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"Sérénissime ! Venise en fête de Tiepolo à Guardi"

 

Si vous aimez l’ambiance particulière qui règne toujours dans la fameuse Cité des Doges mais aussi l’atmosphère feutrée d’un hôtel particulier du XVIIIe à Paris, alors courrez au musée Cognacq-Jay dans le Marais !

En effet dans ce quartier très tendance se cache, rue Elzévir, un charmant musée consacré au XVIIIe français et abrité dans l’ancien Hôtel Donon, restauré par la Ville de Paris à la fin des années 80, qui héberge actuellement une exposition sur Venise en fête au XVIIIe siècle avec une sélection d’objets et de tableaux de cette époque.

A l’origine, Ernest Cognacq, le fondateur de La Samaritaine, s’était pris de passion pour l’époque des Lumières et a ainsi rassemblé à partir de 1929 une collection d’œuvres d’abord installées dans l’immeuble voisin de « La Samaritaine de Luxe », 25-29, boulevard des Capucines (donc dans le 9e arrondissement !), avant sa fermeture en 1981. Il avait acquis en particulier tout un ensemble de lambris du XVIIIe qui ont pu être remontés ensuite dans les petites pièces et salons de ce charmant musée, ce qui explique que les cartels de l’exposition sont ici non apposés sur les boiseries des murs mais dressés sur des structures temporaires. Des voilages en trompe l’œil et des jolis drapés ayant pour fonction aussi bien de dissimuler que de décorer participent à la création d’une ambiance à la fois festive et intime.

Le lieu ne pouvait mieux accueillir cette petite exposition d’une quarantaine de tableaux, notamment de Tiepolo, Longhi ou encore Guardi, présentée principalement dans quatre pièces du premier étage de l’Hôtel. Il s’agit en effet ici de montrer les fastes d’une période où la République de Venise, bien qu’affaiblie sur le plan politique, connait un véritable âge d’or culturel avec une profusion de fêtes et d’événements publics et privés, au premier rang desquels, le Carnaval.

Le parcours de l’exposition explore ainsi dans chacune des salles quatre thématiques principales :

Grandes et petites réjouissances.
À côté des fêtes officielles toutes plus magnifiques les unes que les autres où la musique (représentée évidemment par Vivaldi) et la danse sont reines, des soirées organisées par des particuliers ont un grand succès, causes de certains débordements que les législateurs de la Cité des Doges ont du mal à contrôler.
L'exposition montre que toutes les classes de la société étaient touchées, de façon différente, par l'ambiance de fête. C’est ce que représentent certaines œuvres de
Giandomenico Tiepolo par exemple, comme le dessin de La Malvoisie qui montre une scène d’ivrognerie dans une taverne. A noter que celui ci était le fils de Giambattista Tiepolo, le célèbre peintre des plafonds (dont on peut aussi en admirer certains au musée Jacquemart-André) présent dans l’exposition avec quelques tableaux.

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La Malvasia - Giandomenico Tiepolo - 1791

De la ville à la scène, théâtres et opéra
Au début du XVIIIe siècle, époque où Goldoni triomphe à Venise avec la commedia dell’arte, la Sérénissime compte plus de seize théâtres dont la célèbre Fenice. C’est la naissance des salles en forme de fer à cheval à succession d’étages qui donneront le nom de « théâtres à l’italienne », où les loges sont louées ou achetées à l’année. Mais c’est aussi l’émergence d’un genre nouveau, l’opéra, représenté notamment par Monteverdi, qui connait un grand succès particulièrement au début du XVIIIe, non seulement lors de la période du Carnaval mais tout au long de l’année, avec des stars comme le castrat Farinelli, dont on voit un petit tableau ici.

Le pouvoir en spectacle
Quelle ville autre que Venise avec son dédale de ruelles, de places cachées et de façades d’immeubles telles des fonds de scènes, pouvait accueillir autant de fêtes et de spectacles souvent somptueux. Deux sites se prêtaient particulièrement bien aux festivités en plein air en présence du Doge : la vaste place Saint-Marc et le Grand Canal. Sur celui-ci se déroulait par exemple des régates prestigieuses avec des gondoles richement décorées, comme le montre le tableau de Francesco Guardi: La Bissona aux gondoliers chinois.
Sur la place Saint-Marc, des fêtes grandioses avaient lieu comme celle de la Sensa, le jour de l’ascension, ainsi que le représente encore
Guardi avec son étonnant tableau, Le Doge Alvise IV Mocenigo porté sur la place Saint-Marc, où on voit des gardes repoussant la foule avec des grands bâtons !

