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© D. Piquemal 2014   © 9ème Histoire 2014
Un jour que je me promenais boulevard des Italiens, il y a un an déjà, j'eus une surprise qui me serra le cœur : ma librairie allait fermer définitivement ! Del Duca baissait rideau, adieu ses libraires, ses livres et mes rendez-vous avec eux…

Mon quartier est riche d'autres librairies, je m’en suis aperçue à force d'arpenter les rues du 9ème, de scruter les vitrines, de pousser les portes et de converser avec le libraire. D'après les Pages Jaunes de l'annuaire électronique, il y a, au moins, trente quatre librairies dans l'arrondissement.

Les musiciens, les artistes et les banquiers ont fait la gloire de la Nouvelle Athènes, mais qu'en a-t-il-été de la vie littéraire du XIXème siècle à nos jours dans notre arrondissement dont Léon-Paul Fargue a dit : «  Paris dans le creuset de son neuvième, si mal connu même par les chercheurs de livres rares et de charmants petits hôtels.... »  ? Vaste sujet, digne d'une thèse d'étudiant ! Puisque j'aime tant les lieux de lecture, à moi d'en savoir un peu plus sur la vie intellectuelle de ceux du 9ème, en ouvrant quelques livres, justement...

Et j'ai trouvé tout ça :

SALONS EDITEURS ET LIBRAIRES DU 9ème ARRONDISSEMENT DU XIXème SIECLE A NOS JOURS

Après la Révolution, des révolutions techniques vont transformer le métier de typographe, l’imprimeur-éditeur va devenir un libraire-éditeur, puis l'éditeur va se séparer des autres métiers du livre. De grandes maisons d'édition, dont beaucoup garderont le nom de leur fondateur, vont croître en notoriété et bénéfices grâce à la maîtrise de l'imprimerie de masse, du livre bon marché et de la presse quotidienne de large diffusion. La vie intellectuelle parisienne avait commencé de beaucoup se développer dans les salons littéraires et la rive gauche de la Seine en avait le privilège indiscutable. Les éditeurs diversifient l'habillage des livres entre cuir et cartonnage, créent la « quatrième de couverture », permettent la consultation et le prêt, la production explose. Le nouveau métier émerge, la profession se structure, Le Cercle de la Librairie est fondé en 1847 boulevard Saint-Germain. Le Cercle, qui regroupe d'abord les divers métiers du livre, ressemble à un club, on ne parle pas encore de syndicat, et défend avant tout la propriété littéraire. Mais, du quartier latin, les hommes de lettres et les femmes (oui il y en avait quelques unes) se déplacent au Palais Royal, proche du quartier des affaires où fleurissent cabinets de lecture et librairies. Au début du romantisme, le Palais Royal avec sa galerie en bois, bien entendu disparue, accueille salons et libraires qui vendent nouveautés et classiques, mais où les étudiants et les gens de « peu de biens » peuvent lire gratuitement. L'édition, concentrée autour de la Sorbonne, de la Cité jusqu'à la destruction des maisons sur les ponts, a passé la Seine et s'est installée près des Tuileries, jusqu'à l'émergence du quartier de la Chaussée d'Antin.

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Certes, on ne parle pas encore du 9ème arrondissement de Paris, mais plutôt des boulevards et des passages. La mode est au salon littéraire et le plus en vogue est celui du passage de l'Opéra, 11 et 13, galerie du Baromètre. Le passage de l'Opéra fut une voie de Paris de 1822 à 1925 détruite lors du percement du boulevard Haussmann. Le passage comprenait trois galeries dont deux parallèles débouchant boulevard des Italiens, la « galerie de l'Horloge » et la « galerie du Baromètre ».

Il y avait 118 cabinets de lecture à Paris en 1883 : le prix de la séance était de 10 à 50 centimes et celui de l’abonnement mensuel de 3 à 10 francs.

Le neuvième arrondissement, encore classé pour partie dans le second, était premier avec ses seize établissements!

A bien regarder (une loupe est conseillée) l'Atlas Perrot de 1834-1835, reproduit dans le « Paris Romantique » de Thierry Cazaux (page 41), on en découvre quatre :

Rue de la Chaussée d'Antin, au bout de l'ancien passage d'Antin qui reliait la cité d'Antin à cette rue,

Rue Taitbout, au nord du café de Paris, alors 24 boulevard des Italiens,

Boulevard Montmartre, au sud de l'Hôtel d'Augny

et Rue Saint Lazare, à la hauteur de la rue Saint-Georges.

