Publications
Vie Culturelle
Quoi de neuf sur le Site?
(depuis 12 jours)
 ↑  
Calendrier
 ↑  
Recherche
Recherche
 ↑  
Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
Captcha reload
Recopier le code :
 ↑  
Modérateur
Votre Espace Abonné
Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe

 ↑  
Visites

   visiteurs

   visiteur en ligne

 ↑  
À NOTER - À VOIR
Les nouvelles actives sont postérieures au 28/02/2017 : 00:00
Les nouvelles antérieures sont consultables dans les Archives des nouvelles

01-autoportrait-a-la-palette.jpg
Autoportrait à la palette - 1896

Camille Pissarro

2017 est décidément l’année Pissarro (1830-1903). Trois expositions révèlent l’œuvre de celui qu’on a surnommé « le premier des impressionnistes » et qui est longtemps resté dans l’ombre des autres peintres impressionnistes de son époque (Monet, Renoir, Degas…)

L’une de ces expositions se tient à Pontoise, où vécut l’artiste, au Musée Tavet-DelacourCamille Pissarro, Impressions gravées ») et est consacrée aux monotypes et estampes de l’artiste ; les deux autres sont à Paris, l’une au Musée Marmottan-Monet, elle recouvre la totalité de l’œuvre de l’artiste, depuis ses premiers tableaux peints sur l’île Saint-Thomas, dans les Antilles danoises, où il est né, fils d’un père juif français et d’une mère créole, jusqu’aux œuvres peintes dans son dernier domicile, Eragny ; l’autre au Musée du Luxembourg, intitulée « Pissarro à Eragny, la nature retrouvée », axée sur les dernières années de sa vie passées à Eragny-sur Epte (1884-1903) .

Les œuvres présentées à Marmottan offrent une plus grande diversité puisqu’elles mettent en lumière tous les thèmes chers au peintre tout au long de sa vie.

2_femmes.jpg
Pissarro  -  Deux femmes causant au bord de la mer  -  1856

Le premier tableau « Deux Femmes causant au bord de la mer » (1856) est l’œuvre d’un Pissarro autodidacte doté d’un certain goût pour l’exotisme et qui s’est initié à la peinture, loin de Paris et de l’Académie des Beaux-Arts.

Dès 1855 il quitte les Antilles pour s’installer à Paris où, passionné par la représentation des paysages et des scènes de plein air, il fait la connaissance de Corot et de Daubigny qui seront, pendant un temps, ses modèles. Ensuite c’est en fréquentant l’Académie suisse de Charles Gleyre qu’il fera la connaissance de certains des futurs impressionnistes (Monet, Guillaumin…).

Il séjourne successivement à Pontoise (1866-1868) et à Louveciennes (1869-1872) avec une interruption pendant la guerre franco-prussienne en 70 ; il rejoindra alors son ami Monet à Londres où il fera la connaissance de son futur marchand, Durand-Ruel. Lorsqu’il rentre en France, en 1871, sa maison de Louveciennes a été pillée et des centaines de tableaux ont disparu.

pissarro-gelee-blanche.jpg
Pissarro - Gelée blanche à Ennery - 1873

Il rencontre Cézanne qui deviendra son « élève » ; les deux hommes peignent souvent ensemble, partageant leurs expériences picturales et s’influençant l’un l’autre. Après Cézanne, c’est à Gauguin qu’il prodiguera ses conseils. Il quitte la Louveciennes rurale pour Pontoise où il est confronté à des milieux plus variés, d’un côté le monde rural et de l’autre, la petite bourgeoisie et le monde industriel en plein essor.

Avec Monet et Caillebotte, il imagine la création d’un groupe de peintres indépendants et c’est, en 1874, la première exposition impressionniste qui voit le jour. Il sera le seul artiste à participer aux huit expositions impressionnistes qui se tiennent entre 1874 et 1886. En 1884, il s’installe à Eragny-sur-Epte, non loin de Giverny et de son ami Monet et il y restera jusqu’à la fin de sa vie.

L’exposition de Marmottan compte de nombreuses toiles réalisées à Louveciennes, Pontoise et Eragny, montrant des paysages ruraux, des villages et des paysans à l’ouvrage. Mais sa retraite à Eragny, avec sa femme et sa nombreuse progéniture, ne l’empêchait pas de fréquenter les villes (Paris, Dieppe, Le Havre, Rouen…), autre source d’inspiration.

