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HISTOIRE MONDIALE DE LA FRANCE

PARLEZ- MOI D’HISTOIRE

C’est l’Histoire telle qu’on aimerait la lire et l’entendre plus souvent, la savoir enseignée à nos enfants, sans frontières, avec un point de vue élevé, regardée avec un grand angle, un « œil de poisson »… L’ouvrage collectif que viennent de publier les Editions du Seuil, cette « Histoire mondiale de la France », dirigée par Patrick Boucheron, professeur au Collège de France), assisté de quatre « coordinateurs » (Nicolas Delalande, enseignant chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po ; Florian Mazel, agrégé d’histoire professeur à l’Université de Rennes; Yann Potin, maître de conférences à l’Université de Paris-Nord ; Pierre Singaralévou, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris1 Panthéon Sorbonne, membre de l’Institut), est un pavé de 766 pages duquel on peine à s’arracher. De la grotte Chauvet des hommes de Cro-Magnon aux drapeaux bleu-blanc-rouge arborés sur les façades après les attentats de novembre 2015, notre territoire est scruté par 117 historiens qui tentent d’expliquer en 146 dates ce qui fût, pourquoi, comment et avec quelles interférences dans le reste du monde.   

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Hors l’ordre chronologique des faits, indispensable pour bien comprendre, une transversalité enrichissante a été adoptée qui fait fi de lieux, dates et personnages cultes pour certains. Aucun sujet n’est tabou, de l’esclavage à la colonisation. On découvre une identité française très complexe à définir qui déstabilisera les plus racistes et des doutes qui honorent leurs auteurs. Ils nous parlent vrai et on comprend mieux.

Paris y joue un rôle important compte tenu des nombreux événements qui s’y sont déroulés depuis qu’elle fût choisie comme capitale en 511 par le roi des Francs, Clovis (inhumé à l’église des Saints-Apôtres de la montagne Sainte-Geneviève). Montmartre accueillit le 15 août 1534, dans notre 18e arrondissement actuel, dans la crypte du « Sanctum Martyrium » de Saint Denis, au numéro 9 de la rue Yvonne Le Tac, Ignace de Loyola faisant vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, fondateur de la Compagnie de Jésus avec six condisciples.
L’assassinat d’Henri IV le 14 mai 1610 à 16 heures rue de la Ferronnerie est évoqué via ses effets tant nationaux (le 21 mai toutes les villes de France étaient au courant) que « mondiaux ». Qui sait que la nouvelle arriva à Mexico via Madrid le 8 septembre (décrite par un Aztèque), puis à Nagasaki et enfin en Amérique avec des retentissements dans les colonies et possessions françaises qui commençaient à s’y développer sous la direction de Sully ? Les années 1610 marquent aussi selon des experts britanniques le commencement du réchauffement climatique dû à la déforestation…

La « forgerie » de l’imprimeur Antoine Galland (qui tenait une chaire d’arabe au Collège Royal) réunit en 1712 ses traductions de contes oraux et écrits de diverses provenances du Moyen-Orient, auxquels il essaiera de donner une unité d’ensemble, pour faire un succès de lecture européen exceptionnel sous le titre « Les Mille et une Nuits ». Trois ans plus tard, le 7 février 1715, l’ambassadeur des princes séfévides, Mohammed Reza Beg, et sa suite franchissaient en grande pompe les portes de Paris avant d’aller présenter leurs respects à Louis XIV à Versailles, ambassade qu’immortaliseront Saint-Simon puis Montesquieu (avec toute l’insolence de sa jeunesse, ce qu’il regrettera beaucoup par la suite prétend-on…). Le 13 mars 1769 Louis-Antoine de Bougainville, bouclant un tour du monde de deux ans de Rio de Janeiro à Tahiti, rentrait au port de Saint-Malo avec « La Boudeuse », suivie de « L’Étoile ». Après avoir été reçu par Louis XV à Versailles, il fût fêté dans les cercles et salons parisiens, faisant pour la première fois rêver les Français d’îles paradisiaques.
 

