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© A. Boutillon 2006 - © 9Histoire 2007-2014

François-Joseph  BELANGER (1744 -1818)

Au 20 de la rue Joubert, dans le IXe arrondissement, un petit immeuble dresse  ses hautes fenêtres encadrées de pilastres ioniques. Bien qu’il ait été fortement remanié au fil du temps, notamment par une surélévation et l’adjonction de cariatides, on  peut encore y reconnaître les caractéristiques que lui avait données son constructeur, l’architecte François-Joseph Bélanger.

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Architecte, mais pas seulement, car ce travailleur infatigable a été aussi, au cours de sa longue carrière, dessinateur, décorateur, paysagiste et même ingénieur, grâce à ses connaissances scientifiques. Créateur de nombreux jardins, il est considéré comme l’un des deux ou trois  meilleurs spécialistes de son temps dans ce domaine. Reconnu par ses contemporains comme un artiste de premier plan, il eut beaucoup d’élèves, parmi lesquels Lecointe et Hittorf.  En 1802, Krafft et Ransonnette lui ont consacré douze planches de leur recueil sur les Plus belles maisons de Paris et des environs. 

Il naît à Paris en 1744, dans une famille de 19 enfants.  Après des études au collège de Navarre, où il suit les cours de physique de l’abbé Nollet, il s’inscrit, en 1764,  à l’Académie, où il a pour professeur Contant d’Ivry. En 1765,  il est finaliste du concours de Rome, mais il sera recalé et n’ira jamais en Italie. 

Les Menus-Plaisirs

En 1767, il est engagé comme dessinateur pour seconder Michel Challe aux  Menus, c'est-à-dire à  l’intendance des Menus-Plaisirs du Roi, qui gérait notamment tout ce qui avait trait aux arts et à la culture et qui était chargée de produire les spectacles et les fêtes de la Cour. Installé depuis 1763 au faubourg Poissonnière, là où se trouve aujourd’hui le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, l’hôtel des Menus-Plaisirs est alors dirigé par le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la Chambre du Roi.

L’année suivante, Bélanger collabore, sous la direction de Gabriel, à l’installation du théâtre de Versailles.  En 1769, à l’occasion du futur mariage du dauphin, il est chargé d’établir le projet d’une armoire à bijoux où seront renfermés les joyaux de la corbeille que le futur Louis XVI doit offrir à Marie-Antoinette.  Par la suite, le duc d’Aumont lui confiera la tâche d’ouvrir un atelier destiné à la taille des pierres dures.  Bélanger s’attachera à perfectionner les outils employés pour ce genre d’ouvrage et rédigera une  Instruction sur la nature des granits et leur taille.

A la mort de Louis XV, le 10 mai 1774, il travaille avec Challe à régler la cérémonie des obsèques et, l’année suivante, il est chargé d’exécuter le projet de carrosse pour le sacre de Louis XVI.  Fin 1775, il est nommé inspecteur des Menus et, à ce titre, il sera chargé d’organiser les fêtes et les cérémonies de la Cour.

Entre 1772 et 1778, il effectue plusieurs voyages en Angleterre pour exécuter des commandes. Ces séjours  sont pour lui l’occasion de découvrir les jardins anglais avec rochers et cascades et d’étudier les réalisations des grands architectes d’outre-Manche.

Sophie Arnould  (1740 - 1802)

Ses fonctions aux Menus mettent Bélanger en rapport avec les artistes des théâtres royaux. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance, en 1769, de Sophie Arnould, la diva de l’époque. Elle vient de rompre avec le comte de Lauraguais, Louis de Brancas, et, pour se distraire, elle accepte les hommages du jeune Bélanger, dont le caractère heureux – on le dit toujours prêt à rire, à inventer les farces les plus drôles – ne peut que la séduire.

Ce qui ne devait être qu’une passade va se transformer en passion durable, qui, plus tard, se muera en fidèle amitié. Cependant, pour assurer le quotidien, Sophie continue à avoir des relations « utiles » avec de riches protecteurs.

Elle a gardé, par ailleurs, des rapports amicaux avec le comte de Lauraguais. C’est ainsi que, lorsqu’il veut se faire construire un pavillon de bains dans le jardin de l’hôtel de Brancas (1), elle lui recommande Bélanger.  C'est encore sur recommandation de Sophie que l'architecte est chargé, dans la foulée, de moderniser le château et les jardins de Beloeil  pour le prince de Ligne.