Comme Monet, c’est souvent depuis sa chambre ou de son hôtel qu’il peignait, vu de haut, les ports (Rouen, Le Havre), les boulevards (boulevard des Italiens, avenue de l’Opéra), les ponts (le Pont-Neuf), les jardins (les Tuileries), les monuments (le Louvre, le Théâtre-Français), les fleuves (la Seine).

Avenue_Opera_2.jpg  Le_Louvre.jpg
La  Place du Théâtre Français et l'avenue de l'Opéra, effet de pluie"  -  1898             Le Louvre, soleil d'hiver, matin -  1900

Souvent tracassé par des problèmes financiers, pour mieux vendre ses toiles et sur les conseils de Durand-Ruel, il peuple ses tableaux de personnages (paysans, bergères, commerçants) et ses tableaux urbains grouillent de monde et de calèches.

Après sa rencontre avec Seurat et Signac, il s’essaie au pointillisme et présente ses œuvres à côté de celles des deux autres peintres aux expositions impressionnistes mais ce type d’œuvre prend du temps à réaliser, entrave la spontanéité de l’artiste et n’a ni la faveur du public ni celle de son marchand, il retourne donc à une peinture plus « classique ».

Maison_Sourde.jpg
Pissarro  -  La maison de la Sourde et le clocher d'Eragny  -  1886

Comme Monet, il peint le même motif à différents moments de la journée et en différentes saisons.

Une partie de la pensée et de l’œuvre de Pissarro est complétement occultée à Marmottan mais bien présente au Musée du Luxembourg, ce sont ses idées anarchistes exprimées sous la forme d’un recueil de 28 illustrations intitulé « Turpitudes sociales » et de dessins pour des journaux anarchistes. Sa sympathie pour le milieu anarchiste lui a même valu d’être inquiété au moment de l’assassinat de Sadi Carnot, en 1894.

Au Musée du Luxembourg, son rôle d’éditeur est également souligné ; avec son fils Lucien qui s’installera bientôt à Londres, il crée la maison d’édition « Eragny Press » qui publie des textes de Villon, Perrault, Flaubert

Tout comme Monet qui transforme le potager de Giverny en un parc fleuri, Pissarro, lui aussi, cultive son jardin avec son épouse, Julie, mais plus terre à terre et dotés d’une grande progéniture, ils élèvent des animaux et cultivent des légumes, des fruits et des céréales.

JF_Baguette.jpg
Pissarro  -  Jeune fille à la baguette  -   1891

Camille Pissarro est bien le précurseur de l’impressionnisme et des tendances post-impressionnistes comme on le voit dans ses effets de neige bleutée, ses trouées de lumière et ses stries qui rappellent tour à tour Monet, Renoir et Van Gogh.

Ces deux expositions se complètent parfaitement puisque celle de Marmottan, plus étendue sur le plan temporel, nous révèle aussi bien le penchant de l’artiste pour le monde rural que son goût pour les villes et les ports alors que celle du Musée du Luxembourg est plus centrée sur les dernières années du peintre et nous montre un Pissarro à la fois plus serein dans son milieu champêtre mais aussi plus engagé avec ses œuvres anarchistes.

Ces deux expositions montrent un homme généreux, fidèle en amitié et avant tout épris de liberté.

________________


Musée Marmottan-Monet
2, rue Louis-Boilly
75016 Paris
Jusqu’au
16 juillet
Tous les jours sauf lundi de 10 h à 18 h

________________


Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard
75006 Paris
Jusqu’au
9 juillet
Tous les jours de 10 h 30 à 18 h

________________


 

Hélène TANNENBAUM


Tokyo-Paris - par HTa

Jeune_Homme_Piano.jpg
Gustave Caillebotte - Jeune Homme au Piano - 1876
 


TOKYO PARIS
 

Chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum of Art de Tokyo
 


À un an de la célébration des relations d’amitiés franco-japonaises, une exposition associant intimement l’art français et l’art japonais ouvre ses portes au Musée de l’Orangerie. Les œuvres présentées proviennent de la collection Ishibashi normalement exposée au Musée Bridgestone de Tokyo, actuellement fermé pour travaux.

Cette collection s’est faite sur trois générations ; commencée par Sojerô Ishibashi (1889-1976) vers 1920, elle a été enrichie par son fils Kan’ishirô, grand amateur d’art abstrait et son petit-fils, Hiroshi, actuel président de la Fondation Ishibashi.

