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LA PETITE DANSEUSE DE DEGAS
 

Un ballet créé en 2003 à l’Opéra de Paris sur un sujet de Martine Kahane et Patrice Bart. Musique originale de Denis LevaillantChorégraphie et mise en scène Patrice Bart. Décors Ezio Toffolutti. Costumes Sylvie Skinazi. Lumières Marion Hewlett

La statue de La Petite Danseuse de quatorze ans d’Edgar Degas prend vie dans ce ballet comme la marionnette de Pinocchio. Défile alors sous nos yeux toute l’histoire des coulisses de l’opéra au XIXe siècle, une histoire qui est aussi un voyage dans l’imaginaire de la danse classique et de ses peintres impressionnistes.

LA PETITE DANSEUSE DE QUATORZE ANS: BRÈVE HISTOIRE DE CETTE SCULPTURE


Degas, le « peintre des danseuses »

« Une danseuse doit se dessiner avec goût, et naturellement, dans la moindre des poses. Elle doit pouvoir servir, à chaque instant, de modèle au peintre et au sculpteur » Dès le début des années 1870, Degas multiplie les compositions sur le ballet, montrant les danseuses sur scène ou, plus volontiers encore, à l’exercice.

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À cette époque pourtant, Degas peint d’imagination des scènes auxquelles il n’a jamais assisté. Ce n’est qu’à partir des années 1890-1900, qu’il suit les ballerines dans les salles de répétitions, dans les coulisses où elles bavardent avec leur protecteur, se chauffent ou s’étirent. Il montre aussi les mères - chaperons attentifs -, les abonnés en habit noir qui rôdent et, toujours, l’envol des tutus et des nœuds multicolores.

La sculpture

Degas, qui fréquente assidûment l’Opéra mais n’a pas encore accès aux coulisses, fait poser de jeunes danseuses dans son atelier.
On sait, grâce à ses Carnets et aux études conservées, que le modèle de sa Petite Danseuse est une certaine Marie Van Goethem. La sculpture, commencée en 1878, est achevée en 1880 et présentée lors de la sixième exposition impressionniste en 1881, sous le titre exact de Petite Danseuse de quatorze ans (statuette en cire).

Statuette.gif
Petite danseuse de quatorze ans, statuette en cire © RMN

Le modèle de Degas : Marie Van Goethem

Née le 7 juin 1865, Marie est la seconde des trois filles de Antoine et Marie Van Goethem. D’origine belge, les époux, respectivement tailleur et blanchisseuse, sont arrivés à Paris entre avril 1861 et février 1862. La petite enfance des trois sœurs se déroule dans un environnement populaire et pauvre, les quartiers sordides du IXe arrondissement, ce qui constitue déjà une lourde hérédité.
Sous la houlette de leur mère, qui assume seule la charge des trois filles (le père ayant disparu entre 1870 et 1880), Antoinette est engagée très jeune comme figurante à l’Opéra, suivie par Marie et Charlotte qui deviennent élèves à l’École de danse en 1878. Ces dernières sont de bons éléments. Marie est engagée dans le corps de ballet en 1880 comme quadrille. Sa participation aux spectacles lui permet d’apporter de l’argent à sa famille. Les séances de pose auprès d’artistes fournissent un complément non négligeable.

Mais, dès 1882, Madame Van Goethem prostitue ses filles : la « Brasserie des Martyrs » comme « Le Rat Mort » ne sont guère des endroits fréquentables pour des danseuses de l’Opéra. Ce type de conduite va être fatal à la jeune Marie : elle est renvoyée en 1882.

Antoinette, restée familière des coulisses de théâtres et des lieux de plaisirs sera, quant à elle, condamnée à trois mois de prison pour vol au « Chat noir ». Après cela, il reste peu de voies ouvertes pour les deux sœurs dont on perd la trace.

Charlotte est désormais la seule des trois filles Van Goethem à être inscrite sur les états du Ballet de l’Opéra, où elle fera une longue carrière de danseuse, qu’elle terminera, en 1907, pour devenir professeur à l’École de danse.
(Inspiré du texte de Martine Kahane « Enquête sur la Petite Danseuse de quatorze ans de Degas »in La Revue du Musée d’Orsay 48/14, n°7)

DE LA SCULPTURE AU BALLET D'AUJOURD'HUI

L’origine du ballet

« De même que certaines madones maquillées et vêtues de robes, de même que ce Christ de la Cathédrale de Burgos dont les cheveux sont de vrais cheveux, les épines de vraies épines, la draperie une véritable étoffe, la danseuse de M. Degas a de vraies jupes, de vrais rubans, un vrai corsage, […] les cheveux retombant sur l’épaule et arborant dans le chignon orné d’un ruban pareil à celui du cou, de réels crins, telle est cette danseuse qui s’anime sous le regard et semble prête à quitter son socle. » J.K. Huysmans, L’Art moderne (1880)

C’est en 1997, que le Musée d’Orsay demande à Martine Kahane, alors conservateur général et directrice du Service culturel de l’Opéra, de travailler, avec l’atelier de couture de l’Opéra, à la réfection du tutu qui habillait la sculpture. Les recherches qu’elle dut entreprendre pour mener à bien cette tâche, la poussèrent à s’interroger sur l’identité du modèle et, par là-même, sur son histoire familiale.

Le résultat de l’enquête fut publié à l’automne 1998 dans la "Revue du Musée d’Orsay". A la lecture de cet article, Brigitte Lefèvre, directrice de la danse, eut l’idée d’en faire un sujet de ballet. Elle rassembla autour du maître de ballet Patrice Bart une équipe artistique de grand talent : le compositeur Denis Levaillant, le décorateur italien Ezio Toffolutti et la créatrice de costumes Sylvie Skinazi.

