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Richard Wallace

© Aline Boutillon - 2019 © 9e Histoire - 2019


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2018 aura été une année de bicentenaires : après Bélanger, Gounod, Tourgueniev et quelques autres habitants du 9e, c’est celui de la naissance d’une autre grande figure de notre arrondissement, un Anglais qui fut français d’adoption et parisien de cœur, qui a été célébré le 21 juin 2018.

 



Sir Richard Wallace,
collectionneur et philanthrope



 


Par une belle journée de l’été 1872, la foule se pressait nombreuse boulevard du Combat, près de la rotonde de la Villette, où venait d’être inaugurée une fontaine, la première d’une cinquantaine de ces édicules d’utilité publique qu’un  richissime philanthrope anglais avait offerts aux Parisiens.

Sir Richard Wallace, bien que Britannique par la naissance, avait été élevé en France, où il avait passé la plus grande partie de sa vie. Plus français qu’anglais par son apparence et ses manières, on dit même qu’il parlait anglais avec un accent français. Ses origines, toutefois, étaient assez mystérieuses : venu au monde  à  Londres le 21 juin 1818, il avait été déclaré sous le nom de Richard Jackson mais était vraisemblablement, bien qu’il n’ait jamais été reconnu comme tel, le fils d’un aristocrate anglais, Richard Seymour-Conway, plus tard quatrième marquis de Hertford.
 

Les marquis de Hertford

Une famille intéressante, ces Seymour-Conway, descendants du Lord Protecteur d’Angleterre, Edward Seymour, qui fut régent du royaume pendant la minorité de son neveu, le roi Edouard VI. Francis Seymour-Conway (1719-1794), devenu premier marquis de Hertford en 1793, a été ambassadeur d’Angleterre à Paris sous Louis XV avant d’être nommé vice-roi d’Irlande, puis lord-chambellan de la cour. Marié à Isabella FitzRoy, fille du duc de Grafton, ils auront treize enfants ! Son fils aîné, baptisé également Francis (1743-1822), héritera du titre à la mort de son père. Resté veuf en 1772, il  se remarie avec l’Honorable Isabella Ingram (1759-1834), dont il ajoutera le patronyme à son propre prénom, mais qui ne lui en saura pas gré, puisqu’elle se laissera séduire par le prince de Galles, futur George IV.
 

Francis 1st marquess copie.jpgFrancis 2nd marquess Lord Beauchamp - James Sayers 14-7-1784.jpg 2nd marchioness John Downman.jpg
Les deux premiers marquis de Hertford et la femme du deuxième, Lady Isabella
 


À la troisième génération, Francis Charles Seymour-Conway (1777-1842), titré d’abord vicomte Beauchamp, puis lord Yarmouth, avant de devenir marquis de Hertford au décès de son père[1], épouse à vingt ans, contre le gré de ses parents, Maria Emilia Fagnani (1771-1856), fille naturelle d’une danseuse italienne devenue marquise et du duc de Queensbury (dit « Old Q ») … ou peut-être du député George Selwyn, car les deux hommes se disputeront la paternité de la petite Maria (dite Mie-Mie) et lui légueront l’un et l’autre une fortune considérable. En 1802, profitant de la paix d’Amiens, Lord Yarmouth vient à Paris avec sa femme et leur fils de deux ans, Richard, où il les laissera pour retourner à Londres s’occuper de ses affaires.
 

Francis Charles 3rd marquess. Richard Dighton 1818.jpg      Richard 4th_Marquess_3.jpg
Francis Charles Seymour Conway                      Richard Seymour-Conway


3rd marchioness Maria Fagnani.jpg
Maria Fagnani, dite « Mie-Mie » 
 

La paix, comme on sait, sera de courte durée et, l’année suivante, Yarmouth revient à Paris pour ramener les siens en Angleterre, mais il se fait arrêter et interner à Verdun. Pendant ce temps, à Paris, Maria s’amuse et ne repousse pas les avances de ses soupirants. C’est ainsi qu’elle se retrouve enceinte, mais elle s’arrangera pour revoir son mari, de sorte que, lorsqu’elle accouche, le 10  janvier 1805, d’un petit garçon, qui sera prénommé Henry, celui-ci, bien que probablement le fruit d’une liaison avec le comte Casimir de Montrond, sera obligeamment reconnu par Yarmouth.