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La Bissona aux gondoliers chinois - Francesco Guardi 1770-1775

Pour illustrer la fin de la république de Venise avec l’arrivée des troupes de Bonaparte en 1797, au bout de près de mille ans de domination, on voit aussi là un curieux tableau de Borsato réalisé à l’occasion de la seule visite de l’empereur : L’empereur Napoléon Ier préside la régate à Venise le 2 décembre 1807, qui montre qu’à Venise un arc de triomphe avait été dressé à l’entrée du Grand Canal à cette occasion !

Au Carnaval
Très ancienne manifestation vénitienne datant du Moyen Age, cet événement se déroulait chaque année pendant six semaines juste après Noël et jusqu’au mercredi des Cendres, avant donc la période de pénitence du Carème, attirant au fil des ans une foule de plus en plus cosmopolite venue de toute l’Europe.
Durant cette période se déroulait une succession de festivités : bals, dîners, spectacles … Le masque y était roi, simple ou sophistiqué, comme sur le tableau de
Lorenzo Tiepolo (autre membre de la famille d’artistes !), La femme au masque. Son intérêt était de pouvoir participer incognito aux diverses fêtes et manifestations.

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La femme au masque - Lorenzo Tiepolo - 1760

C’est également masqué qu’on pouvait se livrer aux jeux d’argent tels qu’ils étaient pratiqués au Ridotto de San Moïse, l’ancêtre du casino ! C’est ce que montre Pietro Longhi notamment dans son tableau Le Ridotto.

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Le Ridotto - Pietro Falca Longhi - 1757

Un décret napoléonien allait pourtant interdire le carnaval au début du XIXe siècle, ce qui aura pour conséquence de contribuer à l’abandon des masques à cette époque mais on a vu depuis que la tradition du déguisement a pu perdurer jusqu’à nos jours…


La visite peut aussi se poursuivre en montant encore un étage pour rejoindre les collections permanentes du musée où dans la salle dite des Vedute, on peut admirer le tableau de Giambattista Tiepolo acquis en 1904 par Ernest Cognacq lui-même : Le Banquet de Cléopâtre. C’est en fait une esquisse peinte (restaurée pour l’exposition) d’un tableau monumental conservé aujourd’hui à Melbourne. Enfin dans le salon Boucher, on peut voir sur des mannequins, deux costumes vénitiens fabriqués pour l’occasion par La Fabrique de la Goutte d’Or, jeune entreprise de couturiers du 18e arrondissement !

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Giambatista Tiepolo - Le banquet de Cléopatre - 1742/1743

Une exposition vraiment attachante visible jusqu’au 25 juin 2017.

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 Musée Cognac-Jay 
8 rue Elzévir
75003 Paris

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Emmanuel FOUQUET


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Thomas Kaplan


LA COLLECTION LEIDEN AU LOUVRE
 

Si vous voulez échapper à la réservation et aux fastidieuses queues accompagnant l’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » qui attire la foule actuellement au Louvre, n’hésitez pas à aller admirer les toiles des « Chefs-d’œuvre de la collection Leiden, le siècle de Rembrandt » dans le même musée, exposition moins courue que celle citée plus haut et tout aussi importante !

Une fois arrivé au 2e étage de l’aile Sully (ce qui ne va pas de soi avec la signalétique du Louvre plus qu’approximative …), vous pouvez alors admirer dans trois salles, une trentaine de tableaux rarement vus pour la plupart, car issus d’une collection particulière, illustrant le siècle de Rembrandt et de ses élèves.