Début 1773, Sophie, jalouse du Temple de Terpsichore que Ledoux a construit à la Chaussée d’Antin pour Mlle Guimard, autre grande « impure », veut aussi sa maison dans ce nouveau quartier à la mode, et elle la veut tout aussi luxueuse. C’est naturellement  son cher Bélanger qui lui en dessine les plans : deux colonnes doriques supportent un fronton, où Euterpe, la muse de la poésie lyrique, couronnée de fleurs et entourée de ses attributs, est représentée sous les traits de la cantatrice...  L’hôtel, cependant,  ne sera jamais bâti.

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A cette époque, le protecteur en titre de Sophie est le prince d’Hénin, capitaine des gardes du comte d’Artois, et, par voie de conséquence, Bélanger reçoit commande d’un projet pour l’hôtel des gardes à Versailles.  Ainsi, Sophie procure à son amant de cœur une riche clientèle, pour laquelle il exécute des travaux parallèlement à ses fonctions aux Menus.

Premier architecte du comte d’Artois

Début 1777, Bélanger rachète la charge de Galland, premier architecte du comte d’Artois, qui prend sa retraite (2)

Au cours de l’été, le futur Charles X, qui collectionne les propriétés, lui confie la tâche de diriger la reconstruction de Bagatelle, un petit château délabré qu’il a acheté dans le bois de Boulogne. La mission n’est pas facile, car, à la suite d’un pari avec la reine sa belle-sœur, le prince s’est engagé à réaliser le projet en deux mois. Pour accomplir ce tour de force, il ne faudra pas moins de 900 ouvriers, travaillant en équipes de jour et de nuit.  L’inauguration aura lieu le 26 novembre, soit deux mois et cinq jours après le début du chantier.  

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Un premier jardin, réalisé lui aussi en deux mois, assez classique, sera rapidement englobé dans un parc plus vaste, dessiné dans ce style anglo-chinois qui fait alors fureur, où Bélanger donnera libre cours à sa fantaisie, créant des scènes avec obélisque, rivière, cascade, rochers et pavillons divers.

Parmi les innombrables propriétés du comte d’Artois, il y a le château de Maisons, construit par Mansart, dont il a fait l’acquisition en 1777, ainsi que le château neuf de Saint-Germain-en-Laye, reçu en cadeau de Louis XVI  la même année. Maisons est dans un quasi abandon ; Bélanger va le restaurer et l'embellir et transformer le jardin à la française en parc anglais. Pour Saint-Germain, le prince, jugeant  les bâtiments trop délabrés, veut les raser et les remplacer par une construction plus digne de lui. Bélanger lui dessine alors un majestueux édifice en rotonde de style romain, face à la Seine. Faute de crédits, toutefois, le projet ne sera pas réalisé.

Il  effectuera encore plusieurs travaux à Paris pour le comte d’Artois, qui a sans cesse de nouvelles idées  et ne lui  laisse pas un instant de répit.  En 1777, il aménage pour son employeur des appartements dans l’enclos du Temple, dont son fils, le duc d’Angoulême, encore presque un bébé, a été nommé Grand Prieur.  En 1778, ayant reçu en apanage l’ancienne pépinière du Roule, le comte d’Artois charge son architecte de dessiner, à leur emplacement, un nouveau quartier, baptisé Nouvelle Amérique, qui ne verra jamais le jour, mais dont la rue de Berri rappelle le souvenir, ainsi que des écuries.

 Mais Bélanger est très mal payé, car le prince, si prodigue par ailleurs, n’accorde aux officiers de ses bâtiments que des traitements fort modestes. Aussi cherche-t-il toutes les occasions d’accroître ses ressources, d’autant plus qu’il est toujours poursuivi par ses créanciers. C’est donc avec empressement qu’il accepte une grosse commande d’un client aussi vaniteux que riche : Claude Baudard de Sainte-James, Trésorier général de la Marine.