Crepuscule_Venise.jpg
Crépuscule à Venise  -  Monet  - 1908

Après avoir repris l’atelier de textile familial qu’il modernise en standardisant les méthodes de production, Sojerô se tourne vers la fabrication de chaussures en caoutchouc puis fonde l’entreprise de pneus « Bridgestone » (traduction anglo-américaine de son nom. Ishi : pierre/ stone. ; bashi : pont/bridge). Puissant homme d’affaires et collectionneur passionné, il se fait bâtir une maison de style occidental dans Tokyo, au deuxième étage de laquelle il crée sa propre galerie de peinture.

Dans les années 20, il s’intéresse aux artistes japonais et en particulier à l’art « yôga » (peinture japonaise de style occidental) dont certains artistes représentatifs (Shigeru Aoki, Takeji Fujishima, Hanjirô Sakamoto…) sont exposés actuellement à l’Orangerie. L’influence incontestable de l’art occidental se fait sentir dans leurs œuvres. Comment imaginer, de prime abord, que le tableau « L’Éventail noir » soit dû à un peintre japonais (Fujishima) ?

Eventail_Noir.jpg  Jeune_Paysan.jpg
 
L'éventail noir - Takeji Fujishima                                                                   Le Jeune Paysan - Modigliani, 1918

Puis Sojerô profite de la guerre et des années d’après-guerre pour acquérir des tableaux d’artistes européens et plus particulièrement d’impressionnistes français qui ont ses faveurs.
Deux raisons expliquent la présence sur le marché japonais de nombreux chefs-d’œuvre : les difficultés économiques rencontrées par le Japon et la volonté de certains collectionneurs fortunés de vendre leurs tableaux pour en acheter de nouveaux. C’est le cas de
Matsukata, un industriel de Kobe, formé aux États-Unis, polyglotte, qui avait parcouru l’Europe pour former sa collection et auquel Sojerô rachète un grand nombre de tableaux, évitant ainsi la dispersion de ces œuvres à l’étranger.
 

Même s’il voyage peu, c’est, néanmoins, au cours d’un séjour aux États-Unis qu’Ishibashi découvre le MOMA, musée d’art moderne situé en plein cœur de New-York et qu’il décide d’ouvrir son propre musée, au centre de Tokyo, le « Bridgestone Museum » pour permettre à ses compatriotes de partager sa passion pour l’art qui ne se limite pas à la peinture puisqu’il fait l’acquisition de nombreuses sculptures dont on peut voir certains exemples dans l’exposition (Rodin, Bourdelle, Zadkine, Giacometti, Brancusi).

Baiser.jpg
Le Baiser de Brancusi - 1910

A chaque génération de la dynastie Ishibashi, correspondent des goûts différents ; si le fondateur du musée était plutôt attiré par la peinture impressionniste française, son fils, Kan’ichirô, s’est intéressé aux artistes de la première moitié du XXe siècle (Fautrier, Matisse, Picasso …) et à l’art abstrait ; quant au petit-fils, Hiroshi, il a lui aussi été séduit par l’abstraction (Pollock, Hartung, Soulages, Zao Wou-ki) mais cela ne l’a pas empêché d’acheter, en 2011, un tableau de Caillebotte « Jeune Homme au piano », représentant le frère de l’artiste, Martial Caillebotte.

Cette exposition a permis le retour « provisoire » au bercail du « Jeune Paysan » de Modigliani, œuvre qui avait initialement appartenu à Paul Guillaume dont la collection forme le fond permanent du Musée de l’Orangerie. Les deux hommes, Guillaume et Ishibashi, ont d’ailleurs partagé une passion commune pour les mêmes artistes : Renoir, Picasso, Soutine

Cette passion du Japon pour l’art occidental n’est qu’un juste retour des choses puisque les peintres français de la fin du XIXe ont marqué un intérêt appuyé pour l’art japonais et dans quantités de toiles impressionnistes on voit des reproductions d’œuvres japonaises (« Le Portrait d’Émile Zola » de Manet).
Monet, n’avait-il pas réuni dans sa maison de Giverny une collection d’estampes japonaises (Hokusai, Hiroshige, Utamaro) et fait creuser un étang dans lequel il cultivait des nymphéas et dont on traversait une partie en empruntant un pont japonais ? Le Japonisme, très à la mode dans la deuxième moitié de XIXe, a touché plusieurs pays européens (Whistler, Tissot, Degas…)

Ces dernières années, nous avons pu découvrir à Paris de nombreuses toiles d’artistes français et plus particulièrement impressionnistes, faisant actuellement partie de collections (ou d’ex-collections) privées étrangères (Hays, Chtchoukine, Ishibashi…) ce qui montre une fois de plus la profusion artistique de certains de nos peintres et l’estime des collectionneurs étrangers pour notre peinture.