Le marquis rentrera seul à Londres, où il deviendra compagnon de débauche du Régent. D’après les chroniqueurs du temps, dans les dernières années de sa vie il vivait entouré de prostituées, tandis que son délabrement mental et physique devenait évident[2].
 


Installation dans le futur 9e

Pendant ce temps, Mie-Mie vit toujours à Paris, d’abord, semble-t-il, rue Cérutti (nom donné, à cette époque, à la rue d’Artois, future rue Laffitte). C’est sans doute là que, en 1824, elle voit débarquer un garçonnet de six ans et apprend qu’elle est grand-mère d’un petit Richard Jackson, né à Londres en 1818 de la brève liaison du jeune Richard Seymour-Conway, alors qu’il n’était encore que vicomte Beauchamp  et poursuivait ses études en Angleterre, avec une femme mariée, Agnes Jackson ; celle-ci l’avait donc amené en France, estimant qu’il était temps que le père assume ses responsabilités. Le fils aîné de la marquise, devenu entre temps lord Yarmouth, rejettera toute idée de paternité mais il se chargera tout de même de donner à l’enfant une excellente instruction, laissant le soin de l’élever à Mie-Mie. Celle-ci déménagera bientôt, avec le petit Richard et son fils cadet, Henry, dans l’ancien hôtel de Brancas-Lauraguais, à l’angle du Boulevard et de la rue Taitbout, au rez-de-chaussée duquel est installé le célèbre Café de Paris. Elle y occupera le premier étage avec son petit-fils, tandis que le second sera dévolu à Henry.
 


Maison_Doree.jpg
Une vue du Boulevard avec la rue Taitbout (à gauche) et la rue Laffitte (à droite).

 


Henry Seymour-Conway faisait partie de ces jeunes mondains qu’on appelait les « dandies ». Il recevait beaucoup dans son appartement du Boulevard, où sa cave à cigares était renommée. Véritable sportif, il pratiquait la boxe et l’escrime. Grand amateur de chevaux, il possédait des écuries et contribua à la construction du champ de courses d’Auteuil. En 1833, dans les salons du Tir aux Pigeons de Tivoli, rue Blanche, il crée la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France, qui donnera naissance au Jockey-Club, dont il sera le premier président. D’un naturel facétieux, il s’amusait à jouer des tours à ses hôtes : on raconte qu’un jour, en guise de boissons rafraîchissantes, il leur aurait servi un laxatif… Il se rendra célèbre par ses extravagances et le petit peuple parisien le confondra avec un autre fêtard, beaucoup moins recommandable, Charles de La Battut, ce qui lui vaudra d’être étiqueté à tort « Milord l’Arsouille ».

Henry mourra à cinquante-quatre ans et sera inhumé le 20 août 1859 à sept heures du matin dans le caveau familial aux côtés de sa mère. Le Figaro du 23 août 1859 rapporte qu’il avait « exigé qu’ont l’enterrât à cette heure-là et avait défendu qu’on envoyât aucune lettre de faire-part » ; seules huit personnes l’accompagneront au Père-Lachaise : son frère lord Hertford, son neveu « M. Richard », et quelques membres du Jockey Club.

Le petit Richard n’a, quand il fait la connaissance de sa famille paternelle, aucune idée de sa filiation : on lui demande d’appeler sa grand-mère « ma tante » et son père « mon oncle ». On peut penser cependant que la vérité sur sa naissance lui a été révélée à un moment donné, le poussant à faire des recherches sur la famille de sa mère, qui se révèle être née Elizabeth  Agnes Wallace, fille de sir Thomas Dunlop-Wallace, 6e baronnet de Craigie, du comté d’Ayrshire, en Ecosse. Il décide alors de changer son patronyme et, profitant peut-être de l’absence de son père, parti recueillir à Londres son titre de quatrième marquis de Hertford, demande à se faire baptiser sous le nom de Wallace, rejetant dès lors celui de Jackson ; la cérémonie a lieu le 21 avril 1842 à l’église anglicane de la rue d’Aguesseau.

À cette époque, Richard a une maîtresse, Amélie Julie Castelnau, qui lui a déjà donné un enfant, Edmond-Richard, né le 28 août 1840. Il souhaite l’épouser, mais Amélie est de petite extraction et les Hertford refusent de donner leur approbation. Le mariage aura bien lieu, mais trente ans plus tard,  après la mort de lord Hertford. Cette longue liaison, néanmoins, subit quelques entorses, notamment lorsque Richard fréquenta Apollonie Sabatier, dont  il aurait été  pendant quelque temps l’amant.