Les salons étaient ouverts jusqu'à onze heures du soir et attiraient les gens de lettres comme les artistes. A ces salons, il faut ajouter ceux qui font également cabinets de cartes géographiques comme Delorme, 80, rue St Lazare, très fréquenté également pour la partie classique comme aimait à le faire Jeanne Proust, grande lectrice, et ceux qui vont développer la presse.

Le cabinet du passage Jouffroy fut le siège de la rédaction du Courrier du Soir (ancienne Tache noire) où nombre de journalistes de journaux étrangers venaient y échanger, travailler et écrire. On y trouvait revues littéraires et scientifiques qui côtoyaient les livres à la mode. Le passage de l'Opéra diffusait également les journaux, les « feuilles » du soir ou du matin, dont les passants pouvaient prendre connaissance des gros titres (en ça, la diffusion de la presse n'a pas beaucoup changé). Mais il ne faut pas quitter le passage de l'Opéra sans lire, ou relire, « Le paysan de Paris » qu'Aragon a publié en 1926, dont la première partie décrit toute cette vie sociale, intellectuelle et littéraire du quartier. Les salons de lecture vont se mettre à proposer aux  habitués ou aux flâneurs la diffusion des romans en feuilletons dans la presse, contribuant ainsi à faire connaître les œuvres et baisser le prix des ouvrages grâce à des éditeurs convaincus de leur nouveau métier, c'est à dire moins consommateurs de cuirs et illustrations, encore que !

Après les salons, il me faut m'intéresser aux éditeurs avant de retrouver mes chers libraires. Dans « Le 9ème arrondissement, Itinéraires d'histoire et d'architecture »  j'ai trouvé cette assertion : « Progressivement, cette bibliopolis forme tout un quadrilatère limité par le boulevard, la rue Drouot, la rue de Chateaudun et l'Opéra ». C'était une réalité, mais était-ce suffisant ? Au XIXème, beaucoup furent à la fois éditeurs et libraires, je devrais dire d'abord éditeurs avant d'être libraires. Et j'ai repensé, avant d’entamer mon parcours de recherches, au portait de Jacques Arnoux dans « L’Éducation sentimentale », éditeur d'art et marchand de tableaux, homme d'affaires avant tout et époux de la femme dont va tomber amoureux Frédéric, le héros. Mais peu furent comme le personnage de Flaubert.

Alors, sans hiérarchie ni parcours fléché, voici une sélection de quelques uns :

Un éditeur fameux fut Antoine de Choudens, 30, boulevard des Capucines, éditeur de musique, français, bien que né à Genève en 1825, qui mourut 2, rue de Caumartin en 1888, laissant à ses descendants une entreprise importante et reconnue. Outre Faust et Carmen, le fonds Choudens comprend un grand nombre de partitions d’opéras et d’opéras comiques, la plupart des œuvres de Gounod et une quantité d'œuvres de Berlioz, Saint-Saëns, Reyer, Offenbach. Le magasin se trouve aujourd'hui au 38, rue Jean Mermoz à Paris 8ème.

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Paul Ollendorf, fils d'un éditeur polonais d'un manuel destiné à faciliter l'apprentissage d'une langue étrangère en six mois, ouvre sa propre librairie au 28 bis, rue de Richelieu en 1875. Ceci tout en éditant « Le maître des forges » de Georges Ohnet qui lui assure son premier grand succès et fait venir à lui Guy de Maupassant avec « Le Horla » puis d'autres écrivains comme Paul Féval, Alphonse Allais, Jules Renard. Il peut alors afficher un très grand nombre de titres. Toujours rue de Richelieu jusqu'en 1882, il crée en 1898 une Société d'Éditions littéraires et artistiques, en complément de La Librairie Ollendorf au 50, rue de la Chaussée d'Antin.

Avant de se lancer dans l'édition bon marché qui l’entraînera dans de grandes difficultés financières à partir de 1902, son nom est associé à l'éditeur Quinzard, 24, rue des Capucines (dans le 2ème arrondissement) pour la publication des œuvres de Reynaldo Hahn. On le retrouvera dans les éditeurs de presse avec Gil Blas. Après 1903, la maison d'édition décroche, comme on dit, le prix Goncourt de 1905 avec un roman de Claude Farrere « Les Civilisés » qui aura un très grand succès.