Reminiscence.jpg   Saltimbanque.jpg
"Réminiscence de l'ère Tempyo" - Fujishima -1902          "Saltimbanque aux bras croisés" Picasso, 1923

_________________

Musée de l'Orangerie

 Jardin des Tuileries
Ouvert tous les jours sauf mardi

9 h -18 h
Jusqu’au 21 août 2017

_________________


 

Hélène TANNENBAUM



 

serenissime-venise-en-fete-de-tiepolo-a-guardi_5844571.jpg



"Sérénissime ! Venise en fête de Tiepolo à Guardi"

 

Si vous aimez l’ambiance particulière qui règne toujours dans la fameuse Cité des Doges mais aussi l’atmosphère feutrée d’un hôtel particulier du XVIIIe à Paris, alors courez au musée Cognacq-Jay dans le Marais !

En effet dans ce quartier très tendance se cache, rue Elzévir, un charmant musée consacré au XVIIIe français et abrité dans l’ancien Hôtel Donon, restauré par la Ville de Paris à la fin des années 80, qui héberge actuellement une exposition sur Venise en fête au XVIIIe siècle avec une sélection d’objets et de tableaux de cette époque.

A l’origine, Ernest Cognacq, le fondateur de La Samaritaine, s’était pris de passion pour l’époque des Lumières et a ainsi rassemblé à partir de 1929 une collection d’œuvres d’abord installées dans l’immeuble voisin de « La Samaritaine de Luxe », 25-29, boulevard des Capucines (donc dans le 9e arrondissement !), avant sa fermeture en 1981. Il avait acquis en particulier tout un ensemble de lambris du XVIIIe qui ont pu être remontés ensuite dans les petites pièces et salons de ce charmant musée, ce qui explique que les cartels de l’exposition sont ici non apposés sur les boiseries des murs mais dressés sur des structures temporaires. Des voilages en trompe l’œil et des jolis drapés ayant pour fonction aussi bien de dissimuler que de décorer participent à la création d’une ambiance à la fois festive et intime.

Le lieu ne pouvait mieux accueillir cette petite exposition d’une quarantaine de tableaux, notamment de Tiepolo, Longhi ou encore Guardi, présentée principalement dans quatre pièces du premier étage de l’Hôtel. Il s’agit en effet ici de montrer les fastes d’une période où la République de Venise, bien qu’affaiblie sur le plan politique, connait un véritable âge d’or culturel avec une profusion de fêtes et d’événements publics et privés, au premier rang desquels, le Carnaval.

Le parcours de l’exposition explore ainsi dans chacune des salles quatre thématiques principales :

Grandes et petites réjouissances.
À côté des fêtes officielles toutes plus magnifiques les unes que les autres où la musique (représentée évidemment par Vivaldi) et la danse sont reines, des soirées organisées par des particuliers ont un grand succès, causes de certains débordements que les législateurs de la Cité des Doges ont du mal à contrôler.
L'exposition montre que toutes les classes de la société étaient touchées, de façon différente, par l'ambiance de fête. C’est ce que représentent certaines œuvres de
Giandomenico Tiepolo par exemple, comme le dessin de La Malvoisie qui montre une scène d’ivrognerie dans une taverne. A noter que celui ci était le fils de Giambattista Tiepolo, le célèbre peintre des plafonds (dont on peut aussi en admirer certains au musée Jacquemart-André) présent dans l’exposition avec quelques tableaux.

malvasia.jpg
La Malvasia - Giandomenico Tiepolo - 1791

De la ville à la scène, théâtres et opéra
Au début du XVIIIe siècle, époque où Goldoni triomphe à Venise avec la commedia dell’arte, la Sérénissime compte plus de seize théâtres dont la célèbre Fenice. C’est la naissance des salles en forme de fer à cheval à succession d’étages qui donneront le nom de « théâtres à l’italienne », où les loges sont louées ou achetées à l’année. Mais c’est aussi l’émergence d’un genre nouveau, l’opéra, représenté notamment par Monteverdi, qui connait un grand succès particulièrement au début du XVIIIe, non seulement lors de la période du Carnaval mais tout au long de l’année, avec des stars comme le castrat Farinelli, dont on voit un petit tableau ici.

