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© D. Piquemal 2012  © 9e Histoire 2014-2014


L'HÔTEL DE WENDEL
 

Comme chaque année, les hôtels particuliers, souvent fermés au public, accueillent lors des journées du patrimoine, visiteurs férus de décors du passé ou badauds curieux devant une grille ouverte. Ce fut le cas de l’hôtel de Wendel au 10, rue de Clichy dans notre arrondissement en 2012. L’opération eut un succès rare, tant peut-être parce que la mairie y a ouvert en septembre 2011 une école élémentaire, cadre inhabituel dans un hôtel du XIXe siècle, que parce qu’y est attaché le nom d’une illustre famille plus connue sous le nom de « Maître des Forges » .

En juin 1856, un marchand quincaillier vend à Alexis Charles de Wendel un terrain alors situé dans un quartier en pleine expansion économique, au numéro 10 actuel de la rue de Clichy, juste derrière ce qui venait d’être la nouvelle rue de la Trinité. Alexis de Wendel, Chevalier de la Légion d’Honneur, habitait déjà au numéro 19 de la rue de Clichy, mais, paraît-il, en indélicatesse avec son propriétaire, il décida d’acquérir une propriété en propre. Celle qui était alors aux numéros 26 et 28, comportait déjà des bâtiments comme en témoignent certains documents de l’époque qui précisent que le nouveau propriétaire devra construire des «bâtiments à usage d’habitation» devant se raccorder «aux constructions déjà existantes».

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Mais qui était, plus précisément, ce descendant de la famille de Wendel ? Un, parmi de nombreux autres, de la huitième génération issue d’un Jean de Wendel, originaire de Bruges à la fin du XVIe siècle, venu s’installer à Coblence dont les héritiers développeront en Lorraine la nouvelle industrie de forges à Hayange dès la deuxième moitié du XVIIe. Fils de François de Wendel, créateur des premiers laminoirs français, Charles, né en décembre 1809 à Metz, entre à l’École Polytechnique, voyage beaucoup en Angleterre, pays à la pointe des techniques nouvelles, et contribue à un essor considérable de l’activité minière parallèlement au développement du chemin de fer. Il est, par ailleurs, considéré comme initiateur d’une politique sociale très novatrice pour l’époque comme la création de la cité ouvrière de Stiring.

Très fortuné, légitimiste attaché au comte de Chambord, il siège à la Chambre des Députés de 1849 à 1867. C’est pendant cette période qu’il fait édifier par Sidoine Maurice Storez (1804-1881) ce vaste hôtel particulier, d’inspiration Louis XVI mais caractérisé par une certaine austérité, de ce bon ton propre à une famille bourgeoise, certes anoblie, et richissime. Le monogramme W orne le fronton du porche de la façade côté rue ; on le retrouve également sur la façade nord, côté jardin, donc face à l’église de la Trinité dont les membres de la famille vont devenir de fervents paroissiens.

L’hôtel particulier fut édifié de 1864 à 1867. Charles de Wendel y mourut en avril 1870. Il profita donc peu de la transformation qu’opéra l’architecte en surélevant le rez-de-chaussée d’un entresol et de trois étages comportant chacun sept fenêtres de façade. On pénètre dans le bâtiment par un porche qui donne sur qui était, d’abord, une cour d’honneur puis un jardin. A l’heure actuelle, l’espace extérieur total, devenu simplement une cour, n’est pas très grand. Au fond, a été préservée la fontaine d’origine du jardin, tête de monstre en bronze crachant de l’eau.

Les pièces restaurées de l’aile principale qui longe la rue de Clichy se visitent au premier étage auquel on accède par un escalier d’honneur parfaitement classique dont la grande porte vitrée donne sur le passage cocher qui permettait aux chevaux et calèches d’accéder aux écuries au fond de la propriété. Cette aile sera surélevée ; après la vente par la famille de Wendel de l’hôtel en 1985 à une compagnie d’assurances, le passage permettra la création d’un parking dans la cour pour véhicules automobiles et les étages aménagés en bureaux avant que le tout ne soit transformé en cour de récréation et salles de classe.