Quand le fondateur meurt en 1920, ce sont les éditions Albin Michel qui s’approprieront, en 1924, beaucoup des titres des éditions Ollendorf dont le bilan sera définitivement déposé en 1940.

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Avant de passer de l'autre côté de l'Opéra, je mentionnerai l'éditeur Hartmann, 20, rue Daunou, certes dans le 2ème, mais qui avait fait appel à l'imprimeur Dupré 236, rue du Delta pour certaines affiches d'Eugène Grasset.

Au 5, rue Drouot, est ouverte depuis 1880, la librairie de Léon Conquet. Né en 1848 et décédé en 1897, cet ancien apprenti photographe, commis chez Garrouste, libraire boulevard de Bonne Nouvelle, se lance dans l'édition de livres luxueux donc plus rares. Il devient le libraire de la Société des Amis des Livres. Éditions et ventes vont être reprises par les Éditions Chamonal, toujours rue Drouot, restées spécialistes de livres anciens dont la conviction pourrait être cette pensée de Montesquieu dans « Les lettres persanes » : " Il me semble que jusqu'à ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune raison de leur préférer les nouveaux. "

Puisqu'on est dans les livres anciens, il faut évoquer Carteret et Blaizot, 22, rue Le Peletier. Sur la rive droite, ils avaient donné une notoriété aux livres anciens magnifiquement illustrés et reliés et en proposaient un grand choix.

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Auguste Blaizot (cf. photo), originaire de la Manche, vint, adolescent, chez son oncle Lecampion, libraire à qui il succédera rue Le Peletier avant de s'installer 21, boulevard Hausmann. Carteret était aussi originaire de la Manche, donc normand et pareillement impliqué dans une certaine mainmise, à l'époque sur l'édition.

Un autre éditeur fut reconnu sur les boulevards, c'est Rey, rue Laffitte, éditeur attitré de Bruant dont parle Aragon dans « Le Paysan » car face au café Biard encore sur la galerie du Thermomètre. Paul Léautaud l'évoque aussi fort joliment dans son « Journal Littéraire » du 10, mars 1922. "Rouveyre, ce matin, me racontait ceci : en venant au Mercure il rencontre l'éditeur Rey. Celui-ci lui dit : "Eh  bien ! Vous ne publiez rien. Vous n'avez rien de prêt. Il y a longtemps qu'on n'a rien vu de vous". Rouveyre répond que non, qu'il n'a rien, qu'il travaille peu. "Vous avez bien raison, lui répond Rey. On publie tant de mauvaises choses...". Rouveyre riait beaucoup de la naïveté de Rey".

Selon l'édition 1900 du Guide Baedecker de Paris, les Editions Flammarion dont l'histoire est principalement liée aux arcades de l'Odéon et à la rue Racine, avaient ouvert une librairie à cette date au 40, boulevard des Italiens donnant à l'arrière sur le Théâtre Moderne dont Aragon, toujours dans « Le Paysan », y voyait le lieu bon marché où  l'on pouvait se laisser aller à des rêves improbables.

S'agissant d'éditeurs dont les noms sont encore importants ou prestigieux, il est intéressant de savoir que Michel, puis Calmann-Lévy avaient repris La Librairie Nouvelle qui avait fait faillite et défaut aux frères Goncourt, au 14 boulevard des Italiens en 1861 avant de s'établir 3, rue Auber de 1908 à 1913.

Paul Sevin, éditeur des « Cartes Commerciales et Minières du Mexique », très vendues et encore recherchées, était installé au 8, boulevard des Italiens. Outre les cartes, certains éditeurs sont restés connus pour l'édition de photographies et gravures comme Goupil & Cie. Éditeur en 1829 au 12, boulevard Montmartre, Adolphe Goupil devient en 1846 imprimeur-éditeur, puis marchand de tableaux. En 1841 la société devient Goupil & Vibert et Cie jusqu'en 1850. Très prisés par les artistes et amateurs d'art, de photographies, de lithographies, Goupil et ses associés ouvrent d'autres points de vente, 24, boulevard des Capucine et, d'après le Guide Baedeker, 2, place de l'Opéra, 9, rue Chaptal et rue d'Enghien. La fille d'Adolphe Goupil épousera le peintre Jean-Léon Gérôme. Un musée Goupil a été crée à Bordeaux en 1998 où des expositions temporaires lui sont consacrées.

