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Les nouvelles actives sont postérieures au 31/05/2018 : 00:00
Les nouvelles antérieures sont consultables dans les Archives des nouvelles
Collections Privées à Marmottan - le 13/11/2018 : 09:00 par HTa



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 P. Gauguin  -  Nature morte à l'Espérance"  -  1901


 



Collections Privées

Chefs-d’œuvre de Collections particulières
de l’Impressionnisme au Fauvisme


 

C’est, une fois de plus, à des collectionneurs privés que le Musée Marmottan a fait appel pour monter leur nouvelle exposition qui se tient en leurs murs jusqu’au 10 février. Cette exposition, conçue dans le même esprit, fait suite à celle présentée, en 2014, intitulée « Impressionnistes en Privé », qui célébrait le 80e anniversaire du musée.

La collection permanente de Marmottan est elle-même composée de donations faites par des particuliers, artistes, descendants d’artistes ou collectionneurs privés ; c’est notamment le cas pour les œuvres de Claude Monet et de Berthe Morisot. Pour « Collections Privées », ce sont trente collectionneurs qui ont accepté de prêter leurs œuvres et si beaucoup ont souhaité garder l’anonymat, les noms de certains d’entre eux (David Nahmad, Perez Simon, Isabelle et Scott Black…) ou tout au moins leur pays d’origine sont indiqués sur les cartels.

Interviewée, Claire Durand-Ruel, l’une des commissaires de l’exposition, dit qu’il est souvent facile de convaincre les collectionneurs de prêter leurs biens car ce sont, dit-elle, des gens qui ont le sens du partage. Il fallait bien sûr trouver des personnes disposées à se séparer de leurs tableaux pendant cinq mois, durée de l’exposition, mais les autres critères du choix des œuvres exposées ont été selon les commissaires (Marianne Mathieu et Claire Durand-Ruel), la qualité intrinsèque des œuvres et le fait qu’elles n’ont jamais été montrées au public ou tout au moins pas récemment.
 


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E. Vuillard - Messieurs et Mesdames Josse et Gaston Bernheim-Jeune au 107, avenue Henri Martin" - 1905
 


L’exposition s’ouvre sur une toile de Vuillard montrant des marchands d’art/ collectionneurs, contemporains des impressionnistes : Josse et Gaston Bernheim-Jeune, dans leur appartement de l’avenue Henri Martin dont les murs sont couverts de tableaux. Les marchands recevaient généralement leurs clients dans leur galerie mais étant également des collectionneurs, ils possédaient aussi un grand nombre d’œuvres dans leur appartement qu’ils ouvraient à l’occasion aux visiteurs.

L’exposition qui ne comporte que 62 œuvres (essentiellement des tableaux, quelques dessins et de rares sculptures) recouvre la période 1880 - 1923, comme l’indique l’intitulé, de l’Impressionnisme au Fauvisme, et donne un aperçu de tous les mouvements qui se sont succédés (les Impressionnistes avec Monet, Renoir, Pissarro, Degas et Caillebotte ; les Néo-Impressionnistes avec Seurat, Signac, Rysselberghe ; l’École de Pont-Aven avec Gauguin et Émile Bernard ; les Nabis avec Vuillard et Bonnard ; les Fauves avec Derain, Vlaminck, Van Dongen et des peintres inclassables tels que Toulouse-Lautrec, Matisse, Picasso…). La sculpture est représentée par Camille Claudel, Rodin et Bourdelle.

Dans les premières salles figurent les peintres impressionnistes : plusieurs tableaux de Monet, parmi lesquels « Les Pyramides à Port Coton, effet de soleil », 1886, peint lors d’un voyage à Belle-Ile ; le peintre, habitué aux côtes normandes, fut émerveillé par l’aspect sauvage du paysage et les côtes déchiquetées de l’île.
Plus tard, en se rendant en compagnie de
Renoir dans le midi, il s’arrêta à l’Estaque qu’il connaissait à travers les œuvres de Cézanne, avant de gagner la riviera italienne («Villas à Bodighera »,1884) dont la végétation luxuriante l’avait ébloui. Monet qui est considéré avant tout comme un peintre de plein air, a peint relativement peu de natures mortes et de bouquets coupés mais on peut admirer à Marmottan « Les Chrysanthèmes rouges », 1880 ; ce tableau avait appartenu à Caillebotte qui partageait avec Monet l’amour des jardins et des fleurs ; il l’avait légué à l’état français qui choisit de ne pas le retenir !
 


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C. Monet - Les Chrysanthèmes rouges - 1880

 


De Caillebotte, plusieurs tableaux ; en premier lieu celui qui fait l’affiche de l’exposition, « La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine »,1890, puis un intérieur bourgeois, peut-être celui de la famille Caillebotte et le célèbre tableau représentant la gare St-Lazare vue depuis le pont de l’Europe, mettant en relief les changements intervenus au cours de l’ère haussmannienne.
 