La Petite Danseuse de Patrice Bart

Dans la construction de ses ballets, Patrice Bart aime à s’appuyer sur des faits réels et précis pour ensuite pouvoir développer une part de rêve et d’imaginaire.
Dans le cadre de cette création, le matériel de référence ne manquait pas : se basant, dans un premier temps, sur les recherches de Martine Kahane, l’histoire de cette petite danseuse lui apparut comme un excellent point de départ. Ils retravaillèrent ensemble le sujet pour en faire une adaptation scénique.
Sans être une reconstitution historique, le ballet restitue l’ambiance sulfureuse du XIXe siècle et les lieux représentatifs où la petite danseuse a vécu (place Bréda, classe de danse de l’Opéra, cabaret…). Le cadre social n’est toutefois qu’une source d’inspiration pour cette œuvre qui ouvre sur un monde imaginaire, inventé pour la scène.

Seul personnage, avec la Mère, qui ne soit pas totalement inventé, la Petite Danseuse est ici fille unique (pour les besoins du ballet, et la simplification du sujet, le chorégraphe a regroupé et entremêlé sous le même rôle, les trajectoires de Marie et Antoinette Van Goethem). Elle reste cependant une jeune fille d’environ quatorze ans, issue d’un milieu modeste, qui rêve de devenir un jour danseuse étoile.

Imaginant ce qu’avait pu être le comportement de Madame Van Goethem, et prenant comme référence les représentations que Degas donnait des mères de danseuses, Patrice Bart fait de la Mère une petite bourgeoise du XIXe siècle, inhibée, austère et stricte. Omniprésente, à la limite de la méchanceté à l’égard de sa fille, elle se charge de “gérer” sa carrière, l’obligeant à plaire pour évoluer dans la société, n’hésitant pas, pour ce faire, à la prostituer au cabaret du « Chat Noir ».

Les nombreux tableaux et dessins de Degas sur la danse, et plus particulièrement ceux représentant les coulisses ainsi que certains écrits sur le milieu artistique de l’époque, ont également influencé le chorégraphe dans la composition des personnages.

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Edgar Degas La classe de danse (1874) © RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lwandowski


Le Maître de Ballet (très présent dans les œuvres de Degas) incarne, avec l’Étoile, la réussite sociale et artistique. Tous deux tentent d’insuffler à la Petite Danseuse la force de danser et d’exister. Symboles positifs, ils cherchent continuellement à la remettre dans le droit chemin, à la protéger de sa mère et du monde sordide qui gravite autour d’elle. 

D’un point de vue strictement chorégraphique, il fallait un partenaire à la Petite Danseuse. Le Jeune Homme est un de ces nombreux abonnés ayant accès aux coulisses. Il représente - dans l’imaginaire de la jeune fille - l’idéal masculin. Elle en tombe amoureuse… mais, séducteur sans scrupules, il la trahira avant de l’abandonner à son triste sort.

Empruntant à Degas la présence récurrente d’hommes entièrement vêtus de noir dans ses toiles, Patrice Bart a imaginé le rôle le plus abstrait de sa chorégraphie : l’Homme en noir ou l’Artiste. Sans chercher à en faire une figure ressemblante, il peut être une évocation de Degas et - en utilisant parallèlement le côté sombre de cette présence - représenter le destin de la Petite Danseuse. En évoluant à travers sa vie (il servira aussi de lien entre les différents tableaux), il la dirige, bien… ou mal…, selon ce que chacun veut y voir. Toutefois, sans cette part de destin, et sans Degas, nous ne saurions certainement rien aujourd’hui de Marie Van Goethem qui, grâce à une sculpture, est devenue immortelle.

L’intention du chorégraphe

« [Degas] a jeté un pont entre deux époques, il relie le passé au plus immédiat présent » écrivait Jacques-Emile Blanche en 1881.
Conçu en un prologue, huit tableaux et un épilogue, La Petite Danseuse de Degas est une œuvre d’aujourd’hui, à travers laquelle Patrice Bart présente sa vision du « ballet classique », dans son évolution.
Si l’on retrouve, dans son écriture chorégraphique, des schémas propres aux grandes œuvres du répertoire (grands pas de deux, acte blanc…), il a également intégré certaines ‘respirations’ et couleurs contemporaines.


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Cet article rappelle une belle soirée en 2003 à l’opéra Garnier pour les adhérents  9e Histoire. Martine Kahane avait eu la gentillesse de faire une présentation de ce ballet avant le spectacle.  Un spectacle impressionnant par son évocation de Paris au 19e siècle, plus particulièrement de l'univers de Degas et de notre quartier (on retrouve dans le ballet la place Bréda, le cabaret du Chat Noir etc.)

Conservateur général et directrice du Service culturel de l’Opéra, Martine Kahane s'est attachée pendant trente-cinq ans à participer à la constitution de la mémoire de l'Opéra de Paris. Elle a d'abord dirigé la Bibliothèque-Musée de l'Opéra avant de créer et de diriger le Service Culturel de cette institution. Le Palais Garnier est sa terre d'élection, le XIXe siècle sa période favorite, « la Petite danseuse de quatorze ans de Degas » son oeuvre d'art préférée. D'où une dizaine d'ouvrages sur l'architecture de Charles Garnier, les ateliers de costumes, la compagnie de ballet et le modèle du sculpteur. Martine Kahane est aujourd'hui directrice du Centre national du costume de scène de Moulins.

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Didier CHAGNAS


Catégorie : - Articles-Artistes
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