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Monet collectionneur - par HTa le 28/09/2017 : 07:21


Manet_par_Monet.jpg
Manet  -  Claude Monet lisant  - 1873


Monet Collectionneur
 

« Je suis un égoïste – ma collection est pour moi seul … et pour quelques amis. Je la garde dans ma chambre autour de mon lit… », voilà ce que déclarait Monet deux ans avant sa mort. Cela explique pourquoi la collection privée de l’artiste est longtemps restée secrète ; mis à part les estampes japonaises (Hokusai, Hiroshige…) acquises par Monet et quelques tableaux de nymphéas exposés au rez-de-chaussée de sa maison de Giverny et qui étaient accessibles à tous les visiteurs, seuls les intimes avaient le droit de monter à l’étage et voir le reste de la collection.

On en a donc longtemps ignoré le contenu ; il y avait bien eu un inventaire après décès des biens du peintre mais lors du bombardement des archives notariales des Andelys, en 1940, ces documents avaient été détruits. Quant au deuxième inventaire établi après le décès de Michel Monet, en 1966, (Jean Monet, le fils ainé de l’artiste étant mort en 1914, c’était Michel, le second fils, qui était devenu le légataire universel de son père) il ne nous permet pas de connaître la richesse de la collection, puisque Michel, pour assouvir sa passion des safaris et ses goûts de luxe, avait vendu, dès 1927, les tableaux susceptibles de rapporter le plus d’argent (Corot, Renoir, Cézanne…) ne gardant que les œuvres qui avaient moins de valeur à l’époque (des nymphéas de Monet, les estampes…)

Le Musée Marmottan, ayant été institué légataire universel de Michel Monet, une partie des œuvres présentées aujourd’hui appartiennent donc au musée ; quant aux autres, il a fallu les localiser et les emprunter à des institutions publiques et à des collectionneurs privés.

Un des grands intérêts de cette exposition est de montrer comment Monet, tout au long de sa vie, a constitué sa collection.

À ses débuts, ne parvenant pas à vendre ses toiles et parfois même incapable d’acheter des couleurs par manque d’argent, il était inenvisageable pour Monet d’acquérir des tableaux mais c’est néanmoins à cette époque que commence sa collection : ce sont d’abord des œuvres offertes par ses amis peintres qui entrent dans sa collection (Charles Lhullier, Gilbert Alexandre de Séverac, Carolus-Duran, Manet, Renoir…) ; la plupart des œuvres représentaient Monet lui-même ou sa famille (Camille et/ ou Jean) ; attaché à ces souvenirs, Monet gardera ces œuvres toute sa vie. Puis la collection s’est enrichie à la suite d’échanges entre artistes : contre un tableau de Belle-Ile-en-Mer, Monet reçoit de Rodin un petit bronze : « Jeune Mère à la Grotte » ; Berthe Morisot offre « Fillette au Panier » contre « Villas à Bodighera », peint par Monet pour décorer la nouvelle maison de Morisot.

Caillebotte, proche de Monet et qui partage avec lui une passion pour les jardins, joue un rôle de mécène auprès des impressionnistes et achète à Monet de nombreux tableaux pour l’aider et par amitié lui fait cadeau d’une de ses œuvres, « La Leçon de piano », 1881.

A la mort de ses amis Gustave Caillebotte (1894), Berthe Morisot (1894) et Camille Pissarro (1903), les familles des peintres disparus offrent à Monet : « Chrysanthèmes blancs et jaunes. Jardin du Petit Gennevilliers », « Julie Manet posant avec sa levrette, Laërte » et « Le Parc aux Charrettes, Pontoise », soit par simple amitié, soit pour service rendu (aide apportée par Monet lors des successions).