Le pouvoir en spectacle
Quelle ville autre que Venise avec son dédale de ruelles, de places cachées et de façades d’immeubles telles des fonds de scènes, pouvait accueillir autant de fêtes et de spectacles souvent somptueux. Deux sites se prêtaient particulièrement bien aux festivités en plein air en présence du Doge : la vaste place Saint-Marc et le Grand Canal. Sur celui-ci se déroulait par exemple des régates prestigieuses avec des gondoles richement décorées, comme le montre le tableau de Francesco Guardi: La Bissona aux gondoliers chinois.
Sur la place Saint-Marc, des fêtes grandioses avaient lieu comme celle de la Sensa, le jour de l’ascension, ainsi que le représente encore
Guardi avec son étonnant tableau, Le Doge Alvise IV Mocenigo porté sur la place Saint-Marc, où on voit des gardes repoussant la foule avec des grands bâtons !

Bissona_Chinois.jpg
La Bissona aux gondoliers chinois - Francesco Guardi 1770-1775

Pour illustrer la fin de la république de Venise avec l’arrivée des troupes de Bonaparte en 1797, au bout de près de mille ans de domination, on voit aussi là un curieux tableau de Borsato réalisé à l’occasion de la seule visite de l’empereur : L’empereur Napoléon Ier préside la régate à Venise le 2 décembre 1807, qui montre qu’à Venise un arc de triomphe avait été dressé à l’entrée du Grand Canal à cette occasion !

Au Carnaval
Très ancienne manifestation vénitienne datant du Moyen Age, cet événement se déroulait chaque année pendant six semaines juste après Noël et jusqu’au mercredi des Cendres, avant donc la période de pénitence du Carème, attirant au fil des ans une foule de plus en plus cosmopolite venue de toute l’Europe.
Durant cette période se déroulait une succession de festivités : bals, dîners, spectacles … Le masque y était roi, simple ou sophistiqué, comme sur le tableau de
Lorenzo Tiepolo (autre membre de la famille d’artistes !), La femme au masque. Son intérêt était de pouvoir participer incognito aux diverses fêtes et manifestations.

Femme_Masque.jpg
La femme au masque - Lorenzo Tiepolo - 1760

C’est également masqué qu’on pouvait se livrer aux jeux d’argent tels qu’ils étaient pratiqués au Ridotto de San Moïse, l’ancêtre du casino ! C’est ce que montre Pietro Longhi notamment dans son tableau Le Ridotto.

Longhi_Ridotto.jpg
Le Ridotto - Pietro Falca Longhi - 1757

Un décret napoléonien allait pourtant interdire le carnaval au début du XIXe siècle, ce qui aura pour conséquence de contribuer à l’abandon des masques à cette époque mais on a vu depuis que la tradition du déguisement a pu perdurer jusqu’à nos jours…


La visite peut aussi se poursuivre en montant encore un étage pour rejoindre les collections permanentes du musée où dans la salle dite des Vedute, on peut admirer le tableau de Giambattista Tiepolo acquis en 1904 par Ernest Cognacq lui-même : Le Banquet de Cléopâtre. C’est en fait une esquisse peinte (restaurée pour l’exposition) d’un tableau monumental conservé aujourd’hui à Melbourne. Enfin dans le salon Boucher, on peut voir sur des mannequins, deux costumes vénitiens fabriqués pour l’occasion par La Fabrique de la Goutte d’Or, jeune entreprise de couturiers du 18e arrondissement !

Banquet_Cléo_2.jpg
Giambatista Tiepolo - Le banquet de Cléopatre - 1742/1743

Une exposition vraiment attachante visible jusqu’au 25 juin 2017.

___________
 

 Musée Cognac-Jay 
8 rue Elzévir
75003 Paris

_________________


 

Emmanuel FOUQUET


Affiche.jpg

MODE & FEMMES, 14-18

C’est à la Bibliothèque Forney (Bibliothèque des Arts Graphiques et des Métiers d’Art de la Ville de Paris) qui vient de rouvrir après plusieurs mois de travaux que se tient l’exposition sur la mode (et son évolution) et les femmes (et leur statut) pendant la première guerre mondiale.

La Bibliothèque Forney est située dans l’Hôtel des Archevêques de Sens construit entre 1475 et 1519 pour Tristan de Salazar, Evêque de Sens. Cet édifice dans lequel vécut pendant un an (1605-1606) la première épouse de Henri IV, Marguerite de Valois, abrita ensuite des nobles chevaliers et, dès 1689, des entreprises commerciales dont une Messagerie.

Hotel_Sens.jpg
L'hôtel de Sens

Vendu comme bien national pendant la Révolution Française, l’édifice subira bien des transformations (au gré des divers occupants: blanchisserie, fabrique de conserves alimentaires, opticien, confiturerie…) et des dégradations. Racheté par la Ville de Paris en 1911, de gros travaux de restauration furent entrepris entre 1929 et 1960 date de l’installation de la Bibliothèque. Ce bâtiment est un des rares exemples d’habitation civile au Moyen-Age existant de nos jours dans la capitale. Il fait penser à un château fort avec ses tourelles d’angle circulaires et il comporte aussi un très beau porche gothique.