Après le temps des marchands, des conquérants et des missionnaires était venu celui des explorateurs savants et des observateurs philosophes. D’après Antoine Lilti, auteur de l’article, contrairement à Cook, « sa saisie du globe est réduite aux dimensions d’une aimable conversation ». Le roi lui avait recommandé « de reconnaître s’il le peut quelque isle à portée de la côte de Chine qui puisse servir d’entrepôt à la Compagnie des Indes pour un commerce avec la Chine ». Précisons que Bougainville mourra dans son lit, quarante ans plus tard, au 5, rue de la Banque, sénateur et comte d’Empire. Son cœur repose au cimetière du Calvaire à Montmartre et son corps au Panthéon depuis 1811. L’hôtel de Bougainville, au n°1 de la rue de la Tour des Dames dans le 9e, fût acheté à Gouvion Saint-Cyr par Mlle Mars.

Nous sous-estimerions beaucoup l’impact qu’eût la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Annie Jourdan parle de « révolution globale » tant les révolutionnaires français ont réveillé les patriotes du monde entier en quête de liberté et d’égalité. La libération du joug britannique de treize colonies d’Amérique du Nord qui se dotèrent d’une constitution en 1783 n’avait pas enchanté que Condorcet et La Fayette. À noter qu’elle se fît avec l’accord de la monarchie française qui prit aussi en 1737 le parti de patriotes hollandais révoltés contre Guillaume d’Orange et les recueillit… La République de Genève a vécu plusieurs révolutions inabouties et les habitants des Pays-Bas espagnols voulaient former les « Etas Belgiques Unis ». Leurs échecs n’empêchèrent pas les idées et principes de se propager en Europe. Le décret de 1792 qui proclamait fraternité et secours à tous les peuples qui voulaient recouvrer leur liberté connaîtra des hauts et des bas. « La « républicanisation » du continent avait évidemment été condamnée par les grandes puissances, mais c’est la politique napoléonienne qui lui porta le coup de grâce en « monarchisant » l’héritage révolutionnaire et en trahissant les idéaux ».

SOUTENIR LES GRECS

Le 28 février 1825 se créa dans les salons parisiens (dont ceux de notre Nouvelle Athènes), porté par une vague d’émotion qui dépassa nos frontières de New-York à Saint-Pétersbourg, un « comité philhellène » pour soutenir les Grecs en lutte contre l’empire ottoman. En 1770 Voltaire avait vainement tenté d’éveiller l’opinion française au sort des Grecs révoltés contre les Turcs…  Mais avec la mode du néo-classique, une affirmation de l’humanisme s’était opérée. On vit des souscriptions, quêtes à domicile et expositions « au profit des Grecs », des bals et concerts de charité pour le rachat d’esclaves et l’éducation d’orphelins, la confection d’objets et de vêtements philhellènes.
« Des femmes de la « plus haute société » parisienne quêtèrent ainsi jusque dans les quartiers les plus mal famés de la capitale. Sur ce modèle, d’autres « comités de dames » surgirent dans l’espace public ». Paris « devint un centre d’impulsion de la mobilisation mondiale ». Dès 1821, « de précoces frémissements s’étaient fait sentir ; surtout lorsque, depuis Marseille, s’ébranlèrent vers l’Orient les premiers volontaires. Ils redoublèrent l’année suivante à la nouvelle des massacres de Scio, bientôt immortalisés par Delacroix. Ils s’accentuèrent encore avec une première génération de comités embryonnaires (comme à Paris grâce à la Société de Morale chrétienne) »

Pour l’auteur de cet article, Hervé Mazurel, «l’impulsion venait d’ailleurs. De la Suisse et des États allemands surtout, jusqu’à ce que les témoignages désillusionnés des premiers volontaires d’outre-Rhin et la pression grandissante d’un Metternich contre ces «boutiques» fassent bientôt se déplacer le centre de gravité du mouvement. Vint donc une seconde phase, pilotée depuis Londres, où la création d’un comité en février 1823 relança la solidarité internationale »(…) « Bientôt cependant la mort de Byron à Missolonghi en avril 1824, suivie d’une succession  de scandales financiers liés à des emprunts grecs à Londres, amenèrent Paris à entretenir prioritairement la flamme »(…) « Un demi-siècle de néo-classicisme avait déjà remis ses auteurs et ses artistes  à la mode, reléguant les Romains au rang de pâles imitateurs. Sa sculpture, elle, fascinait. Au point qu’en Grèce même les antiquaires français, anglais et allemands (on ne disait pas encore « archéologues ») s’écharpaient. Tous voulaient mettre la main sur les vestiges malmenés de ces temps héroïques – et la Vénus de Milo de trouver ainsi le chemin du Louvre en 1821, avant que, deux décennies plus tard, ne naisse la célèbre École française d’Athènes. »

