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© E. Fouquet 2017 ©9e Histoire 2009 - 2017


Berlioz et sa vie tumultueuse

au Conservatoire
 


 

Berlioz_Portée.jpg

Rarement un musicien n’aura été aussi lié toute sa vie à une institution, c’est pourtant le cas de Berlioz avec le Conservatoire.

Originaire du Dauphiné, après une première initiation musicale en tant que flûtiste et guitariste, Hector Berlioz arrive en 1821, à l’âge de dix-huit ans, à Paris où il va loger au 104, rue Saint-Jacques, puis un peu plus tard, rue de la Harpe.

Berlioz, sous la pression de son père, lui-même médecin, commence alors des études de médecine qu’il abandonnera assez vite comme il le raconte dans ses Mémoires: «Je sentis ma passion pour la musique s’accroître et l’emporter sur mon désir de satisfaire mon père », suscitant la totale incompréhension de sa mère. « Pour elle, acteurs, actrices, chanteurs, musiciens, poètes, compositeurs étaient des créatures abominables, frappées par l’Église d’excommunication et, comme telles, prédestinées à l’enfer ! ».

Il se met alors à fréquenter l’Opéra de la rue Le Peletier et surtout la déjà très riche bibliothèque de l’École Royale de Musique et de Déclamation, rue du faubourg Poissonnière (avant qu’elle ne prenne à nouveau le nom de Conservatoire Royal de Musique en 1831) où il étudie avec passion les partitions de Gluck, le représentant de la tragédie lyrique qu’il vénère particulièrement.

Bibliothèque_du_Conservatoire.jpg  Entrée_Conservatoire.jpg
   La bibliothèque du Conservatoire en 1895                                                                  L'entrée du Conservatoire vers 1850

C’est ainsi qu’en 1823, jeune chroniqueur de vingt ans à la gazette des spectacles Le Corsaire, en signant Hector B……, il écrit avec passion pour s’opposer aux admirateurs de Rossini et du bel canto: « Eh, qui pourrait nier que tous les opéras de Rossini, pris ensemble, ne sauraient supporter la comparaison avec une ligne de récitatifs de Gluck, trois mesures de chant de Mozart ou de Spontini, et le moindre chœur de Lesueur !… »

S’étant essayé alors lui même à la composition dès 1822 (avec des morceaux réclamant déjà des orchestres pléthoriques !), il écrit sa Messe solennelle en 1824, qui sera jouée à l’église Saint-Roch le 10 juillet 1825 par cent cinquante musiciens et force cuivres. L’ancien protégé de Napoléon Bonaparte (et auparavant de Marie-Antoinette !), le compositeur Jean-François Lesueur, est présent, comme en témoigne Berlioz: « Monsieur Lesueur m’a raconté que, s’étant caché dans un coin de l’église pour n’être pas reconnu, il avait vu et entendu l’effet prodigieux de ma musique sur le public » et lui déclare : « Vous ne serez ni médecin, ni apothicaire, vous avez du génie, je vous le dis parce que c’est vrai ».


Un élève doué mais insoumis …
 

Berlioz est donc soutenu par Jean-François Lesueur, directeur de la Chapelle royale des Tuileries et professeur au Conservatoire, qui l’accepte en 1826, à titre privé, parmi les élèves de son cours de composition, pour le grand talent qu’il sent poindre chez lui. Il reçoit également l’autorisation de Luigi Cherubini, austère et autoritaire directeur de l’établissement depuis 1822, qui lui permet d’entrer simultanément dans la classe de contre-point de Reicha, musicien tchèque, afin de compléter ainsi ses connaissances techniques.

Bénéficiaire d’une pension versée par son père qui a fini par accepter sa vocation, mais déjà endetté à cause de cette fameuse Messe, Berlioz vient alors habiter dans une modeste chambre près du Palais de Justice, puis rive droite en 1827, dans un quartier plus lié à la musique, proche de l’Opéra Le Peletier, au 96, rue de Richelieu, au coin de la rue Saint-Marc, à deux pas de l’hôtel où réside Harriet Smithson dont il vient de tomber amoureux en la voyant jouer le rôle d’Ophélie dans Hamlet… Il a aussi ses habitudes au café Cardinal, boulevard des Italiens, rendez-vous des artistes de l’époque.

La même année, pour subvenir à ses besoins, il se résout à entrer comme choriste (!) au théâtre des Nouveautés qui vient d’ouvrir rue Vivienne (aujourd’hui installé boulevard Poissonnière), où il chante dans « Le Coureur de Veuves » ou « Le Futur de Grand-maman » (!), spectacles qui « le rendent idiot et menacent de lui donner le choléra » …