Chrysanthèmes.jpg
Chrysanthèmes blancs et jaunes, jardin du Petit Gennevilliers - G. Caillebotte, 1893

Dès les années 90, lorsque la situation financière de Monet s’améliore, le peintre commence à acquérir des toiles, souvent lors de ventes aux enchères ou auprès de marchands d’art, le peintre ne s’adressant pratiquement jamais directement aux artistes eux-mêmes. Dans un premier temps, il s’intéresse aux « anciens » (Corot, Delacroix, Jongkind et Boudin) ; d’ailleurs le tableau inachevé « Le Clocher de Sainte-Catherine, Honfleur » retrouvé dans l’atelier de Monet, à sa mort, et estampillé Monet, a été récemment attribué à Boudin et était probablement un cadeau de l’artiste à son disciple.

Ste-Cath_Honfleur_II.jpg  Picasso_Femmes.jpg
Boudin - Le clocher de Sainte-Catherine, Honfleur - 1867                                       Pissarro - Paysannes plantant des rames - 1891

Lorsqu’en 1892, son ami et voisin Pissarro sollicite auprès de Monet un prêt pour l’achat de la maison d’Eragny qu’il occupe en tant que locataire depuis longtemps, Monet accepte mais demande qu’une partie de l’emprunt lui soit remboursé sous la forme d’un tableau et il choisit « Paysannes plantant des rames », 1891, que l’artiste venait d’offrir à son épouse.

À partir des années 95, Monet est désormais célèbre et la part des cadeaux et des échanges dans les tableaux entrant dans sa collection diminue ; désormais, il les achète et de plus en plus cher et c’est pour Cézanne (dont il aura 14 toiles) et pour Renoir (6) qu’il se passionne. Il va jusqu’à dépenser 10.000 frs pour « La Mosquée. Fête arabe » de Renoir, reprochant cependant à Durand-Ruel, son marchand ainsi que celui de Renoir, d’en vouloir trop cher. Ainsi entrent, dans la collection privée de Monet, un très beau tableau de Cézanne, différent de ceux auxquels l’artiste nous a habitués, le « Nègre Scipion », 1898, et une superbe baigneuse de Renoir, « Jeune Fille au bain »,1892.

scipion-paul-cezanne.jpg  JF_au_Bain_II.jpg
  Cézanne  -  Nègre Scipion  -  1867                                              Renoir  -  Jeune Fille au bain  -  1892

A partir des années 90, le patriarche reçoit dans son atelier de Giverny de jeunes artistes auxquels il achète des tableaux (Signac, Vuillard…).

Quelque temps après le décès (1879) de son épouse, Camille, Monet se marie avec Alice Hoschedé dont le premier mari et père de ses enfants, Ernest, avait été un prospère homme d’affaires avant d’être ruiné ; pour faire face à ses dettes, il avait dû se séparer de nombreux tableaux représentant sa famille ; Monet pour faire plaisir à Alice, rachète une grande partie de ces œuvres auxquelles les Hoschedé étaient très attachés.

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Berthe Morisot : Julie Manet posant avec sa levrette, Laërte  -  1883

La collection de Monet est très éclectique ; à part les tableaux de ses anciens maîtres, de ses amis impressionnistes, des jeunes artistes post-impressionnistes, il achète des œuvres d’artistes représentant la vie parisienne (Constantin Guys) et des affiches de Jules Chéret et de Toulouse-Lautrec. Mais ses préférences vont à Cézanne et à Renoir pour les œuvres desquels il dépense sans compter.

Après 1926, année de la mort de Monet dont la fortune est estimée à 5.000.000 de frs, une grande partie de la collection a été dispersée par son fils. Réunir ces tableaux qui sont désormais dans des musées ou dans des collections privées a exigé des années de recherche et de travail aux organisateurs de cette exposition d’autant plus que, Monet passant presque toujours par des intermédiaires lors de ses acquisitions, son nom ne figure généralement ni sur les bordereaux d’achat des ventes aux enchères ni sur les livres de comptes des galeristes

Même si la plupart des œuvres exposées aujourd’hui à Marmottan nous sont familières, c’est la première fois que nous les voyons ensemble et que nous apprenons qu’elles ont toutes fait partie de la collection privée d’un peintre et quel peintre ! Elles nous permettent de mieux cerner les affinités, les sentiments et même les passions de Monet.