On doit en effet cette exposition à un milliardaire américain, Thomas Kaplan et à sa femme Daphne Recanati, qui ont acquis en un temps record ces dernières années, une vaste collection d’œuvres présentes sur le marché de l’art et notamment les onze Rembrandt et le Vermeer présents ici ! On peut même dire qu’il s’agit là de la plus importante accumulation d’œuvres de Rembrandt en mains privées…

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Vermeer - Jeune fille assise au clavecin                                              Jan Steen - Benedicite - 1660  

Cet amateur d’art éclairé s’est même cru obligé de faire partager sa passion aux autres et présente donc régulièrement ses tableaux dans différents musées. Le couple Kaplan a notamment une attirance pour la France et particulièrement pour le Louvre que Thomas Kaplan fréquente depuis son enfance.

On peut ainsi admirer d’emblée dans la première salle le grand tableau de Ferdinand Bol, élève de Rembrandt, « Eliézer et Rébecca au puits », peint vers 1645 et représentant une scène de l’Ancien Testament. Ce tableau est caractéristique de cette école par notamment la force des regards et le jeu des lumières éclairant le visage des femmes donnant à boire. Le tableau a d’ailleurs une histoire, puisque d’abord acheté par Thomas Kaplan en 2009, celui-ci apprend que lors des enchères, il l’a emporté en fait, sur le Louvre ! Prêté alors au musée, le Louvre le reçoit finalement en don lors de cette exposition … Il devrait rejoindre ensuite les salles consacrées au Siècle d’or hollandais.

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F. Bol - Eliezer & Rebecca au puits - 1645

On peut apprécier ici toute une série de portraits peints par Rembrandt durant sa carrière et notamment « l’autoportrait au regard plongé dans l’ombre » ou celui du vieil homme, sans doute un rabbin, dans un format assez réduit.
Et puis on trouve une toile récemment attribuée à Rembrandt, qui fait partie de la série des cinq sens que le peintre avait réalisée dans sa jeunesse, « Le patient inconscient » représentant l'odorat. À noter que ce tableau a été acquis en 2015 dans une vente aux enchères américaine en battant tous les records, puis acquis par Thomas Kaplan qui posséde d'ailleurs trois de ces cinq sens  ("Le goût" demeurant à ce jour introuvable).
Le tableau intitulé « Minerve » impressionne d’abord par sa taille mais aussi par cette représentation de la célèbre figure mythologique en forte femme engoncée dans des vêtements d’apparat à la mode du XVIIe siècle !

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                       Rembrandt - Minerve                                                                       Rembrandt - Le patient inconscient                      

Parmi les différentes œuvres dites de l’école de Leyde, bourgade située au sud d’Amsterdam, qui a accueilli les élèves de Rembrandt, comme celles de Jan Steen, ou encore de Gerrit Dou et ses petits formats fourmillant de détails, on reste en arrêt devant le magnifique « Garçon à la cape et au turban » de Jan Lievens, qui montre le prince Rupert du Palatinat coiffé de son turban, dans une douce lumière.

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Jan Lievens - Garçon à la cap et et au turban                                                Les Joueurs de carte

On peut simplement regretter que les exigences de la sécurité, sans doute, ont conduit le Louvre à présenter tous ces tableaux protégés par un verre, ce qui génère souvent des reflets parfois gênants.

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La Collection Leiden au Musée du Louvre
Aile Sully 2e étage.

Jusqu'au 22 mai 2017

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Jean-Jacques Henner - Portrait de Madame Victor Lyon

 

Et puis, qui vous empêche de vous rendre dans les deux salles suivantes qui abritent depuis 1977 la donation Hélène et Victor Lyon. Cet important homme d’affaires de la première moitié du XXe siècle a en effet réuni pour son plaisir un ensemble d’une soixantaine d’œuvres un peu éclectiques, du XVIIe aux impressionnistes. C’est ainsi qu’on peut voir ici au Louvre (et non à Orsay !), des Jongkind, Cézanne, Degas, Monet ou Pissaro.

Outre une jolie tête de femme de Thomas Couture, on note que le collectionneur a demandé aussi à Jean Jacques Henner de peindre sa femme Hélène, disparue prématurément, et qu’il représente en rousse comme il se plaisait à le faire pour toutes les femmes qu’il peignait !