Avant tout créateur et étudiant un peu rebelle, il brave le règlement du Conservatoire instauré par Luigi Cherubini : Il y avait en effet une entrée pour les hommes rue du Faubourg Poissonnière et une autre pour les femmes, mais le jeune Hector s’obstinait à emprunter l’entrée rue Bergère réservée aux étudiantes! Apostrophé par le directeur, il refuse alors de donner son nom et répond : « Monsieur, mon nom vous sera peut-être connu quelque jour mais pour aujourd’hui, vous ne le saurez pas ! ». Le jeune Haussmann, féru de musique, a également côtoyé Berlioz l’insoumis et a été témoin d’une autre altercation avec Cherubini lorsqu’il était lui-même auditeur libre au Conservatoire dans la même classe de fugue et de contrepoint, il raconte d’ailleurs dans ses Mémoires la scène suivante : « Il me souvient qu’un jour d’examen, Cherubini, voyant dans la partition de Berlioz une pause générale de deux mesures, lui dit avec cet air grincheux qu’il ne quittait guère : « Qu’est-ce que cela ? - Monsieur le directeur, j’ai voulu par ce silence produire un effet. - Ah ! Vous croyez que cette suppression de deux mesures produirait un bon effet sur les auditeurs ? - Mais oui, monsieur. - eh bien supprimez le reste : l’effet sera meilleur encore », lui répondit-il perfidement en lui rendant son cahier ».

En 1828, au Conservatoire, l’exécution pour la première fois en France des symphonies de Beethoven par François-Antoine Habeneck, qui dirige la Société des Concerts du Conservatoire, sera une révélation pour Berlioz : « je vis se lever l’immense Beethoven. La secousse que j’en reçus fut presque comparable à celle que m’avait donnée Shakespeare. Il m’ouvrait un monde nouveau en musique, comme le poète m’avait dévoilé un nouvel univers en poésie ».

Bien que toujours élève au Conservatoire, le jeune musicien veut être reconnu en tant que compositeur et jouer ses premières œuvres. Il a remarqué l’excellente acoustique de cette salle, qui de plus est gratuite. Il va alors intriguer en contournant son ombrageux directeur et en s’adressant avec aplomb au surintendant des Beaux-Arts, le vicomte Sosthène de la Rochefoucauld : « Mon concert étant destiné uniquement à me faire connaitre, est pour moi de la dernière importance, il y va de mon existence musicale tout entière… ». Il obtient gain de cause à vingt-quatre ans, le lundi de Pentecôte 1828, même si la salle n’est à cette occasion guère remplie… François-Joseph Fétis, professeur et bibliothécaire au Conservatoire à cette époque exprime d’ailleurs un avis partagé : « M. Berlioz est un très jeune compositeur, sans expérience… mais que M.Berlioz se rassure, il a les plus heureuses dispositions… son style est énergique et nerveux. Mais le compositeur, entraîné par sa jeune et ardente imagination, s’épuise en combinaisons d’un effet passionné, son originalité va jusqu’à la bizarrerie… ».

Le jeune Hector, en romantique qu’il est, s’ennuie comme il le confie lui même: « Je m’ennuie, je m’ennuie. Toujours la même chose, mais je m’ennuie à présent avec une rapidité étonnante. Je consomme plus d’ennui en une heure qu’autrefois en un jour. Que faire ?... »
Il déborde cependant d’activité, les cours qu’il continue de suivre ne l’empêchent pas de composer, de rédiger des articles dans divers journaux et de vouloir organiser des concerts.
C’est ainsi que le jour de la Toussaint de 1829, il réussit à donner un nouveau concert de ses œuvres au Conservatoire, dans cette salle qu’on continuait encore à appeler salle des Menus (en référence aux anciens Menus-Plaisirs du roi) et que Cherubini a consenti à lui céder ce jour là. Concert dirigé par Habeneck lui-même avec plus de cent musiciens et quatre paires de timbales ! Triomphe sans lendemain malheureusement.

Cherubini.jpg
Luigi Cherubini par Ingres

Ses relations avec Cherubini qu’il traite d’ « agent subalterne » seront de fait toujours mauvaises : celui-ci lui refusera d’ailleurs plus tard le poste de professeur de composition parce qu’il ne pratique pas le piano (!). Berlioz est en effet le seul des grands compositeurs à ne pas avoir été pianiste, puisqu’il était guitariste de formation. Il a d’ailleurs une raison encore plus personnelle de ne pas porter le piano dans son cœur: alors tout jeune lauréat du prix de Rome en 1830, il s'est fait voler sa jolie fiancée de l’époque, la pianiste Marie Moke, par un certain Camille Pleyel, facteur de pianos… Petite anecdote : on a retrouvé par hasard il y a peu son piano en Normandie qui, en réalité, était le piano de sa deuxième épouse, la cantatrice Marie Recio (mis d’abord en vente sur « Le bon coin » (!), puis acquis en définitive par le musée Berlioz de la Côte Saint-André en Isère, sa ville natale).

      
Le romantique passionné.
 

Pendant ses études, il échoue par trois fois au concours du Prix de Rome, en 1826, 1827 et 1829, sa musique étant jugée injouable (!), avant d’obtenir le Second Prix en 1828 et surtout le Grand Prix de Rome à l’unanimité, en 1830 (synonyme enfin d’une véritable pension pendant cinq ans ...).
La cantate
Sardanapale jouée à cette occasion est pourtant décrite par Berlioz comme « un ouvrage fort médiocre qui ne représente pas du tout ma pensée musicale intime »… Cette cantate sera reprise au Conservatoire le 5 décembre de cette même année 1830, jour où il va donner, à 27 ans, sa Symphonie Fantastique encore dirigée par Habeneck et sous titrée « Épisode de la vie d’un artiste », donnée « au profit des victimes de Juillet », (en référence aux Trois Glorieuses), concert qui va créer l’événement, voire le scandale, presque similaire à celui provoqué à la même époque par le Hernani de Victor Hugo.
La salle est en effet composée en majorité de jeunes romantiques prêts à s’enflammer pour tout ce qui est nouveau.
Liszt présent, n’est pas le dernier à s’enthousiasmer, à tel point que celui-ci invite ce soir là Berlioz chez lui, au 61, rue de Provence. Liszt qui restera toujours son grand ami en fera d’ailleurs une transcription pour piano.