(…) «Très tôt classiques et romantiques s’emparèrent de cette matière profuse et irradiante : David et Delacroix y confrontaient leurs pinceaux ; Delavigne et Hugo leurs vers »(…) « sous cette souffrance à distance, affleurait surtout un basculement d’ampleur des sensibilités collectives »(…) « ce qui incline à faire de cette vaste mobilisation philhellène transnationale un moment clé, sinon inaugural, dans l’histoire générale de l’intervention humanitaire et dans la genèse des débats sur la question sensible du droit à l’ingérence ».

LA CAPITALE DES RÉVOLUTIONS

Les incidences de la révolution de février 1848, suivie partout en Europe mais aussi en Asie (notamment à Ceylan devenu le Sri Lanka et en Australie) comme en Amérique du Sud (surtout au Chili), sont traitées par Quentin Deluermoz qui conclut : « les événements des années 1848-1850 sont bien d’ampleur globale. S’il est difficile de faire de la France son seul point d’origine, il est clair que les luttes ayant suivi la fusillade du boulevard des Capucines ont pesé puissamment sur les manières de vivre et de comprendre. Ils rappellent que, si la France est un pôle majeur à cette échelle, elle n’est qu’un pôle parmi d’autres. Mais elle est bien la capitale des révolutions ». Il enchaîne en 1871 avec la Commune de Paris, référence incontournable pour tous les révolutionnaires du XXe siècle, dont il détaille les soutiens extérieurs.

On parle peu du premier Traité de Libre-Échange signé le 23 janvier 1860 avec le Royaume-Uni puis avec onze pays européens, à l’instigation d’un polytechnicien saint-simonien, Michel Chevalier, professeur d’économie politique au Collège de France et éminence grise du Second Empire. Ce « coup d’État douanier » (dixit Flaubert) marqua la participation française à la « mondialisation du XIXe siècle » et « ouvrira la voie à une sorte de premier marché commun européen. » (…) « Le régime de Napoléon III tenta même de transformer l’Union monétaire latine, établie en 1865 avec l’ Italie, la Suisse et la Belgique, en unification monétaire de tout le continent, lors d’une conférence internationale tenue à Paris en 1867 ». D’après David Todd, jusqu’ en 1870, « le commerce extérieur français connut une croissance sans précédent et inégalée depuis » (…) « la soierie lyonnaise, la viticulture méridionale et l’artisanat producteur d’ « articles de Paris » et autres bibelots (…) connurent un âge d’or ». En 1883 on allait se préoccuper du possible déclin de la langue française avec la création de L’Alliance française, «devenue la plus grande ONG culturelle de la planète».

On s’arrête en 2015 avec le retour du drapeau national sur nos balcons suite aux attentats terroristes et ses diverses interprétations possibles avec Emmanuel Laurentin … Il y a ainsi 146 articles de toutes sortes à découvrir. On le voit, le calendrier dans un contexte mondial est un fil qui a mené partout, dans l’espace territorial français comme au cœur de la société, ces 117 historiens.
Pour notre plaisir : plaisir de s’élever pour regarder désormais les faits dans leur dimension internationale (on est à l’époque des caméras sur drones et de la station Mir…), plaisir de découvrir des anecdotes peu connues, plaisir de l’intelligence des liens qui sous-tendent les événements. Un ouvrage incontournable.