La Folie Sainte-James

En 1772, celui-ci  avait acheté un terrain dans le Bois de Boulogne, voisin de Bagatelle. Quand il verra la folie du comte d’Artois, il en voudra une aussi, encore plus splendide. Et il ne trouvera rien de mieux que de s’adresser à l’architecte même du prince ; celui-ci manquera d’étouffer d’indignation devant tant d’insolence, mais ne pourra empêcher Bélanger d’honorer la commande.

Baudard a donné carte blanche à l’architecte : « Faites ce que vous voudrez, pourvu que ce soit cher !».  Et Bélanger réalisera pour lui une oeuvre encore plus délirante que Bagatelle, car, dans son désir de surpasser son fastueux voisin, Baudard veut une profusion de fabriques: temple, grotte (3),  rivière, labyrinthe souterrain…

Entre ses fonctions auprès du comte d’Artois et ses travaux pour Baudard, notamment la décoration de l’hôtel que celui-ci possède au 3, place Vendôme (4), Bélanger trouve encore le temps de prendre de nouvelles commandes,  dessinant des jardins ou décorant des hôtels.  En 1778, il construit, pour les frères Périer, un bâtiment pour abriter la pompe à feu de Chaillot.

L’Opéra

En 1781, un concours est ouvert pour édifier une salle provisoire pour  l’Opéra, un incendie ayant ravagé celle du Palais-Royal.  Les plans de Bélanger, qui avait prévu de situer le bâtiment dans la rue du Faubourg-Poissonnière, ne seront pas retenus et c’est Samson-Nicolas Lenoir qui la construira, sur le boulevard Saint-Martin (5).

Une salle définitive s’imposant tout de même, il fut envisagé de l’élever dans le périmètre du Carrousel. Bélanger présente alors son  Projet pour placer dans le Carrousel la statue de Louis XVI et l’Opéra : un rectangle terminé par deux hémicycles, avec des galeries couvertes reliant les différents édifices et, dans l’axe des Tuileries, la masse imposante de l’Opéra.  Au centre de l’ensemble, une statue en pied de Louis XVI hissé sur un pavois, évoquant les origines de la monarchie ; vêtu de l’habit du sacre, le roi est entouré de gracieuses figures féminines incarnant les vertus. 

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Finalement, aucun des projets présentés par les différents architectes n’aboutira et l’Opéra restera dans sa salle provisoire jusqu’en 1794.  Quelques années plus tard, quand la monarchie aura été abolie, Bélanger transformera son projet comme le montre la gravure ci-dessous, qui porte comme légende: " Grand Théâtre des Arts ou Temple d'Apollon avec une Colonne Triomphale au milieu de la Place érigée au Commerce, aux Sciences, aux Arts et aux Vertus républicaines". Ce projet n'aura guère plus de succès que le précédent.

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Anne-Victoire Dervieux (1752-1826)

Au fil des années, la passion de Bélanger pour Sophie Arnould s’est muée en amitié.  En 1783, il a une passade avec une actrice de 20 ans, Mlle Dujon, à qui il fait un fils, qui recevra le nom d’Alexandre-Joseph Bélanger. Homme d’honneur, il fera une rente viagère à la mère et à l’enfant, hypothéquant tous ses biens en garantie. Autrement, il s’en désintéressera complètement.

Bientôt, un nouvel amour va l’occuper : la danseuse Anne-Victoire Dervieux, qui, tout comme Sophie Arnould, passe d’un protecteur à un autre.  C’est ainsi qu’à seize ans elle était entrée dans le sérail du maréchal de Soubise, dont, l’année suivante, elle devenait la favorite, prenant la succession de la Guimard.  Quelques années plus tard, en  1777, elle se fera offrir par son protecteur trois terrains contigus sur la rue Chantereine (6), dans le quartier des Porcherons, où Brongniart lui édifiera un somptueux hôtel.

En 1785, voulant le rénover, elle s’adresse à Bélanger, dont tout Paris vante les  folies. L’architecte agrandit la demeure par la construction de deux ailes, installant dans l’une la salle à manger, somptueusement décorée,  et dans l’autre une salle de bains digne des Mille et une nuits, avec baignoire creusée dans le sol, loggia pour les musiciens et boudoir.  De l’ancien parc, il fait un  jardin des Hespérides,  parsemé de bosquets pittoresques.

