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©  D. Chagnas 2010-2015  © 9ème Histoire 2011-2015

Lautreeamont_by_Vallotton.jpg
Portrait imaginaire de Lautréamont , dessi (1896) de Félix Valloton

 

UNE MESSE POUR ISIDORE DUCASSE !


Le 25 novembre 2010, un petit groupe de Ducassiens anonymes comme ils se sont définis eux-mêmes, s’est retrouvé en l’église Notre-Dame-de-Lorette, pour assister à la messe célébrée à la demande de M. Christian Gaumy, conservateur en chef honoraire de la Bibliothèque Universitaire de Limoges, pour le 140e anniversaire de la mort d’Isidore Ducasse (1846-1870), comte de Lautréamont en littérature.
Pourquoi une messe et une célébration, même discrète, pour un jeune poète révolté qui les aurait selon toute vraisemblance refusées ? Deux ans avant sa mort Isidore Ducasse-Lautréamont n’avait-il pas lancé ses interdits dans  les sulfureux « Chants de Maldoror»:

ON NE ME VERRA PAS
À MON HEURE DERNIÈRE
(J'ÉCRIS CECI SUR MON LIT DE MORT)
ENTOURÉ DE PRÊTRES.
QUI OUVRE LA PORTE 
DE
MA CHAMBRE FUNÉRAIRE ?

J'AVAIS DIT QUE PERSONNE
N'ENTRÂT. 
QUI QUE VOUS
SOYEZ, ÉLOIGNEZ-VOUS !

Les Chants de Maldoror - (Chant I- Strophe 10)
Isidore Ducasse - Comte de Lautréamont (1846-1870)

Plaque_Ducasse.png
Plaque avec la citation de Lautréamont dans la cour du restaurant
Chartier, 7 rue du Fg Montmartre, avant sa disparition en 2013.


Le message est clair : ni fleur, ni couronne, ni prière! Pas de prêtres, pas de visites ! Pas de tombeau non plus ! Car les restes de Lautréamont ont disparu.... Avec cette messe, ne serait-on pas allé  contre sa volonté ? Les lecteurs de Lautréamont le savent bien, ses provocations, comme ses repentirs, méritent d’être nuancés.

QUE DEVIENDRAI-JE AU JOUR DU JUGEMENT? (Chant I, strophe 6)

En  exergue de « Poésies », sa deuxième et dernière  œuvre, Lautréamont place, avec une certaine ironie,  une « profession de foi » qu’il faut recevoir également avec  prudence :
« Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, le sophisme par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie »

Ainsi se fondent dans le creuset de la poésie, le bien et le mal, Ducasse et Lautréamont.
« Comme alors le repentir et vrai! L’étincelle divine qui est en nous, et paraît si rarement, se montre ; trop tard! (…) Hélas ! Qu’est-ce donc que le bien et le mal! Est-ce une même chose par laquelle nous témoignons avec rage notre impuissance, et la passion d’atteindre à l’infini par les moyens même les plus insensés? Ou bien, sont-ce deux choses différentes? Oui... que ce soit plutôt une même chose... car, sinon, que deviendrai-je au jour du jugement ! » (Chant 1, strophe 6)

M. Gaumy avait demandé la lecture d'un texte de Léon Bloy (1846-1917) qui explique sa démarche et apporte une réponse à l’interrogation du poète :
« Le signe incontestable du grand poète, c'est l'inconscience prophétique, la troublante faculté de proférer par dessus les hommes et le temps, des paroles inouïes dont il ignore lui-même la portée. Cela, c'est la mystérieuse estampille de l'Esprit saint sur des fronts sacrés ou profanes»Léon Bloy, extrait du « Cabanon de Prométhée », article paru dans « La Plume » du 1er septembre 1890.

Après la messe, M. Gaumy évoqua la brève existence de Lautréamont et rappela dans quel  contexte tragique (Paris en guerre, assiégé par les Prussiens) se déroulèrent les funérailles.

