cette maison, louée d’abord en 1771 par Jean-Baptiste Boiston (1734-1814), sculpteur et ornemaniste réputé pour ses réalisations comme celles menées à l’Hôtel de Gallifet ou de Lassay et même à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, en collaboration avec l’architecte décorateur Étienne François Legrand.

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A l’origine comme le montre Emmanuelle Bordure sur un plan d’époque, le domaine comprenait  d’ailleurs un terrain bien plus étendu qu’aujourd’hui. Le sculpteur allait ensuite acheter en 1776 cette demeure pour la donner en location en 1784, à  Caroline-Françoise-Philippine de Montmorency, duchesse de Guines, mais il semblerait que son mari, Adrien Louis de Bonnières, duc de Guines (1735-1806), ambassadeur puis gouverneur de l’Artois, n’aurait que peu ou pas du tout habité là… Il était sans doute trop pris par ses diverses activités et notamment par le temps qu’il passait à jouer de la flûte, avec même un certain talent, puisque Mozart lui aurait dédié (ainsi qu’à sa fille harpiste) le célèbre concerto pour flûte et harpe (KV229), tout en raillant son côté satisfait de lui-même, nous confie Emmanuelle Bordure !

Suite à des revers de fortune, les biens de Boiston sont saisis en 1786, et un certain Francastel, bijoutier, devient propriétaire de cette demeure en 1791. Au fur et à mesure, des parcelles seront vendues pendant le XIXe siècle, la famille de Frémont en sera propriétaire pendant des décennies et se battra pour qu’au milieu du XXe siècle le lieu ne disparaisse pas, victime de l’urbanisation effrénée. Des ajouts au bâtiment originel seront réalisés au XIXe siècle, c’est ainsi que l’aspect de la façade actuelle date du Directoire rythmée par ses trois niches. L’identité des deux statues s’y trouvant encore prêtent cependant un peu à caution…  

Il était temps de pénétrer à l’intérieur avec tout de suite à gauche, une petite salle à manger d’époque XVIIIe, avec son décor de faux marbres très récemment dégagé par les propriétaires actuels, sa niche creusée dans le mur et son carrelage en marbre.

00010_Guines_2_10_16.jpg

Après avoir gagné le premier étage, on entre à nouveau dans une autre salle à manger garnie de niches mais dont la décoration a été refaite au XIXe siècle comprenant des bas reliefs en stuc au dessus des  portes représentant des œuvres d'Ovide, Virgile et Homère. À noter aussi sur une table, le portrait du duc de Guines, pastel réalisé par Louis Vigée, le père d'Elisabeth Vigée Le Brun.

Mais le meilleur était à venir comme on le découvre alors en ouvrant la porte du grand salon aux dimensions respectables avec un plafond culminant à plus de cinq mètres !

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C’est le décor entièrement en stuc qui est ici le plus intéressant car il est vraiment représentatif de ce qui se faisait juste avant la Révolution en matière de style néoclassique, même s’il a fait aussi l’objet d’une restauration un peu lourde à la fin du XIXe siècle, pour être allégé ensuite avec ses dominantes bleu et jaune.

On est d’abord frappé par les colonnes jumelées et engagées, en faux marbre, qui encadrent les  portes et la cheminée et aussi par ces chapiteaux ioniques garnis de guirlandes, décor qu’on retrouve aussi à l’Hôtel Gallifet à Paris, site d’exercice à la fois de Boiston et de Legrand.

Autre décor caractéristique : les trophées  finement travaillés ornant les panneaux des murs qui illustrent le jardinage et la musique, témoignage d’occupations de l’époque … De même les trois bas reliefs surmontant les portes et la cheminée sont aussi d’une grande finesse et symbolisent l’Histoire, la Maternité et la Connaissance.

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Plus haut, on peut admirer des angelots à la grande expressivité, à chaque coin du plafond ou regroupés par deux au milieu des murs,  illustrant tantôt la guerre, tantôt la musique, sans doute en référence au duc de Guines ! Emmanuelle Bordure nous fait remarquer que ce sont les mêmes angelots qu’on retrouve dans différents lieux parisiens de cette époque, comme, par exemple, au foyer du théâtre de l’Odéon… Il semble que ces putti aient été réalisés à partir de modèles du sculpteur néoclassique Augustin Pajou. Derniers éléments notables à relever de ce salon fin XVIIIe : les consoles, toujours en stuc, encastrées dans deux murs de la pièce. 

