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© A. Boutillon 2014 ©  9ème Histoire 2014

L'HÔTEL DE MERCY-ARGENTEAU 

16 BOULEVARD MONTMARTRE


Les brillantes victoires de Louis XIV ont permis d’assurer la sécurité de Paris, rendant désormais inutile l’enfermement de la capitale dans une enceinte ;  le roi va donc ordonner, en 1670, de démolir cette dernière et d’aménager à sa place une promenade plantée d’arbres, où les Parisiens pourront venir respirer le bon air de la campagne ; on l’appellera le Cours, ou encore le Boulevard, en souvenir de son passé militaire. Les travaux commenceront par la rive droite.

A cette époque, seul le côté ville est bordé d’habitations, beaux hôtels particuliers, dont  les propriétaires seront tenus d’élever un haut mur les séparant du boulevard, ce qui les amènera, afin de pouvoir tout de même jouir de la vue, à faire surélever leur jardin en terrasse. La partie dénommée boulevard Montmartre commencera à être aménagée à partir de 1676, mais sa physionomie, côté faubourg, gardera encore longtemps un air de campagne, car les terrains, voués aux cultures maraîchères, n’y seront lotis qu’à partir de 1715.

C’est dans cette optique qu’en 1717 l’architecte Pierre Nativelle[1] va s’associer à un financier pour acquérir la majeure partie de l’îlot compris entre le boulevard Montmartre, la rue du faubourg Montmartre et la rue de la Grange-Batelière, dont une section deviendra la rue Drouot.

Sur une partie de ce terrain, à l’angle du boulevard et de la future rue Drouot, il va construire un hôtel particulier.

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Sur ce détail du  Plan du quartier de Montmartre de Jaillot On voit l’hôtel de Nativelle, avec ses bâtiments sur la rue et son jardin le long du boulevard.

Les règlements d’urbanisme, à l’époque, interdisaient que la façade des maisons donne sur le boulevard ; la demeure aura donc son entrée principale rue de la Grange-Batelière, c’est-à-dire dans le prolongement de la rue de Richelieu, qui était alors très aristocratique. A l’arrière, en bordure du boulevard, est aménagé un grand jardin. 

Comme les riverains voudront pouvoir accéder directement au boulevard, ils demanderont à ouvrir une porte dans leur mur de clôture. Le Bureau de la Ville, chargé de faire appliquer le règlement, autorisera progressivement les propriétaires à pratiquer « de petites portes bourgeoises », auxquelles l’on ne pourra accéder qu’à pied, pour éviter que les voitures n’endommagent les allées de la promenade. A partir de 1730, néanmoins, on verra de plus en plus souvent l’ouverture de portes cochères (A.-M. Châtelet, M. Darin, C. Monod : « Formation et transformations » in « Les Grands Boulevards », Action artistique de la Ville de Paris, 2000).

Dès son achèvement, en 1719, l’hôtel est vendu à un munitionnaire des armées, François-Marie Fargès de Polisy. En 1739 il est adjugé à François Le Tellier, marquis de Souvré et de Louvois, un petit-fils du ministre de Louis XIV, qui le revendra, vingt-cinq ans plus tard, au fermier général Jean-Joseph de Laborde.

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Jean-Joseph de Laborde (1724-1794) est issu d’une très ancienne famille béarnaise. Initié très jeune au négoce par un cousin qui dirige une compagnie d’import-export à Bayonne, il deviendra immensément riche et sera à la tête d’un véritable empire commercial, grâce, entre autres, au trafic des piastres espagnoles, à ses plantations sucrières de Saint-Domingue et… à la traite des noirs. Sa fortune colossale lui permettra de devenir le banquier de la Cour, sous Louis XV ; il financera notamment la guerre de Sept ans. En 1785, en remerciement des services éminents rendus à la Couronne et à la nation, Louis XVI le fera marquis. Également promoteur immobilier, il achète un grand nombre de terrains dans le futur 9ème arrondissement, qu’il lotit, et sur lesquels il fait percer trois rues : la rue d’Artois (rebaptisée rue Laffitte en 1830), la rue de Provence, sur la partie du Grand-Égout qui traverse ses terres et qu’il a fait couvrir à ses frais, et enfin la rue Le Peletier. C’est à l’angle des deux premières que Laborde se fera construire, pour y habiter, un somptueux hôtel dans le nouveau style Louis XVI, dont le jardin s’étend vers la rue Taitbout. Bien des années plus tard, l’ancien hôtel de Laborde deviendra la demeure d’un autre illustre banquier, Jacques Laffitte.