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G. Caillebotte - La Berge du Petit Gennevilliers et la Seine - 1890                            C. Pissarro -  Déchargement de bois, quai de la Bourse, au coucher du soleil » - 1898
 


De Pissarro, un tableau à Rouen : «Déchargement de bois, quai de la Bourse, au coucher du soleil », 1898. Tout comme Monet l’avait fait avec la cathédrale de Rouen, Pissarro avait peint une série de quais de la Seine, sous différents éclairages, depuis sa chambre d’hôtel. De Renoir, plusieurs portraits de la famille Bernheim (l’un de Mme Josse Bernheim-Dauberville, 1901, et un autre de l’une de ses futures belles-filles). De Degas, un tableau d’une danseuse rattachant son chausson, 1887, image familière pour ce peintre qui se rendait quasiment tous les jours à l’opéra, arpentant les coulisses, les vestiaires et les salles de répétition de l’institution.


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G. Seurat - La Seine à Courbevoie - 1885     -   T. Van Rysselberghe - La Régate - 1892.
 


Pour la période néo-impressionniste, on retrouve Seurat avec « La Seine à Courbevoie », 1885 ; de ce tableau se dégage un sentiment de solitude avec la silhouette rigide d’une femme qui ne semble pas sensible à la nature qui l’entoure. Du peintre belge Rysselberghe, le tableau d’une régate à laquelle participait son ami Signac (1892) : on retrouve ici l’influence du pointillisme et du japonisme.

« Castellane », 1902, de Signac qui, installé à St-Tropez, parcourait les chemins de la Haute-Provence à bicyclette, peignant des aquarelles qui servaient de base à de futurs tableaux. Van Gogh, interné volontaire à l’hôpital de St-Rémy, peignait les jardins et les champs à proximité. Cette période qui précéda son départ pour Auvers est illustré par « Les Lauriers Roses »1889.
 


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    La Blanchisseuse  -  Toulouse-Lautrec - 1886-1887
 


Deux tableaux de Toulouse-Lautrec sont exposés ici, c’est peut-être la même femme rousse qui a posé pour les deux (Suzanne Valadon ? Carmen Gaudin ?). L’un d’entre eux représente une blanchisseuse ; tout comme Degas avec ses repasseuses, le peintre insiste sur le côté pénible et épuisant du métier.

L’école de Pont-Aven est représentée par plusieurs œuvres dÉmile Bernard : « Les Falaises d’Yport », 1892 dans un style très épuré et « Printemps ou Madeleine au Bois d’Amour », 1892, où il peint un monde idéalisé.
 


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Émile Bernard - La Falaise d'Yport - 1892
 


Un seul tableau de Gauguin : « Nature morte à l’Espérance », 1901, représentant des tournesols ; Gauguin séduit par les tournesols de Van Gogh, avait même planté, avec succès, des graines de tournesols à Tahiti. C’est à la demande de son marchand Vollard que Gauguin avait peint des natures mortes de fleurs.

Le courant « Nabi » est illustré par Vuillard et « La Partie de Bridge au Clos Cézanne », 1923, le peintre avait souvent été témoin de parties de cartes chez Joseph Hessel, le propriétaire de Clos Cézanne. De Bonnard, un tableau de sa future épouse, Marthe : « Nu debout, de profil », 1905.
 


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C. Monet - Les Pyramides de Port Coton, effet de soleil  - 1886
 


Pour la section illustrant le fauvisme, une toile de Matisse représentant Port Coton, un rappel du même site qu’on a pu voir au début de l’exposition peint par Monet et une autre toile représentant la mer à Étretat, peinte comme Matisse avait l’habitude de le faire, depuis la fenêtre de sa chambre. Contrairement aux vues habituelles d’Étretat ce n’est pas la porte d’Aval qui est au premier plan, l’artiste insiste ici sur les contrastes de lumière sur la plage, la mer et dans le ciel. Des tableaux d’autres peintres fauves (Derain, Vlaminck, Van Dongen…) complètent cette section.

« Danseuse espagnole », 1901, de Picasso clôt l’exposition, l’artiste pratique ici la technique pointilliste, inhabituelle chez lui.
 


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P. Picasso - Danseuse espagnole - 1901                                                                   C. Claudel - La Valse
   


Pour la sculpture, c’est Camille Claudel qui est la mieux représentée avec trois œuvres dont un couple dansant la valse et « La petite Châtelaine », 1893, qui montre que même élevée dans un milieu privilégié, l’enfance n’est pas forcément une période sereine comme le montre le visage grave et angoissé de la petite fille. Les autres sculptures sont de Rodin et Bourdelle.
 

Même si on peut avoir l’impression d’avoir déjà vu à de multiples reprises, dans certains musées, les tableaux évoqués ci-dessus, c’est sans doute parce que certains artistes avaient l’habitude de peindre les mêmes scènes plusieurs fois mais ce sont bien des œuvres appartenant à des collectionneurs privés qui sont présents ici  et en réalisant cette exposition, le Musée Marmottan a d’une part permis que le public puisse pendant  quelques mois avoir le plaisir de voir ces tableaux et d’autre part, il a voulu rendre hommage aux collectionneurs sans lesquels certains musées, dont Marmottan, n’existeraient pas.
 