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Musée Marmottan Monet
2, rue Louis-Boilly
75016 Paris
Tous les jours sauf lundi,
de 10 h à 18 h
Jusqu’au 14 janvier 2018

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Hélène TANNENBAUM


Liu Bolin - par HTa le 19/09/2017 : 13:33


Ghost Stories
 

Curieuse cette exposition à la Maison Européenne de la Photographie, de l’artiste chinois Liu Bolin, né dans la province de Shandong, en 1973.
Avant de devenir photographe / performeur, il étudie la sculpture à l’université qu’il enseignera pendant quatre ans. La première photo qui le fit connaître est l’autoportrait pris en 2005, devant les décombres de son atelier, situé dans le quartier d’artistes de Pékin que le gouvernement avait décidé de raser en raison de la préparation des jeux olympiques de Pékin .

Suoja_Village_2005.jpg
 Liu Bolin - Suoja Village - 2005

Liu appartient à une génération d’artistes qui succède à la révolution culturelle et qui vit dans une relative stabilité politique et dans un pays qui commence à connaître une certaine prospérité. Cet autoportrait est sa façon silencieuse de protester contre un gouvernement qui ne protège pas ses artistes. Sur cette photo, on voit Liu devant son atelier détruit par les promoteurs ; il se confond avec le « paysage ». Il proclame alors : « Je me suis caché pour me faire remarquer ».

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Liu Bolin -  La Liberté guidant le peuple

S’en suit toute une série de photos bâties sur le même principe et qui prend le nom de « Hiding in the city » (se cacher dans la ville). Une vidéo diffusée dans l’exposition explique le processus extrêmement long qui aboutit à la photo finale : Liu se place devant le décor dans lequel il cherche à se fondre et reste sans bouger tandis que des « peintres-assistants » peignent son corps de façon à ce qu’il se confonde avec le paysage, cet exercice pouvant durer jusqu’à 10 heures ; une fois le travail de peinture terminé il est pris en photo dans ce décor; sur certaines photos il apparaît clairement tandis que sur d’autres il devient « l’homme invisible », que, malgré sa carrure imposante, on a du mal à distinguer. Comme le précise l’artiste, il n’y a aucun trucage photographique dans ses clichés.

Puffed_Food.jpg
Liu Bolin -  Puffed Food

Artiste engagé, Liu entend ainsi protester contre certains abus du régime, la société de consommation (photos de Liu devant une collection de portables ou devant les étagères d’un supermarché), le capitalisme (?) (coffre-fort d’une banque parisienne devant lequel l’artiste pose, complétement recouvert de peinture dorée) et la pollution qui règne à Pékin et dans les cours d’eau avoisinants.

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Liu Bolin - Safe Door

On reste souvent admiratifs devant les performances de l’artiste mais elles deviennent un peu trop systématiques et répétitives.
L’art du photographe semble avoir évolué depuis les séries intitulées «
Hiding in the City » et « Ghost Stories », il pratique désormais le « art hacking », piratant des images dans l’actualité, les agrandissant, se glissant par le biais d’un montage photographique dans l’action avant de réinjecter ces images dans les circuits de l’information.

Si vous allez voir cette exposition à la M.E.P., surtout ne manquez pas la rétrospective des deux photographes français, Anne et Patrick Poirier, deux grands voyageurs qui souhaitent faire partager leurs réflexions sur les différentes civilisations et cultures qu’ils ont rencontrées tout au long de leurs pérégrinations.