En 1777, Laborde fait reconstruire, par l’architecte Firmin Perlin, le vieil hôtel qu’il a acheté en 1765.

Élève, semble-t-il, de Contant d’Ivry, pour le compte duquel il a signé certains projets, Firmin Perlin (1747-1783) fut, au cours de sa brève existence, un architecte assez actif. De ses réalisations parisiennes seul subsiste l’hôtel de Mercy-Argenteau, mais il convient de mentionner aussi l’hôtel construit pour le baron de Breteuil, ainsi que des travaux de décoration pour le receveur des Finances Vassal (Michel Gallet : « Les Architectes parisiens du XVIIIème siècle », Mengès, 1970).

Perlin a prévu un grand corps de logis, au-devant d’une cour, flanqué à droite par les dépendances, qu’on appellera le petit hôtel, et à gauche par le jardin, le tout s’allongeant parallèlement au boulevard. L’entrée se fait par une porte cochère ouvrant sur la promenade. C’est une disposition rare, qui rompt avec la tradition parisienne de l’hôtel entre cour et jardin, censée préserver l’intimité ; on la trouve essentiellement dans des sites remarquables: place royale, bord de Seine … rôle que semble vouloir jouer ici le nouveau boulevard. La façade, d’un dessin très sobre, est un bel exemple du style néoclassique français. L’hôtel bénéficie par ailleurs d’une terrasse, d’où la vue sur Paris est très étendue.

Le chantier est à peine commencé que Laborde vend l’usufruit de l’hôtel projeté au comte de Mercy-Argenteau.

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Issu d’une famille de la noblesse lorraine, Florimond-Claude de Mercy-Argenteau (1727-1794) va représenter la cour de Vienne dans plusieurs capitales européennes avant d’être nommé en 1766 ambassadeur d’Autriche à Paris. C’est lui qui négociera le mariage du dauphin avec l’archiduchesse Marie-Antoinette, qu’il est chargé par l’impératrice Marie-Thérèse, avec qui il échangera une abondante correspondance, de surveiller. Il deviendra l’homme de confiance de la jeune reine et  exercera sur elle une grande influence.

A partir de 1772, dans l’idée de s’établir à demeure en France, il achète de nombreuses propriétés en région parisienne, notamment à Neuville-sur-Oise et à Chennevières, domaine qu’il agrandira considérablement au fil des années.

L’ambassadeur a été séduit par le projet de Perlin ; il faut croire que le parti pris par l’architecte de placer le jardin d’un côté et les cours de service de l’autre, produisant l’impression d’un petit château, semble suffisamment prestigieux à Mercy, et digne de son rang, lui qui vient de passer douze ans au Petit-Luxembourg. 

Le Petit-Luxembourg, construit au XVIème siècle, à côté duquel Marie de Médicis avait fait élever son palais, avait été offert par la reine douairière au cardinal de Richelieu. Au début du XVIIIème siècle, propriété de la famille de Condé, il avait été considérablement agrandi et redécoré par Germain Boffrand. A son arrivée à Paris, l’ambassadeur d’Autriche, cherchant un palais où s’installer, avait donc loué le Petit-Luxembourg, où il allait loger pendant douze ans ; en 1770, à l’occasion des festivités pour le mariage de Marie-Antoinette et Louis XVI, il y avait fait édifier par Chalgrin une salle de bal éphémère. Le Petit-Luxembourg est, depuis 1825, la résidence du président du Sénat.

Il va donner des consignes très précises à l’architecte pour la distribution intérieure de l’hôtel. Le rez-de-chaussée sera dévolu aux services : cuisine, différents offices … tandis que les écuries et les neuf remises à carrosses, bruyantes et malodorantes, seront rejetées sur le côté droit.

Un vestibule couvert, décoré de colonnes et de niches, permet aux visiteurs de descendre de carrosse à l’abri des intempéries. Ils sont ensuite dirigés, à travers un second vestibule et un portique, également décoré à l’antique, vers le grand escalier, qui ne dessert, dans un esprit d’ostentation, que le premier étage.