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Les relations professionnelles de l’architecte avec sa cliente se transformeront bientôt en tendre liaison et celle-ci sera suffisamment solide pour les conduire, neuf ans plus tard, au mariage.

En investisseur avisé, Bélanger a encore fait acheter  à Mlle Dervieux des terrains sur la rue St Georges et en a acquis un pour lui-même. Il y construira trois maisons contiguës, deux pour elle et une pour lui, dont les intérieurs seront également décorés avec beaucoup de raffinement (7)

Sur un terrain acheté à la même époque dans la rue Neuve-des-Capucins (8), percée depuis peu à la Chaussée d’Antin, il élève un hôtel particulier ;  était-il destiné, comme d’aucuns l’ont suggéré, à servir de petite maison  au comte d’Artois ? Quelques années plus tard,  Bélanger y installera Mlle Dervieux, quand la tourmente révolutionnaire aura obligé celle-ci à se défaire de toutes ses propriétés. Il prend, en même temps, de nouvelles commandes. 

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Ainsi, après la construction d’un grand immeuble, rue du Faubourg Poissonnière, à l’angle de la rue Bergère, pour Etienne Morel de Chefdeville, intendant des Menus Plaisirs de Monsieur, il travaille avec Hubert Robert à transformer le domaine que Jean-Joseph de Laborde, le banquier de la Cour, possède à Méréville, en « un ensemble féerique…un des plus beaux jardins de France », aux dires d’un contemporain.  Il dessine un jardin anglo-chinois pour la comédienne Adeline Ruggieri, rue Royale (9), et bâtit encore quelques maisons à la Chaussée d’Antin.  En 1786, il construit la pompe à feu du Gros-Caillou et, en 1788, il aménage le jardin de la maison de Beaumarchais, à côté de la Bastille.

La Révolution

Lorsqu’à la mi-avril 1789 Paris est divisé en 60 districts, en vue de l’élection du Tiers-État, Bélanger est nommé premier électeur par le district de St Joseph,  puis, en août, représentant de la commune de Paris. Il donne aussitôt un gage de son civisme en proposant la démolition de la Bastille, afin de « transformer ce sépulcre vivant en un monument à la liberté ».

Car Bélanger est resté, malgré ses relations avec l’entourage de la Cour, un bourgeois de Paris, et il n’est donc pas étonnant de le voir se rallier avec autant de ferveur aux idées nouvelles. Cherchant en toute circonstance à se rendre utile à la Révolution, il ne ménage pas sa peine, multipliant les dons patriotiques, équipant des volontaires… 

En avril 1792, il reçoit de Talleyrand commande d’un hôtel à l’angle de la rue d’Angoulême-St-Honoré et de la rue Neuve-de-Berri (10), En septembre, cependant, le futur prince de Bénévent, inquiet de la tournure que prennent les événements, résilie le traité conclu avec l’architecte et se fait envoyer en mission à Londres, laissant Bélanger dans un grand embarras financier, car il a personnellement engagé beaucoup de frais pour ce chantier. Comme il a, de plus, perdu ses fonctions aux Menus à la suite d’un décret de la Convention congédiant la plus grande partie du personnel, il est obligé, pour faire face aux créanciers, de vendre une partie de ses biens, notamment la maison de la rue Saint-Georges, ainsi qu’une autre qu’il possède rue Royale.

Il décide d’achever tout de même la construction, « afin de ne pas perdre l’amitié de Talleyrand ». Celui-ci, rentré en France quatre ans plus tard, ne fait toujours pas mine de payer son architecte. Même, l’année suivante, devenu ministre des Relations extérieures, il confie à Bélanger l’organisation d’une fête grandiose qu’il veut donner, le 3 janvier 1798, à l’hôtel de Galliffet, siège de son ministère, en l’honneur de Mme Bonaparte. Et Bélanger accepte…toujours pour ne pas perdre l’amitié de Talleyrand, qui lui fait de petits paiements dérisoires (11).