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 Liu Bolin - Marine Litter Surfrider - 2017

Parallèlement à l’exposition Liu Bolin à la M.E.P. la galerie Paris-Beijing qui représente l’artiste à Paris propose une autre exposition de photos de Liu intitulée « Revealing Disappearance ». Celle-ci illustre le combat environnemental mené par le photographe depuis des années ; on le voit le corps à demi immergé dans les eaux polluées du fleuve Jaune ou posant devant un tas d’ordures dans un centre de collecte en Inde. En 2017, en collaboration avec l’ONG Surfrider, il réalise, sur la côte atlantique française, des photos montrant la pollution aquatique causée par les déchets plastiques et proclame que « l’homme se développe en détruisant son propre environnement ».

Yellow River_2011.jpg
Yellow River - 2011



Voilà au moins deux expositions de photos à voir, en plus de la rétrospective Irving Penn qui se tient actuellement au Grand Palais, en attendant le mois de la photo qui se déroulera à Paris, comme tous les ans, en novembre.

 

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M.E.P.
5/7, rue de Fourcy
75004 Paris
du mercredi au dimanche
11 h-20 h
Jusqu’au 29 octobre

 


Galerie Paris Beijing
62, rue Turbigo
75003 Paris
du mardi au samedi
11 h-19 h
Jusqu’au 28 octobre


 

                                   

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Hélène TANNENBAUM


Cézanne Portraits - par HTa le 06/09/2017 : 13:34

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                                     Portrait de Paul Cézanne 1862-1864                                              Portrait de l'artiste au chapeau melon 1885-1886                                      


Portraits de Cézanne
 

Une exposition consacrée aux portraits peints par Cézanne (1839-1906) se tient au Musée d’Orsay jusqu’à la fin septembre. Elle met en valeur un aspect souvent méconnu de l’œuvre du peintre.

Une carrière artistique n’était certainement pas ce que Louis-Auguste Cézanne envisageait pour son fils. Issu lui-même d’une famille pauvre d’Aix-en-Provence, son ascension sociale fut remarquable : de chapelier il devint un banquier prospère mais considéré comme un « nouveau riche » par la bourgeoisie aixoise, il resta en marge de la bonne société.
Souhaitant que son fils, Paul, lui succède à la tête de la banque ou embrasse la carrière d’avocat, il lui fit faire des études de droit ; Paul, doué pour les humanités et passionné par les beaux-arts, abandonna rapidement ses études pour rejoindre, à Paris, un ancien camarade de collège,
Émile Zola. N’ayant pas reçu d’éducation artistique, il ne put entrer à l’École des Beaux-Arts et se forma à l’Académie Suisse où il côtoya Monet, Pissarro

S’il assista aux discussions artistiques tenues au café Guerbois aux côtés de Manet par Pissarro, Monet, Renoir… et s’il exposa ses toiles en 1874 et en 1877 avec celles des impressionnistes, il ne fit jamais vraiment partie du groupe.

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Le Jardinier Vallier 1901-1906

En 1872, il travailla sur le motif, auprès de Pissarro à Pontoise et à Auvers-sur-Oise (une exposition du Musée d’Orsay, juxtaposait, en 2006, les œuvres réalisées par les deux artistes, montrant bien leur influence réciproque et la ressemblance de certains de leurs tableaux).

C’est probablement à l’Académie Suisse où elle posait pour les peintres que Cézanne fit la connaissance d’Hortense Fiquet qui devint sa compagne et dont il eut un fils en 1872, Paul. Cette liaison resta secrète car le père de Cézanne l’aurait considéré comme une « mésalliance » et ce n’est donc qu’après la mort de son père que l’artiste épousa Hortense. Elle fut un de ses modèles favoris ; il la représenta près d’une trentaine de fois.

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Portrait du fils de l'artiste 1881-1882

L’exposition d’Orsay consacrée aux portraits de Cézanne montre un artiste qui portraiture essentiellement ses proches (son père, Louis-Auguste, lisant le journal « L’Evénement » : œuvre de jeunesse particulièrement réussie comme pour montrer à ce père récalcitrant tout son talent de peintre ; son oncle Dominique, sa sœur, sa compagne, son jardinier et lui-même) et quelques personnes célèbres de l’époque (Zola, son ancien condisciple et ami ; son marchand, Ambroise Vollard, le critique d’art, Gustave Geffroy…).
 

