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© E. Fouquet © 9ème Histoire 2014-2017

mairie_4.jpg


L'HÔTEL D'AUGNY 
 

ACTUELLE MAIRIE DU 9e ARRONDISSEMENT
 

À l’endroit de ce qui fut longtemps une zone de marais, asséchés à partir du XIVe, Louis XV, devant l’accroissement de la population, autorise la construction d’un nouveau quartier, hors les murs, au nord du « Grand Cours » (ancêtre des Grands Boulevards) créé par Louis XIV. Dans cette zone de cultures maraichères, des rues sont alors créées au XVIIIe siècle dans le secteur de l’actuelle mairie du 9e arrondissement.

Le promeneur empruntant aujourd’hui le coude que forme l’actuelle rue Rossini entre la rue Drouot et la rue de la Grange-Batelière, ignore d’ailleurs le plus souvent qu’il se trouve à l'angle sud-est de l'enceinte de la ferme fortifiée de l’ancien fief de la Grange-Batelière dont le nom initial, en 1243, était « Grange Bataillé » (ferme en ordre de bataille), ce qui par altérations successives a finalement abouti au nom de Grange-Batelière.

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Plan du quartier de la Chaussée d'Antin

De nombreux artisans quittent donc au cours du XVIIIe siècle le quartier du Louvre saturé pour s’y établir. Mais surtout les financiers et les fermiers généraux rachètent à bas prix aux congrégations religieuses ces vastes terrains pour y construire de beaux hôtels particuliers pour eux-mêmes ou leurs maîtresses, les fameuses « Folies ». Au XIXe, ce nouveau quartier sera ainsi décrit par Balzac comme « le cœur de Paris qui palpite entre la rue de la Chaussée d’Antin et la rue du Faubourg-Montmartre ».

En 1707, le terrain est acheté par le financier Pierre Crozat, propriétaire rue Richelieu, qui creuse un passage sous le boulevard pour relier son domaine à celui du jardin de la Grange- Batelière. Son jardinier disposait d’un pavillon situé à l’emplacement de l’actuelle rue Rossini ! Puis Alexandre-Marc-René Estienne d'Augny, fermier général, achète trois terrains rue Neuve Grange-Batelière (actuelle rue Drouot) entre 1746 et 1748 qui représentent une parcelle de plus de 10.000 m². Il y fait construire un hôtel particulier, entre cour et jardin, par l'architecte Charles-Etienne Briseux, entre 1748 et 1752, pour y loger sa maîtresse, Mlle Beauménard, surnommée « Gogo », comédienne au Théâtre Français. Le domaine s’étendait jusqu’aux maisons bordant la rue du Faubourg-Montmartre et on y trouvait des bassins, des pelouses, et même une laiterie, une basse-cour et un manège (au niveau du 3, rue de Rossini) pour le plus grand amusement de Mademoiselle Beauménard !

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Alexandre Estienne d'Augny

Mlle Gogo est cependant rapidement congédiée pour ses nombreuses aventures. Dans un rapport de police de 1754 on note que « d'Augny est inconsolable de son divorce avec Mlle Beauménard ». En guise de consolation il épousera Mlle Liacourt de l'Opéra ! Pendant la Révolution, il sera enfermé chez lui. Ce fut l'un des seuls fermiers généraux à ne pas avoir été guillotiné pendant la Terreur… Il vécut dans son hôtel jusqu'à son décès le 28 nivôse an VI (17 janvier 1798).Sous le Directoire, en 1795, l’hôtel, qui n’avait donc pas été confisqué, sert même de cadre aux « bals des victimes », réservés aux parents des guillotinés de la Révolution!

Quelques précisions sur l’élégante demeure de l’époque : Elle présente en effet au fond de la cour d’honneur, auparavant bordée d’arbres, un corps de logis principal avec un avant-corps central à pans coupés et à fronton arrondi, flanqué de deux pavillons. La façade sur cour comportait un rez-de-chaussée, un premier étage avec fenêtres en plein-cintre et un étage sous comble, ensemble toujours visible aujourd’hui. L'entrée se faisait par un vestibule ouvrant sur le grand escalier.
Les plus belles pièces donnaient sur le jardin (côté actuelle salle Rossini). On pouvait y contempler de riches décors, des cheminées et des toiles peintes, notamment par
François Boucher, Louis-Joseph Le Lorrain ou Jean-Baptiste-Marie Pierre.