Histoire mondiale de la France -  Directeur d'ouvrage : Patrick Boucheron -  Collectif.
Éditions du Seuil. 800 pages - 29,00 €. ttc

Anick PUYÔOU

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HISTOIRE MONDIALE DE LA FRANCE

PARLEZ- MOI D’HISTOIRE

C’est l’Histoire telle qu’on aimerait la lire et l’entendre plus souvent, la savoir enseignée à nos enfants, sans frontières, avec un point de vue élevé, regardée avec un grand angle, un « œil de poisson »… L’ouvrage collectif que viennent de publier les Editions du Seuil, cette « Histoire mondiale de la France », dirigée par Patrick Boucheron, professeur au Collège de France), assisté de quatre « coordinateurs » (Nicolas Delalande, enseignant chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po ; Florian Mazel, agrégé d’histoire professeur à l’Université de Rennes; Yann Potin, maître de conférences à l’Université de Paris-Nord ; Pierre Singaralévou, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris1 Panthéon Sorbonne, membre de l’Institut), est un pavé de 766 pages duquel on peine à s’arracher. De la grotte Chauvet des hommes de Cro-Magnon aux drapeaux bleu-blanc-rouge arborés sur les façades après les attentats de novembre 2015, notre territoire est scruté par 117 historiens qui tentent d’expliquer en 146 dates ce qui fût, pourquoi, comment et avec quelles interférences dans le reste du monde.   

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Hors l’ordre chronologique des faits, indispensable pour bien comprendre, une transversalité enrichissante a été adoptée qui fait fi de lieux, dates et personnages cultes pour certains. Aucun sujet n’est tabou, de l’esclavage à la colonisation. On découvre une identité française très complexe à définir qui déstabilisera les plus racistes et des doutes qui honorent leurs auteurs. Ils nous parlent vrai et on comprend mieux.

Paris y joue un rôle important compte tenu des nombreux événements qui s’y sont déroulés depuis qu’elle fût choisie comme capitale en 511 par le roi des Francs, Clovis (inhumé à l’église des Saints-Apôtres de la montagne Sainte-Geneviève). Montmartre accueillit le 15 août 1534, dans notre 18e arrondissement actuel, dans la crypte du « Sanctum Martyrium » de Saint Denis, au numéro 9 de la rue Yvonne Le Tac, Ignace de Loyola faisant vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, fondateur de la Compagnie de Jésus avec six condisciples.
L’assassinat d’Henri IV le 14 mai 1610 à 16 heures rue de la Ferronnerie est évoqué via ses effets tant nationaux (le 21 mai toutes les villes de France étaient au courant) que « mondiaux ». Qui sait que la nouvelle arriva à Mexico via Madrid le 8 septembre (décrite par un Aztèque), puis à Nagasaki et enfin en Amérique avec des retentissements dans les colonies et possessions françaises qui commençaient à s’y développer sous la direction de Sully ? Les années 1610 marquent aussi selon des experts britanniques le commencement du réchauffement climatique dû à la déforestation…

La « forgerie » de l’imprimeur Antoine Galland (qui tenait une chaire d’arabe au Collège Royal) réunit en 1712 ses traductions de contes oraux et écrits de diverses provenances du Moyen-Orient, auxquels il essaiera de donner une unité d’ensemble, pour faire un succès de lecture européen exceptionnel sous le titre « Les Mille et une Nuits ». Trois ans plus tard, le 7 février 1715, l’ambassadeur des princes séfévides, Mohammed Reza Beg, et sa suite franchissaient en grande pompe les portes de Paris avant d’aller présenter leurs respects à Louis XIV à Versailles, ambassade qu’immortaliseront Saint-Simon puis Montesquieu (avec toute l’insolence de sa jeunesse, ce qu’il regrettera beaucoup par la suite prétend-on…). Le 13 mars 1769 Louis-Antoine de Bougainville, bouclant un tour du monde de deux ans de Rio de Janeiro à Tahiti, rentrait au port de Saint-Malo avec « La Boudeuse », suivie de « L’Étoile ». Après avoir été reçu par Louis XV à Versailles, il fût fêté dans les cercles et salons parisiens, faisant pour la première fois rêver les Français d’îles paradisiaques.
 