Entre temps, Lord Yarmouth s’installe en 1829 au 2, rue Laffitte[3]. Suivant en cela les traces de son père et de son grand-père, il a déjà commencé à se constituer une collection d’œuvres d’art. En 1835 il acquiert le château de Bagatelle, qu’il fait restaurer et auquel il apportera de nombreuses modifications, faisant notamment surélever le pavillon de Bélanger pour en faire une habitation spacieuse et confortable, ce qui entraînera une transformation importante dans la silhouette de l’édifice, ainsi que dans les décors extérieurs ; il dotera également la façade d’entrée d’une marquise.
 


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Bagatelle en 1850 avec la marquise ornant la façade d’entrée
 


En 1842, à la mort de son père, il devient le quatrième marquis de Hertford.  On le dit peu sociable, vivant en reclus et ne se préoccupant que d’accroître ses collections. On lui connaît au moins deux liaisons : outre Agnes Jackson, la mère de Richard, il avait connu, à trente-cinq ans, Suzanne Bréart, une jeune fille naïve, pour laquelle il aurait organisé un simulacre de mariage avec la complicité d’un de ses valets[4]. Malgré ce coup fourré, la belle n’en voudra pas à son faux mari, puisque leur relation, quoiqu’ épisodique, durera jusqu’à la mort du marquis  et qu’elle l’assistera dans ses derniers moments. 

À son retour en France, en 1843, le nouveau marquis décide de prendre à son service Richard Wallace en tant que secrétaire particulier et factotum pour l’achat de ses œuvres d’art. Richard, qui a hérité de la passion et du flair de son père, fera aussi des acquisitions pour son compte personnel et se constituera une petite collection. Malheureusement, de mauvais placements l’obligeront à s’en dessaisir. Il reconnaîtra plus tard qu’à cette occasion son père l’a aidé à rembourser ses dettes.

Quand surviendra la révolution de 1848, ils partiront tous pour Londres ; le marquis y restera deux ans, tandis que la marquise douairière, Henry et Richard repasseront la Manche, mais, par prudence, craignant de nouveaux troubles à Paris, ils prendront leurs quartiers à Boulogne, à l’hôtel des Bains. Ce n’est qu’en 1855 qu’ils regagneront la capitale, où Mie-Mie décédera l’année suivante.


Visite Victoria 1855.jpg
La visite de la reine Victoria en 1855.
 


Le marquis réside souvent à Bagatelle, où il reçoit des hôtes prestigieux, comme la reine Victoria en 1855, et Napoléon III, dont il est devenu l’ami et qui en a fait son conseiller en matière de politique étrangère. Dans les années 1860, atteint d’un cancer, c’est là qu’il se réfugie, et il n’y reçoit plus que des intimes ; une photo de Marville nous le montre sur la terrasse, en compagnie de son père et de Suzanne Bréat, plus connue alors sous le nom de Mme Oger. Elle sera à son chevet au moment de sa mort, le 24 août 1870, peu de jours avant le désastre de Sedan.

Le quatrième marquis de Hertford a refusé jusqu’au bout de reconnaître Richard pour son fils naturel. Quand on l’interrogeait là-dessus, il répondait systématiquement que ses seuls enfants étaient ses œuvres d’art. À sa mort, néanmoins, par un codicille à son testament, rédigé en 1850, il léguait à Richard Wallace ses collections et la partie de sa fortune dont il pouvait librement disposer, afin de le « remercier autant que possible pour tous les soins qu’il a prodigués à ma chère mère, ainsi que pour le dévouement dont il a fait preuve à mon égard durant ma longue et douloureuse maladie de 1840 à Paris et en toutes autres occasions ». Wallace héritait ainsi des collections d’œuvres d’art de Londres et de Paris, de plusieurs immeubles en France et en Angleterre, dont l’appartement de la rue Laffitte et le château de Bagatelle, de même que d’un très vaste domaine à Lisburn, en Irlande du Nord et de la résidence londonienne du 105 Piccadilly. Le titre et le reste de la fortune du marquis, à part plusieurs legs à des amis personnels, allèrent à un arrière-petit-cousin, Hugh Seymour. Wallace aura du mal à entrer en possession de son héritage, qui lui sera contesté par le nouveau marquis de Hertford, ce qui donnera lieu à plusieurs procès.[5].
 