Salle 1
L’exposition qui s’inscrit dans le cadre de la célébration du centenaire de la guerre 14-18 et qui est présentée jusqu’au 17 juin fait un état des lieux de la mode féminine avant la première guerre mondiale et montre les changements occasionnés par le nouveau rôle des femmes dans la société pendant la guerre.

Dès le début du XXe siècle le nombre de changements de tenue au cours de la journée dans les classes sociales aisées a tendance à diminuer ; la femme adopte le costume-tailleur qui l’accompagne tout au long de la journée. Les vêtements deviennent plus pratiques, les matières plus souples et lavables, les jupes plus amples et plus confortables et les poches, jusqu’alors éléments du costume masculin, désormais jugées indispensables, apparaissent dans la mode féminine.
L’exposition montre comment la guerre a joué un rôle considérable dans l’évolution de la mode féminine (difficulté de s’approvisionner en matière textile ; évolution du rôle de la femme qui entraîne de nouveaux besoins vestimentaires ; participation des couturiers à la guerre).

Au moment même où la guerre est déclarée sont censés se dérouler les défilés de mode des grands couturiers. C’est donc devant de rares clients français et étrangers que certains couturiers présentent leur nouvelle collection. Les activités liées aux vêtements représentant la deuxième industrie nationale avant le conflit, il est essentiel de se mobiliser pour les défendre ainsi que la Haute Couture (Poiret, Lanvin, les Sœurs Callot, Paquin, Worth…) menacée par la concurrence étrangère et notamment par les États-Unis jusqu’à leur entrée en guerre. Ainsi, dès 1915, la Chambre syndicale de la couture parisienne organise à San Francisco et à New York des expositions internationales au cours desquelles les couturiers français montrent leur dynamisme face à l’adversité.

Le personnel, essentiellement féminin, des ateliers des grands magasins et des maisons de couture, se retrouve pendant les premiers mois qui font suite à l’entrée en guerre, désoeuvré. Ils se reconvertissent et cousent des effets destinés aux soldats (uniformes, accessoires militaires). Les ateliers et boutiques sont transformés en ouvroirs.

Uniformes.jpg
Uniformes féminins 1916

La guerre va provoquer également des changements dans le choix des tissus ; la plupart des usines textiles (laine et lin) étant situées dans le nord et dans l’est de la France sont tout de suite la cible des Allemands et c’est donc dans la région lyonnaise (spécialisée dans la soie) que les couturiers vont désormais s’approvisionner ; de nouveaux textiles voient le jour (dérivés de la soie, jersey…) qui présentent des avantages de souplesse par rapport à la laine. Les couleurs elles aussi vont changer, la plupart des colorants textiles étant auparavant importés d’Allemagne, il faut désormais s’en passer ; les coloris sont donc moins vifs et moins variés (beige, gris…).
Après quelques mois de guerre, l’industrie textile repart de plus belle et la Haute Couture contribue à glorifier les couleurs françaises. Dans de nombreux modèles, les couleurs bleu, blanc, rouge sont présentes (chez Jeanne Lanvin, sous la forme d’un coq tricolore en perles de verre et strass) et les femmes mettent des cocardes aux couleurs de la nation à leur chapeau. Les « crinolines de guerre » amples, lourdes et peu pratiques font leur apparition ; elles exigent huit mètres de tissu, ignorant tout de la pénurie…

Salle 2
Avant la guerre de nombreuses femmes étaient femmes au foyer et celles qui travaillaient occupaient pour beaucoup des postes dans l’agriculture ou la domesticité mais, en 1914, la mobilisation des hommes va libérer de nombreux emplois dans les usines, les transports en commun, le monde médical, emplois qu’il va falloir assurer ; les femmes vont alors jouer un rôle de « remplaçantes » (« munitionnettes » dans les usines d’armement, conductrices ou receveuses dans les transports publics, factrices, livreuses dans les grands magasins, cheminots…).