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La propriété allait connaitre de la Révolution à la Restauration quelques avatars : une partie de l’hôtel a d’abord été transformée en sellerie (!) puis vendue à la maison Robillard & Cie, une des plus importantes manufactures de tabac sous l'Empire. Robillard et Cie fait édifier là deux ateliers de fabrication de tabac au fond du jardin !
Entre temps, dans les appartements de prestige de l'hôtel, avait été installé un des plus célèbres clubs de jeux d'Europe : «
le Club des Etrangers » où furent donnés des fêtes et des bals, avec même l’ouverture d’un restaurant gastronomique, luxe nouveau pour l’époque…
Ce cercle subsiste jusqu’à 1829 avant que l’hôtel soit acquis par le marquis Alexandre Marie Aguado, curieux personnage de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, d’abord aide de camp du maréchal Soult puis banquier du roi d’Espagne, qui crée à Paris une affaire de produits exotiques, de vins d’Espagne et de cigares de La Havane !

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Alexandre Marie Aguado

Ce riche collectionneur et protecteur de Rossini remanie complètement l’intérieur de l’hôtel et le dote d’un magnifique escalier d’honneur en pierre à rampes de bronze, avec des colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens. Des salons somptueux sont alors aménagés avec des cheminées en marbre ornées de bronzes ciselés à palmettes, des parquets en forme de rosace et des frises dorées à palmettes aux plafonds.

On peut voir encore au rez-de-chaussée les salons de réception devenus salles d’exposition aujourd’hui, où on accède en gravissant un perron et en passant par un vestibule octogonal au splendide plafond décoré de guirlandes de fleurs et d’oiseaux avec une rosace dorée au centre. A l’étage, la bibliothèque, l’antichambre (devenu bureau du maire) et le salon de musique, aujourd’hui salle des mariages, récemment restaurés, sont de rares témoins du style de décoration de l’époque de la fin Restauration et du début de la Monarchie de Juillet !

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Partie arrière de l'Hôtel d'Augny

Le bâtiment a également conservé sa monumentale porte cochère sur rue avec ses grands panneaux de fonte à claire-voie. Sur l'imposte, au-dessus, le marquis fit d’ailleurs ajouter les lettres AA, pour Alexandre Aguado, dans un médaillon en feuilles de laurier sous une couronne de marquis. On peut retrouver ce monogramme sur toutes les poignées de porte des appartements, et sur les garde-corps en fonte des façades (mais il n'en reste qu'un aujourd'hui, sur une baie de la façade sur jardin).

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Porche d'entrée de la mairie du 9e

Devenu en 1849, mairie de l’ancien IIe arrondissement (ce qui l’a sauvé de la destruction) puis en 1860 mairie du 9e arrondissement, où Verlaine en 1864, travailla à 20 ans au service des expéditions (!), l’hôtel fut complété après 1870 par deux ailes symétriques. L'aile droite fut achevée en 1885. Elle comportait une grande salle des fêtes au premier étage, actuellement la salle du conseil d'arrondissement. L'aile gauche, terminée en 1890, abritait le bureau de bienfaisance et les pompiers.
 

En dépit de quelques nouveaux travaux d’ornementation à la fin du XIXe siècle, comme la pose dans les niches du grand escalier des bustes du peintre Delaroche, du général Foy, du compositeur Méhul et du sculpteur Pigalle, l’hôtel particulier abritant la mairie s'est malheureusement peu à peu dégradé, jusqu'aux années 1970.
L'achat du cinéma Astor, (auparavant Bal Montmartre à la fin du XIXe siècle), longeant le Passage Jouffroy qui avait déjà rogné sur le jardin de la propriété, a cependant permis d'agrandir la mairie. L'architecte Jean-Jacques Fernier a réalisé ainsi une salle des fêtes modulable pouvant accueillir 350 personnes, la salle Rossini, inaugurée en 1972 (une issue de secours donne toujours dans le Passage!)

En 1932 avait été installé dans la cour le monument aux morts, un bronze de Sicard représentant une allégorie de la Victoire.

C’est aujourd’hui une des plus belles mairies d’arrondissement de Paris qui a conservé un caractère un peu provincial, qu’accentue le petit jardin à l’arrière de l’édifice, contrecarré cependant par les incongrus containers, à vocation de « potager vertical », qui détonnent aujourd’hui dans la cour de la mairie.
 


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Détail du plafond du vestibule octogonal des salons Aguado


Emmanuel FOUQUET

 

© E. Fouquet © 9ème Histoire 2014-2017


Dernière modification : 15/09/2017 : 07:19
Catégorie : - Sites
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Détail des verrières du Printemps Haussmann.
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