Adule Martinet, successeur d'Albert Hautecoeur était installé graveur et éditeur de photographies au 12, boulevard des Capucines.

A cette même adresse, Octave Uzanne, homme de lettres, fonde en 1896 « Les bibliophiles indépendants » chez Henry Foury libraire de 1894 à 1910, dont l'esprit était « Pas d'association, pas de règlement, pas de statut. Des livres, des livres et seulement des beaux livres ! » (mars 1896). Les Bibliophiles éditeront, entre autres, De Feure, Schwob et Valloton dans les années 1899.

La Librairie Centrale des Beaux Arts est installée 13 rue Lafayette et c'est Eugène Grasset qu'on rencontre, graveur (afficheur entre autres de la nouvelle enseigne du « Chat Noir »), enseignant ayant mis au point une méthode de composition ornementale et illustrateur de la semeuse du Petit Larousse.

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Les fameuses éditions Chaix sont 20, rue Bergère en 1845. Napoléon (1807-1867), puis Alban publient l'indicateur des chemins de fer mais aussi des affiches de Toulouse-Lautrec, Bruant, Steinlein en 1894. En 1880, Alban transférera l'imprimerie à Saint-Ouen.

J'ai trouvé un Henri Julien éditeur  32, rue Fontaine et un autre 59, rue de Provence en 1892, partie nord de la Cité d'Antin percée sous Charles X et actuellement propriété du groupe Arcade.

Maurice Dreyfous est 13, faubourg Montmartre. Éditeur de « La chanson des Gueux » de Jean Richepin en 1886, le poème sera vendu par Ollendorf. Jean Richepin, anarchiste et libre penseur, était un habitué du Chat Noir.

Revenons rue Drouot au 18, avant de quitter les boulevards, où se trouve la Nouvelle Librairie Parisienne, Giraud & Cie éditeurs en 1886. Elle sera reprise par Albert Savine. Savine aurait fait ses classes comme lecteur chez Giraud. Il aurait racheté l'affaire grâce à la fortune de son épouse et publié sous une couverture jaune caractéristique. Il édita des écrivains de langue espagnole, sa femme étant d'origine cubaine, mais fut rapidement connu pour son orientation très prononcée d'antisémitisme.

Au 15 du boulevard Montmartre, à l'angle de la rue Vivienne (donc dans le 2ème arrondissement actuel) se trouve, en 1885,  la Librairie Internationale. Internationale car reprise par Albert Lacroix, qui serait né à Bruxelles et qui publia avec l'éditeur belge Hyppolyte-Louis Verboeckhoven les auteurs républicains exilés sous le Second Empire.

C'est ainsi  que Lacroix Verbokoven & Cie publièrent « Les Misérables » en 1862 et la deuxième édition de « Maldoror » en 1869 à Bruxelles. La librairie est 13, rue du Faubourg Montmartre quand Lacroix publie Sue toujours avec son acolyte. La librairie Gabire, 25 passage Verdeau, édite en 1870 les « Poésies » d'Isidore Ducasse, mieux connu sous le nom de comte de Lautréamont, celui de « Maldoror », qui habitait alors, 32, faubourg Montmartre.

Après l'éditeur d'un précurseur du surréalisme, rencontrons au 6, rue de Clichy, celui qui fonde  en 1925 les Éditions Surréalistes et publie Breton, Éluard, Char, Péret, Dali. José Corti, corse d'origine, ouvre en 1924 cette librairie avant de créer une nouvelle maison d'édition et de passer en 1938 sur la rive gauche au 11, rue de Médicis.

Corti.pngIl raconte dans « Souvenirs désordonnés » ce que fut son métier d'éditeur, ses rencontres avec les écrivains, l'histoire cocasse de l’éphémère prix littéraire Rabelais mais aussi la séparation, la douleur et l'enfance de son fils Dominique, né rue de Clichy le 13 janvier 1925 et disparu en déportation en 1944 (le jour de sa mort est demeuré inconnu).