À propos de cette première de la Symphonie Fantastique, Berlioz rapporte dans ses Mémoires : « Ce fut la veille de ce jour que Liszt vint me voir. Nous ne nous connaissions pas encore. Je lui parlai du Faust de Gœthe, qu’il m’avoua n’avoir pas lu, et pour lequel il se passionna autant que moi bientôt après. Nous éprouvions une vive sympathie l’un pour l’autre, et depuis lors notre liaison n’a fait que se resserrer et se consolider. Il assista à ce concert où il se fit remarquer de tout l’auditoire par ses applaudissements et ses enthousiastes démonstrations ».

Harriet_Smithson.jpg
Portrait d'Harriet Smithson par G. Dubufe

Après un séjour à éclipses à la Villa Médicis, exigé en contrepartie du prix reçu et abrégé en 1832, au bout de deux ans, de retour à Paris il habite dans l’ancien logement d’Harriet Smithson au 1, rue Saint-Marc (geste romantique s’il en est !). Il n’a de cesse alors de donner une seconde exécution au Conservatoire de son « immense symphonie » comme il l’appelait et qu’il a travaillé pour pouvoir rencontrer enfin l’actrice à la carrière déclinante. Le programme, distribué au public avant le concert, décrivait une histoire qui laissait deviner la passion de Berlioz pour Harriet. De son siège placé au-dessus de l'orchestre, Harriet Smithson est proche du compositeur. Le livret et l'effet d'un grand orchestre lui faisant la cour touchent alors le cœur de l'actrice.

Le poète romantique allemand Heinrich Heine livre un témoignage de ce concert du 9 décembre: « Berlioz, à la chevelure ébouriffée, jouait des timbales tout en regardant l’actrice d’un visage obsédé, et chaque fois que leurs yeux se rencontraient, il frappait encore d’une plus grande vigueur » ! Il l’épouse en 1833, mariage dont Liszt fut d’ailleurs l’un des témoins.

Mariage_B.jpg
Acte de mariage de Berlioz et d'Harriet Smithson

Ils viennent habiter rue du Mont-Cenis de l’autre côté de Montmartre, lieu de naissance de leur fils Louis en 1834, avant de rejoindre le 34, rue de Londres plus proche du Conservatoire, où Hector Berlioz va encore donner des concerts dont celui du 23 novembre. C’est là, en effet, qu’est jouée sa dernière composition Harold en Italie devant une salle d’amis conquis où on peut croiser le Duc d’Orléans, fils du roi, Liszt, Chopin, Hiller, mais aussi Vigny, Nerval, Dumas et encore les Bertin, propriétaires du Journal des Débats et dont une chronique rend compte :
« … La foule et le succès arrivent à ce courageux athlète de sa propre musique, à ce jeune artiste qui marche tout droit devant lui, et sans s’arrêter jamais, parce qu’il obéit à une vocation. »
Les Bertin vont d’ailleurs confier au musicien des articles sur les concerts du Conservatoire qui lui procurent de temps à autre des revenus, car ses concerts ne suffisent malheureusement pas à faire vivre la petite famille.


Un compositeur reconnu par ses pairs mais un musicien sans argent.
 

Berlioz et Cherubini se retrouvent comme concurrents sur le Requiem commandé par le ministère des Beaux-Arts. Berlioz, vainqueur, connaîtra un grand succès en décembre 1837 lors de l’exécution, à la chapelle des Invalides devant la famille royale, de cette œuvre monumentale avec cinq cents exécutants (!), mais qui l’endette un peu plus encore une fois.

Le violoniste virtuose Paganini, à la fin de sa vie, est subjugué par ses concerts et baise la main de Berlioz à genoux sur la scène du Conservatoire lors d’une soirée, le 16 décembre 1838, et lui écrit : « Beethoven est mort, il n’était que Berlioz pour le faire revivre… ». Il lui fait parvenir surtout une grosse somme d’argent qui lui permet de rembourser ses dettes et d’écrire durant près de sept mois son Roméo et Juliette, « ni un opéra concert, ni une cantate mais une symphonie avec chœurs » comme il l’écrit dans sa préface.

Les trois concerts donnés en novembre et décembre 1839 au Conservatoire sont des grands succès mais ne lui rapportent guère d’argent : onze cents francs de l’époque ! Ce que commente ainsi Berlioz : « C’est misérable !… Décidément, l’art sérieux ne peut pas nourrir son homme et il en sera toujours ainsi. C’est injuste et horrible ».
Pourtant l’originalité de traitement de l’œuvre est reconnue comme l’affirmera Saint-Saëns : « Un défi au sens commun, défi pour lequel il ne pouvait y avoir qu’une seule excuse : faire un chef-d’œuvre et Berlioz n’y a pas manqué ! ». Wagner, présent à un de ces concerts dira même : « Nous devons honorer Berlioz comme le véritable rédempteur de notre monde musical ».