En 1792, après la vente de  sa demeure de la rue Saint-Georges, il est allé habiter dans la maison qu’il avait louée en 1788, au 19 actuel de la rue du Faubourg-Poissonnière, pour y installer son agence. C’est là que, dans la nuit du 11 octobre 1793, on vient le tirer du lit pour l’emmener rue Neuve-des-Capucins, où on lui annonce que son hôtel est réquisitionné pour être transformé en maison d’arrêt pour suspects étrangers. Bélanger tempête, proteste de son patriotisme, invoque les droits de l’homme, fait valoir les indemnités qu’il devra verser à ses locataires…  Rien n’y fait. On lui répond : « Ta maison ou la prison. Quant à tes locataires, nous avons de la place pour eux ». Il tente d’amadouer le commissaire par un cadeau, mais il réussit, au contraire, à se rendre suspect, ce qui le conduira à être arrêté et jeté en prison (12) pendant quelques jours.

Arrêté à nouveau en février 1794, de même que sa compagne, qui loge maintenant avec lui rue du Faubourg-Poissonnière, ils sont conduits ensemble à Saint-Lazare, où ils retrouvent une bonne partie de la Chaussée d’Antin et quelques amis. Ils se font le serment, s’ils sont libérés – ils échapperont de peu à la guillotine – de se marier, vœu qu’ils accompliront le 5 septembre. La maison de la rue du Faubourg-Poissonnière  a été réaménagée et embellie par Bélanger ; ils l’achèteront en 1796 (13).

Louis XVII

En 1795, il se produit un événement curieux : dans le cadre de ses fonctions municipales, Bélanger est adjoint, pendant 24 heures, le 31 mai 1795, aux commissaires chargés de la surveillance des enfants royaux au Temple.  Ayant été  introduit dans la cellule du petit roi, et en attendant le médecin qui vient le visiter tous les jours, il sort de sa poche le carnet qui ne le quitte jamais et trace le profil de l’adolescent. Ce portrait a disparu, mais ce serait d’après l’esquisse de Bélanger que le sculpteur Beaumont exécuta le buste de Louis XVII qui devait être reproduit plus tard en biscuit de Sèvres pour être offert à Louis XVIII.

Le récit de cet événement nous est connu par une déposition écrite faite par Bélanger en 1817, alors que la polémique sur l’identité de l’enfant mort au Temple le 8 juin 1795 – soit huit jours après la visite de l’architecte – divisait l’opinion. Il y relate son entrevue en détail, affirmant avoir parfaitement reconnu celui qu’il avait eu maintes fois l’occasion, dans l’exercice de ses fonctions aux Menus, d’apercevoir à Versailles.

Le Consulat et l’Empire

Les années qui vont suivre seront difficiles pour les époux Bélanger, car l’architecte ne travaille plus que très sporadiquement, les commandes se faisant de plus en plus rares.  En  1801,  il construit les bains Vigier, somptueux établissement flottant près du Pont-Neuf.  En 1807, déprimé, sans emploi, il se réfugie dans la ferme modèle qu’il a créée à Santeny et où il s’adonne à la botanique et à l’agriculture.

La chance lui sourit à nouveau en 1808, en lui permettant de signer ce qu’il considérera à juste titre comme son chef-d’œuvre : la coupole de la Halle aux Blés, réalisée en fer et recouverte de feuilles de cuivre (14).

La même année, il donne les plans de l’abattoir de Rochechouart (15). Mais il n’est pas bien en cour et, en 1811, alors que les travaux sont déjà bien avancés, il est poussé à démissionner.

La Restauration

Au retour des Bourbons, il retrouvera, à titre honorifique, sa charge auprès du futur Charles X.

Nommé architecte des Menus Plaisirs, ses dernières années seront surtout occupées à la conception des décors pour les fêtes et les cérémonies du trône, notamment la translation des restes de Louis XVI et Marie-Antoinette à St-Denis le 21 janvier 1815 et les cérémonies funèbres à leur mémoire en 1816, 1817 et 1818. Il créera aussi les nouveaux sceaux de France.

Le 21 mai 1818, malade et usé, il s’éteint dans sa maison du faubourg Poissonnière.  Il est inhumé  au Père-Lachaise, dans la partie haute du cimetière (11e division), tout près de Brongniart.

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Aline BOUTILLON

Notes

(1) Il ne s’agirait pas de l’hôtel du boulevard des Italiens, où s’installera en 1824 le Café de Paris, mais de celui que les Brancas possédaient rue de l’Université, qui avait été l’hôtel de Lassay et qui allait devenir le Petit Bourbon avant de reprendre son nom primitif.

