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Courbet  - Portrait de Baudelaire 

 


L’ŒIL DE BAUDELAIRE
 

À l’occasion du 150e anniversaire de la mort de Charles Baudelaire, le musée de la Vie romantique a monté une intéressante exposition sur un aspect sans doute un peu moins connu du poète : son talent de critique d’art. C’est ce qu’a commenté devant un important et attentif groupe de 9ème Histoire,  ce mardi 29 novembre, Jérôme Farigoule, directeur du musée et commissaire de l’exposition.

Comment d’ailleurs ne pas noter le curieux paradoxe de voir cette exposition dans le lieu même où Ary Scheffer habitait, alors que Baudelaire n’avait que peu de considération pour celui-ci, qualifiant sa peinture de « triste » !

Jérôme Farigoule commence la visite en expliquant que Baudelaire témoigne d’une sensibilité artistique qui s’inscrit entre romantisme et modernisme, où il balance sans cesse dans ses écrits entre la défense d’artistes phares de l’époque comme Ingres  et surtout Delacroix, et des représentants du nouveau courant impressionniste qui allait dominer la fin du XIXe siècle.

L’auteur en 1857 des Fleurs du Mal est d’abord un grand lecteur, un intellectuel et un critique  qui gagne sa vie comme « homme de lettres » : le Salon de 1845 est le premier écrit de critique d’art signé de son nom et publié sous forme de livre, suivi par le Salon de 1846. Par la suite il allait écrire beaucoup d’autres textes souvent publiés par voie de presse où transparaissent sa grande sensibilité et ses partis pris esthétiques.

C’est ainsi qu’il a la dent dure concernant les peintres dits académiques comme Horace Vernet, par exemple, dont il critiquait les grands formats présents dans les Salons logés à l’époque au Louvre.

Ennemi de la peinture officielle, il célèbre cependant les Phares du nom du poème  qu’il écrira un peu plus tard dans le recueil Spleen et Idéal des Fleurs du Mal, où il rappelle tout ce que la peinture doit à des peintres illustres comme Léonard de Vinci, Rembrand, Goya ou encore Delacroix « peintre universel ».

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Delacroix - La Madeleine dans le désert

Notre guide s’attarde d’ailleurs sur le  tableau de Delacroix, intitulé Madeleine dans le désert que Baudelaire a peut-être possédé chez lui un temps et dont il se dégage une grande harmonie et un certain mystère.

Jérôme Farigoule commente ensuite  à travers quelques tableaux présentés ici, le souci de Baudelaire de voir émerger des peintres aptes à saisir « le vent qui soufflera demain », comme Laemlein dont il retient un simple détail de son tableau  La Charité universelle  (la tenue un peu voyante du petit chinois !), Chazal peintre botaniste ou encore le peintre américain Catlin et sa représentation d’indiens, au risque de mettre éventuellement en avant des artistes qui ne passeront pas à la postérité...

En pénétrant dans la petite salle consacrée au « Musée de l’amour » que voulait créer le poète,  le regard du spectateur est attiré notamment par quelques scènes coquines peintes par des artistes que là encore Baudelaire, poète aussi de l’amour dérivant parfois vers la débauche, tente de mettre en avant :   Chassaert, Dugasseau et surtout Constantin Guys qui fit le portrait de Jeanne Duval, la Vénus noire avec qui il partagera sa vie et à qui il consacra un ouvrage « Le Peintre de la vie moderne »  en 1863, qui traite de la modernité qualifiée de transitoire et fugitive.

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Jeanne Duval par Constantin Guys

La salle suivante en sous-sol tente de montrer ce que recherche Baudelaire : l’héroïsme de la vie moderne pour reprendre le titre du thème illustré ici.

Il peine à trouver un peintre de la vie contemporaine trouvant grâce à ses yeux, contestant par exemple la peinture de Glaize, mauvais peintre de genre selon lui. Il déplore aussi dans les portraits peints par Flandrin, Dubuffe ou Lehmann montrés ici les «conventions et habitudes du pinceau qui ressemblent passablement à du chic » !

Ce sont plutôt les caricaturistes qui semblent plus correspondre à ses aspirations avec leur manière de peindre le monde moderne par le rire et la dérision. C’est ainsi que sont présentées là un certain nombre de caricatures de Daumier, effectivement très représentatives de cette époque qu’a aussi bien perçue Balzac dans sa Comédie humaine. On peut aussi contempler quelques dessins de Nadar, grand ami de Baudelaire et également un autoportrait du poète retrouvé il y a peu.

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Baudelaire - Autoportrait

Jérôme Farigoule met alors l’accent sur  cette forme d’art industriel qui prend son essor au milieu du XIXe avec le développement  de la presse comme principal support et permettant la diffusion, certes éphémère, des tendances artistiques du moment auprès d’un large public.  

Baudelaire semble en revanche plus partagé sur le développement de l’art photographique qui débute aussi à cette période, même si on remarque ici que cela ne l’a pas empêché d’être pris comme modèle par Carjat ou Nadar !   

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Baudelaire par Carjat

La visite s’achève en remontant dans la dernière salle qui illustre le Spleen de Paris où le poète est saisi par ce sentiment étrange tout à la fois de fascination et de répulsion qu’il exprime notamment dans Tableaux parisiens, avec l’évocation de la ville en pleine transformation sous Haussmann, et avec cette détestation des Expositions universelles à la mode sous Napoléon III, traitées de « grotesques »… Pour illustrer ce thème du Spleen, quelques œuvres de Courbet sont exposées, alors ami de Baudelaire et dont il fit le portrait présenté ici, mais dont il s’éloigna en raison de son inclination de plus en plus forte vers le réalisme.

Manet n’est pas plus chanceux, bien que celui-ci ait aidé financièrement le poète des Fleurs du Mal, et qu’ils partageaient le même goût pour la peinture espagnole représentée là également, notamment avec Angelina, portrait plein de force.

Angelina ou une dame à sa fenêtre, 1865, Edouard Manet, Musée d’Orsay, Paris. Musée d’Orsay, Paris, © Photo RMN - © Hervé Lewandowski..JPG
Angelina ou une dame à sa fenêtre, 1865, Edouard Manet  

La  salle présente aussi des tableaux qui ont suscité l’éloge de Baudelaire parce que touchant particulièrement sa sensibilité artistique, avec des tableaux de Legros et Penguilly L’Haridon, qu’il a voulu sortir de l’anonymat…  

Cette ambitieuse exposition montre donc à travers toutes les œuvres finement sélectionnées ici à quel point l'auteur des Fleurs du Mal  fut un véritable découvreur, au prix certes de certains tâtonnements, exposition qui révèle aussi une facette pas toujours connue du célèbre poète.


Emmanuel FOUQUET
 


Catégorie : - Echos du Terrain
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