Mais sa musique emportée et parfaite illustration du Romantisme, qualifiée de « musique descriptive ou à programme », choque souvent le public français (il sera plus reconnu en Allemagne et en Autriche) : « Le gros public voulait de la musique qui berçât, de la musique un peu dramatique mais incolore, sans rythmes insolites, de la musique n’exigeant de ses interprètes et des ses auditeurs, ni grand talent, ni grande attention ». Il dira aussi pour résumer son état : « plus un artiste est artiste, et plus il doit souffrir ».

L’absence de reconnaissance du grand public va donc provoquer son éloignement du milieu parisien au profit d’une carrière internationale de véritable « musicien errant » durant plus de vingt ans.

Berlioz reste cependant toujours attaché au Conservatoire. Voilà ce qu’il dit d’ailleurs de son orchestre dans une de ses chroniques du Journal des Débats du 23 juillet 1844 : « Quant à la musique d’ensemble, c’est chose reconnue par tous, et par les étrangers eux-mêmes, que l’orchestre du Conservatoire de Paris est le premier orchestre du monde »... « mais nulle part je n’ai trouvé cet ensemble inouï, cette parfaite communauté de sentiment et d’expression que présente l’orchestre du Conservatoire de Paris, et qui sont dus surtout, je crois, à la supériorité de ses instruments à cordes… de façon qu’on dirait que les parties de violons, d’altos, de violoncelles et de contrebasses, sont jouées chacune par un seul artiste faisant vibrer sous son puissant archet un instrument gigantesque. »

À défaut d’en prendre plus tard la direction, il en devient le bibliothécaire titulaire en 1838 avec un petit salaire lui permettant de subvenir aux périodes difficiles de sa carrière. Il est aussi défendu par Delacroix, Gautier, Mérimée, Vigny, mais moins par Chopin qui traite sa musique d’ « héroïque gâchis » ! Berlioz fait également connaissance d’Adolphe Sax, inventeur du saxophone, installé dans l’actuelle rue Saint-Georges, et composera pour lui un Chant sacré pour sextuor à vent, première œuvre pour saxophone !

Plus tard, en 1865, revenu à Paris, c’est dans son bureau de bibliothécaire du Conservatoire dont Auber était devenu le directeur en 1842, qu’il entasse les 1.200 exemplaires de ses Mémoires, à peine sorties de chez l’imprimeur.

A la mort de son fils en 1867, et deux ans avant la sienne, le 8 mars 1869, 4, rue de Calais dans le quartier de la « Nouvelle Athènes », il brûle tous ses souvenirs de gloire dans la cheminée de ce même bureau toujours en place aujourd’hui, (sauf une guitare offerte par Paganini et le bâton d’orchestre de Mendelssohn !). Seules ses partitions, qu’il a déjà léguées au Conservatoire, échapperont à sa fureur, dont sa fameuse Messe solennelle (perdue puis retrouvée en 1992).

Fantin-Latour-Berlioz.jpg
L'Anniversaire ou Hommage à Berlioz - H. Fantin Latour - 1876

Ultime et macabre ironie, lors de ses obsèques à l’église de la Sainte-Trinité, parmi les morceaux joués en sa mémoire, on peut même entendre le Requiem de Cherubini

Toute la vie d’Hector Berlioz, qui repose désormais au cimetière de Montmartre auprès des deux femmes de sa vie, Harriet Smithson et Marie Recio, décédées avant lui, est ainsi liée au Conservatoire, successivement donc comme lecteur à la bibliothèque, étudiant, bibliothécaire, et bien sûr comme compositeur et chef d’orchestre. Fantin-Latour résume d’ailleurs la vie et l’œuvre du musicien avec son célèbre tableau de 1876 l’Anniversaire ou Hommage à Berlioz dont il fit aussi des lithographies.

Une plaque apposée rue du Conservatoire, en 2003, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, témoigne toujours aujourd’hui de l’indéfectible attachement de l’artiste à ce lieu qui aura eu aussi plusieurs adresses : en 1911, le Conservatoire de musique déménage rue de Madrid, en 1946, les activités d'art dramatique sont dissociées de celles de musique et reviennent rue du Conservatoire. En 1991, le Conservatoire de musique prend le nom de Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse et s'installe avenue Jean Jaurès dans le parc de la Villette pour s'intégrer à la Cité de la musique.

Emmanuel FOUQUET

Quelques sources bibliographiques
Hector Berlioz, Mémoires, Flammarion, 2010.
Adolphe Boschot, La jeunesse d’un romantique, Hector Berlioz, Plon, 1946.
Adolphe Boschot, Hector Berlioz, la vie d’un romantique, Plon, 1942.
Guy de Pourtalès, Berlioz et l’Europe romantique, Gallimard, 1939.
Yves Hucher et Jacqueline Morini, Berlioz, Classiques Hachette de la musique, 1969.