Hélène TANNENBAUM
 

 

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Musée Marmottan Monet

2, rue Louis-Boilly
75016 Paris

Ouvert de 10 h à 18 h
Jusqu’au
10 février 2019

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© 9ème Histoire 2018


Alphonse Mucha - le 18/10/2018 : 17:48 par HTa



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A. Mucha - Décor pour le pavillon de Bosnie-Herzégovine de l'exposition universelle de 1900.

 


Alphonse Mucha
 

Le Musée du Luxembourg présente, jusqu’au 27 janvier 2019, une grande rétrospective de l’artiste tchèque, Alphonse Mucha (1860-1939). En France, les affiches réalisées pour l’actrice Sarah Bernhardt et les publicités destinées à promouvoir certains produits nous étaient familières, mais les œuvres patriotiques ou mystiques du peintre restaient, pour la plupart d’entre nous, inconnues. Enfin une occasion de découvrir l’ensemble de l’œuvre grâce à la collaboration entre le musée du Luxembourg et la Fondation Mucha de Prague.


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A. Mucha - Publicité Moet & Chandon.
 

Né en 1860, en Moravie, une province de l’empire austro-hongrois, Mucha grandit dans un décor de baroque « tchèque ». Bien décidé, depuis son plus jeune âge, à devenir peintre, il réussit à faire financer ses études d’art par le comte Eduard Khuen-Belasi (pour lequel il avait réalisé des fresques) d’abord à Munich puis à Paris, ville considérée alors comme la capitale européenne des arts.
Dès 1887, il suivit des cours à l’
Académie Julian avant de fréquenter la Grande Chaumière. C’est à Paris qu’il fit la connaissance de peintres nabis, de Gauguin avec lequel il partagea, un temps, un atelier, du Praguois Kupka, de l’écrivain suédois Strindberg ; il s’y familiarisa avec l’art japonais, le préraphaélisme et le mouvement britannique « Arts and Crafts ».


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Alphonse Mucha dans son studio.
 

En 1894, il fit la connaissance de Sarah Bernhardt et dut réaliser dans l’urgence une affiche pour la pièce « Gismonda » qu’elle devait interpréter au théâtre de la Renaissance. La comédienne fut tellement séduite par cette affiche (son format, la pose, la richesse du costume, les tons pastel) qu’elle signa un contrat avec l’artiste pour qu’il conçoive les affiches des pièces dans lesquelles elle allait jouer (« La Dame aux Camélias », « Lorenzaccio », « Médée », « Hamlet »…). Elle lui demanda également de réaliser pour les personnages qu’elle incarnait des costumes et des bijoux.


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A. Mucha - Affiches des spectacles  de Sarah Bernhardt "Gismonda" (1894) et "Médée" (1898)
 

C’est cette affiche de théâtre pour « Gismonda » qui rendit Mucha célèbre ; à l’époque, en France, l’affiche était un art populaire (Mucha avait pour rivaux en la matière des artistes aussi célèbres que Toulouse-Lautrec et Chéret) rendu facile par le développement de la lithographie en couleurs.

Artiste désormais célèbre, Mucha signa un contrat avec l’imprimeur Champenois qui lui versa une rémunération mensuelle. Il réalisa des affiches publicitaires pour le papier à cigarettes « Job », pour les champagnes « Moët et Chandon » et « Ruinart », ainsi que pour la biscuiterie « Lefèvre-Utile ».


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A. Mucha - Affiche publicitaire des biscuits LU 1- 897.
 

Sur toutes ces publicités, on reconnaît le style baptisé aujourd’hui « style Mucha », avec de belles jeunes femmes sensuelles, à l’abondante chevelure torsadée, revêtues de tenues mettant leur corps en valeur, présentées au milieu de motifs fleuris, dans des tons pastel.

Très versé dans toutes les formes de l’art, Mucha fut également sculpteur, photographe, décorateur ; il enseigna l’art et réalisa des planches d’art décoratif pouvant servir de modèles à la fabrication de papiers peints, de vaisselle, de bijoux…


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A. Mucha - Pendentif pour le bijoutier Georges Fouquet - 1901.
 

Lors de l’Exposition universelle de 1900, il fut pressenti pour décorer le pavillon de la Bosnie-Herzégovine avec une fresque célébrant le peuple bosniaque ; il dessina aussi les menus de certains restaurants présents dans l’Exposition.

En 1901, il réalisa la décoration « Art Nouveau » de la boutique du joaillier Georges Fouquet, située rue Royale (qu’on pourra probablement revoir au Musée Carnavalet où elle se trouve désormais, lors de la réouverture du musée, en 2020). Il s’occupa non seulement de la décoration de la boutique mais dessina pour Fouquet bagues, boucles d’oreilles et pendentifs dont on voit quelques exemples dans l’exposition.


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A. Mucha - Décoration de la boutique du joaillier G. Fouquet - 1901.
 

Mucha pensait sincèrement que les arts décoratifs permettaient d’améliorer la vie quotidienne des gens en y introduisant une forme de beauté mais animé par des aspirations plus profondes, il se servit également de l’art pour exprimer sa spiritualité, son mysticisme et son patriotisme ; il fut initié à l’occultisme par Strindberg et entra au Grand Orient de France en 1898.