(2) Il a dû pour cela considérablement s’endetter ; durant toute sa carrière, du reste, les soucis d’argent le poursuivront et il devra sans cesse recourir à des expédients.

(3) C’est  le fameux rocher, fait de blocs de grès provenant de Fontainebleau, que l’on peut encore voir dans le jardin de l’ancienne folie ; celle-ci  abrite aujourd’hui les locaux administratifs du lycée Saint-James, à Neuilly.

(4) Actuel N° 12. Après la Révolution, l’hôtel reçut des locataires,  parmi lesquels Frédéric Chopin, qui y est mort, dans un appartement sur cour, le 18 octobre 1849, et Eugénie de Montijo, future impératrice des Français. La joaillerie Chaumet y est installée depuis 1907.

(­5) Bélanger en concevra un grand dépit et, persuadé que le responsable en est Papillon de La Ferté, qui était alors intendant des Menus Plaisirs, il conservera envers lui une rancune tenace qui le conduira, quelques années plus tard, à commettre la félonie de le dénoncer aux autorités révolutionnaires.

(6) Actuelle rue de la Victoire.

(7) C’est aujourd’hui l’enfilade constituée par les 13, 15 et 15 bis, ensemble occupé plus tard par L’Illustration.

(8) Actuelle rue Joubert.

(9) Actuelle rue Pigalle. La maison n’existe plus.

(10) Actuelles  rues  de La Boétie et de Berri.

(11) Il finira tout de même par se tourner vers les tribunaux … sans succès, semble-t-il, puisqu’en 1809, n’ayant toujours pas été remboursé, il adresse une requête à l’Empereur ; mais il ne semble pas avoir obtenu gain de cause là non plus.

(12) Dans une lettre à Sophie Arnould, citée par les Goncourt, Bélanger écrit qu’on l’a « enterré dans un des caveaux dePélagie, comme une fille de mauvaise vie ». En effet, le couvent de Sainte-Pélagie, fondé au XVIIème siècle pour le redressement de filles débauchées, avait été transformé, en septembre 1793, en prison politique, où les conditions de détention étaient infectes.

(13) Elle existe toujours, très altérée.

(14) La halle  au blé, construite  dans les années 1760  par Nicolas Le Camus de Mézières, ne fut couverte qu’en 1782. Bélanger avait alors présenté un projet de coupole à ossature de fer forgé, mais on lui avait  préféré celle en bois de Legrand et Molinos, qu’un incendie allait détruire en 1802. En 1838, les feuilles de cuivre de la coupole de Bélanger furent remplacées par des vitres et, après 1885, quand la Halle au blé devint Bourse de commerce, l’architecte Henri Blondel, chargé de sa reconstruction, remonta sur le nouveau bâtiment l’armature de la charpente en fer de Bélanger.

(15) A l’emplacement du lycée Jacques-Decour.

Principales sources bibliographiques: Jean Stern : « A l’ombre de Sophie Arnould, François-Joseph Bélanger, Architecte des Menus Plaisirs, Premier architecte du comte d’Artois ».  Paris, Librairie Plon, 1930. - P. Etienne : « Le Faubourg Poissonnière ». Ouvrage édité par l’Action artistique de la Ville de Paris, collection « Paris et son patrimoine ». -  Michel Gallet : « Les Architectes parisiens du XVIIIème siècle ». Paris, Editions Mengès, 1995. -  Edmond et Jules de Goncourt : « Sophie Arnould, une Diva divine et révolutionnaire (1740-1802), d’après sa correspondance et ses mémoires inédits », 1877. Réédité dans la collection « Les Introuvables », Editions d’aujourd’hui, 1985. - « Bagatelle dans ses jardins ».  Ouvrage collectif édité par l‘Action artistique de la Ville de Paris, collection « Paris et son patrimoine ». - « L’Urbanisme parisien au siècle des Lumières ».  Ouvrage collectif édité par l’Action artistique de la Ville de Paris, collection « Paris et son patrimoine ». - Jacques Hillairet : « Dictionnaire historique des rues de Paris ».  Paris, Editions de Minuit, 1963.

© A. Boutillon 2006 - © 9e Histoire 2007-2014


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