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© Françoise Robert 2018 © 9e Histoire - 2018


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Edouard Vuillard - La nuque de Misia - 1897

 


MISIA (1872-1950)
MUSE, MÉCÈNE ET PIANISTE

 

Sur les tourniquets pour touristes, une patineuse, affiche de Toulouse-Lautrec, attire les regards : c’est Misia. Lautrec adorait Misia qu’il appelait avec engouement « l’hirondelle » en hommage à sa grâce et sa vivacité.


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Elle est vêtue d’un splendide costume de patineuse : un long manteau bleu moucheté de rouge, une petite cape, un manchon de fourrure grise et un chapeau empanaché de plumes qui s’élèvent en volutes de fumée verte dans l’air. Lautrec coupe l’image juste en dessous des genoux éliminant les patins, mais gardant l’attitude penchée en avant de la patineuse.

Née  Marie Godebeska en 1872 à St Pétersbourg, elle a été d’abord épouse Natanson, puis Edwards et Sert : c’est sous ce nom, Misia Sert, qu’elle reste connue. Proust la décrit sous les traits de la princesse Yourbeletieff, mais aussi en tant que Madame Verdurin. D’ascendance polonaise, sa famille est une famille d’artistes : son grand-père était violoncelliste, son père sculpteur reconnu. Elle vit avec sa grand-mère et ses frères à Bruxelles dans le luxe, puis à Paris et étudie pendant huit ans chez les sœurs du Sacré-Cœur. Les parents fréquentent tout le milieu intellectuel et artistique parisien. Elle prend des leçons de piano avec Fauré. Plusieurs « belles-mères » se succèdent et elle est ballotée de droite à gauche.


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             P. Bonnard - Misia Godebska écrivant - 1895                                                                                            F. Valloton - Thadée Natanson - 1897
                                                     

En 1893, elle épouse Thadée Natanson à Bruxelles. C’est le fondateur de la « Revue Blanche » située 1, rue Laffitte. La « Revue Blanche » était un genre d’encyclopédie sociale, littéraire et artistique qui a existé de 1889 à 1903. On y croisait des personnalités aussi diverses que Léon Blum, en charge d’articles sur la littérature et le théâtre, ou Claude Debussy qui venait là comme critique musical. Certains parmi les écrivains dont on parlait dans la « Revue Blanche » étaient l’objet d’une véritable vénération : par exemple Paul Verlaine. Léon Blum dit au cours d’une rencontre avec le poète « … il parla, puis lut des vers passionnés…parfois d’un mouvement large et lent il ramenait ses mains vers ses tempes, ses gestes étaient d’une majesté sublime ». Mallarmé devient l’intime de Misia et de Thadée Natanson.

Rue Saint-Florentin où ils habitent, le tout Paris se presse : Vuillard, Toulouse-Lautrec qui joue les barmans, la Princesse Bibesco, Lucien Guitry par exemple. À la campagne, à Valvins près de Fontainebleau, et ensuite à Villeneuve-sur-Yonne, c’est la même chose. En 1896, la jeune Julie Manet écrit : « Madame Natanson était charmante dans une robe bleu clair à taille courte avec une très jolie collerette blanche, décolletée et les manches courtes, autour de son joli cou rond et si blanc s’enroulait un collier. Elle a joué la symphonie en ut mineur d’une façon extraordinaire, triste, grande, grave, rendant la sonorité de tous les instruments de l’orchestre. Elle a un beau jeu puissant, large, mais pas français du tout ».


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Partie de campagne, (de gauche à droite): F. Valloton, E. Vuillard, debout Cipa Godebski, frère de Misia, Alexandre Natanson,
l'actrice Marthe Mellot, Thadée Natanson et Misia.

 

Thadée Natanson se prenant pour un homme d’affaires débordant de projets grandioses, se ruine dans des opérations financières scabreuses, notamment l’implantation du Tramway de Toulon et un projet de construction d’usine hydroélectrique sur la Côte d’Azur, et entraîne la « Revue Blanche » dans sa déconfiture. Il pousse alors Misia dans les bras d’Alfred Edwards.