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Emmanuel FOUQUET


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MODE & FEMMES, 14-18

C’est à la Bibliothèque Forney (Bibliothèque des Arts Graphiques et des Métiers d’Art de la Ville de Paris) qui vient de rouvrir après plusieurs mois de travaux que se tient l’exposition sur la mode (et son évolution) et les femmes (et leur statut) pendant la première guerre mondiale.

La Bibliothèque Forney est située dans l’Hôtel des Archevêques de Sens construit entre 1475 et 1519 pour Tristan de Salazar, Evêque de Sens. Cet édifice dans lequel vécut pendant un an (1605-1606) la première épouse de Henri IV, Marguerite de Valois, abrita ensuite des nobles chevaliers et, dès 1689, des entreprises commerciales dont une Messagerie.

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L'hôtel de Sens

Vendu comme bien national pendant la Révolution Française, l’édifice subira bien des transformations (au gré des divers occupants: blanchisserie, fabrique de conserves alimentaires, opticien, confiturerie…) et des dégradations. Racheté par la Ville de Paris en 1911, de gros travaux de restauration furent entrepris entre 1929 et 1960 date de l’installation de la Bibliothèque. Ce bâtiment est un des rares exemples d’habitation civile au Moyen-Age existant de nos jours dans la capitale. Il fait penser à un château fort avec ses tourelles d’angle circulaires et il comporte aussi un très beau porche gothique.

Salle 1
L’exposition qui s’inscrit dans le cadre de la célébration du centenaire de la guerre 14-18 et qui est présentée jusqu’au 17 juin fait un état des lieux de la mode féminine avant la première guerre mondiale et montre les changements occasionnés par le nouveau rôle des femmes dans la société pendant la guerre.

Dès le début du XXe siècle le nombre de changements de tenue au cours de la journée dans les classes sociales aisées a tendance à diminuer ; la femme adopte le costume-tailleur qui l’accompagne tout au long de la journée. Les vêtements deviennent plus pratiques, les matières plus souples et lavables, les jupes plus amples et plus confortables et les poches, jusqu’alors éléments du costume masculin, désormais jugées indispensables, apparaissent dans la mode féminine.
L’exposition montre comment la guerre a joué un rôle considérable dans l’évolution de la mode féminine (difficulté de s’approvisionner en matière textile ; évolution du rôle de la femme qui entraîne de nouveaux besoins vestimentaires ; participation des couturiers à la guerre).

Au moment même où la guerre est déclarée sont censés se dérouler les défilés de mode des grands couturiers. C’est donc devant de rares clients français et étrangers que certains couturiers présentent leur nouvelle collection. Les activités liées aux vêtements représentant la deuxième industrie nationale avant le conflit, il est essentiel de se mobiliser pour les défendre ainsi que la Haute Couture (Poiret, Lanvin, les Sœurs Callot, Paquin, Worth…) menacée par la concurrence étrangère et notamment par les États-Unis jusqu’à leur entrée en guerre. Ainsi, dès 1915, la Chambre syndicale de la couture parisienne organise à San Francisco et à New York des expositions internationales au cours desquelles les couturiers français montrent leur dynamisme face à l’adversité.

Le personnel, essentiellement féminin, des ateliers des grands magasins et des maisons de couture, se retrouve pendant les premiers mois qui font suite à l’entrée en guerre, désoeuvré. Ils se reconvertissent et cousent des effets destinés aux soldats (uniformes, accessoires militaires). Les ateliers et boutiques sont transformés en ouvroirs.

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Uniformes féminins 1916

La guerre va provoquer également des changements dans le choix des tissus ; la plupart des usines textiles (laine et lin) étant situées dans le nord et dans l’est de la France sont tout de suite la cible des Allemands et c’est donc dans la région lyonnaise (spécialisée dans la soie) que les couturiers vont désormais s’approvisionner ; de nouveaux textiles voient le jour (dérivés de la soie, jersey…) qui présentent des avantages de souplesse par rapport à la laine. Les couleurs elles aussi vont changer, la plupart des colorants textiles étant auparavant importés d’Allemagne, il faut désormais s’en passer ; les coloris sont donc moins vifs et moins variés (beige, gris…).
Après quelques mois de guerre, l’industrie textile repart de plus belle et la Haute Couture contribue à glorifier les couleurs françaises. Dans de nombreux modèles, les couleurs bleu, blanc, rouge sont présentes (chez Jeanne Lanvin, sous la forme d’un coq tricolore en perles de verre et strass) et les femmes mettent des cocardes aux couleurs de la nation à leur chapeau. Les « crinolines de guerre » amples, lourdes et peu pratiques font leur apparition ; elles exigent huit mètres de tissu, ignorant tout de la pénurie…