Il ne garda pas un très bon souvenir de ses années dans le 9ème, plus à titre personnel que professionnel. Il écrit ceci : «.Ce sentiment d'être en terre étrangère rue de Clichy tenait nettement moins à l'éloignement (de la rive droite) qu'à l'atmosphère du quartier de la Trinité, encore que ma boutique y formât une sorte d’îlot jouissant d'une exterritorialité littéraire. Le seuil franchi, on n'était pas dans une librairie au voisinage presque immédiat du Casino de Paris mais dans le haut lieu de la littérature vivante vers lequel accourait et se pressait la jeunesse du Quartier latin, car après un an d'existence, dès 1926, ma librairie devient le fief du surréalisme, son bastion avancé ou plutôt sa place forte ». 

Éditeur engagé un peu comme le furent les Editions de Minuit, il faudrait consacrer plus que ces quelques lignes pour faire connaître sa vie, les écrivains qu'il a publiés, dont Julien Gracq qui n'aura d'autre éditeur que lui (sauf La Pléiade), son style touchant et vrai. Avant que Corti n'accueille les surréalistes, Aragon raconte qu'en 1919 avec André Breton, ils préféraient les passages et leurs cafés « par haine de Montparnasse et de Montmartre, par goût aussi de l'équivoque… »

Aragon qui devait dire en 1975 à Danièle Sallenave suite à la publication de  son premier roman: « Ma petite fille, vous êtes maintenant un écrivain. Peut-être pensez-vous que les écrivains ont besoin des éditeurs : détrompez-vous, ce sont eux qui ont besoin de nous. »

Un peu plus bas, rue Caumartin, à l'angle du passage du Havre reconverti en galerie marchande, il y avait, en 1943, une librairie la « Librairie Classique Taboureau » découverte grâce à une photo de « Mémoire des rues du IXème » mais aucune recherche ne m'a permis de faire un lien avec, par exemple, Jean Taboureau, dit Jean des Vignes Rouges, écrivain de la même époque.

Faisons la connaissance, s'il en est besoin, d'un passionné de livres qui fut libraire avant de devenir éditeur, critique et écrivain lui-même, de Gérard Oberlé, libraire rue Henner en 1971, habitué du quartier, de la Casa Miguel, restaurant bon marché et chaleureux de la rue Saint-Georges. Il dit avoir alors aimé « les livres, les charcutières, la poésie, les dames de la profession, les bistrots et les romans noirs ». Éternel étudiant et quelque temps chargé de cours de latin-grec, il proposa des livres anciens et rassembla une clientèle de bibliophiles bon vivants et bon mangeurs. Éditeur de catalogues à Paris, il s'installe en 1976 dans le Nivernais fondant les éditions du Manoir du Pron. Il est bien connu des auditeurs de France Musique et des lecteurs de Lire depuis 2012. Il s'est essayé au roman noir et publie comme écrivain depuis 2000 : un homme de lettres accompli, sensible à la musique, la grande et celle des mots.

L'arrondissement accueillit aussi, suite aux drames et aux errances, une communauté arménienne rescapée du génocide. On vit s'installer une librairie rue de Trévise, une autre au 46, rue Richer chez Palounyan, toujours dans la même rue, l'imprimerie Topalian dite Ajax précédemment rue La Fayette, puis une autre librairie, celle de monsieur Barsamian au 43 en fond de cour. Schavarch Missakian fonda, en 1925, le journal Haratch (En avant), rédigé et imprimé entre la rue de Trévise et la rue Bleue puis, dans le 10ème arrondissement, rue d'Hauteville.

Puisqu'on a quitté les boulevards, la proximité des 2ème et 18ème arrondissements, qu'on parle de la presse, qu'on monte la rue La Fayette, il faut se souvenir que le journal « l'Humanité » était au 126 et sa librairie au 120 de cette rue donc dans le 10ème.  Et c'est devant la librairie de l'Huma qu'André Breton, éternel habitué du lieu, croisa Nadja pour la première fois, chacun dans un sens. Ce n'est que le côté pair de la rue du Faubourg Poissonnière qui empêcha le grand quotidien de figurer dans notre arrondissement et Breton vivait 42, rue Fontaine.