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Au premier étage, se trouvent, comme dans beaucoup de demeures aristocratiques de l’Ancien Régime, les pièces de réception. La résidence comportait, à la mort de son premier propriétaire 36 pièces. Outre les antichambres, grande et petite, se trouvaient la salle à manger et le grand salon, le boudoir et une chambre à coucher, mais également des bureaux, renfermant un mobilier divers et de qualité : pupitre à écrire en acajou, bureau en marqueterie style Louis XV, un autre « genre BOULLE » ( extrait de l’inventaire établi en 1870). Austérité, confort et bon goût caractérisaient l’ameublement et la décoration de l’hôtel particulier.

Après la première guerre mondiale, la famille de Wendel redonne à la sidérurgie française un développement très important avec la réunification des usines lorraines, impulsé principalement par François, deuxième du nom. Né en 1874, l’aîné des trois frères de la dixième génération, devient Président du Comité des Forges, régent de la Banque de France dès 1913. Homme de presse avec Le Journal des Débats et Temps, député, puis sénateur, il participe à faire valoir une politique conservatrice jusqu’au Front Populaire. Après la seconde guerre mondiale, François, Maurice et Humbert, les trois frères reconstituent encore par des fusions d’entreprises un pôle sidérurgique qui, à terme, deviendra Wendel-Sidelor, puis Sacilor. François de Wendel meurt le 12 septembre 1949 dans son hôtel particulier de la rue de Clichy. Sa descendance y restera jusqu’en 1985. Vendu, puis préempté par la ville de Paris, le maire de la capitale y installera des services administratifs et un centre d’hébergement.

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Jacques Bravo, maire du 9e arrondissement entreprend une restructuration complète pour y créer une école élémentaire de onze classes. Mais le projet a veillé à créer des locaux adaptés à l’enseignement de jeunes enfants et à restaurer une partie du premier étage pour redonner priorité à l’aspect architectural du bâtiment. Enjeu culturel, la restauration du vestibule d’entrée, de l’escalier noble et des pièces d’apparat permet aujourd’hui d’organiser des manifestations musicales et artistiques. Certaines de ces pièces sont aussi mises à la disposition des maîtres et des élèves pour leur apprentissage culturel.

Mais revenons à la dynastie des de Wendel, on peut imaginer la vie raffinée dans le salon dont on a pu garder les portes à moulures dorées surmontées de médaillons et les moulures du plafond. Les grandes portes de la salle à manger sont restées en chêne sculpté; dans le salon ovale, on retrouve la cheminée et les fresques d’époque. La chambre de Madame respire d’un parfum délicieusement féminin, bleuté et Louis XV ; le caractère masculin de celle de Monsieur est donné par les boiseries sombres entre lesquelles est incrusté, à même le mur, un portrait de militaire du XVIIIe siècle. Il paraît que cette pièce était devenue, après la guerre, le bureau du maître des lieux doté du téléphone et que sa chambre avait été transférée au second étage.

Sous l’égide d’Ernest-Antoine Sellière, descendant d’une des nombreuses branches de la famille de Wendel, l’entreprise a fait l’objet d’un certain nombre de fusions et investissements dans diverses sociétés, dont on ne soupçonne pas qu’elle put provenir de la dynastie des « maîtres des Forges ». Un autre hôtel particulier a appartenu à la famille de Wendel dans le XVIe arrondissement de Paris.

Sa salle de bal était célèbre pour ses draperies ornementales et ses peintures de José Marie Sert. Elle a été remontée au musée Carnavalet et peut donc y être admirée.

Dominique PIQUEMAL

Sources : « La Nouvelle Athènes » de Bruno Centorame (collection Paris et son patrimoine 2001) Généalogie de la famille de Wendel : Wikipédia Mairie du 9e « Suivez le chantier de l’école 10 rue de Clichy » 2010. Article de Franck Beaumont : www.evous.fr septembre 2011


© D. Piquemal 2012  © 9e Histoire 2014-2014


Catégorie : - Articles-Architecture
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