Salle 2
Avant la guerre de nombreuses femmes étaient femmes au foyer et celles qui travaillaient occupaient pour beaucoup des postes dans l’agriculture ou la domesticité mais, en 1914, la mobilisation des hommes va libérer de nombreux emplois dans les usines, les transports en commun, le monde médical, emplois qu’il va falloir assurer ; les femmes vont alors jouer un rôle de « remplaçantes » (« munitionnettes » dans les usines d’armement, conductrices ou receveuses dans les transports publics, factrices, livreuses dans les grands magasins, cheminots…).

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Page de couverture de la revue « Les Modes » - 1917

Contrairement à la Grande-Bretagne où les femmes recevaient pour occuper ces postes un uniforme spécifique rien n’avait été prévu en France. Si les femmes qui travaillent en usine vont revêtir une sorte de salopette proche de celle portée par les hommes, dans d’autres fonctions (factrices, receveuses…), puisqu’aucun uniforme n’est fourni par l’employeur, elles porteront leurs vêtements quotidiens agrémentés d’un brassard, d’un képi ou d’un écusson spécifiant leur fonction. Seules les infirmières (des religieuses, des dames de la Croix Rouge ou des femmes qui doivent travailler pour subvenir à leurs besoins) auront droit à un uniforme spécifique.

En 1917, la « crinoline de guerre » encombrante va céder la place à la robe tonneau, resserrée vers le bas et au costume-tailleur écourté (qui peut comporter deux ou trois pièces).

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         Crinoline de guerre                                                                      Robe Tonneau

Salle 3
A la fin de la guerre, on comptera environ 600.000 veuves de guerre. Le deuil était codifié (un an de grand deuil, neuf mois de deuil et trois mois de demi-deuil) et il fera l’affaire de magazines de mode et de catalogues qui seront consacrés à ces veuves auxquelles on reprochera parfois leur coquetterie ou le fait de se remarier trop vite alors que le gouvernement lui-même incite la France à se repeupler.
En 1917, une «
mode nationale » est lancée dans des magasins, proposant aux personnes les plus modestes des vêtements et des chaussures à bon marché, contre des tickets de rationnement.

C’est cette année-là qu’a lieu la première grève des midinettes qui profitent de la bonne santé de l’industrie textile pour formuler leurs revendications (revalorisation salariale, semaine anglaise) ; elles obtiennent facilement satisfaction contrairement aux ouvrières qui travaillent dans les usines.

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Grève des midinettes en 1917 © Fonds Roger-Viollet

Une des revendications d’alors touche déjà à la différence hommes /femmes : « Salaire égal pour un travail égal ». Dès 1914, les femmes françaises participant largement à l’effort de guerre et ayant désormais les mêmes responsabilités que les hommes, s’attendent, à la fin de la guerre, à obtenir le droit de vote, ce qui fut le cas en Grande-Bretagne et aux États-Unis et pourtant il leur faudra attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour l’obtenir.

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De femmes au foyer en 1914, elles deviennent ouvrières, infirmières…, remplacent les hommes dans de nombreux secteurs, croyant à leur émancipation et à leur indépendance financière ; mais dès la fin de la guerre, les hommes reviennent du front et récupèrent leur travail et les femmes retrouvent leur foyer.

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La mode en 1916

Cette exposition présente énormément de documents (revues et catalogues de mode, dessins de grands couturiers, caricatures, affiches, cartes postales, photos d’époque, vêtements et accessoires…) pour illustrer cette période de guerre qui a marqué un tournant dans la vie des femmes (changement de fonction, de statut, de vêtements) mais il ne s’agit là que d’une période de transition et il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour voir une réelle évolution dans le rôle des femmes dans la société.