Longtemps il œuvra pour un rapprochement des peuples slaves et l’indépendance de son pays.

À la recherche de mécènes pour financer une œuvre slave, il se rendit plusieurs fois aux États-Unis, entre 1904 et 1909, où il réalisa le portrait de notables, donna des cours dans des écoles d’art et finit par trouver un homme d’affaires à Chicago, Richard Crane, qui lui permit de financer son grand projet, « l’Epopée slave » (1911-1928), un appel à l’unité des peuples slaves, les incitant à tirer les enseignements de leur propre histoire. Cette épopée comporte vingt tableaux dont dix sont consacrés à l’histoire tchèque ; elle exigea de l’artiste de nombreuses recherches et de multiples déplacements dans les pays concernés (Croatie, Serbie, Bulgarie, Russie…). Ces tableaux de très grande taille n’ont pas pu être transportés à Paris et c’est donc une vidéo de ces tableaux qui est projetée sur écran avec zooms sur certains détails.


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Alphonse Mucha - L'Épopée slave.

Certaines œuvres religieuses destinées à des églises sont visibles dans la dernière partie de l’exposition, soulignant la spiritualité de l’artiste.

Après l’entrée des Allemands à Prague en 1939, la patrie de Mucha perdit l’indépendance acquise en 1919 ; Mucha fut arrêté et torturé par la gestapo pour ses idées. Il décéda peu de temps après.

Cette exposition a le mérite de couvrir tous les aspects de l’art de Mucha de façon chronologique, montrant bien toutes les facettes de sa personnalité et de son œuvre, mettant en valeur des aspects méconnus de l’artiste et pas uniquement son côté affichiste Art Nouveau même s’il est considéré comme l’un des pères fondateurs de ce style.

 


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A. Mucha: Menu du restaurant du pavillon bosniaque
à l'exposition universelle de 1900.

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Musée du Luxembourg

19, rue de Vaugirard
75006 Paris

Ouvert tous les jours de 10 h 30 à 19 h
Jusqu’au
27 janvier 2019

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


L'Institut Giacometti - le 26/09/2018 : 10:10 par HTa


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L’Institut Giacometti
 

« Situé dans l’ancien hôtel particulier de l’artiste Paul Follot, cet appartement classé à l’inventaire des Monuments Historiques est un rare témoignage des Arts Décoratifs dans lesquels s’illustra ce précurseur de talent.
L’appartement lumineux et traversant, exceptionnel par ses décors, cheminées, se développe sur deux niveaux et 120 m². Il se compose d’un séjour et de trois chambres avec salle d’eau et salle de bain, complétées d’une cuisine en entresol. Une redistribution de l’ensemble permettrait de créer un studio indépendant, 2 belles chambres et un double séjour/s à m. D’importants travaux de confort sont à prévoir. »



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5 rue Victor-Schœlcher
 

Inutile de vous y précipiter, cet appartement n’est plus à vendre ; il a été repris par la Fondation Giacometti pour y installer l’Institut Giacometti qui a ouvert ses portes, en juin dernier, au 5, rue Victor-Schœlcher. Il est situé pas très loin du véritable atelier du sculpteur qui se trouvait au 46, rue Hippolyte-Maindron. Pendant quarante ans (1926-1966), l’artiste travailla dans un petit studio de 23 m², situé dans une cité d’artistes du quartier Alésia et malgré l’exiguïté des lieux, l’inconfort, les inondations répétées dues à une toiture défectueuse, il y resta même une fois la gloire arrivée. Selon Jean Genet qui fit l’objet de la première exposition, le sculpteur aimait « être enfermé entre quatre murs ».


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L'atelier de Giacometti 46, rue Hippolyte-Maindron
 

L’hôtel particulier de la rue Victor-Schoelcher dont les fenêtres donnent sur le cimetière Montparnasse fut construit pour Paul Follot (1877-1941) qui consacra sa vie aux Arts Décoratifs, dessinant des céramiques entre autres pour Wedgewood, des objets d’orfèvrerie pour Christofle… Il avait lui-même conçu les plans de cet immeuble qu’il destinait à être son atelier et avec l’aide de l’architecte Pierre Selmersheim et du ferronnier d’art, Edgar Brandt, cet hôtel fut terminé en 1914.
Cet édifice, désormais classé, évoque
le style Art Nouveau de l’époque mais préfigure largement le style Art Déco. Les ferronneries extérieures et les mosaïques qui font penser à la Sécession viennoise, sont remarquables comme le sont, à l’intérieur, les tissus muraux, mosaïques et vitraux.


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Vitrail du 5, rue Victor-Schœlcher

L’ensemble a été restauré et réaménagé par l’architecte Pascal Grasso qui a apporté une touche moderne à l’appartement tout en conservant les décors historiques. L’Institut Giacometti se situe au rez-de-chaussée et au premier étage de l’immeuble, les étages supérieurs étant occupés par des particuliers.