Hertford, Oger Wallace Bagatelle 1855 Fonds Marville.jpg
  Le marquis, Mme Oger et Wallace à Bagatelle (Photo de Marville)
   
           


Le philanthrope

Entre temps, dès le 3 septembre 1870 Wallace adresse une lettre au comte de Flavigny, président de la Société internationale de secours aux blessés, par laquelle il met à sa disposition « la somme de 300.000 francs pour organiser immédiatement une ambulance française devant être dirigée, sous le plus bref délai possible, sur le théâtre de la guerre ». Il met comme seule condition à ce don que l’ambulance parte sous la désignation « Ambulance du feu marquis d’Hertford», ce qui sera accepté avec empressement.

Début décembre il fait don à l’administration des hospices de la Seine de 200.000 francs pour le chauffage des indigents, qui souffrent beaucoup du siège. Le 11 décembre on lit dans Le Constitutionnel que « l’héritier du célèbre lord Hertford a recueilli, logé, nourri, habillé toute la population groupée autour de son château de Bagatelle » et qu’il a installé, boulevard des Italiens, «une ambulance pourvue de tout le matériel nécessaire ». En janvier, le philanthrope offre 30.000 francs  pour l’achat de fourneaux économiques. Ce même mois, après le bombardement de Paris, il avait suggéré l’ouverture d’une souscription pour venir en aide aux familles qui avaient été obligées de fuir leur maison et s’y était inscrit lui-même pour 100.000 francs.

Les Parisiens, qui ne tarissent pas d’éloges sur leur bienfaiteur, donnent son nom à un ballon-poste qui partira de la gare du Nord le 29 janvier 1871 en emportant à son bord 220 kilos de lettres et deux pigeons ; en février, lors des élections législatives, ils l’inscrivent à son insu sur une liste, ce qui l’amènera à faire insérer cette réponse dans les journaux : « M. R. Wallace a l’honneur d’informer les différents comités électoraux qui ont bien voulu mettre son nom sur la liste de leurs candidats à l’Assemblée Nationale, qu’il ne peut, en sa qualité de citoyen anglais, accepter aucune candidature » ; il refusera de même qu’une souscription soit ouverte pour lui offrir un objet d’art. La République, de son côté, fera frapper des médailles pour rendre hommage à sa générosité durant la guerre contre les Allemands et pendant le siège de Paris, dont l’une à l’initiative de la mairie du 9e arrondissement, au revers de laquelle on peut lire : « A Richard Wallace, bienfaiteur des pauvres et des blessés ». Le 17 juin 1871, sur proposition de Jules Favre, ministre des Affaires Etrangères, Adolphe Thiers lui remet la croix de commandeur de la Légion d’Honneur[6].

La munificence de Wallace s’étendra aussi aux milliers de Britanniques qui s’étaient alors retrouvés sans ressources à Paris. Le Comité de bienfaisance anglais, dont il sera président pendant vingt ans, lui exprimera sa reconnaissance pour les importantes sommes d’argent données pour leur venir en aide: « Il ne fait aucun doute que des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants britanniques seraient morts de froid et de faim sans son aide ». En 1871 Wallace fonde, à Levallois, le Hertford British Hospital, œuvre caritative destinée aux malades et aux blessés britanniques de Paris dans le besoin[7]. Le premier ministre anglais, Sir Robert Peel, lui rendra également hommage au Parlement, louant au plus haut point sa générosité et sa conduite au cours de cette période. A la même époque, la reine Victoria lui confère le titre de baronet, et Wallace devient ainsi Sir Richard.
 


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L’Hôpital anglais de Levallois-Perret
 


Durant le siège, l’ambassade de Grande-Bretagne avait été confiée au banquier anglais Edward Blount ; c’est donc par-devant lui que, en janvier 1871, Richard Wallace épousait enfin Amélie Castelnau. Mais on s’aperçut par la suite que les pouvoirs conférés temporairement à M. Blount n’incluaient pas la célébration des mariages et ils durent donc se « remarier » à la mairie du 9e le 15 février 1871. Quelques semaines plus tard la Commune mettait Paris à feu et à sang, ce qui allait décider Wallace à partir pour Londres en y déménageant ses collections.