© E. Fouquet 2017 ©9e Histoire 2009 - 2017

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© E. Fouquet 2017 ©9e Histoire 2009 - 2017


Berlioz et sa vie tumultueuse

au Conservatoire
 


 

Berlioz_Portée.jpg

Rarement un musicien n’aura été aussi lié toute sa vie à une institution, c’est pourtant le cas de Berlioz avec le Conservatoire.

Originaire du Dauphiné, après une première initiation musicale en tant que flûtiste et guitariste, Hector Berlioz arrive en 1821, à l’âge de dix-huit ans, à Paris où il va loger au 104, rue Saint-Jacques, puis un peu plus tard, rue de la Harpe.

Berlioz, sous la pression de son père, lui-même médecin, commence alors des études de médecine qu’il abandonnera assez vite comme il le raconte dans ses Mémoires: «Je sentis ma passion pour la musique s’accroître et l’emporter sur mon désir de satisfaire mon père », suscitant la totale incompréhension de sa mère. « Pour elle, acteurs, actrices, chanteurs, musiciens, poètes, compositeurs étaient des créatures abominables, frappées par l’Église d’excommunication et, comme telles, prédestinées à l’enfer ! ».

Il se met alors à fréquenter l’Opéra de la rue Le Peletier et surtout la déjà très riche bibliothèque de l’École Royale de Musique et de Déclamation, rue du faubourg Poissonnière (avant qu’elle ne prenne à nouveau le nom de Conservatoire Royal de Musique en 1831) où il étudie avec passion les partitions de Gluck, le représentant de la tragédie lyrique qu’il vénère particulièrement.

Bibliothèque_du_Conservatoire.jpg  Entrée_Conservatoire.jpg
   La bibliothèque du Conservatoire en 1895                                                                  L'entrée du Conservatoire vers 1850

C’est ainsi qu’en 1823, jeune chroniqueur de vingt ans à la gazette des spectacles Le Corsaire, en signant Hector B……, il écrit avec passion pour s’opposer aux admirateurs de Rossini et du bel canto: « Eh, qui pourrait nier que tous les opéras de Rossini, pris ensemble, ne sauraient supporter la comparaison avec une ligne de récitatifs de Gluck, trois mesures de chant de Mozart ou de Spontini, et le moindre chœur de Lesueur !… »

S’étant essayé alors lui même à la composition dès 1822 (avec des morceaux réclamant déjà des orchestres pléthoriques !), il écrit sa Messe solennelle en 1824, qui sera jouée à l’église Saint-Roch le 10 juillet 1825 par cent cinquante musiciens et force cuivres. L’ancien protégé de Napoléon Bonaparte (et auparavant de Marie-Antoinette !), le compositeur Jean-François Lesueur, est présent, comme en témoigne Berlioz: « Monsieur Lesueur m’a raconté que, s’étant caché dans un coin de l’église pour n’être pas reconnu, il avait vu et entendu l’effet prodigieux de ma musique sur le public » et lui déclare : « Vous ne serez ni médecin, ni apothicaire, vous avez du génie, je vous le dis parce que c’est vrai ».


Un élève doué mais insoumis …
 

Berlioz est donc soutenu par Jean-François Lesueur, directeur de la Chapelle royale des Tuileries et professeur au Conservatoire, qui l’accepte en 1826, à titre privé, parmi les élèves de son cours de composition, pour le grand talent qu’il sent poindre chez lui. Il reçoit également l’autorisation de Luigi Cherubini, austère et autoritaire directeur de l’établissement depuis 1822, qui lui permet d’entrer simultanément dans la classe de contre-point de Reicha, musicien tchèque, afin de compléter ainsi ses connaissances techniques.

Bénéficiaire d’une pension versée par son père qui a fini par accepter sa vocation, mais déjà endetté à cause de cette fameuse Messe, Berlioz vient alors habiter dans une modeste chambre près du Palais de Justice, puis rive droite en 1827, dans un quartier plus lié à la musique, proche de l’Opéra Le Peletier, au 96, rue de Richelieu, au coin de la rue Saint-Marc, à deux pas de l’hôtel où réside Harriet Smithson dont il vient de tomber amoureux en la voyant jouer le rôle d’Ophélie dans Hamlet… Il a aussi ses habitudes au café Cardinal, boulevard des Italiens, rendez-vous des artistes de l’époque.

La même année, pour subvenir à ses besoins, il se résout à entrer comme choriste (!) au théâtre des Nouveautés qui vient d’ouvrir rue Vivienne (aujourd’hui installé boulevard Poissonnière), où il chante dans « Le Coureur de Veuves » ou « Le Futur de Grand-maman » (!), spectacles qui « le rendent idiot et menacent de lui donner le choléra » …