Au rez-de-chaussée, légèrement en contrebas, l’atelier du sculpteur a été reconstitué grâce à la veuve de l’artiste, Annette, qui avait tout conservé. On retrouve le mobilier d’origine, pinceaux, bouteilles de térébenthine, brosses, cuves…jusqu’aux mégots de cigarette de l’artiste, et aussi, bien sûr, ces figures filiformes, propres à l’artiste,  que sont les hommes/ les femmes qui marchent et même  un chien qui marche.


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Plus important, on peut admirer dans cette pièce les œuvres auxquelles travaillait l’artiste avant sa mort ainsi que les murs de son studio, recouverts de dessins préparatoires, qu’Annette avait pris soin de démonter avant de quitter le studio.
Cet atelier sera un des piliers permanents de l’Institut tout comme le Cabinet d’arts graphiques contenant des dessins, lithographies et carnets personnels (au nombre de 5 000) appartenant à la Fondation et qui seront exposés en alternance.
Au premier étage, un espace de recherche composé d’une bibliothèque de référence sur l’art moderne (1905-1970) constituée en partie par la bibliothèque personnelle de Giacometti, est accessible aux chercheurs, le lundi, jour de fermeture au public.


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Alberto Gicometti - Autoportait - 1920 © Succession Alberto Giacometti.
 

Alberto Giacometti (1901-1966), né en Suisse d’un père peintre impressionniste quitta, en 1922, son pays après des études aux Beaux-Arts de Genève pour s’installer à Paris où il fréquenta l’Atelier d’Antoine Bourdelle, à l’Académie de la Grande Chaumière. Son travail fut marqué par ses rencontres avec le cubisme, les arts premiers et le surréalisme. Travailleur acharné au caractère très anxieux, il a cherché, toute sa vie à faire évoluer son art.

La première exposition temporaire de L’Institut Giacometti consacrée aux relations de l’artiste avec Jean Genet s’intitulait « L’Atelier d’Alberto Giacometti vu par Jean Genet ». La rencontre entre les deux hommes avait eu lieu en 1954, par l’entremise de Jean-Paul Sartre et une amitié sincère avait suivi. L’écrivain avait consacré au sculpteur un essai après avoir posé pour lui  pour un portrait (1954-1955) qu’on pouvait voir dans l’exposition. Il y travailla pendant de longues semaines durant lesquelles Genet dit avoir beaucoup souffert : « Je suis assis, bien droit, immobile, rigide (que je bouge, il me ramènera à l’ordre, au silence, au repos), sur une très inconfortable chaise de cuisine ».


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Alberto Giacometti - Portrait de Jean Genet - 1954-1955 © Centre Pompidou Paris.
 

La Fondation projette d’organiser trois à quatre expositions temporaires par an, chacune d’entre elles mettant en valeur un aspect différent du travail du peintre/ sculpteur. La prochaine sera consacrée à Annette Messager.

Voilà donc un nouveau lieu à découvrir à Paris, situé dans un cadre remarquable et consacré à un artiste qui méritait bien d’avoir son espace permanent.


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Alberto Giacometti - L'homme qui marche.
 

 

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Institut Giacometti

5, rue Victor-Schoelcher
75014 Paris

Ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h
et le mardi de 14 h à 18 h, sur réservation.
 

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


Klimt à l'Atelier des Lumières - le 10/09/2018 : 09:00 par EFo


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G. Klimt - 1902 - Extrait de la Frise Beethoven © Palais de la Sécession Vienne

 


Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières
Une immersion dans l’art et la musique

 

Si vous êtes plutôt adepte des visites d’expositions conventionnelles, la présentation de l’œuvre de Gustav Klimt (1862-1918) adoptée par ce nouveau lieu qu’est l’Atelier des Lumières, 38, rue Saint-Maur dans le 11e arrondissement, a de quoi vous surprendre !

Il s’agit en effet ici d’un véritable spectacle mettant en scène l’œuvre éclatante de couleurs de l’artiste grâce à des moyens numériques sophistiqués intégrant l’image et le son. Le résultat est étonnant et rappelle les sensations que l’on peut éprouver aussi aux Baux de Provence à l’intérieur des anciennes et monumentales carrières de pierre où Culturespaces, également propriétaire du lieu, propose des spectacles de même nature.


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Cette adresse nouvelle parisienne située dans le quartier Popincourt est tout aussi surprenante puisqu’il s’agit d’une ancienne fonderie, dissimulée aujourd’hui derrière une façade d’un immeuble assez banal de logements des années soixante. Cette usine créée par les frères Plichon en 1835 a fabriqué avec succès durant cent ans des pièces de fonte utilisées par la marine de guerre et des pièces de locomotive à vapeur mais dont la crise de 1929 aura finalement raison.
Ce bel exemple d’architecture industrielle parisienne d‘une époque révolue présente toujours sa grande tour de séchage et sa cheminée, son ancien four, et même son bassin de décantation toujours en eau ! Seul un escalier menant à une mezzanine a été rajouté pour donner au spectateur une plus grande vue d’ensemble.


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La Fonderie Plichon en activité, rue St Maur.
 