DETOUR.gif Nous ne savons pratiquement rien des circonstances de la mort d’Isidore Ducasse. Rien de plus que ce que révèle l’acte de décès, et certains indices relevés à la lecture des « Chants » et de « Poésies »:
« J’ai reçu la vie comme une blessure et j’ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C’est le châtiment que je lui inflige ». (Chant III, strophe 1)
Le 24 novembre 1871, l’hôtelier du 7 rue du Faubourg-Montmartre et un garçon d’hôtel (ses derniers amis ?) ont déclaré à la mairie la mort du  poète, « à huit heures du matin », et ont signé l’acte, « sans autres renseignements». Selon certaines sources, Lautréamont serait mort phtisique. Selon d’autres sources, il aurait été assassiné par la police politique. Selon d’autres encore, mentalement et physiquement affaibli, il aurait mis fin à ses jours.
« Ceux qui s'intitulent tes amis te regardent, frappés de consternation chaque fois qu'ils te rencontrent, pâle et voûté, dans les théâtres, dans les places publiques, dans les églises, ou pressant, de deux cuisses nerveuses, ce cheval qui ne galope que pendant la nuit, tandis qu'il porte son maître-fantôme, enveloppé dans un long manteau noir. Abandonne ces pensées qui rendent  ton  coeur vide comme un désert ; elles sont plus brûlantes que le feu. Ton esprit est tellement malade que tu ne t’en aperçois pas et que tu crois être dans ton naturel chaque fois qu’il sort de ta bouche des paroles insensées, quoique pleine d’une infernale grandeur » (Chant I,  strophe 13)

Laissons à l’écrivain et critique Maurice Blanchot (1907-2003), dont « la vie fut entièrement dévouée à la littérature et au silence qui lui est propre », tirer les conclusions :
« Lautréamont ne pouvait disparaître dans la folie, étant né dans la folie, ni dans l'enfance, la force en lui de la lumière l'ayant rendu plus fort que la folie et la nostalgie de l'enfance. Les derniers instants de Ducasse ne nous sont pas connus. Ils ne pouvaient l'être, ne pouvant apparaître que dans cette ignorance qui en montre la seule vérité. Qu'a été l'intrigue de ces dernières heures ? (…) A-t-il lui-même, dans un dernier mouvement de sa souveraineté, rompu la promesse, faite aux Chants de Maldoror, de ne jamais attenter à sa vie, promesse qui, à cet instant, avait un sens, car le suicide était alors la tentation des ténèbres, mais elle est aujourd'hui celle de la lumière, et qui voudrait résister à un tel appel du jour ». Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade, Les Éditions de Minuit, 1963, pp. 187-188.

Non sans redonner la parole à Lautréamont :
« Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.» (Poésies, 1870, II)          
« Je veux mourir, bercé par la vague de la mer tempétueuse, ou debout sur la  montagne... les yeux en haut, » (Chant I, strophe 10)
 

Lettre_d_Isidore_Ducasse_du_12_mars_1870.jpg
A Monsieur Darasse, Paris, 12 mars 1870. Monsieur, Laissez-moi reprendre d’un peu haut. J’ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais, une fois qu’il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu’il craignait le procureur-général. ( ...) I. Ducasse, 15 rue Vivienne.


L'ACTE DE DÉCÈS 

...du jeudi 24 novembre 1870: « à 2 heures de relevée, acte de décès de Isidore-Lucien Ducasse, homme de lettres, âgé de 24 ans, né à Montevideo (Amérique méridionale), décédé ce matin à 8 heures, en son domicile, rue du Faubourg-Montmartre, nº 7, sans autres renseignements ». L’acte a été dressé en présence de M. Jules François Dupuis, hôtelier, rue du Faubourg-Montmartre, nº 7 et Antoine Milleret, garçon d’hôtel, même maison, témoins qui ont signé avec nous, Louis Gustave Nast, adjoint au maire, après lecture faite, le décès constaté devant la loi. J. F.Dupuis - A. Milleret - L. G. Nast.

LAUTRÉAMONT DANS LE 9e ARRONDISSEMENT

Le poète maudit, le précurseur du surréalisme, vécut les trois dernières années de sa vie dans le faubourg Montmartre entre le  9e et le 2e arrondissement. C’est à la fin de l'année 1867, rentrant d’un voyage à Montevideo, que Ducasse s'installa à Paris 23 rue Notre-Dame-des-Victoires (Hôtel "A l'Union des Nations").

Il va habiter successivement 32, rue du faubourg-Montmartre, 15, rue Vivienne et 7, rue du faubourg-Montmartre. C’est à cette dernière adresse qu’il meurt à vingt-quatre ans, le 24 novembre 1870. Paris est assiégé depuis le 11 septembre. Dans son « Journal », Edmond de Goncourt écrit à la date du 24 novembre: « Le chiffonnier de notre boulevard (…) racontait à Pélagie qu’il achetait, pour son gargotier, les chats à raison de six francs, les rats à raison d’un franc, et la chair de chien à un franc la livre ». Les Parisiens, privés de nourriture, de bois et de charbon, souffrent d’affections pulmonaires. En quelques mois la mortalité a doublé,  surtout  chez les enfants et les plus pauvres.
« Le fossoyeur achève le creusement de la fosse…, quelques pelletées de terre inattendues viennent recouvrir le corps de l’enfant. Le prêtre des religions, au milieu de l’assistance émue, prononce quelques paroles pour bien enterrer le mort » (Les Chants de Maldoror, 1869).