Mais côté presse, il n'en manqua pas. Commençons par les plus anciens :

La revue  « Le Théâtre » était au 24, boulevard des Capucines car dirigée par Michel Manzi (1849-1915) qui était rentré chez Goupil en 1882. Il se passionna également pour les beaux arts. On peut trouver des exemplaires de ses publications à Bordeaux au musée Goupil ;

Le journal « L'Orphéon »  chez Deplaix (journaliste) 15 et 17, rue des Martyrs. C'était une des publications dédiées aux chorales et orphéonistes très en vogue au XIXème et début du XXème. Un autre journal « L'Écho des Orphéons » était implanté 16 rue Cadet ;

« L'Assiette au Beurre »  62, rue de Provence, journal illustré où les dessinateurs anarchistes devaient produire quelques dessins de pleine page très engagés. Le dernier numéro parut le 12 octobre 1912.

« Gil Blas », quotidien qui publiait des romans en feuilletons, assez régulièrement de 1879 à 1914, puis épisodiquement de 1920 jusqu'en 1940. Il était 8, rue Gluck, Paul Ollendorf en fut le directeur de 1903 à 1911.

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« Le Chat Noir », la revue créée par Rodolphe Salis et Émile Goudeau pour attirer les foules dans leur fameux cabaret montmartrois, fut installée au 12, rue Victor Massé. Elle fut là parce que le grand succès du cabaret  incita les dirigeants à le transférer sur les trois étages de l'immeuble de la rue Victor Massé et sa revue avec. Le dernier numéro de la revue paraîtra le 30 septembre 1897 mais on retrouve le titre 77, rue Taitbout en 1898.

Le Chat Noir publia des articles et morceaux de Jean Lorrain, Paul Verlaine, Jean Richepin illustrés par T.A. Steinlen.

« L'Auto », crée en 1900 qui deviendra « L’Équipe » en 1946, était 10 rue du faubourg Montmartre. Le quotidien sportif est actuellement à Issy-Les-Moulineaux.

Plus récemment, « Le Figaro » a quitté le 37, rue du Louvre dans le 2ème arrondissement pour s'installer au 14, boulevard Haussmann.

Il faut faire une place à part au journal « Le Monde » qui a laissé son bel immeuble rue des Italiens dans lequel il est resté 44 ans, pour la rue Falguière dans le 15ème arrondissement. Il avait succédé au journal « Le Temps », fondé en 1861, déjà journal français de référence.

Terminer par le journal Le Monde, c'est retourner, en voisin, à la librairie Del Duca.

Je ne m'étendrai pas sur les librairies actuelles afin de n'en omettre ni froisser aucune. Sur les trente quatre qui ont accepté de figurer sur l'annuaire, on retrouve une grande diversité de librairies : générales, confessionnelles, spécialisées en BD, romans noirs, décoration, de livres anciens, de langues étrangères, aux enseignes suggestives comme « Au troisième œil » spécialisée en polar et criminologie, ou « La rose noire » librairie érotique. Une autre a choisi de s'appeler « Climats » en 1936 en l'honneur du chef d’œuvre d'André Maurois. Dans les passages proches des boulevards, se trouvent des librairies de livres d'occasion chez qui on peut trouver livres rares, anciens ou oubliés et beaux.

Finalement, l'histoire des librairies n'est-elle pas celle de leurs lecteurs, celle de chacun d'entre nous ?

Les grands distributeurs de culture, chaînes ou magasins spécialisés, se sont implantés  à proximité de la gare Saint-Lazare et ont des rayons librairie assez bien garnis et, pour certains, avec abonnement exclusivement. La gare elle-même offre, depuis sa restauration, de nombreux points de ventes non négligeables en terme de distribution de livres.

Les Galeries Lafayette ont transféré au cinquième étage les immenses rayonnages qui occupaient la plus grande partie du sous-sol, et c'est dommage, mais des libraires vous y accueillent sous la verrière avec une même compétence et une même gentillesse.

Le 9ème arrondissement a été riche des arts qui ont fait la réputation de ses quartiers, chacun avec son identité. Hommes de lettres, éditeurs, imprimeurs, journalistes et libraires ont contribué à cette richesse.

« Lisez pour vivre », écrivait Gustave Flaubert à Mademoiselle de Chantepie en juin 1857. 

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Dominique PIQUEMAL

© D. Piquemal 2014   © 9ème Histoire 2014


Dernière modification : 25/02/2014 : 16:42
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