Après le temps des marchands, des conquérants et des missionnaires était venu celui des explorateurs savants et des observateurs philosophes. D’après Antoine Lilti, auteur de l’article, contrairement à Cook, « sa saisie du globe est réduite aux dimensions d’une aimable conversation ». Le roi lui avait recommandé « de reconnaître s’il le peut quelque isle à portée de la côte de Chine qui puisse servir d’entrepôt à la Compagnie des Indes pour un commerce avec la Chine ». Précisons que Bougainville mourra dans son lit, quarante ans plus tard, au 5, rue de la Banque, sénateur et comte d’Empire. Son cœur repose au cimetière du Calvaire à Montmartre et son corps au Panthéon depuis 1811. L’hôtel de Bougainville, au n°1 de la rue de la Tour des Dames dans le 9e, fût acheté à Gouvion Saint-Cyr par Mlle Mars.

Nous sous-estimerions beaucoup l’impact qu’eût la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Annie Jourdan parle de « révolution globale » tant les révolutionnaires français ont réveillé les patriotes du monde entier en quête de liberté et d’égalité. La libération du joug britannique de treize colonies d’Amérique du Nord qui se dotèrent d’une constitution en 1783 n’avait pas enchanté que Condorcet et La Fayette. À noter qu’elle se fît avec l’accord de la monarchie française qui prit aussi en 1737 le parti de patriotes hollandais révoltés contre Guillaume d’Orange et les recueillit… La République de Genève a vécu plusieurs révolutions inabouties et les habitants des Pays-Bas espagnols voulaient former les « Etas Belgiques Unis ». Leurs échecs n’empêchèrent pas les idées et principes de se propager en Europe. Le décret de 1792 qui proclamait fraternité et secours à tous les peuples qui voulaient recouvrer leur liberté connaîtra des hauts et des bas. « La « républicanisation » du continent avait évidemment été condamnée par les grandes puissances, mais c’est la politique napoléonienne qui lui porta le coup de grâce en « monarchisant » l’héritage révolutionnaire et en trahissant les idéaux ».

SOUTENIR LES GRECS

Le 28 février 1825 se créa dans les salons parisiens (dont ceux de notre Nouvelle Athènes), porté par une vague d’émotion qui dépassa nos frontières de New-York à Saint-Pétersbourg, un « comité philhellène » pour soutenir les Grecs en lutte contre l’empire ottoman. En 1770 Voltaire avait vainement tenté d’éveiller l’opinion française au sort des Grecs révoltés contre les Turcs…  Mais avec la mode du néo-classique, une affirmation de l’humanisme s’était opérée. On vit des souscriptions, quêtes à domicile et expositions « au profit des Grecs », des bals et concerts de charité pour le rachat d’esclaves et l’éducation d’orphelins, la confection d’objets et de vêtements philhellènes.
« Des femmes de la « plus haute société » parisienne quêtèrent ainsi jusque dans les quartiers les plus mal famés de la capitale. Sur ce modèle, d’autres « comités de dames » surgirent dans l’espace public ». Paris « devint un centre d’impulsion de la mobilisation mondiale ». Dès 1821, « de précoces frémissements s’étaient fait sentir ; surtout lorsque, depuis Marseille, s’ébranlèrent vers l’Orient les premiers volontaires. Ils redoublèrent l’année suivante à la nouvelle des massacres de Scio, bientôt immortalisés par Delacroix. Ils s’accentuèrent encore avec une première génération de comités embryonnaires (comme à Paris grâce à la Société de Morale chrétienne) »

