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Osiris - décembre 2018

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Osiris_Jarassé.jpg
Dominique Jarrassé et le buste de Daniel Iffla Osiris

 



Daniel Iffla dit Osiris (1825-1907), mécène et patriote

 


Malgré une importante allocution présidentielle programmée presque au même moment (!), la salle du Conseil était pratiquement pleine pour écouter lundi 10 décembre, Dominique Jarrassé, professeur d’histoire de l’art à l’université Bordeaux 3 et à l’École du Louvre, venir nous parler avec grand talent d’un curieux homme un peu méconnu aujourd’hui, Daniel Iffla dit Osiris. Notre conférencier lui a consacré un ouvrage aux Éditions esthétiques du divers, intitulé Daniel Iffla Osiris, mécène juif nationaliste français présenté à cette occasion, mais c’est surtout l’inauguration d’une place en juin dernier (suivre ce lien), à la pointe du boulevard Haussmann et du boulevard des Italiens, qui tire maintenant de l’ombre cet étrange personnage aux nombreuses facettes.


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Inauguration de la place Daniel Iffla-Osiris - juin 2018
 


Né à Bordeaux d’une modeste famille juive marocaine, il gagne la capitale dès l’adolescence pour y vivre presque toute sa vie en habitant d’ailleurs jusqu’à sa mort rue La Bruyère dans le 9e arrondissement.  Il se définit simplement comme « fils de personne et père d’aucun enfant ». Simple grouillot d’un agent de change au départ, il va cependant faire fortune au sein du milieu financier de la Bourse au terme de fructueuses affaires et d’opérations d’investissements réussis, notamment dans les chemins de fer espagnols.


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Le château de Malmaison 

 


Mais plus que la simple réussite sociale dont il est un bel exemple, il va s’employer toute sa vie à vouloir faire le bien et à développer des valeurs altruistes qui lui sont chères tout en s’efforçant de mettre en avant son propre nom. Il n’hésitera pas ainsi, en toute modestie, à commander au sculpteur Mercié une copie en bronze du Moïse de Michel-Ange associé à son nom, pour son caveau familial du cimetière Montmartre ! Élevé dans le culte des morts, il a notamment voué une grande admiration pour les hauts faits de guerre de son grand-père (dont il portait le prénom) pendant la période napoléonienne. C’est d’ailleurs à cause de cette passion pour Napoléon Ier qu’il rachètera en 1896 et aura à cœur de faire revivre le domaine de la Malmaison, habité par Joséphine à sa séparation d’avec l’empereur, tombé depuis à l’abandon.

Notre conférencier évoque alors sa résidence parisienne acquise après avoir fait fortune et être d’abord tombé amoureux de la fille de sa propriétaire au 9, rue La Bruyère, histoire triste car devenue sa femme, cette chrétienne mourra en couche et ses deux enfants ne survivront pas non plus. Il vivra alors dans son souvenir sans se remarier. Il rachètera l’immeuble (ainsi que ceux du 11, 12 et 13 !) en y apposant plus tard ses initiales I et 0. Ces immeubles seront même transformés par lui pendant la guerre de 1870 en cantines et asiles pour les réfugiés.


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L'hôtel particulier de Daniel Iffla Osiris 9, rue Labruyère - 75009 Paris.
 

 Le 9, rue La Bruyère possédait un jardin d’hiver, nous confie Dominique Jarrassé, en nous montrant des photos d’œuvres que Daniel Iffla Osiris appréciait particulièrement et qu’il détenait là : notamment une reproduction de la statue du Moïse de Michel-Ange (déjà !), mais aussi des bustes de Voltaire et de Rousseau, philosophes qu’il admirait, et encore de Rachel, grande tragédienne attachée au judaïsme. Ces différents objets revêtaient aussi pour le riche mécène une portée symbolique et montraient son attachement à des valeurs auxquelles il accordait une grande importance.


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Tombeau de Daniel Iffla Osiris au cimetière Montmartre.
 


C’est dans le même esprit qu’il financera, en 1889, à Nancy, ville traumatisée par la défaite de 1870 à Sedan, la statue équestre de Jeanne d’Arc, reproduction de la statue parisienne par Frémiet et   symbole de la nation française. Son action de bienfaiteur se traduira aussi, dans cette ville, par le financement d’un institut de sérothérapie et d’une crèche.
 


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La statue de Jeanne d'Arc place Jeanne d'Arc à Nancy.
 