Couverture-Les-Modes-1917-©-Bibliothèque-Forney.jpg
Page de couverture de la revue « Les Modes » - 1917

Contrairement à la Grande-Bretagne où les femmes recevaient pour occuper ces postes un uniforme spécifique rien n’avait été prévu en France. Si les femmes qui travaillent en usine vont revêtir une sorte de salopette proche de celle portée par les hommes, dans d’autres fonctions (factrices, receveuses…), puisqu’aucun uniforme n’est fourni par l’employeur, elles porteront leurs vêtements quotidiens agrémentés d’un brassard, d’un képi ou d’un écusson spécifiant leur fonction. Seules les infirmières (des religieuses, des dames de la Croix Rouge ou des femmes qui doivent travailler pour subvenir à leurs besoins) auront droit à un uniforme spécifique.

En 1917, la « crinoline de guerre » encombrante va céder la place à la robe tonneau, resserrée vers le bas et au costume-tailleur écourté (qui peut comporter deux ou trois pièces).

1916_n38_Crinoline_Guerre.jpg           Robe tonneau- Lanvin -1916.jpg
         Crinoline de guerre                                                                      Robe Tonneau

Salle 3
A la fin de la guerre, on comptera environ 600.000 veuves de guerre. Le deuil était codifié (un an de grand deuil, neuf mois de deuil et trois mois de demi-deuil) et il fera l’affaire de magazines de mode et de catalogues qui seront consacrés à ces veuves auxquelles on reprochera parfois leur coquetterie ou le fait de se remarier trop vite alors que le gouvernement lui-même incite la France à se repeupler.
En 1917, une «
mode nationale » est lancée dans des magasins, proposant aux personnes les plus modestes des vêtements et des chaussures à bon marché, contre des tickets de rationnement.

C’est cette année-là qu’a lieu la première grève des midinettes qui profitent de la bonne santé de l’industrie textile pour formuler leurs revendications (revalorisation salariale, semaine anglaise) ; elles obtiennent facilement satisfaction contrairement aux ouvrières qui travaillent dans les usines.

Grève des midinettes- Place Vendôme- mai 1917(Copy_Viollet).jpg
Grève des midinettes en 1917 © Fonds Roger-Viollet

Une des revendications d’alors touche déjà à la différence hommes /femmes : « Salaire égal pour un travail égal ». Dès 1914, les femmes françaises participant largement à l’effort de guerre et ayant désormais les mêmes responsabilités que les hommes, s’attendent, à la fin de la guerre, à obtenir le droit de vote, ce qui fut le cas en Grande-Bretagne et aux États-Unis et pourtant il leur faudra attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour l’obtenir.

     La Femme doit Voter- Maurice Barbey .jpg            Appel_Femmes_2.jpg

De femmes au foyer en 1914, elles deviennent ouvrières, infirmières…, remplacent les hommes dans de nombreux secteurs, croyant à leur émancipation et à leur indépendance financière ; mais dès la fin de la guerre, les hommes reviennent du front et récupèrent leur travail et les femmes retrouvent leur foyer.

Les Elégances Parisiennes- Costumes de jersey- Chanel-1916.jpg    Silhouette©Forney.jpg    Suivi_Operations.jpg
La mode en 1916

Cette exposition présente énormément de documents (revues et catalogues de mode, dessins de grands couturiers, caricatures, affiches, cartes postales, photos d’époque, vêtements et accessoires…) pour illustrer cette période de guerre qui a marqué un tournant dans la vie des femmes (changement de fonction, de statut, de vêtements) mais il ne s’agit là que d’une période de transition et il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour voir une réelle évolution dans le rôle des femmes dans la société.

____________________

Bibliothèque Forney
1, rue du Figuier
75004 Paris

Du mardi au samedi 13h-19h
Jusqu’au 17 juin 2017
.

____________________

Hélène Tannenbaum


Thomas_Kaplan.jpg
Thomas Kaplan


LA COLLECTION LEIDEN AU LOUVRE
 

Si vous voulez échapper à la réservation et aux fastidieuses queues accompagnant l’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » qui attire la foule actuellement au Louvre, n’hésitez pas à aller admirer les toiles des « Chefs-d’œuvre de la collection Leiden, le siècle de Rembrandt » dans le même musée, exposition moins courue que celle citée plus haut et tout aussi importante !

Une fois arrivé au 2e étage de l’aile Sully (ce qui ne va pas de soi avec la signalétique du Louvre plus qu’approximative …), vous pouvez alors admirer dans trois salles, une trentaine de tableaux rarement vus pour la plupart, car issus d’une collection particulière, illustrant le siècle de Rembrandt et de ses élèves.