Pour l’auteur de cet article, Hervé Mazurel, «l’impulsion venait d’ailleurs. De la Suisse et des États allemands surtout, jusqu’à ce que les témoignages désillusionnés des premiers volontaires d’outre-Rhin et la pression grandissante d’un Metternich contre ces «boutiques» fassent bientôt se déplacer le centre de gravité du mouvement. Vint donc une seconde phase, pilotée depuis Londres, où la création d’un comité en février 1823 relança la solidarité internationale »(…) « Bientôt cependant la mort de Byron à Missolonghi en avril 1824, suivie d’une succession  de scandales financiers liés à des emprunts grecs à Londres, amenèrent Paris à entretenir prioritairement la flamme »(…) « Un demi-siècle de néo-classicisme avait déjà remis ses auteurs et ses artistes  à la mode, reléguant les Romains au rang de pâles imitateurs. Sa sculpture, elle, fascinait. Au point qu’en Grèce même les antiquaires français, anglais et allemands (on ne disait pas encore « archéologues ») s’écharpaient. Tous voulaient mettre la main sur les vestiges malmenés de ces temps héroïques – et la Vénus de Milo de trouver ainsi le chemin du Louvre en 1821, avant que, deux décennies plus tard, ne naisse la célèbre École française d’Athènes. »

(…) «Très tôt classiques et romantiques s’emparèrent de cette matière profuse et irradiante : David et Delacroix y confrontaient leurs pinceaux ; Delavigne et Hugo leurs vers »(…) « sous cette souffrance à distance, affleurait surtout un basculement d’ampleur des sensibilités collectives »(…) « ce qui incline à faire de cette vaste mobilisation philhellène transnationale un moment clé, sinon inaugural, dans l’histoire générale de l’intervention humanitaire et dans la genèse des débats sur la question sensible du droit à l’ingérence ».

LA CAPITALE DES RÉVOLUTIONS

Les incidences de la révolution de février 1848, suivie partout en Europe mais aussi en Asie (notamment à Ceylan devenu le Sri Lanka et en Australie) comme en Amérique du Sud (surtout au Chili), sont traitées par Quentin Deluermoz qui conclut : « les événements des années 1848-1850 sont bien d’ampleur globale. S’il est difficile de faire de la France son seul point d’origine, il est clair que les luttes ayant suivi la fusillade du boulevard des Capucines ont pesé puissamment sur les manières de vivre et de comprendre. Ils rappellent que, si la France est un pôle majeur à cette échelle, elle n’est qu’un pôle parmi d’autres. Mais elle est bien la capitale des révolutions ». Il enchaîne en 1871 avec la Commune de Paris, référence incontournable pour tous les révolutionnaires du XXe siècle, dont il détaille les soutiens extérieurs.

On parle peu du premier Traité de Libre-Échange signé le 23 janvier 1860 avec le Royaume-Uni puis avec onze pays européens, à l’instigation d’un polytechnicien saint-simonien, Michel Chevalier, professeur d’économie politique au Collège de France et éminence grise du Second Empire. Ce « coup d’État douanier » (dixit Flaubert) marqua la participation française à la « mondialisation du XIXe siècle » et « ouvrira la voie à une sorte de premier marché commun européen. » (…) « Le régime de Napoléon III tenta même de transformer l’Union monétaire latine, établie en 1865 avec l’ Italie, la Suisse et la Belgique, en unification monétaire de tout le continent, lors d’une conférence internationale tenue à Paris en 1867 ». D’après David Todd, jusqu’ en 1870, « le commerce extérieur français connut une croissance sans précédent et inégalée depuis » (…) « la soierie lyonnaise, la viticulture méridionale et l’artisanat producteur d’ « articles de Paris » et autres bibelots (…) connurent un âge d’or ». En 1883 on allait se préoccuper du possible déclin de la langue française avec la création de L’Alliance française, «devenue la plus grande ONG culturelle de la planète».

On s’arrête en 2015 avec le retour du drapeau national sur nos balcons suite aux attentats terroristes et ses diverses interprétations possibles avec Emmanuel Laurentin … Il y a ainsi 146 articles de toutes sortes à découvrir. On le voit, le calendrier dans un contexte mondial est un fil qui a mené partout, dans l’espace territorial français comme au cœur de la société, ces 117 historiens.
Pour notre plaisir : plaisir de s’élever pour regarder désormais les faits dans leur dimension internationale (on est à l’époque des caméras sur drones et de la station Mir…), plaisir de découvrir des anecdotes peu connues, plaisir de l’intelligence des liens qui sous-tendent les événements. Un ouvrage incontournable.

Histoire mondiale de la France -  Directeur d'ouvrage : Patrick Boucheron -  Collectif.
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Anick PUYÔOU

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