« SILENCE ! IL PASSE UN CORTÈGE FUNÉRAIRE A CÔTÉ DE VOUS » (Chant V, strophe 6)

 Le 25 novembre 1870, l’absoute est donnée par l’abbé Sabatier à l’église Notre-Dame-de-Lorette ("gratuit", est-il précisé dans le registre). Après le service religieux, Isidore Ducasse est inhumé au cimetière du Nord (cimetière Montmartre) dans une concession temporaire qui sera reprise deux mois plus tard. La dépouille sera alors transférée, le 20 janvier 1871, dans une autre concession temporaire et gratuite.
Michel Olivès, de 9
ème Histoire, à qui nous devons ces précisions, complète : « En 1879 ces concessions sont désaffectées et reprises par la municipalité. En 1900 : construction de l’hôpital Bretonneau. Quant aux dépouilles, certaines sont transférées sans nom dans certains ossuaires périphériques, mais le concernant, pas dans celui de Pantin comme longtemps supposé. Certaines dépouilles sont laissées sur place et recouvertes peu à peu par les immeubles »
 

« JE SAIS QUE MON ANÉANTISSEMENT SERA COMPLET» (Chant VI strophe 10)

« C’est par sa fin, si étrangement effacée, que Lautréamont est devenu, à jamais, cette manière invisible d’apparaître qui est sa seule figure, et c'est dans l'incognito de la mort qu’il s’est, aux yeux de tous, enfin manifesté, comme si, il avait peut-être trouvé la mort, mais aussi, dans la mort, le moment juste et la vérité du jour. » Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade.
 

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Loterie nationale, « Tranche de Lautréamont »,  tirage du 16 avril 1986.
Portrait présumé de Lautréamont découvert en 1977.

 

UN « TOMBEAU » POUR LAUTRÉAMONT

A défaut de tombe pour nous recueillir, nous avons le tombeau poétique ouvert/découvert par les Surréalistes sur lequel nous incliner :
« Il n'y a rien d’incompréhensible »
Poésies II 
« Chaque fois que j’ai lu Shakespeare, il m’a semblé que je déchiquète la cervelle d’un jaguar. »Poésies II 
« Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle.»
Poésies I
« Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! » (Chant VI, strophe 1)

Surrealisme.png MaCP.jpg
                             Anonyme                                Hommage à Lautréamont (Jean Hélion, 1979)

« C'est au comte de Lautréamont qu'incombe peut-être la plus grande part de l'état de choses poétique actuel: entendez la révolution surréaliste ». André Breton (1896-1966)

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Didier CHAGNAS
 

DISPARITION DE LA PLAQUE DE LAUTRÉAMONT

Décembre 2013: nous avons remarqué il y a plusieurs semaines déjà, que la plaque avec la citation de Lautréamont posée sur le mur dans la cour de l'immeuble du restaurant Chartier, 7 rue du faubourg-Montmartre, à l'endroit-même où il mourut le 24 novembre 1870, avait disparu. On nous a dit que cela s'est déjà produit plusieurs fois. Un Ducassien bien attentionné a-t-il voulu répondre à la volonté du poète visionnaire qui avait souhaité et prophétisé son "anéantissement complet" (Chant I, Strophe 10) jusque dans nos mémoires? Si tel n'est pas le cas, en réponse à cet acte profanateur, rappelons au(x) voleur(s) comme aux amis de Lautréamont que le poète avait raison lorsqu'il écrivait: 
«Sans  doute le corps est resté plaqué sur la muraille, comme une poire mure et n'est pas tombé à terre, mais les chiens savent accomplir des bonds élevés, si l'on n'y prend garde» (Chant II, Strophe 5)

 
 

Editions_Chants_de_Maldoror.pngUne-surprise-dans-La-Chambre-de-Lautreamont.jpg
Première édition du Chant Premier par ***, publié anonymement par Isidore Ducasse
en août 1868 à Paris chez l'imprimeur [Gustave] Balitout, Questroy et Cie.

La chambre de Lautréamont. Une BD de Corcal et Édith chez Futuropolis – janvier 2012.
 

ANECDOTE

Si Lautréamont a été l'un des inspirateurs de la révolution surréaliste, il semble avoir également constitué une source d'inspiration pour des responsables de secteurs marketing. Ces quelques exemples de publicité détournée en constituent la preuve!
 

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©  D. Chagnas 2010-2015   © 9ème Histoire 2011-2015


Dernière modification : 25/02/2014 : 16:39
Catégorie : - Articles-Ecrivains & Cinéastes
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