Cependant, avant de quitter la France, il avait voulu faire un dernier cadeau aux Parisiens : en octobre 1871 il avait obtenu du préfet de la Seine, Léon Say, qui venait de remplacer le baron Haussmann, l’autorisation de faire construire, à ses propres frais, dans tous les quartiers de Paris, des fontaines publiques alimentées par l’eau de la Dhuys ; la Ville n’aurait à prendre à sa charge que la pose et les travaux de plomberie. Sir Richard commandera cinquante fontaines au sculpteur Charles Lebourg, trente-cinq avec cariatides et quinze d’applique.
 


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Une fontaine à cariatides boulevard de Sébastopol
 


Retour aux origines

Il semble que le baronnet se soit intéressé à la construction d’un tunnel sous la Manche, car on pouvait lire, dans Le Figaro du 22 mars 1872, qu’il avait investi dans « un percement d’essai pour le tunnel sous-marin entre l’Angleterre et la France ». C’est à peu près à cette époque qu’il s’installe à Londres avec Lady Wallace. Dès son arrivée il organise une exposition de ses collections et de celles héritées de son père au Bethnal Green Museum.
 


Richard_Wallace_29_November_1873.jpg    Lady Richard Wallace Amélie Julie Charlotte. Vers 1890. Photo Walter Scott.jpg
Sir Richard Wallace (caricature de “Vanity Fair” en 1873)             Lady Wallace (Photo Walter Scott)
 


En 1873 il est élu député à Lisburn, où il possède de nombreux domaines ; il le restera jusqu’en 1885. En 1878 il est nommé commissaire  pour  l’Exposition de Paris et, dans la foulée, il est fait chevalier de l’Ordre du Bain ; il sera aussi administrateur de la National Gallery et de la National Portrait Gallery et gouverneur de la National Gallery d’Irlande.

Il a décidé de renouer avec ses origines et de s’angliciser. Désireux de faire souche en Grande-Bretagne, il souhaite convaincre son fils de changer de nationalité et de s’installer avec ses parents Outre-Manche. Mais Edmond a une attache en France, Amélie Gall, qui lui donnera quatre enfants ; l’histoire se répète parfois, et Sir Richard refuse de reconnaître cette famille illégitime. Edmond repartira donc pour la France, où ses trois fils s’illustreront brillamment lors de la guerre de 14-18, tandis que sa fille, Georgette, fera carrière à l’Opéra sous le nom de Lucy Arbell[8].

La mort de son fils, en 1887, affectera profondément Sir Richard. Il décide alors de rentrer en France, où il s’installe à Bagatelle. Toujours aussi généreux, il finance la reconstruction de l’église anglicane Saint George, rue Auguste-Vacquerie, qui a beaucoup souffert lors de la Commune. Il s’éteint à Bagatelle le 20 juillet 1890. Sa femme, qui était restée à Londres, viendra pour les obsèques, qui auront lieu le 23 dans la plus grande simplicité, en accord avec le mode de vie qui avait toujours été celui de Wallace.

Le New York Times rapportera qu’à la demande de Lady Wallace il n’y eut pas d’invitations ni d’escorte militaire comme le veut l’usage pour un Commandeur de la Légion d’Honneur, que le cortège se composait d’un corbillard de troisième classe, suivi de six voitures et que seuls quelques amis intimes avaient été admis à Bagatelle. Après une cérémonie à Saint George, l’inhumation eut lieu au Père-Lachaise, dans le caveau des Hertford, où le corps du baronnet fut placé, conformément à son souhait, sous celui de son oncle, Lord Henry Seymour.

Par son testament rédigé en 1880 il avait fait de sa femme sa légataire universelle. Amélie mourra à Londres en 1897, léguant à l’État britannique les tableaux et objets d’art se trouvant dans les galeries du rez-de-chaussée et du premier étage de Hertford House, sous certaines conditions, notamment que le gouvernement fournisse dans le centre de Londres un lieu pour servir de musée, celui-ci devant être désigné sous le nom de Wallace Collection ; le comité constitué à cet effet décidera de garder toutes les œuvres à Hertford House en aménageant la demeure afin de la transformer en musée . À ses petits-enfants elle léguera la maison du 29, boulevard des Italiens, achetée par Wallace en 1857. Le reste des biens hérités de son mari ira au secrétaire de ce dernier, John Murray Scott[9].
 