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Alfred Edwards        

               

Une autre vie commence : yacht « L’ Aimé », milieu dissolu et tapageur. Né à Constantinople en 1856, Alfred Edwards est un brasseur d’affaires, patron du journal « Le Matin ». Son père était anglais et médecin du roi Fouad d’Égypte, sa mère française originaire du Proche-Orient. Belle prestance, menacé d’embonpoint, volontiers grossier et violent, on racontait qu’un jour dans le grand escalier de l’Opéra, il avait roué de coups de canne un créancier qui prétendait se faire rembourser une dette… Portrait qui n’est pas sans rappeler des personnages très contemporains.

Le couple s’installe au 244, rue de Rivoli et il épouse Misia en 1905. C’est à cette époque que Renoir et Bonnard font le portait de Misia. Renoir lui écrit en 1906 : « Venez et je tâcherai de vous rendre encore plus belle. Moi, je vais bien et j’irais encore mieux si vous pouvez venir me voir à Essoyes cet été. En attendant, je travaillerai avec un modèle délicieux que m’a envoyé Vallotton ». Misia pour le régler lui enverra un chèque en blanc en lui rappelant qu’Edwards était fabuleusement riche !


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Pierre Bonnard Misia Godebeska 1908                                                                           Auguste Renoir Misia Sert 1904
 

Croisières et réceptions se succèdent : Forain, Ravel, Réjane, Liane de Pougy… partagent escapades et soirées. Geneviève Lantelme, actrice débutante, devient la maîtresse d’Edwards. Misia est férocement jalouse et écrit « Je m’étais arrangée pour obtenir une photographie de Lantelme, elle ornait ma coiffeuse, et je faisais des efforts désespérés pour lui ressembler, coiffer mes cheveux de la même manière, porter les mêmes vêtements. ». Marcel Proust s’en est inspiré dans À la recherche du temps perdu comme modèle pour le triangle amoureux constitué par Robert de Saint-Loup, Gilberte Swann et Rachel. Cette situation ne pouvait se prolonger et le divorce est prononcé en 1909.


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Geneviève Lantelme                                                                                   Jose Maria Sert
    

En entrant dans la vie de Jose Maria Sert, Misia devient l’un des mécènes qui, avec la Comtesse Greffulhe entre autres, ont lancé les « Ballets Russes ».
À Paris depuis 1899,
Jose Maria Sert peint des toiles démesurées et se lie à de nombreux artistes, notamment à Colette et Willy. Sert avait été choisi par Alphonse XIII pour décorer la cathédrale de Vich près de Barcelone. D’énormes éléments de son œuvre furent présentés au Salon d’Automne, au Grand Palais, en 1907. A cette occasion, Vallotton écrit : « …nul doute qu’avec le recul et le soutien des architectures, tout cela ne se situe et prenne sa valeur. En tout cas, les maquettes dessinées sont fortement établies et la composition dénote un savoir et un goût de magnificence qui fait songer à Tintoret ».


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Salle de bal de l’Hôtel de Wendel (av. de New York 75016) 1925 par Jose Maria Sert
 

L’opéra « Boris Goudounov » ravit Sert et Misia, Diaghilev les enchante, ainsi que Nijinski. La première représentation des Ballets Russes en 1909 est un succès considérable. Cocteau, Proust, Montesquiou sont de toutes les soirées.
Le « Sacre du Printemps » de
Stravinsky, présenté par Diaghilev dans une chorégraphie de Nijinski et les décors de Sert, provoque un scandale. On est en pleine révolution russe et Misia et Sert doivent souvent jouer les « bons office » entre Stravinsky et Diaghilev en plus d’aider financièrement. Stravinsky écrit en janvier 1918 : « depuis le mois de juillet pas un centime de Diaghilev qui me doit 30.000 F et qui est lui-même dans une situation critique… Je ne sais vraiment que faire, à qui m’adresser pour avoir de l’argent… Il m’est venu donc cette idée de vous demander s’il vous serait possible de me trouver quelque part de l’argent ». Avec beaucoup de tact, elle lui enverra un chèque en prétendant qu’il provenait d’une admiratrice anonyme et cette situation se renouvellera à plusieurs reprises.