Notre conférencier nous confie également que Daniel Iffla Osiris a passé près de quarante ans à écrire plusieurs versions de son testament montrant ainsi qu’il souhaitait voir conserver après lui ses différents biens, même s’il se défendait d’avoir une âme de collectionneur. Il nous livre aussi le secret de ce surnom d’Osiris qu’il a adopté, révélé apparemment par sa secrétaire qui était dans la confidence : sa mère avait en effet un frère parti en Égypte au moment de la campagne napoléonienne et s’était promis que s’il revenait sain et sauf, elle ajouterait le nom d’Osiris au prénom de son fils. La raison du choix de cet important dieu égyptien aux multiples facettes reste cependant assez mystérieuse …

Daniel Iffla dit Osiris collectionnera d’ailleurs beaucoup de statuettes de ce dieu à son domicile. Le château de Malmaison racheté et restauré par Daniel Iffla Osiris sera finalement cédé à l’État en 1904 pour être transformé en musée, contre la promesse de construire un pavillon dédié justement à Osiris, destiné à abriter ses collections ! 


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Le pavillon Osiris à Malmaison.
 

Dominique Jarrassé énumère ensuite un certain nombre d’actions de mécénat qu’il accomplit comme le financement de la statue de Vercingétorix par Bartoldi ou le monument à la gloire de Musset, désormais au Parc Monceau. 

Un exemple amusant de son esprit national est donné avec l’achat d’un vignoble de Sauternes, La Tour Blanche, pour éviter tout simplement qu’il soit acquis par les Anglais ! Mais cet achat se couple aussi avec la création d’une école de viticulture sur place (devenue aujourd’hui un lycée agricole), manifestation de cet esprit philanthropique que le mécène conservera toujours. De même pour les fontaines Wallace achetées pour la ville de Bordeaux ou le financement à lhôpital de la Pitié-Salpêtrière d’une salle d’opérations consacrée aux accouchements (en souvenir de sa femme).
 


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Dominique Jarrassé ne devait pas manquer non plus d’évoquer sa belle action de générosité faite à Bordeaux avec le financement du fameux « bateau-soupe » sorte de « restaurant du cœur » avant l’heure, construit en définitive en 1913, après sa mort, et qui fonctionnera jusqu’en 1944 où il sera coulé par les Allemands.

Son autre grande action marquante sera la désignation comme légataire universel de l’Institut Pasteur à qui il attribuera l’équivalent de 44 millions or (avec lequel « Pasteur » financera l’Institut du Radium, futur Institut Curie) ! Il financera également le monument érigé près du Bon Marché, dédié à deux femmes généreuses : Marguerite Boucicaut (fondatrice du magasin) et Clara de Hirsch, une catholique et une juive, avec toujours cette volonté de rapprocher ces deux religions.

Il était alors temps d’aborder la volonté du grand mécène de contribuer à la construction de nombreuses synagogues. Il établira ainsi près de 25 projets qui ne verront pas tous le jour mais qui démontrent sa volonté de mettre en avant la grandeur du judaïsme en France.

C’est le cas évidemment de la synagogue de la rue Buffault à la très belle façade (visitée il y a peu par 9ème Histoire -suivre ce lien-), voulue par la communauté séfarade originaire pour la plupart du sud-ouest en conflit à l’époque avec la communauté ashkénaze.  Sans trop s’attarder ici sur le détail de son architecture, Dominique Jarrassé insiste cependant sur une caractéristique importante aux yeux de Daniel Iffla Osiris, la présence de « la téba » (estrade) au centre même du temple pour la rapprocher des fidèles, contrairement à celle de la synagogue de la Victoire, placée au fond.  Notre conférencier ne détaille pas non plus, faute de temps, tout le différend connu avec le Consistoire à propos des plaques de remerciements qui mentionnaient le nom de sa femme catholique mais aussi celui de Spinoza !


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Statue de Guillaume Tell à Lausanne.
 

Dominique Jarrassé évoque enfin la construction d’autres synagogues comme celle d’Arcachon (toujours en place) ou celle de Lausanne où se trouve aussi la statue qu’il finança de Guillaume Tell, héros national suisse (!) par Mercié, , ainsi qu’une chapelle qui lui est curieusement dédiée … Sont également citées la synagogue de Tours construite en 1908 ou celle de Vincennes, en terminant par celle de la ville musulmane de Tunis dont le premier projet, en 1909, n’avait pas été accepté, au profit d’un autre plus sobre achevé seulement en 1937.  À noter qu’une des ruelles attenantes porte toujours le nom de « passage Osiris », seul témoignage pendant longtemps de la trace du mécène.

Dominique Jarrassé termine alors sa passionnante conférence en résumant ce qui a caractérisé cet étrange personnage : une fortune mise au profit, certes de sa passion pour les arts, mais aussi de son souci de faire le bien des gens et d’exprimer sa fidélité à sa religion.     


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Portrait de Daniel Iffla Osiris
 

  

                      





             

Emmanuel FOUQUET

 

© 9ème Histoire - 2018


Date de création : 12/12/2018 : 11:11
Catégorie : - Echos du Terrain
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