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Bibliothèque Forney
1, rue du Figuier
75004 Paris

Du mardi au samedi 13h-19h
Jusqu’au 17 juin 2017
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Hélène Tannenbaum


Tenue Correcte Exigée - par HTa

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Marie-Antoinette - par Elisabeth Vigée Le Brun - 1783



TENUE CORRECTE EXIGÉE

Quand le vêtement fait scandale


« Tenue Correcte exigée » : c’est ce qu’on peut lire sur des cartons d’invitation ou à l’entrée de certains lieux publics (clubs privés, casinos, restaurants…) mais c’est également l’intitulé d’une exposition présentée aux Arts Décoratifs jusqu’au 23 avril et qui retrace les règles vestimentaires et leur transgression du XIVe siècle à nos jours, en revisitant les grands scandales qui ont marqué la mode.

Le premier niveau de l’exposition est consacré aux coutumes vestimentaires (« Le vêtement et la règle ») et à la tendance des personnes des deux sexes d’échanger leurs habits (« Est-ce une fille ou un garçon ? ») et le deuxième niveau évoque les excès en tous genres qui ont provoqué des scandales, vêtements trop longs, trop courts, trop impudiques, trop féminins pour les hommes, trop masculins pour les femmes, trop négligés… (« La provocation des excès »).

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«Adam et Eve» Atelier de Cranach l'Ancien, XIVe siècle

Dès l’ouverture de l’exposition, un tableau de l’École de Cranach l’ancien rappelle qu’au commencement était la nudité. L’apparition du vêtement est liée au péché originel. C’est lors de leur expulsion du Jardin d’Eden qu’Adam et Ève reçurent des vêtements pour cacher leur nudité.

A la suite de cela, pour les pouvoirs civils et religieux, les vêtements devaient être aussi sobres et discrets que possible et il fallait tenir compte, avant tout, de l’âge et de la condition de la personne qui les portait.

Dans la première salle sont exposés des guides de bonne conduite qui dispensent des conseils sur le savoir-se-vêtir (depuis « Le Parfait Courtisan », 1585, de Baldassare Castiglione jusqu’au « Bonheur de séduire - l’Art de réussir »,1991, de Nadine de Rothschild). Il est ensuite rappelé que dans la deuxième moitié du XIXe siècle l’élégance ne pouvait appartenir qu’à la seule bourgeoisie aisée qui avait la possibilité de s’adonner à la lecture des manuels et des revues de mode et qui se changeait jusqu’à huit fois par jour, pour s’adapter à chaque activité de la journée.
Puis une vitrine révèle les tenues dites « de circonstance » : baptême, mariage, deuil- une veuve devait porter des vêtements de deuil puis de demi-deuil pendant un an et six semaines- ce qui impliquait la constitution d’une garde-robe conséquente. Une autre vitrine montre qu’au Salon de 1783,
Elisabeth Vigée Le Brun avait exposé un tableau représentant Marie-Antoinette vêtue d’une simple robe de mousseline de coton décolletée et que cet habit ayant été jugé indécent et ne pouvant être porté que dans l’intimité, le peintre avait dû remplacer cette tenue par une robe « à la française », en satin de soie, plus décente dans la sphère publique.

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    Smoking d'Yves Saint Laurent de 1966                                                 Marlène Dietrich, 1930 photo Eugène Robert Richee      

Le port d’un vêtement peut évoluer au cours des siècles, ainsi le « smoking », jugé être une tenue masculine décontractée au XIXe siècle (les hommes devant le remplacer par l’habit avant de rejoindre les dames au salon) est de mise dans les dîners mondains et les bals au XXe siècle ; sans oublier que depuis 1966, date à laquelle Yves Saint Laurent créa des smokings pour femmes, le port de cette tenue est admis pour les deux sexes.

Même si le travestissement a longtemps été considéré comme un péché, les femmes ont progressivement adopté les vêtements d’homme, d’une part pour des raisons pratiques tolérées dans certaines circonstances (pratique de la chasse, des sports comme la gymnastique, la bicyclette, l’alpinisme…) et d’autre part pour des raisons d’autorité, les femmes cherchant à s’émanciper pensaient assurer ainsi leur égalité avec les hommes.