L’habitation proprement dite se trouve au premier étage. L’appartement comporte plusieurs pièces de parade, comme il sied à un personnage de cette importance : deux antichambres, un grand salon et une salle à manger. A côté de la salle à manger, le buffet, petite pièce servant à découper les viandes, communique avec la cuisine par un escalier de service. L’ambassadeur reçoit ses hôtes officiels dans la salle du dais, ornée du portrait de l’impératrice, et que prolonge un cabinet de travail. L’unique chambre à coucher, à alcôve, ouvre de plain-pied sur la terrasse ; à côté : la bibliothèque et les lieux privés. Le deuxième étage est réservé au logement du personnel d’ambassade et des domestiques

C’est une résidence somptueuse, que les contemporains sont unanimes à louer.

Le libraire parisien Siméon-Prosper Hardy raconte dans son journal, à la date du 9 juin 1778, sa découverte des superbes maisons qui ont fait leur apparition, depuis quelques années, sur le boulevard : « Le comte de Mercy, ambassadeur de l’Empereur à la cour de France […], l’un des plus riches seigneurs de la cour impériale, qui avait obtenu de son souverain la permission de se fixer pour toujours dans notre capitale, était du nombre de ceux qui s’y faisaient préparer à grands frais un logement spacieux et magnifique ». Thiéry, dans son Guide des Amateurs et des Étrangers à Paris (1787) le mentionne. Quant à Grimm, dans un mémoire  à Catherine II, en 1797, il évoque l’ancien ambassadeur de la cour de Vienne en France, « où il avait acheté des terres considérables et bâti à Paris un superbe hôtel pour habitation ». Il ajoute qu’il « avait une fortune immense, dont sûrement une grande partie était placée en France, puisqu’il comptait y passer sa vie (Alfred d’Arneth et A. Geffroy, introduction  à la « Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le Comte de Mercy-Argenteau »)

Mais le comte de Mercy-Argenteau ne finira pas ses jours en France : le 4 janvier 1791, ne s’y sentant plus en sécurité, il part pour Bruxelles, qui fait partie, à l’époque, de l’empire autrichien. Il en sera chassé en 1794 lors de l’annexion de la Belgique par la France et partira pour l’Angleterre. Mais il est déjà malade et il s’éteint à Londres le 25 août 1794, quatre mois après son ami Jean-Joseph de Laborde.

En 1789 Laborde s’était montré favorable aux idées révolutionnaires, prônant une monarchie constitutionnelle. Quand la Terreur est mise à l’ordre du jour et que ses amis lui conseillent de partir, il refuse de quitter la France, car il ne voit pas ce que l’on peut lui reprocher, n’ayant « jamais fait de mal à personne ». A l’automne 1793 il décide finalement de s’enfuir, mais, dénoncé, il est arrêté en novembre. Il est exécuté le 18 avril 1794, payant sans doute, dans une certaine mesure, le fait d’avoir été, pendant quelques années, fermier général.

En 1793, profitant de ce que la France est en conflit avec l’Autriche, le Directoire de Paris mettra le ci-devant hôtel de Mercy-Argenteau à la disposition du  ministère de la Guerre. De cette époque, sans doute, date le motif militaire qui surmonte la porte du grand salon. Ce n’est qu’en juin 1795 que les héritiers de Laborde pourront récupérer la pleine propriété de l’hôtel. En 1801 ils le vendront à un fournisseur des armées, Nicolas Duchesne.

Pour Duchesne, il s’agit d’un investissement. Il va donc se livrer à un dépeçage progressif de la propriété et à une importante restructuration, afin d’en augmenter la surface locative. Il commence par vendre, en 1806,  à la Compagnie Robillard, le petit hôtel, à droite du corps de logis principal, où sont installés les écuries, les remises et les greniers. (Voir à ce propos, dans ce même bulletin, l’article de Jean-François Belhoste sur le « Chasseur à cheval » de Théodore Géricault).

Après la mort de Nicolas Duchesne, en 1819, sa veuve et son fils font élever, en prolongement des côtés de la maison, deux ailes sur la cour, comportant plusieurs étages de logements. Par la suite ils font construire, à l’emplacement du jardin, un immeuble de rapport de quatre étages avec des boutiques en rez-de-chaussée. D’autres boutiques sont créées au rez-de-chaussée de l’ancien corps d’hôtel, en lieu et place des anciennes pièces de service, ce qui a pour conséquence de rétrécir le vestibule.