Après une sérieuse réhabilitation qui a toutefois permis de conserver les hauts murs de brique et le sol laissé brut, le lieu a donc changé de vocation et présente aujourd’hui des expositions multimédias en exploitant l’immense espace disponible. Il s’agit en effet d’une véritable expérience nouvelle en matière d’appréhension de la création artistique, que les concepteurs qualifient de véritable immersion dans l’univers d’un artiste, permis par la projection du sol au plafond d’œuvres mises en mouvement qui se renvoient d’une surface à une autre, complétée par un riche environnement musical.


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Vue 3 D de l'Atelier des Lumières.
 

Le spectateur est alors au cœur-même d’un espace où il peut librement déambuler et où ses propres mouvements font en quelque sorte partie intégrante de l’exposition. Car ici, contrairement aux salles de spectacle habituelles équipées de fauteuils, l’espace est vide de tout aménagement : libre au spectateur de s’asseoir à même le sol ou de se déplacer d’un endroit à un autre de la halle. Il ne faut pas s’attendre non plus à lire des informations sur l’artiste ou sur l’œuvre elle-même, via les cartels ou les panneaux présents normalement dans les espaces d’expositions …
Ici l’immersion dans l’œuvre de
Klimt est complète par la profusion d’images fixes ou en mouvement qu’accentue une bande son très soignée, qui va de Beethoven à Philip Glass en passant par Wagner et Strauss.
 


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G. Klimt - 1912 - Maison du garde forestier

 

Les dirigeants de L’Atelier des Lumières ont en effet choisi l’œuvre foisonnante de l’artiste viennois Gustave Klimt pour inaugurer ce lieu, mise en scène par une équipe artistique italienne.

Le spectacle suit sensiblement la chronologie créative de Klimt dont les premières œuvres à caractère néoclassique élaborées avec son ami Franz Matsch et son propre frère, sont consacrées dans les années 1880 -1890 à la décoration d’espaces publics (musée ou théâtre). Le principe de présentation adopté ici ne permet cependant pas au spectateur de faire facilement la distinction entre les œuvres, faute d’informations données sur les artistes représentés. C’est sans doute un peu là une limite de ce mode de présentation.  Mais l’Atelier des Lumières se prête en revanche au mieux pour montrer ces grandes fresques où l’inspiration allégorique domine, éloignée de l’académisme qui prévalait auparavant, reflet au contraire du mouvement symboliste de cette époque qu’adopte alors l’artiste. 
 

Le montage vidéo illustre ensuite le mouvement qui, en Autriche à la fin du XIXe siècle, va répondre à celui de l’Art Nouveau en France, la Sécession viennoise, que fonde Klimt à travers son journal Ver Sacrum (Printemps sacré) et dont on voit quelques illustrations. Impressionnante notamment la représentation, sur trois murs de la salle, de la célèbre Frise Beethoven (longue de 34 m !) illustrant la neuvième symphonie, qui préfigure sa période dorée, si caractéristique du style de l’artiste viennois. L’ensemble est magnifié par l’écoute de l’Hymne à la joie orchestré par Richard Wagner.
 


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G. Klimt - 1907 - Champs de coquelicots - © Österreichische Galerie Belvedere Vienne.
 

On peut noter également le talent de paysagiste de Gustav Klimt qui marque une nouvelle étape de son évolution artistique où il réinvente une sorte de néo-impressionnisme avec des tableaux aux effets pointillistes marqués, tels La maison du garde forestier, ou Le champ de coquelicots. La représentation étirée du tableau Forêt de hêtres l’entraine même presque vers l’abstraction.

La transition avec la peinture d’Egon Schiele qui apparait soudainement sur les murs est alors quelque peu brutale et pas forcément compréhensible (car encore une fois le nom du jeune artiste n’est pas mentionné ici explicitement !), et on peut ignorer les relations de maitre à élève qui les ont unis peu avant 1910 (Schiele avait trente ans de moins que Klimt) … Quel contraste alors de voir ces corps contorsionnés (Autoportrait avec la tête penchée), le trait haché du peintre traduisant son angoisse profonde, si éloigné de l’univers apaisé de Gustav Klimt.
 


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G. Klimt - 1907/1908 - Le baiser - © Österreichische Galerie Belvedere Vienne.
 

Apparaissent enfin les œuvres qui vont faire la gloire de l’artiste autrichien dans les années 1900 avec ces tableaux de femmes fatales représentées sur ce fameux fond d’or rappelant les icônes byzantines. Quelle intense sensualité se dégage en effet de tableaux comme celui du Baiser ou du Portrait d’Adèle Bloch-Bauer ! L’effet est encore plus fort avec l’écoute simultanée d’un des Quatre derniers Lieder de Richard Strauss.
 


La projection d’une durée d’un peu plus de trente minutes se termine alors pour laisser place à une évocation plus rapide de l’architecte viennois Hundertwasser (1928-2000), Sur les pas de la Sécession viennoise, où la même équipe artistique italienne utilise le numérique pour animer une cité en mouvement toute en ondulations et en association de couleurs.


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G. Klimt - 1907 - Portrait d'Adèle Bloch-Bauer - © Neue Galerie New-York
 

Au total un spectacle qui peut surprendre par son traitement purement visuel et sonore mais d’une force incontestable !  