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Hertford House vers 1812,  futur siège de la Wallace Collection.
 



Aline BOUTILLON
 

Notes


[1] Le marquisat de Hertford comportait aussi la seigneurie de Yarmouth et le vicomté de Beaumont, le titre de « Earl of Yarmouth » revenant au fils aîné du marquis de Hertford.et celui de « Viscount Beauchamp » à son petit-fils.
[2] Le mémorialiste Charles Greville (1794-1865), lors de la mort du troisième marquis de Hertford, écrit dans son journal: « Aucun homme n’a jamais été plus méprisé et moins regretté […] Il était bouffi d’orgueil et ne tolérait que les courtisans qui lui rendaient hommage […] Il n’y eut jamais, que je sache, d’autre exemple de débauche aussi ouvertement manifestée».
[3] Il est aussi propriétaire du 4 et du 6 de la même rue et de plusieurs immeubles du boulevard des Italiens (18, 24, 26).
[4] Mais Horace de Viel-Castel, dans ses mémoires, note à plusieurs reprises en 1851 la présence du marquis de Hertford à des dîners parisiens. En octobre 1856, toujours d’après le mémorialiste, le marquis est l’hôte de l’Empereur à Compiègne et se montre très spirituel ; en septembre 1857, il rapporte des propos du prince Napoléon affirmant, d’après les dires de l’intéressé lui-même, que lord Hertford « avait donné un million à la comtesse de Castiglione pour coucher avec elle », somme pour laquelle il avait même obtenu un reçu (Mémoires sur le Règne de Napoléon III, 1851-1864).
[5] Wallace avait dû racheter à Hugh Seymour, qui en avait hérité, le bail de « Manchester House », acquis en 1797 par le deuxième marquis de Hertford. Le quatrième marquis n’y avait jamais résidé, vexé que les paroissiens de l’église St James lui aient refusé l’autorisation de paver devant chez lui comme il l’entendait ; néanmoins, il y avait installé une grande partie de ses collections. La demeure, rebaptisée « Hertford House », est aujourd’hui le siège de la Wallace Collection.
[6] Si son nom n’apparaît pas dans la liste de la base Léonore, c’est que pour les étrangers reçus dans l'ordre de la Légion d'honneur il n'y a pas de constitution de dossier, seul un fichier est conservé à la Grande Chancellerie.
[7] Construit par Ernest Sanson dans le style néo-gothique, il est inauguré en 1879. Le bâtiment originel a été inscrit à l’ISMH dans les années 1980, tandis que des bâtiments hospitaliers modernes étaient construits à l’emplacement des jardins. Placé sous le patronage de la famille royale, la reine mère en a été présidente d’honneur de 1936 à sa mort en 2003. Il fonctionne désormais avec l’hôpital du Perpétuel Secours sous la dénomination commune d’ « Institut hospitalier franco-britannique » ; le neuvième marquis de Hertford en est aujourd’hui le président d’honneur.
[8] Edmond s’était lui-même fait remarquer pendant la guerre de 70, ce qui lui avait valu le grade de capitaine et la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur. Son fils aîné, Georges, avait fini sa carrière avec le grade de général de brigade et la croix de Commandeur de la Légion d’Honneur.
[9] Scott avait été le secrétaire et l’assistant de Sir Richard. Après la mort de ce dernier, il était devenu le conseiller de Lady Wallace. L’héritage comprenait, outre le bail de Hertford House, qu’il céda à l’Etat britannique et le domaine de Lisburn, l’appartement de la rue Laffitte et Bagatelle avec toutes les œuvres d’art qu’ils contenaient.
 


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Sir Richard Wallace
 


Sources

Principalement “The Founders of the Wallace Collection” (Peter Hugues, The Trustees of the Wallace Collection, Londres)
Divers journaux de l’époque (Gallica)

Bagatelle en ses jardins (Action artistique de la Ville de Paris, 1997).
« Richard Wallace, cet illustre Inconnu » (Roland Montebianco,  Ed. Didier Carpentier, Paris, 2007).

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Cet article a été publié dans le Bulletin XVI- 2018 de l'association 9ème Histoire.

 

© Aline Boutillon - 2019 © 9e Histoire - 2019
 


Date de création : 28/06/2019 • 09:00
Catégorie : - Articles-Personnages
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