En 1828 l’ancien hôtel est surélevé de trois niveaux : un troisième étage en attique et deux étages de combles. Des balcons filants sont installés aux premier, troisième et quatrième étages. D’importantes modifications sont apportées aussi aux dispositions intérieures du corps principal. De nouveaux escaliers sont créés, dont un sur le flanc gauche, à l’emplacement de la chambre à coucher de l’ambassadeur. L’enfilade des salons de l’étage noble est heureusement conservée.  L’ancien escalier d’honneur, par contre, est reconstruit selon un plan différent, avec une seule volée en demi-cercle. Duchesne fils revendra l’ensemble en 1834.

Depuis juillet 1829 presque tout le premier étage, ainsi qu’un appartement au quatrième, étaient loués à la Société du Cercle. C’était un club destiné à des hommes de bonne compagnie, qui y trouvaient des journaux, des brochures et des livres, et où l’on pouvait dîner et jouer aux cartes ou à d’autres jeux de société. Il deviendra par la suite Cercle Général du Commerce, avant de fusionner, vers 1876, avec l’Ancien Cercle, pour prendre le nom de Grand Cercle, connu aussi sous le nom de Cercle des Ganaches.

En 1890, le Grand Cercle fait aménager par l’architecte Henri Fernoux, au-dessus de la cour, une salle des fêtes de 109 m2, reliée à l’ancienne seconde antichambre par une galerie suspendue et éclairée par une verrière.

Cette même année 1890 est créée, sous la présidence de Severiano de Heredia, l’Union latine franco-américaine. Cette dernière, désireuse de trouver un lieu prestigieux pour y organiser des fêtes, des expositions, des conférences… va s’entendre dans ce but avec le Grand Cercle de Paris (qui héberge aussi le Cercle des Échecs), installé, comme on peut le lire dans le programme de l’Union latine, « dans un hôtel grandiose, déjà connu pour ses aménagement somptueux ». C’est ce qui explique la présence, dans le décor de la salle des fêtes, d’écussons de l’Union latine et de quelques pays latino-américains : le Honduras, la Bolivie, l’Argentine, l’Équateur et l’Uruguay.

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Cousin du poète parnassien José Maria de Heredia (1836-1901), Severiano de Heredia est né à Cuba, d’un couple de  mulâtres « libres ».  Son parrain, qui est probablement aussi son père biologique, Ignacio Heredia y Campuzano, l’envoie faire ses études à Paris. Ayant obtenu sa naturalisation en 1870, il se lance dans la politique et, en 1873, il est élu au Conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes. Six ans plus tard, il est  président du Conseil municipal de Paris, devenant ainsi le premier maire noir de la capitale. Député du XVIIème arrondissement en 1881, il est nommé en 1887 ministre des Travaux publics. Mais, victime des préjugés racistes, il mettra bientôt un terme à sa carrière politique (voir à ce sujet l’ouvrage de Paul Estrade: “Severiano de Heredia, ce mulâtre cubain que Paris fit « maire », et la République, ministre”. Editions Les Indes savantes, 2011).

Le Grand Cercle quittera les lieux en 1937. Il sera remplacé par un service de restauration collective, puis par une compagnie d’assurances. A partir de 1979, et jusque dans les années 90, les locaux seront occupés par l’école de mode Esmod. L’immeuble, restauré par la société immobilière Gecina entre 2009 et 2012, abrite maintenant des bureaux et des appartements.

Aline Boutillon

Principales sources :

Yoann Brault « L’hôtel de Mercy-Argenteau : un parcours historique », pour l’ouvrage publié par Gecina sur la restauration de l’immeuble. François d’Ormesson et Jean-Pierre Thomas, Perrin, 2002 : « Jean-Joseph de Laborde, Banquier de Louis XV, mécène des Lumières ».

[1] C’est sans doute à ce même Pierre Nativelle que l’on doit un « Nouveau Traité d’Architecture », publié à Paris en 1729.

© A. Boutillon 2014  ©9ème Histoire 2014


Dernière modification : 25/02/2014 : 18:22
Catégorie : - Articles-Architecture
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