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L'ATELIER DES LUMIERES
38, rue Saint-Maur
75011 Paris

Ouvert du lundi au jeudi
de 10 h à 18 h
Vendredi et samedi nocturnes jusqu'à 22 h
Dimanche ouvert jusqu'à 19 h.

 

Jusqu’au 6 janvier 2019
 

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Emmanuel FOUQUET

© 9ème Histoire 2018


Les Impressionnistes à Londres - le 27/08/2018 : 09:00 par HTa
 



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James Tissot  -   1876  - La Galerie du HMS Calcutta (Portsmouth) - © Tate Gallery London.
 




Les Impressionnistes à Londres
Artistes français en exil, 1870-1904


 

À la suite de la Tate Britain de Londres, l’hiver dernier, le Petit Palais présente une exposition sur les impressionnistes français à Londres entre 1870 et 1904.

Après le coup d’État de Napoléon III, en 1852, un certain nombre de Français avaient quitté leur patrie pour trouver refuge en Angleterre, parmi eux des artistes qui avaient formé une petite colonie française, à Londres, dans le quartier de Soho et de Leicester Square.
Puis, en 1870, lorsqu’éclata la guerre entre la France et la Prusse (guerre au cours de laquelle le peintre Frédéric Bazille perdit la vie), qui s’acheva par la défaite de Sedan et le siège de Paris, des artistes français quittèrent le pays, soit pour éviter la conscription, soit pour mettre à l’abri leur famille (aux bombardements s’ajoutèrent un hiver rigoureux et des problèmes d’approvisionnement).

Dans un contexte économique difficile, le marché des œuvres d’art était peu prospère et ils avaient peu de chance de vivre de leur art. Tous ces éléments incitèrent les artistes à partir : Monet, par exemple, quitta Paris pour la Normandie avant d’embarquer au Havre pour l’Angleterre. De même, Pissarro, dont la maison de Louveciennes avait été réquisitionnée par les Prussiens, partit pour Londres où vivait déjà une partie de sa famille.

Lorsque la paix fut signée, en 1871, donnant l’Alsace et une partie de la Lorraine aux Prussiens, cela parut insupportable aux Parisiens et lors des élections municipales, une majorité de gauche fut élue à l’Hôtel de Ville alors que l’Assemblée Nationale était composée pour les 2/3 de monarchistes ou bonapartistes. La commune de Paris prit son indépendance, des artistes comme Courbet et Dalou prirent une part active à cette Commune mais lorsqu’il fut mis fin à cette insurrection parisienne, après une semaine sanglante et l’incendie de nombreux monuments, certains artistes qui avaient soutenu la Commune, furent contraints à l’exil (comme ce fut le cas de Jules Dalou).

Pourquoi ces artistes choisirent-ils Londres ? On peut évoquer la proximité des îles britanniques ; Londres était, par ailleurs, un grand centre industriel en pleine croissance économique ; on y jouissait de la liberté de la presse et de l’expression ; il n’y avait pas de contrôle douanier. D’autre part pour ceux qui arrivaient dans les années 70, ils trouvaient sur place une communauté française déjà implantée, avec ses lieux de réunion et ses habitudes.



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Claude Monet - Leicester Square - 1901 - © Fondation Jean et Suzanne Planque

 

Le marché de l’art y était très actif et les artistes français espéraient bien profiter de cette prospérité. Ils pouvaient compter sur l’aide d’artistes arrivés avant eux et qui avaient des relations auprès de collectionneurs ou galeristes anglais. Alphonse Legros (1837-1911), par exemple, qui, pour des raisons économiques avait quitté la France en 1863, avait épousé une anglaise et s’était fait naturaliser britannique. Il avait lui-même été accueilli par des membres du mouvement préraphaélite, Rossetti et Burne-Jones, et avait pu obtenir du travail dans des écoles d’art. A son tour, il vint en aide à ses compatriotes en les introduisant auprès de marchands d’art ou de collectionneurs influents.

Par ailleurs, le marchand français, Paul Durand-Ruel avait lui aussi quitté Paris pour ouvrir à Londres, dans la prestigieuse New Bond Street, une galerie où il exposa, entre autres, les tableaux des peintres exilés, sans trop de succès, Monet et Pissarro ne vendirent aucun tableau lors de leur premier séjour à Londres.

Autre raison pour ceux qu’on appellera après 1874 les « impressionnistes » de s’installer dans la capitale anglaise, la présence de la Tamise, des parcs et du « fog » qui ne pouvaient que plaire à ces adeptes de la peinture en plein air, qui aimaient à observer la lumière changeante sur le fleuve et à représenter sur leurs toiles cette ville obscurcie par les fumées d’usine et le brouillard.



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Alfred Sisley - Vue de la Tamise, le pont de Charing Cross - 1874  -  © The Andrew Brownsword Art Foundation.
 

La plupart de ces artistes étaient désargentés et vivaient dans des appartements exigus sans atelier et c’était donc dans les parcs et sur les bords de la Tamise qu’ils plantaient leur chevalet.