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Louis-Auguste Cézanne, père de l'artiste, lisant L'Evénement                    Ambroise Vollard 1899

Cézanne travaillait très lentement, cherchant toujours la perfection, ce qui signifiait de longues et nombreuses séances de travail. Vollard qui s’était soumis à l’exercice considérait que poser pour Cézanne était tout bonnement « insupportable » (cent cinquante séances de pose n’avaient apparemment pas suffit à Cézanne pour achever le tableau de Vollard qu’on voit dans l’exposition ! ).

Un grand nombre d’autoportraits, parmi les vingt-six réalisés dans sa vie, figurent ici, à Orsay, montrant un artiste vieillissant (la calvitie de plus en plus accentuée) et s’embourgeoisant (de l’artiste hirsute il devient le petit bourgeois au chapeau).

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Portrait de l'artiste 1875

C’est surtout après la naissance de leur fils que Cézanne se mit à peindre sa compagne Hortense ; elle semble être une femme au foyer ordinaire représentée assise dans un fauteuil, cousant, pas très belle, plutôt austère, semblant s’ennuyer. Aucun sentiment n’émane de ces représentations.

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Madame Cézanne en robe rouge 1888-1890

Hortense accepta longtemps de suivre Paul dans ses déménagements à Paris, Pontoise, Auvers-sur-Oise et dans ses allées et venues entre Paris et le midi, tout en vivant dans une certaine clandestinité. Impossible de déduire de ces tableaux les sentiments de l’artiste pour cette femme qui, mal acceptée par sa belle-famille, finira par vivre à Paris avec son fils tandis que Cézanne passera de plus en plus de temps à Aix, d’abord dans la maison familiale du Jas de Bouffan, auprès de sa mère et de ses sœurs, (la propriété sera vendue, en 1899, après la mort de sa mère) puis dans un appartement au centre d’Aix et dans son atelier des Lauves, à la sortie d’Aix.

Comme le montrent d’autres portraits de femmes peints par Cézanne, Hortense ne paraît pas être la seule femme « maltraitée » sur le plan pictural ; le fils du peintre et les hommes, en général, semblent davantage avoir ses faveurs. (les portraits de l’oncle Dominique qui a soutenu Cézanne dans sa vocation artistique et qui se prêtait volontiers aux longues séances de pose, sont remarquables ; le visage est représenté par d’épaisses couches de peinture appliquées au couteau ; l’une des toiles montre Dominique en avocat, ce que le père de Cézanne aurait aimé voir son fils devenir, une autre en artiste avec un bonnet blanc sur la tête indiquant ce que Cézanne souhaitait devenir).

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L'Homme au bonnet de coton (l'Oncle Dominique) 1866

Contrairement à d’autres peintres de l’époque qui ont été attirés par la Méditerranée et les paysages du midi (Signac, Matisse, Dufy…), le sud, pour Cézanne, n’a jamais été une découverte, il y est né et même, s’il est allé à Paris, pour faire des études artistiques, pour se faire connaître, participer aux salons, rencontrer des marchands d’art, il n’aime pas la ville, lui préférant la campagne, la nature et les paysages ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Cézanne est aujourd’hui essentiellement connu pour ses natures mortes (qui souffraient parfois, elles aussi, de la longueur des poses et pourrissaient sur la table de l’artiste ! ), pour ses paysages (notamment ceux de la Montagne Sainte Victoire, représentée en séries) et pour ses baigneuses mais beaucoup moins pour ses portraits, d’où l’intérêt de cette exposition qui, après Orsay, ira à Londres et à Washington (c’est d’ailleurs de grands musées américains et anglais que viennent un certain nombre de portraits prêtés à Orsay.)