La visite de l’intérieur allait s’achever en entrant à gauche dans la pièce contigüe, plus intime, la chambre de la duchesse, auparavant improprement appelée petit salon. Avec son parquet en point de Hongrie, cette pièce assez réduite en taille logeait en effet le lit de la duchesse dans son alcôve encadrée par des portes donnant vers les diverses commodités.

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Les panneaux des murs sont décorés de lyres se détachant sur un fond bleu et rappellent les décors réalisés par Claude Nicolas Ledoux, notamment ceux pour un boudoir à l'hôtel d'Uzès, où Boiston a œuvré et ceux provenant très probablement des Maisons Hosten de la rue St Georges de notre cher arrondissement.

00007_Guines_10_16.jpg

En guise de conclusion, Emmanuelle Bordure explique que Boiston a donc décoré à moindre frais sa grande maison courbevoisienne en utilisant des moules et des modèles déjà employés auparavant sur d'autres chantiers parisiens.


Une passionnante et vivante visite qui se termine dans le tranquille jardin bordant cette belle et attachante demeure.       


 

Emmanuel FOUQUET

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UNE MAISON À LA CAMPAGNE À COURBEVOIE !

 

Quelle surprise d’apercevoir soudain ce mercredi 12 octobre, enchâssée au milieu d’un quartier de Courbevoie occupé par tant d’immeubles au style moderne incertain, une charmante et vieille demeure prolongée par un jardin ombragé  et protégée de l’extérieur par un haut mur. C’est pourtant ce qu’allaient découvrir les adhérents de 9ème Histoire qui ont une fois de plus franchi la Seine (comme lors de la visite en 2015 du Musée Roybet Fould) pour suivre la visite menée par notre jeune et érudite guide d’un jour, Emmanuelle Bordure, doctorante en histoire de l’art.
 

Accueillis par la propriétaire des lieux, Stéphanie de Ricou, sympathique restauratrice et décoratrice, qui nous ouvre la porte d’un lieu classé monument historique mais habituellement fermé au public, nous faisons alors un saut dans le temps pour imaginer qu’ici, il y a plus de trois siècles, ces terrains étaient dévolus aux vignes, à la culture et à la pêche avec la Seine non loin. C’est à la fin du XVIIe et surtout au milieu du XVIIIe siècle que le paysage allait changer avec la construction d’un certain nombre d’édifices comme la caserne des Suisses (dont il reste le fronton de la façade conservé dans le parc de Bécon) ainsi que cette demeure, non pas conçue comme un hôtel particulier mais comme une résidence de campagne.

Notre guide nous conte alors l’histoire de cette maison, louée d’abord en 1771 par Jean-Baptiste Boiston (1734-1814), sculpteur et ornemaniste réputé pour ses réalisations comme celles menées à l’Hôtel de Gallifet ou de Lassay et même à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, en collaboration avec l’architecte décorateur Étienne François Legrand.

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A l’origine comme le montre Emmanuelle Bordure sur un plan d’époque, le domaine comprenait  d’ailleurs un terrain bien plus étendu qu’aujourd’hui. Le sculpteur allait ensuite acheter en 1776 cette demeure pour la donner en location en 1784, à  Caroline-Françoise-Philippine de Montmorency, duchesse de Guines, mais il semblerait que son mari, Adrien Louis de Bonnières, duc de Guines (1735-1806), ambassadeur puis gouverneur de l’Artois, n’aurait que peu ou pas du tout habité là… Il était sans doute trop pris par ses diverses activités et notamment par le temps qu’il passait à jouer de la flûte, avec même un certain talent, puisque Mozart lui aurait dédié (ainsi qu’à sa fille harpiste) le célèbre concerto pour flûte et harpe (KV229), tout en raillant son côté satisfait de lui-même, nous confie Emmanuelle Bordure !