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Stravinski et Diaghilev en 1926 à l'aéroport londonien de Croydon.
 

Installée quai Voltaire pendant la Grande Guerre, elle se rend utile ; en tant qu’amie du Général Gallieni elle obtient l’autorisation de se rendre au front pour apporter les premiers secours aux blessés. « C’était un groupe bizarre dont Misia avait pris la tête : en éclaireur à la tête du convoi roulait la Mercédès de Misia conduite par le dessinateur Paul Iribe dans une tenue évoquant celle d’un scaphandrier avec à ses côtés Jean Cocteau arborant un élégant uniforme d’infirmier conçu par Poiret ; à l’arrière se trouvaient Misia en sobre tailleur de tweed et Sert en knicker-bocker gris pâle, son volumineux Kodak sur les genoux, se chamaillant avec Cocteau qu’il adorait taquiner. Derrière roulaient les douze ambulances réquisitionnées par Misia ! ».


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Coco Chanel et Misia en 1935
 

Depuis 1916, elle a fait la connaissance de Coco Chanel chez Cécile Sorel. Chanel a déjà ouvert une boutique rue Cambon  et Misia l’associe rapidement à toutes ses soirées. Elles voyagent souvent ensemble, se reçoivent, ont les mêmes relations et se rendront ensemble aux obsèques de Diaghilev à Venise en 1929. Misia est même invitée par le Duc de Westminster, amant de Chanel, à une croisière le long de la côte Dalmate. En dépit d’une rivalité certaine, elles ne peuvent se passer l’une de l’autre, amies des coups durs et se soutenant mutuellement dès le premier signe de difficulté.

La vie mondaine a repris autour de Cocteau, Gide, Lifar, Claudel (qu’elle surnommait « Dieu le Père »), Reverdy … Après le mariage tardif de Misia avec José Maria Sert en 1920, rien ne va plus dans le ménage, Sert ayant pris sous sa protection une jeune artiste russe, Roussy, qui partagera de façon ambiguë la vie du couple un certain temps.


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Misia Sert à Venise
 

Après leur divorce en 1927, Misia vieillit mal, se drogue en compagnie de Coco Chanel et meurt en 1950 au 252, rue de Rivoli. Cependant en 1940, restée à Paris, elle était intervenue en compagnie de Sert pour faire libérer Maurice Goudeket, le dernier mari de Colette, mais leurs interventions pour la libération de Max Jacob resteront sans succès.
À l’article de la mort elle supplie une amie : « prend quelque chose dans cette chambre pour toi, vite avant qu’elle arrive ! » Elle parlait de Coco Chanel

Elle est enterrée à Samoreau, près de Fontainebleau, auprès de Mallarmé. Proust parlait de Misia comme d’un monument d’histoire et Paul Morand disait « Misia est un monument apporté d’un pays lointain à Paris comme l’obélisque, et placé dans l’axe du goût français, comme l’aiguille de Louxor l’est dans l’axe des Champs-Elysées »


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H. de Toulouse-Lautrec - Madame Thadée Natanson - 1895
 

 


Sources :

« Misia » la vie de Misia Sert d’Arthur Gold & Robert Fizdale – Editions Folio
 


Françoise ROBERT
 


 

Cet article a été publié dans le Bulletin XV - 2017 de l'association 9ème Histoire. L'iconographie a ici été enrichie.

© Françoise Robert 2018 © 9e Histoire - 2018

 


Date de création : 31/03/2018 : 09:00
Catégorie : - Articles-Personnages
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