Même si Cézanne fut apprécié par ses pairs (Monet, Degas, Caillebotte, Gauguin) et s’il eut une influence certaine sur les nabis et les cubistes, il eut du mal à s’imposer sur la scène artistique. Rejeté des salons officiels mais exposé, rue Clauzel, dans la boutique du marchand de couleurs « le Père » Tanguy puis, rue Laffitte, dans la galerie du marchand d’art Ambroise Vollard qui organisa la première grande exposition consacrée à l’artiste en 1895, il finira par connaître la notoriété.

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Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur
75007 Paris

Jusqu’au 24 septembre
Tous les jours sauf le lundi

9 h 30-18 h

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Hélène TANNENBAUM


Camille Pissarro - par HTa le 07/06/2017 : 09:00

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Autoportrait à la palette - 1896

Camille Pissarro

2017 est décidément l’année Pissarro (1830-1903). Trois expositions révèlent l’œuvre de celui qu’on a surnommé « le premier des impressionnistes » et qui est longtemps resté dans l’ombre des autres peintres impressionnistes de son époque (Monet, Renoir, Degas…)

L’une de ces expositions se tient à Pontoise, où vécut l’artiste, au Musée Tavet-DelacourCamille Pissarro, Impressions gravées ») et est consacrée aux monotypes et estampes de l’artiste ; les deux autres sont à Paris, l’une au Musée Marmottan-Monet, elle recouvre la totalité de l’œuvre de l’artiste, depuis ses premiers tableaux peints sur l’île Saint-Thomas, dans les Antilles danoises, où il est né, fils d’un père juif français et d’une mère créole, jusqu’aux œuvres peintes dans son dernier domicile, Eragny ; l’autre au Musée du Luxembourg, intitulée « Pissarro à Eragny, la nature retrouvée », axée sur les dernières années de sa vie passées à Eragny-sur Epte (1884-1903) .

Les œuvres présentées à Marmottan offrent une plus grande diversité puisqu’elles mettent en lumière tous les thèmes chers au peintre tout au long de sa vie.

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Pissarro  -  Deux femmes causant au bord de la mer  -  1856

Le premier tableau « Deux Femmes causant au bord de la mer » (1856) est l’œuvre d’un Pissarro autodidacte doté d’un certain goût pour l’exotisme et qui s’est initié à la peinture, loin de Paris et de l’Académie des Beaux-Arts.

Dès 1855 il quitte les Antilles pour s’installer à Paris où, passionné par la représentation des paysages et des scènes de plein air, il fait la connaissance de Corot et de Daubigny qui seront, pendant un temps, ses modèles. Ensuite c’est en fréquentant l’Académie suisse de Charles Gleyre qu’il fera la connaissance de certains des futurs impressionnistes (Monet, Guillaumin…).

Il séjourne successivement à Pontoise (1866-1868) et à Louveciennes (1869-1872) avec une interruption pendant la guerre franco-prussienne en 70 ; il rejoindra alors son ami Monet à Londres où il fera la connaissance de son futur marchand, Durand-Ruel. Lorsqu’il rentre en France, en 1871, sa maison de Louveciennes a été pillée et des centaines de tableaux ont disparu.

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Pissarro - Gelée blanche à Ennery - 1873

Il rencontre Cézanne qui deviendra son « élève » ; les deux hommes peignent souvent ensemble, partageant leurs expériences picturales et s’influençant l’un l’autre. Après Cézanne, c’est à Gauguin qu’il prodiguera ses conseils. Il quitte la Louveciennes rurale pour Pontoise où il est confronté à des milieux plus variés, d’un côté le monde rural et de l’autre, la petite bourgeoisie et le monde industriel en plein essor.

Avec Monet et Caillebotte, il imagine la création d’un groupe de peintres indépendants et c’est, en 1874, la première exposition impressionniste qui voit le jour. Il sera le seul artiste à participer aux huit expositions impressionnistes qui se tiennent entre 1874 et 1886. En 1884, il s’installe à Eragny-sur-Epte, non loin de Giverny et de son ami Monet et il y restera jusqu’à la fin de sa vie.