Dans les années 20, la mode de la « garçonne » se développe (robe droite sans poitrine et sans taille) et cheveux courts. Si les femmes n’hésitent pas à braver les interdits, il n’en est pas de même pour les hommes qui craignent, s’ils adoptent des vêtements féminins, qu’on leur reproche leur efféminement et d’être ramenés à un statut inférieur dans la société.
Il est intéressant d’apprendre qu’en 1800, les femmes, souhaitant s’habiller en homme, devaient en demander l’autorisation écrite à la Préfecture de police et que cette ordonnance de 1800 n’a été abrogée qu’en 2013 ! L’usage des cosmétiques reste essentiellement féminin de nos jours mais au XVIIIe siècle pour un homme, un visage fardé de blanc était le signe de l’appartenance à la classe des puissants. Depuis 1980, des gammes de produits cosmétiques pour hommes se sont développées mais les marques ont bien veillé à utiliser, dans leur publicité, des sportifs de haut niveau pour bien montrer que les cosmétiques n’enlèvent rien à la virilité de ceux qui en font l’usage.

Le deuxième niveau de l’exposition, consacré aux scandales provoqués par le port de certains habits, commence par la présentation de jupes pour hommes ; si le kilt, la djellaba et le sarong , de par leur aspect régional ou folklorique, peuvent être portés, sans choquer, par contre le port de la jupe lancé par Jean-Paul Gaultier et Vivienne Westwood a scandalisé (et pourtant fin du XIXe, début du XXe siècle, rien ne distinguait un garçonnet d’une petite fille de bonne famille, tous deux étaient vêtus de robe).

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George Sand au bras de Henri de Latouche - Paul Gavarni - 1835

La mode unisexe a, elle aussi, fait scandale et s’est trouvée renforcée dans les années 60, quand garçons et filles se sont mis à porter le même uniforme, le jean, qui a été, à ses débuts, un symbole de contestation vis-à-vis de la famille et de la société.
Chaque nouvelle mode a ses défenseurs et ses rétracteurs avant d’être plus ou moins admise par tous. Lorsque l’anglaise Mary Quant, suivie de Courrèges, Cardin et Paco Rabanne, a lancé la mode de la mini-jupe, Gabrielle Chanel qui avait accepté, en son temps, de porter des tenues d’homme, avait déclaré cette mode indécente.

On a également reproché à certains vêtements d’être indécents, laissant trop voir le corps parce que trop transparents, trop décolletés ou trop moulants. Après la guerre, la haute-couture a été critiquée pour son usage abusif de tissu dans ses modèles, incitant au gaspillage à une période où la rigueur et l’économie étaient de mise.

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              Adonis Bosso, New York City 2016-  © Jason Rowe          Dior par Galliano, inspiration "Sans abris" 2000 © G. Marineau       

Plus récemment des grands couturiers ont lancé la mode des vêtements froissés, déchirés et troués, certains revendiquant même une mode des « sans-abris » ( « Homeless chic » , John Galliano, 2000) ou des femmes violées ( « Highland Rape », Alexander McQueen, 1995) ; leur côté provocateur a , à juste titre, choqué.

Cette exposition aborde, par la présentation de vêtements, accessoires, portraits, photos, caricatures, films et chansons, la question des règles vestimentaires à travers les âges avant d’insister sur les multiples infractions à ces règles et aux valeurs morales et démontre que l’appréciation de la mode est tout à fait subjective, ce qui choque les uns ne choque pas les autres.

Michel Pastoureau rappelle que la liberté vestimentaire est une illusion et que si les codes se sont assouplis, les scandales sont prêts à ressurgir à tout instant.

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Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001- Paris
De 11h à 18h sauf le lundi
Jusqu’au 23 avril 2017

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Hélène TANNENBAUM


Moi, Caravage - par HTa


Moi, Caravage

 

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Cesare Capitani (© B. Cruveiller)


Ça pourrait être l’intitulé d’une exposition sur le Caravage, comme celle qui vient de s’achever à la National Gallery de Londres, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit du titre d’une pièce montée au Lucernaire jusqu’au 12 mars ou plutôt une reprise puisqu’elle a déjà été jouée précédemment en Avignon et dans trois théâtres parisiens.