Très vite, cependant, n’arrivant pas à vendre leurs œuvres et à court de moyens, ils regagnèrent la France. Pissarro, à son retour, eut la mauvaise surprise de voir sa maison de Louveciennes saccagée et ses œuvres pillées. Monet n’ayant pu vendre aucun tableau revint lui aussi très vite en France, en passant par la Hollande.

Certains des artistes « exilés » firent, contrairement aux « impressionnistes » une belle carrière en Angleterre ; ce fut le cas de James Tissot (1836-1902), un anglophile qui alla jusqu’à angliciser son prénom « Jacques-Joseph » en « James ». Il vécut onze ans à Londres et sut adapter sa peinture aux goûts des Anglais et répondre aux attentes artistiques de ses clients en représentant essentiellement la haute société britannique et en tenant compte des règles sociales de l’époque mais aussi en jetant un regard ironique sur cette société. Il en vécut très confortablement.


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James Tissot - Sur la Tamise - 1876 - © The Hepworth Wakefield Collection
 

Le sculpteur Jules Dalou (1838-1902), élève de Carpeaux, qui avait dû s’exiler après l’échec de la Commune, avait trouvé grâce à Legros du travail dans une école d’art et des mécènes pour acheter ses sculptures.


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Jules Dalou - Paysanne française allaitant son enfant -  1873 © Victoria & Albert Museum.

 

Alfred Sisley (1839-1899), aussi présent dans cette exposition, était lui de nationalité britannique même s’il vécut essentiellement en France ; il connut à Londres une situation précaire, ne parvenant pas à vendre ses toiles.

Si les peintres « impressionnistes » étaient rejetés, en France, par le Salon Officiel, ils n’eurent pas plus de succès à Londres auprès de la Royal Academy, mais certains réussirent à survivre grâce aux œuvres qu’ils vendirent dans des galeries londoniennes.


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Camille Pissarro  - Jardins de Kew, l'allée des rhododendrons  - 1892 - Collection particulière.

 

Certains d’entre eux retournèrent à Londres en peintres « reconnus » quelques années plus tard. Ce fut le cas de Pissarro auquel Durand-Ruel consacra une exposition au cours de laquelle Pissarro vendit tous ses tableaux. Monet revint à Londres, à plusieurs reprises entre 1899 et 1904 ; cette fois plus fortuné, c’est d’une chambre du Savoy Hotel qu’il peignit ses plus beaux tableaux sur les ponts de Charing Cross et de Waterloo.
C’est lors de ces séjours qu’il réalisa une série de toiles représentant le Parlement, captant, comme pour ses cathédrales de Rouen, les variations de la lumière sur la façade du bâtiment néogothique, selon le climat et l’heure de la journée. Cinq de ces toiles, venues de musées du monde entier, sont présentes au Petit Palais.


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Claude Monet  - Le Parlement de Londres, trouée de soleil dans le brouillard - 1904  - © Palais des Beaux Arts Lille.

 

L’exposition se termine sur des tableaux d’André Derain (1880-1954) qui, remarqué par Ambroise Vollard lors du Salon d’Automne de 1905, où, aux côtés de Matisse, les peintres « fauves » font scandale ; le marchand d’art décide de financer le séjour de Derain à Londres avec pour mission de rapporter des vues de Londres, en écho à celles peintes par Monet auparavant. En peignant le Parlement avec des couleurs et un style fauves, il rend hommage à Monet tout en participant au renouveau artistique.


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André Derain - Big Ben - 1906-1907 -  © Musée d'Art Moderne, Troyes
 

Londres a donc été une terre d’exil pour ces artistes dont les convictions politiques et sociales étaient très différentes mais ils s’y sont sentis unis par un sentiment de solidarité et un besoin d’entraide ; ils ont souvent pu bénéficier de la sympathie des artistes autochtones qui leur firent profiter de leurs relations.


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James Abbott McNeill Whistler -  Nocturne en bleu et argent; les lumières de Cremorne - 1872 -  © Tate Gallery London.
 

Le titre de cette exposition : « Impressionnistes à Londres.  Artistes français en exil » n’est pas vraiment justifié, on ne peut pas qualifier d’impressionnistes des artistes comme Carpeaux, Dalou, Legros, Tissot, Derain… Quant à Whistler, Sisley, De Nittis… présents au Petit Palais, ils n’étaient pas français.

Cette exposition qui réunit plus de 140 œuvres (tableaux, sculptures et photos) marque un tournant dans l’art français du XIXe siècle et montre les liens indéfectibles qui se sont tissés entre certains artistes ou entre des artistes et leurs marchands d’art. Elle est accompagnée d’un dialogue (accessible au moyen d’écouteurs) entre un journaliste britannique en mission en France et sa jeune cousine, étudiante en art à Londres, portant sur les débats artistiques de l’époque.

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PETIT PALAIS
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
Ouvert tous les jours sauf lundi
de 10 h à 18 h
Jusqu’au 14 octobre 2018

 

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Hélène TANNENBAUM

© 9ème Histoire 2018


 

Réalisation: ParC Design

Détails de la coupole du Printemps
© D. Bureau


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