L’exposition de Marmottan compte de nombreuses toiles réalisées à Louveciennes, Pontoise et Eragny, montrant des paysages ruraux, des villages et des paysans à l’ouvrage. Mais sa retraite à Eragny, avec sa femme et sa nombreuse progéniture, ne l’empêchait pas de fréquenter les villes (Paris, Dieppe, Le Havre, Rouen…), autre source d’inspiration.

Comme Monet, c’est souvent depuis sa chambre ou de son hôtel qu’il peignait, vu de haut, les ports (Rouen, Le Havre), les boulevards (boulevard des Italiens, avenue de l’Opéra), les ponts (le Pont-Neuf), les jardins (les Tuileries), les monuments (le Louvre, le Théâtre-Français), les fleuves (la Seine).

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La  Place du Théâtre Français et l'avenue de l'Opéra, effet de pluie"  -  1898             Le Louvre, soleil d'hiver, matin -  1900

Souvent tracassé par des problèmes financiers, pour mieux vendre ses toiles et sur les conseils de Durand-Ruel, il peuple ses tableaux de personnages (paysans, bergères, commerçants) et ses tableaux urbains grouillent de monde et de calèches.

Après sa rencontre avec Seurat et Signac, il s’essaie au pointillisme et présente ses œuvres à côté de celles des deux autres peintres aux expositions impressionnistes mais ce type d’œuvre prend du temps à réaliser, entrave la spontanéité de l’artiste et n’a ni la faveur du public ni celle de son marchand, il retourne donc à une peinture plus « classique ».

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Pissarro  -  La maison de la Sourde et le clocher d'Eragny  -  1886

Comme Monet, il peint le même motif à différents moments de la journée et en différentes saisons.

Une partie de la pensée et de l’œuvre de Pissarro est complétement occultée à Marmottan mais bien présente au Musée du Luxembourg, ce sont ses idées anarchistes exprimées sous la forme d’un recueil de 28 illustrations intitulé « Turpitudes sociales » et de dessins pour des journaux anarchistes. Sa sympathie pour le milieu anarchiste lui a même valu d’être inquiété au moment de l’assassinat de Sadi Carnot, en 1894.

Au Musée du Luxembourg, son rôle d’éditeur est également souligné ; avec son fils Lucien qui s’installera bientôt à Londres, il crée la maison d’édition « Eragny Press » qui publie des textes de Villon, Perrault, Flaubert

Tout comme Monet qui transforme le potager de Giverny en un parc fleuri, Pissarro, lui aussi, cultive son jardin avec son épouse, Julie, mais plus terre à terre et dotés d’une grande progéniture, ils élèvent des animaux et cultivent des légumes, des fruits et des céréales.

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Pissarro  -  Jeune fille à la baguette  -   1891

Camille Pissarro est bien le précurseur de l’impressionnisme et des tendances post-impressionnistes comme on le voit dans ses effets de neige bleutée, ses trouées de lumière et ses stries qui rappellent tour à tour Monet, Renoir et Van Gogh.

Ces deux expositions se complètent parfaitement puisque celle de Marmottan, plus étendue sur le plan temporel, nous révèle aussi bien le penchant de l’artiste pour le monde rural que son goût pour les villes et les ports alors que celle du Musée du Luxembourg est plus centrée sur les dernières années du peintre et nous montre un Pissarro à la fois plus serein dans son milieu champêtre mais aussi plus engagé avec ses œuvres anarchistes.

Ces deux expositions montrent un homme généreux, fidèle en amitié et avant tout épris de liberté.

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Musée Marmottan-Monet
2, rue Louis-Boilly
75016 Paris
Jusqu’au
16 juillet
Tous les jours sauf lundi de 10 h à 18 h

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Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard
75006 Paris
Jusqu’au
9 juillet
Tous les jours de 10 h 30 à 18 h

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Hélène TANNENBAUM


 

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