Suite à des revers de fortune, les biens de Boiston sont saisis en 1786, et un certain Francastel, bijoutier, devient propriétaire de cette demeure en 1791. Au fur et à mesure, des parcelles seront vendues pendant le XIXe siècle, la famille de Frémont en sera propriétaire pendant des décennies et se battra pour qu’au milieu du XXe siècle le lieu ne disparaisse pas, victime de l’urbanisation effrénée. Des ajouts au bâtiment originel seront réalisés au XIXe siècle, c’est ainsi que l’aspect de la façade actuelle date du Directoire rythmée par ses trois niches. L’identité des deux statues s’y trouvant encore prêtent cependant un peu à caution…  

Il était temps de pénétrer à l’intérieur avec tout de suite à gauche, une petite salle à manger d’époque XVIIIe, avec son décor de faux marbres très récemment dégagé par les propriétaires actuels, sa niche creusée dans le mur et son carrelage en marbre.

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Après avoir gagné le premier étage, on entre à nouveau dans une autre salle à manger garnie de niches mais dont la décoration a été refaite au XIXe siècle comprenant des bas reliefs en stuc au dessus des  portes représentant des œuvres d'Ovide, Virgile et Homère. À noter aussi sur une table, le portrait du duc de Guines, pastel réalisé par Louis Vigée, le père d'Elisabeth Vigée Le Brun.

Mais le meilleur était à venir comme on le découvre alors en ouvrant la porte du grand salon aux dimensions respectables avec un plafond culminant à plus de cinq mètres !

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C’est le décor entièrement en stuc qui est ici le plus intéressant car il est vraiment représentatif de ce qui se faisait juste avant la Révolution en matière de style néoclassique, même s’il a fait aussi l’objet d’une restauration un peu lourde à la fin du XIXe siècle, pour être allégé ensuite avec ses dominantes bleu et jaune.

On est d’abord frappé par les colonnes jumelées et engagées, en faux marbre, qui encadrent les  portes et la cheminée et aussi par ces chapiteaux ioniques garnis de guirlandes, décor qu’on retrouve aussi à l’Hôtel Gallifet à Paris, site d’exercice à la fois de Boiston et de Legrand.

Autre décor caractéristique : les trophées  finement travaillés ornant les panneaux des murs qui illustrent le jardinage et la musique, témoignage d’occupations de l’époque … De même les trois bas reliefs surmontant les portes et la cheminée sont aussi d’une grande finesse et symbolisent l’Histoire, la Maternité et la Connaissance.

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Plus haut, on peut admirer des angelots à la grande expressivité, à chaque coin du plafond ou regroupés par deux au milieu des murs,  illustrant tantôt la guerre, tantôt la musique, sans doute en référence au duc de Guines ! Emmanuelle Bordure nous fait remarquer que ce sont les mêmes angelots qu’on retrouve dans différents lieux parisiens de cette époque, comme, par exemple, au foyer du théâtre de l’Odéon… Il semble que ces putti aient été réalisés à partir de modèles du sculpteur néoclassique Augustin Pajou. Derniers éléments notables à relever de ce salon fin XVIIIe : les consoles, toujours en stuc, encastrées dans deux murs de la pièce. 

La visite de l’intérieur allait s’achever en entrant à gauche dans la pièce contigüe, plus intime, la chambre de la duchesse, auparavant improprement appelée petit salon. Avec son parquet en point de Hongrie, cette pièce assez réduite en taille logeait en effet le lit de la duchesse dans son alcôve encadrée par des portes donnant vers les diverses commodités.

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Les panneaux des murs sont décorés de lyres se détachant sur un fond bleu et rappellent les décors réalisés par Claude Nicolas Ledoux, notamment ceux pour un boudoir à l'hôtel d'Uzès, où Boiston a œuvré et ceux provenant très probablement des Maisons Hosten de la rue St Georges de notre cher arrondissement.

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En guise de conclusion, Emmanuelle Bordure explique que Boiston a donc décoré à moindre frais sa grande maison courbevoisienne en utilisant des moules et des modèles déjà employés auparavant sur d'autres chantiers parisiens.


Une passionnante et vivante visite qui se termine dans le tranquille jardin bordant cette belle et attachante demeure.       


 

Emmanuel FOUQUET

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Catégorie : - Echos du Terrain
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