Avant tout créateur et étudiant un peu rebelle, il brave le règlement du Conservatoire instauré par Luigi Cherubini : Il y avait en effet une entrée pour les hommes rue du Faubourg Poissonnière et une autre pour les femmes, mais le jeune Hector s’obstinait à emprunter l’entrée rue Bergère réservée aux étudiantes! Apostrophé par le directeur, il refuse alors de donner son nom et répond : « Monsieur, mon nom vous sera peut-être connu quelque jour mais pour aujourd’hui, vous ne le saurez pas ! ». Le jeune Haussmann, féru de musique, a également côtoyé Berlioz l’insoumis et a été témoin d’une autre altercation avec Cherubini lorsqu’il était lui-même auditeur libre au Conservatoire dans la même classe de fugue et de contrepoint, il raconte d’ailleurs dans ses Mémoires la scène suivante : « Il me souvient qu’un jour d’examen, Cherubini, voyant dans la partition de Berlioz une pause générale de deux mesures, lui dit avec cet air grincheux qu’il ne quittait guère : « Qu’est-ce que cela ? - Monsieur le directeur, j’ai voulu par ce silence produire un effet. - Ah ! Vous croyez que cette suppression de deux mesures produirait un bon effet sur les auditeurs ? - Mais oui, monsieur. - eh bien supprimez le reste : l’effet sera meilleur encore », lui répondit-il perfidement en lui rendant son cahier ».

En 1828, au Conservatoire, l’exécution pour la première fois en France des symphonies de Beethoven par François-Antoine Habeneck, qui dirige la Société des Concerts du Conservatoire, sera une révélation pour Berlioz : « je vis se lever l’immense Beethoven. La secousse que j’en reçus fut presque comparable à celle que m’avait donnée Shakespeare. Il m’ouvrait un monde nouveau en musique, comme le poète m’avait dévoilé un nouvel univers en poésie ».

Bien que toujours élève au Conservatoire, le jeune musicien veut être reconnu en tant que compositeur et jouer ses premières œuvres. Il a remarqué l’excellente acoustique de cette salle, qui de plus est gratuite. Il va alors intriguer en contournant son ombrageux directeur et en s’adressant avec aplomb au surintendant des Beaux-Arts, le vicomte Sosthène de la Rochefoucauld : « Mon concert étant destiné uniquement à me faire connaitre, est pour moi de la dernière importance, il y va de mon existence musicale tout entière… ». Il obtient gain de cause à vingt-quatre ans, le lundi de Pentecôte 1828, même si la salle n’est à cette occasion guère remplie… François-Joseph Fétis, professeur et bibliothécaire au Conservatoire à cette époque exprime d’ailleurs un avis partagé : « M. Berlioz est un très jeune compositeur, sans expérience… mais que M.Berlioz se rassure, il a les plus heureuses dispositions… son style est énergique et nerveux. Mais le compositeur, entraîné par sa jeune et ardente imagination, s’épuise en combinaisons d’un effet passionné, son originalité va jusqu’à la bizarrerie… ».

Le jeune Hector, en romantique qu’il est, s’ennuie comme il le confie lui même: « Je m’ennuie, je m’ennuie. Toujours la même chose, mais je m’ennuie à présent avec une rapidité étonnante. Je consomme plus d’ennui en une heure qu’autrefois en un jour. Que faire ?... »
Il déborde cependant d’activité, les cours qu’il continue de suivre ne l’empêchent pas de composer, de rédiger des articles dans divers journaux et de vouloir organiser des concerts.
C’est ainsi que le jour de la Toussaint de 1829, il réussit à donner un nouveau concert de ses œuvres au Conservatoire, dans cette salle qu’on continuait encore à appeler salle des Menus (en référence aux anciens Menus-Plaisirs du roi) et que Cherubini a consenti à lui céder ce jour là. Concert dirigé par Habeneck lui-même avec plus de cent musiciens et quatre paires de timbales ! Triomphe sans lendemain malheureusement.

Cherubini.jpg
Luigi Cherubini par Ingres

Ses relations avec Cherubini qu’il traite d’ « agent subalterne » seront de fait toujours mauvaises : celui-ci lui refusera d’ailleurs plus tard le poste de professeur de composition parce qu’il ne pratique pas le piano (!). Berlioz est en effet le seul des grands compositeurs à ne pas avoir été pianiste, puisqu’il était guitariste de formation. Il a d’ailleurs une raison encore plus personnelle de ne pas porter le piano dans son cœur: alors tout jeune lauréat du prix de Rome en 1830, il s'est fait voler sa jolie fiancée de l’époque, la pianiste Marie Moke, par un certain Camille Pleyel, facteur de pianos… Petite anecdote : on a retrouvé par hasard il y a peu son piano en Normandie qui, en réalité, était le piano de sa deuxième épouse, la cantatrice Marie Recio (mis d’abord en vente sur « Le bon coin » (!), puis acquis en définitive par le musée Berlioz de la Côte Saint-André en Isère, sa ville natale).

      
Le romantique passionné.
 