On doit en effet cette exposition à un milliardaire américain, Thomas Kaplan et à sa femme Daphne Recanati, qui ont acquis en un temps record ces dernières années, une vaste collection d’œuvres présentes sur le marché de l’art et notamment les onze Rembrandt et le Vermeer présents ici ! On peut même dire qu’il s’agit là de la plus importante accumulation d’œuvres de Rembrandt en mains privées…

Jeune_Fille_assise_au_clavecin_Vermeer.jpg    Benedicite_Jan Steen_1660.jpg
Vermeer - Jeune fille assise au clavecin                                              Jan Steen - Benedicite - 1660  

Cet amateur d’art éclairé s’est même cru obligé de faire partager sa passion aux autres et présente donc régulièrement ses tableaux dans différents musées. Le couple Kaplan a notamment une attirance pour la France et particulièrement pour le Louvre que Thomas Kaplan fréquente depuis son enfance.

On peut ainsi admirer d’emblée dans la première salle le grand tableau de Ferdinand Bol, élève de Rembrandt, « Eliézer et Rébecca au puits », peint vers 1645 et représentant une scène de l’Ancien Testament. Ce tableau est caractéristique de cette école par notamment la force des regards et le jeu des lumières éclairant le visage des femmes donnant à boire. Le tableau a d’ailleurs une histoire, puisque d’abord acheté par Thomas Kaplan en 2009, celui-ci apprend que lors des enchères, il l’a emporté en fait, sur le Louvre ! Prêté alors au musée, le Louvre le reçoit finalement en don lors de cette exposition … Il devrait rejoindre ensuite les salles consacrées au Siècle d’or hollandais.

F.BOL-Rebecca.jpg
F. Bol - Eliezer & Rebecca au puits - 1645

On peut apprécier ici toute une série de portraits peints par Rembrandt durant sa carrière et notamment « l’autoportrait au regard plongé dans l’ombre » ou celui du vieil homme, sans doute un rabbin, dans un format assez réduit.
Et puis on trouve une toile récemment attribuée à Rembrandt, qui fait partie de la série des cinq sens que le peintre avait réalisée dans sa jeunesse, « Le patient inconscient » représentant l'odorat. À noter que ce tableau a été acquis en 2015 dans une vente aux enchères américaine en battant tous les records, puis acquis par Thomas Kaplan qui posséde d'ailleurs trois de ces cinq sens  ("Le goût" demeurant à ce jour introuvable).
Le tableau intitulé « Minerve » impressionne d’abord par sa taille mais aussi par cette représentation de la célèbre figure mythologique en forte femme engoncée dans des vêtements d’apparat à la mode du XVIIe siècle !

Rembrandt_Minerve.jpg   Rembrandt_Patient_inconscient.jpg
                       Rembrandt - Minerve                                                                       Rembrandt - Le patient inconscient                      

Parmi les différentes œuvres dites de l’école de Leyde, bourgade située au sud d’Amsterdam, qui a accueilli les élèves de Rembrandt, comme celles de Jan Steen, ou encore de Gerrit Dou et ses petits formats fourmillant de détails, on reste en arrêt devant le magnifique « Garçon à la cape et au turban » de Jan Lievens, qui montre le prince Rupert du Palatinat coiffé de son turban, dans une douce lumière.

Garçon_A_la_Cape_1631.jpg   Jan_Lievens-The_Card_Players.jpg
Jan Lievens - Garçon à la cap et et au turban                                                Les Joueurs de carte

On peut simplement regretter que les exigences de la sécurité, sans doute, ont conduit le Louvre à présenter tous ces tableaux protégés par un verre, ce qui génère souvent des reflets parfois gênants.

_________________

La Collection Leiden au Musée du Louvre
Aile Sully 2e étage.

Jusqu'au 22 mai 2017

_________________



Helene_Lyon.jpg
Jean-Jacques Henner - Portrait de Madame Victor Lyon

 

Et puis, qui vous empêche de vous rendre dans les deux salles suivantes qui abritent depuis 1977 la donation Hélène et Victor Lyon. Cet important homme d’affaires de la première moitié du XXe siècle a en effet réuni pour son plaisir un ensemble d’une soixantaine d’œuvres un peu éclectiques, du XVIIe aux impressionnistes. C’est ainsi qu’on peut voir ici au Louvre (et non à Orsay !), des Jongkind, Cézanne, Degas, Monet ou Pissaro.

Outre une jolie tête de femme de Thomas Couture, on note que le collectionneur a demandé aussi à Jean Jacques Henner de peindre sa femme Hélène, disparue prématurément, et qu’il représente en rousse comme il se plaisait à le faire pour toutes les femmes qu’il peignait !

_________________

Emmanuel FOUQUET


 

Réalisation: ParC Design

© 9ème Histoire 2001-2016