Elle a été adaptée du roman de Dominique Fernandez, « La Course à l’Abîme », par Cesare Capitani, comédien d’origine italienne qui incarne le personnage du Caravage, racontant à la première personne, sous la forme d’une confession, la vie mouvementée du célèbre peintre.

De son vrai nom, Michelangelo Merisi (1571-1610), il était né à Caravaggio, en Lombardie ; la pièce met en lumière à la fois les différentes périodes de la vie et de l’œuvre de l’artiste. Elle décrit son enfance dans un bourg lombard, son approche de la peinture, ses premiers ennuis avec la justice, sa fuite à Rome et sa carrière. Doté d’un caractère violent et d’un côté asocial, il se montre un personnage rebelle aussi bien dans sa vie que dans son œuvre, refusant tout compromis et toute facilité, se montrant sans cesse provocateur et autodestructeur.

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Le Caravage: Garçon mordu par un lézard - 1594 -                  Garçon à la corbeille de fruits - 1593  -
 

Ses œuvres sont considérées comme un défi à la morale : il prend pour modèles, pour illustrer des figures religieuses, les prostituées et les voyous qu’il côtoie dans la vie. Toujours prêt à tirer son épée, il se trouve sans cesse impliqué dans des bagarres de rues qui l’entraînent dans des procès et des séjours en prison. Ses tableaux sont d’une telle puissance et d’une telle beauté que, malgré ses frasques, il connaît aussitôt la gloire et reste courtisé par les princes et les cardinaux tout au long de sa vie.

En 1606, au cours d’une rixe, il finit par tuer un homme d’une famille haut-placée et est obligé de fuir Rome pour se réfugier d’abord à Naples où sa réputation lui permet de trouver aussitôt des commanditaires. Puis il part pour Malte où il est fait Chevalier de l’Ordre de Malte mais est renvoyé à la suite d’une altercation avec un des membres de l’Ordre, puis mis en prison ; il s’évade et va en Sicile.

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Le Caravage -  David avec la tête de Goliath -  1609 1610  -

Tout au long de sa courte vie (il meurt à 38 ans) et malgré une réputation sulfureuse, il trouvera toujours des protecteurs et obtiendra des commandes ; si ses œuvres sont parfois refusées dans des expositions publiques, elles sont recherchées pour figurer dans des collections privées.

En 1610, le Pape est enfin disposé à lui accorder son pardon, Michelangelo quitte donc Naples pour regagner Rome ; arrêté par erreur, il fait à nouveau un court séjour en prison et peu après son corps sera retrouvé sur une plage près de Porto Ercole. S’agit-il d’un crime ? d’une forme de suicide ? ou d’une mort due à l’épuisement et à la malaria ?

Même s’il ne fut pas l’initiateur du clair-obscur (il avait été précédé par Léonard de Vinci), le nom du Caravage y reste intimement lié puisqu’il développa abondamment cette technique ainsi que celle du ténébrisme et fut suivi dans ces pratiques par Georges de la Tour et Rembrandt.

Sur la scène du Lucernaire, il y a deux comédiens : Cesare Capitani, Caravage, et en alternance, une comédienne, Laetitia Favart ou Manon Leroy qui interprète les amants et maîtresses du Caravage.

La pièce mêle sans cesse la vie et l’œuvre de l’artiste, mettant en valeur son processus créatif. L’éclairage de la scène rappelle de façon spectaculaire le clair-obscur des tableaux et au fil de la représentation on reconnaît les œuvres du maître figurées par les gestes et mimiques du comédien. Capitani s’investit complétement dans son personnage et on peut dire « Caravage, c’est lui ».

L’auteur du roman, Dominique Fernandez, dit de lui : « … brûlé de désir, violent insoumis, possédé par l’ivresse du sacrifice et de la mort, il prend le destin du peintre pour le conduire, dans la fièvre et l’impatience, jusqu’au désastre final ».


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Théâtre Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame -des -Champs
75006 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30
Dimanche :16 h
En italien les mardis

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Hélène TANNENBAUM


 

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