Pendant ses études, il échoue par trois fois au concours du Prix de Rome, en 1826, 1827 et 1829, sa musique étant jugée injouable (!), avant d’obtenir le Second Prix en 1828 et surtout le Grand Prix de Rome à l’unanimité, en 1830 (synonyme enfin d’une véritable pension pendant cinq ans ...).
La cantate
Sardanapale jouée à cette occasion est pourtant décrite par Berlioz comme « un ouvrage fort médiocre qui ne représente pas du tout ma pensée musicale intime »… Cette cantate sera reprise au Conservatoire le 5 décembre de cette même année 1830, jour où il va donner, à 27 ans, sa Symphonie Fantastique encore dirigée par Habeneck et sous titrée « Épisode de la vie d’un artiste », donnée « au profit des victimes de Juillet », (en référence aux Trois Glorieuses), concert qui va créer l’événement, voire le scandale, presque similaire à celui provoqué à la même époque par le Hernani de Victor Hugo.
La salle est en effet composée en majorité de jeunes romantiques prêts à s’enflammer pour tout ce qui est nouveau.
Liszt présent, n’est pas le dernier à s’enthousiasmer, à tel point que celui-ci invite ce soir là Berlioz chez lui, au 61, rue de Provence. Liszt qui restera toujours son grand ami en fera d’ailleurs une transcription pour piano.

À propos de cette première de la Symphonie Fantastique, Berlioz rapporte dans ses Mémoires : « Ce fut la veille de ce jour que Liszt vint me voir. Nous ne nous connaissions pas encore. Je lui parlai du Faust de Gœthe, qu’il m’avoua n’avoir pas lu, et pour lequel il se passionna autant que moi bientôt après. Nous éprouvions une vive sympathie l’un pour l’autre, et depuis lors notre liaison n’a fait que se resserrer et se consolider. Il assista à ce concert où il se fit remarquer de tout l’auditoire par ses applaudissements et ses enthousiastes démonstrations ».

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Portrait d'Harriet Smithson par G. Dubufe

Après un séjour à éclipses à la Villa Médicis, exigé en contrepartie du prix reçu et abrégé en 1832, au bout de deux ans, de retour à Paris il habite dans l’ancien logement d’Harriet Smithson au 1, rue Saint-Marc (geste romantique s’il en est !). Il n’a de cesse alors de donner une seconde exécution au Conservatoire de son « immense symphonie » comme il l’appelait et qu’il a travaillé pour pouvoir rencontrer enfin l’actrice à la carrière déclinante. Le programme, distribué au public avant le concert, décrivait une histoire qui laissait deviner la passion de Berlioz pour Harriet. De son siège placé au-dessus de l'orchestre, Harriet Smithson est proche du compositeur. Le livret et l'effet d'un grand orchestre lui faisant la cour touchent alors le cœur de l'actrice.

Le poète romantique allemand Heinrich Heine livre un témoignage de ce concert du 9 décembre: « Berlioz, à la chevelure ébouriffée, jouait des timbales tout en regardant l’actrice d’un visage obsédé, et chaque fois que leurs yeux se rencontraient, il frappait encore d’une plus grande vigueur » ! Il l’épouse en 1833, mariage dont Liszt fut d’ailleurs l’un des témoins.

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Acte de mariage de Berlioz et d'Harriet Smithson

Ils viennent habiter rue du Mont-Cenis de l’autre côté de Montmartre, lieu de naissance de leur fils Louis en 1834, avant de rejoindre le 34, rue de Londres plus proche du Conservatoire, où Hector Berlioz va encore donner des concerts dont celui du 23 novembre. C’est là, en effet, qu’est jouée sa dernière composition Harold en Italie devant une salle d’amis conquis où on peut croiser le Duc d’Orléans, fils du roi, Liszt, Chopin, Hiller, mais aussi Vigny, Nerval, Dumas et encore les Bertin, propriétaires du Journal des Débats et dont une chronique rend compte :
« … La foule et le succès arrivent à ce courageux athlète de sa propre musique, à ce jeune artiste qui marche tout droit devant lui, et sans s’arrêter jamais, parce qu’il obéit à une vocation. »
Les Bertin vont d’ailleurs confier au musicien des articles sur les concerts du Conservatoire qui lui procurent de temps à autre des revenus, car ses concerts ne suffisent malheureusement pas à faire vivre la petite famille.


Un compositeur reconnu par ses pairs mais un musicien sans argent.
 

Berlioz et Cherubini se retrouvent comme concurrents sur le Requiem commandé par le ministère des Beaux-Arts. Berlioz, vainqueur, connaîtra un grand succès en décembre 1837 lors de l’exécution, à la chapelle des Invalides devant la famille royale, de cette œuvre monumentale avec cinq cents exécutants (!), mais qui l’endette un peu plus encore une fois.

Le violoniste virtuose Paganini, à la fin de sa vie, est subjugué par ses concerts et baise la main de Berlioz à genoux sur la scène du Conservatoire lors d’une soirée, le 16 décembre 1838, et lui écrit : « Beethoven est mort, il n’était que Berlioz pour le faire revivre… ». Il lui fait parvenir surtout une grosse somme d’argent qui lui permet de rembourser ses dettes et d’écrire durant près de sept mois son Roméo et Juliette, « ni un opéra concert, ni une cantate mais une symphonie avec chœurs » comme il l’écrit dans sa préface.

Les trois concerts donnés en novembre et décembre 1839 au Conservatoire sont des grands succès mais ne lui rapportent guère d’argent : onze cents francs de l’époque ! Ce que commente ainsi Berlioz : « C’est misérable !… Décidément, l’art sérieux ne peut pas nourrir son homme et il en sera toujours ainsi. C’est injuste et horrible ».
Pourtant l’originalité de traitement de l’œuvre est reconnue comme l’affirmera Saint-Saëns : « Un défi au sens commun, défi pour lequel il ne pouvait y avoir qu’une seule excuse : faire un chef-d’œuvre et Berlioz n’y a pas manqué ! ». Wagner, présent à un de ces concerts dira même : « Nous devons honorer Berlioz comme le véritable rédempteur de notre monde musical ».

Mais sa musique emportée et parfaite illustration du Romantisme, qualifiée de « musique descriptive ou à programme », choque souvent le public français (il sera plus reconnu en Allemagne et en Autriche) : « Le gros public voulait de la musique qui berçât, de la musique un peu dramatique mais incolore, sans rythmes insolites, de la musique n’exigeant de ses interprètes et des ses auditeurs, ni grand talent, ni grande attention ». Il dira aussi pour résumer son état : « plus un artiste est artiste, et plus il doit souffrir ».

L’absence de reconnaissance du grand public va donc provoquer son éloignement du milieu parisien au profit d’une carrière internationale de véritable « musicien errant » durant plus de vingt ans.

Berlioz reste cependant toujours attaché au Conservatoire. Voilà ce qu’il dit d’ailleurs de son orchestre dans une de ses chroniques du Journal des Débats du 23 juillet 1844 : « Quant à la musique d’ensemble, c’est chose reconnue par tous, et par les étrangers eux-mêmes, que l’orchestre du Conservatoire de Paris est le premier orchestre du monde »... « mais nulle part je n’ai trouvé cet ensemble inouï, cette parfaite communauté de sentiment et d’expression que présente l’orchestre du Conservatoire de Paris, et qui sont dus surtout, je crois, à la supériorité de ses instruments à cordes… de façon qu’on dirait que les parties de violons, d’altos, de violoncelles et de contrebasses, sont jouées chacune par un seul artiste faisant vibrer sous son puissant archet un instrument gigantesque. »

À défaut d’en prendre plus tard la direction, il en devient le bibliothécaire titulaire en 1838 avec un petit salaire lui permettant de subvenir aux périodes difficiles de sa carrière. Il est aussi défendu par Delacroix, Gautier, Mérimée, Vigny, mais moins par Chopin qui traite sa musique d’ « héroïque gâchis » ! Berlioz fait également connaissance d’Adolphe Sax, inventeur du saxophone, installé dans l’actuelle rue Saint-Georges, et composera pour lui un Chant sacré pour sextuor à vent, première œuvre pour saxophone !

Plus tard, en 1865, revenu à Paris, c’est dans son bureau de bibliothécaire du Conservatoire dont Auber était devenu le directeur en 1842, qu’il entasse les 1.200 exemplaires de ses Mémoires, à peine sorties de chez l’imprimeur.

A la mort de son fils en 1867, et deux ans avant la sienne, le 8 mars 1869, 4, rue de Calais dans le quartier de la « Nouvelle Athènes », il brûle tous ses souvenirs de gloire dans la cheminée de ce même bureau toujours en place aujourd’hui, (sauf une guitare offerte par Paganini et le bâton d’orchestre de Mendelssohn !). Seules ses partitions, qu’il a déjà léguées au Conservatoire, échapperont à sa fureur, dont sa fameuse Messe solennelle (perdue puis retrouvée en 1992).

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L'Anniversaire ou Hommage à Berlioz - H. Fantin Latour - 1876

Ultime et macabre ironie, lors de ses obsèques à l’église de la Sainte-Trinité, parmi les morceaux joués en sa mémoire, on peut même entendre le Requiem de Cherubini

Toute la vie d’Hector Berlioz, qui repose désormais au cimetière de Montmartre auprès des deux femmes de sa vie, Harriet Smithson et Marie Recio, décédées avant lui, est ainsi liée au Conservatoire, successivement donc comme lecteur à la bibliothèque, étudiant, bibliothécaire, et bien sûr comme compositeur et chef d’orchestre. Fantin-Latour résume d’ailleurs la vie et l’œuvre du musicien avec son célèbre tableau de 1876 l’Anniversaire ou Hommage à Berlioz dont il fit aussi des lithographies.

Une plaque apposée rue du Conservatoire, en 2003, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, témoigne toujours aujourd’hui de l’indéfectible attachement de l’artiste à ce lieu qui aura eu aussi plusieurs adresses : en 1911, le Conservatoire de musique déménage rue de Madrid, en 1946, les activités d'art dramatique sont dissociées de celles de musique et reviennent rue du Conservatoire. En 1991, le Conservatoire de musique prend le nom de Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse et s'installe avenue Jean Jaurès dans le parc de la Villette pour s'intégrer à la Cité de la musique.

Emmanuel FOUQUET

Quelques sources bibliographiques
Hector Berlioz, Mémoires, Flammarion, 2010.
Adolphe Boschot, La jeunesse d’un romantique, Hector Berlioz, Plon, 1946.
Adolphe Boschot, Hector Berlioz, la vie d’un romantique, Plon, 1942.
Guy de Pourtalès, Berlioz et l’Europe romantique, Gallimard, 1939.
Yves Hucher et Jacqueline Morini, Berlioz, Classiques Hachette de la musique, 1969.

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Dernière modification : 23/02/2017 : 19:53
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